lundi 27 avril 2009

Salon du Livre de Genève (3)


Et voilà, le Salon du Livre est terminé et ma bourse s'en réjouit. Lol! Au final j'y suis allée trois jours de suite pour réussir à faire le tour complet.
Comme chaque année, les stands des éditeurs étaient bien fournis en tentations, en particulier le stand Actes Sud et le stand du Salon Africain qui regroupe presque tous les livres ayant pour sujet l'Afrique, un paradis littéraire pour la lectrice que je suis. L'exposition sur la famille Giacometti était également très bien faite et m'a permis de découvrir les oeuvres du père et du petit frère de l'illustre sculpteur Alberto Giacometti. L'exposition Swiss Press Photo valait également la peine.
Concernant les auteurs présents, j'ai malheureusement loupé de nombreux auteurs que je voulais rencontrer. La plupart des dédicaces se passaient en effet l'après-midi, mais, comme je suis une propriétaire de chien attentive, je devais partir avant pour aller promener ma boule de poils. J'ai quand même pu rencontrer Frédérique Deghelt, qui a écrit La vie d'une autre et qui vient de publier La Grand-mère de Jade, deux romans qui me tentent beaucoup. Etaient quand même présents le matin, le très controversé Tariq Ramadan, le lauréat du Goncourt, Atiq Rahimi, qui m'a fait une jolie dédicace (et qui a des yeux merveilleux ;-)), Nadine de Rothschild et bien sûr, Jacques Chessex, toujours fidèle au poste.
Côté achats, je n'ose même pas vous montrer le résultat... Bon allez, une petite photo quand même. Je précise tout de même que la plupart sont des livres en anglais qui viennent de la solderie et donc ne coûtaient pas plus cher que 1-5 Frs (0,5-3 euros). Très raisonnable donc! Il va quand même vraiment falloir que j'achète une nouvelle bibliothèque Billy chez Ikea.
Au menu donc:
1. Hugh Laurie, The Gun Seller: Parce que j'adore la série Dr House et qu'apparemment ce livre, écrit par l'acteur principal, est tout aussi cynique.
2. Henning Mankell, Kennedy's Brain: Un livre qui vient de sortir en français mais que j'ai acheté en anglais car il est déjà en paperback et donc 2 fois moins cher.
3. Alexandra Fuller, Scribbling the Cat: Un livre sur le Zimbabwe par l'auteur de Don't Let's go to the dogs tonight.
4. Arthur Conan Doyle, The Tragedy of the Korosko
5. Don Delillo, Cosmopolis: Un livre qui m'a été conseillé par un employé d'Actes Sud, pour comparer avec Paul Auster.
6. Charles Dickens, Mughy Junction: Un recueil de nouvelles
7. George Eliot: Middlemarch
8. F.Scott Fitzgerald, The Popular Girl
9. Anne-Marie Garat, Dans la Main du Diable: Un ami (masculin) me l'a conseillé et m'a promis que ce n'était pas un roman à l'eau de rose.
10. Ahmadou Kourouma, Allah n'est pas obligé: Parce que j'ai acheté le deuxième, Quand on refuse on dit non, il y a quelques temps déjà, et que commencer par le premier, c'est mieux en général, lol!
11. Jack London, Before Adam
12. Nkem Nwankwo, Ma Mercedes est plus grosse que la tienne: juste pour le titre, que je trouve exceptionnel
13. Julie Rugg et Lynda Murphy, A Book Addict's Treasury: Un joli livre avec des citations sur les manies de lecteurs et un passage qui m'a beaucoup fait rire sur l'arrangement des bibliothèques, une des mes grandes manies.
14. Ian Rankin, A Good Hanging Beggars Banquet
15. Bernhard Schlink, Le Liseur: parce que je veux lire le livre avant de voir la film
16. Claudia Shreiber, Emma's Luck: Un livre qui a l'air assez drôle et surtout bizarre
17. Peter York: Dicators' Home: Un livre de photos sur les maisons des dictateurs. Vraiment génial. Et juste en feuilletant comme ça, je peux vous dire que Saddam Hussein remporte la palme du mauvais goût.
18. Sir Richard Burton, To the Holy Shrines
Plus quelques livres de cuisine et de sciences. Ouf! Je rassure tout le monde, je ne suis pas encore ruinée, mais heureusement que le salon, ce n'est qu'une fois par année. En tout cas, là, je suis équipée en livres pour quelques temps et je me réjouis de partager avec vous mes avis sur ces nouvelles acquisitions.

vendredi 24 avril 2009

Salon du Livre de Genève (2)


Bon là, ça s'annonce très mal. J'ai fini mon travail vers 17h hier et comme l'entrée du Salon était gratuite à l'occasion de la Journée Internationale du Livre, je me suis dit qu'un petit repérage avant la grande sortie de samedi ne pouvait pas faire de mal.
Conclusion, en moins de deux heures, j'ai déjà acheté 3 livres et en ai repéré au moins... heu... 50 peut être. Je sens donc que la journée de demain va faire mal à ma VISA et à ma PAL.

Je vous donne rendez-vous lundi pour un petit compte-rendu de ce (cher) weekend... Bonne fin de semaine à tous et bon Salon à ceux qui s'y rendent.

lundi 20 avril 2009

L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas


Note:7/10
Pour ceux qui aiment: les personnages un peu excentriques, tout sauf lisses

Et oui, il existe encore sur cette terre des lecteurs qui n'ont pas découvert Fred Vargas, mais je suis fière de vous annoncer que je n'en suis plus. J'ai décidé de commencer par L'homme aux cercles bleus car on y découvre pour la première fois l'inspecteur Adamsberg et son acolyte Danglard, personnages clés des romans de Fred Vargas.

Tout d'abord un point très positif de ce roman: le style de Vargas, que j'ai trouvé vraiment très agréable et c'est assez rare dans les polars pour le souligner. Les personnages sont aussi vraiment attachants et tous un peu fous et excentriques. Mathilde est un roman à elle toute seule mais j'avoue quand même avoir eu parfois de la peine à suivre ses élucubrations.
L'intrigue est également bonne mais j'ai trouvé le dénouement un peu moyen. Adamsberg résout l'affaire un peu trop à l'instinct à mon goût et je trouve aussi l'identité du meurtrier un peu farfelue mais bon, rien d'insurmontable.

J'ai par contre une question qui me trotte dans la tête... Je ne sais pas si j'ai loupé quelque chose (j'avoue ne pas avoir toujours été très éveillée durant la lecture de ce roman à cause d'un travail assez abondant ces dernières semaines) mais quel est au final le rapport entre le meurtre et la phrase "Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?" Si quelqu'un peut m'éclairer...

Au final, un polar sympa, sans plus, mais qui m'encourage à poursuivre la série de Fred Vargas. D'ailleurs si vous avez des recommandations sur un prochain titre (Pars vite et reviens tard, Un lieu incertain, Dans les bois éternels), je suis preneuse???

" Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? "
Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon...
Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent : un maniaque, un joueur. Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique. Il n'a pas tort. Un matin, c'est le cadavre d'une femme égorgée que l'on trouve au milieu d'un de ces cercles bleus.


VARGAS Fred, L'homme aux cercles bleus, ed. J'ai lu, 2002, 219p.

vendredi 17 avril 2009

Syngué Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi


NOTE: 6/10 pour l'intérêt de l'histoire mais beaucoup plus pour le style de Atiq Rahimi
Pour ce qui aiment:
se faire leur propre avis sur les Goncourt

Il est souvent difficile de faire la critique d’un livre ayant obtenu le Prix Goncourt. Tellement de choses ont déjà été écrites, lues, entendues sur ce livre que le voir avec un regard neuf n’est pas chose aisée. Allez, je me lance quand même.

Syngué Sabour est l’histoire d’un huis clos entre une femme et son mari « quelque part en Afghanistan ou ailleurs ». Le mari, blessé par une balle, est plongé dans un coma. Sa femme le veille, jour après jour, en prononçant un long monologue fait d’abord de prières, puis de confessions sur ses sentiments et ses expériences de leur vie passée. L’homme devient donc petit à petit la « syngué sabour », la pierre de patience de sa femme, jusqu’à son éclatement et une fin assez surprenante.

Le style d’Atiq Rahimi m’a beaucoup surprise. Je ne m’attendais pas à ces phrases courtes et minimalistes, sans aucune fioriture et parfois très brutes. Le langage se fait cependant plus poétique pour relater un beau conte sur la thématique du choix. J’ai trouvé que cette alternance donnait beaucoup de force au récit et je me suis graduellement laissée porter par ce texte, lentement rythmé par le goutte-à-goutte, les respirations de l’homme, les prières et les combats dans la rue.
En fait, Syngué Sabour m’a fait pensé à une pièce de théâtre, ayant pour décors la chambre de l’homme. Cette impression est magnifiquement créée par Atiq Rahimi, qui nous relate les événements extérieurs tels qu’ils sont perçus depuis cette unique pièce. Un seul bémol peut-être : cet aspect théâtral fait aussi que le lecteur reste un peu en dehors du récit, au lieu de vraiment s’imprégner de l’histoire et des sentiments des personnages.

Au final, Syngué Sabour est un prix Goncourt amplement mérité pour ce que je considère plus comme un exercice de style, plutôt qu’un roman. C’est un récit court, intense et puissant. La trame reste toutefois assez simple, bien que le sujet d’une femme afghane qui se « dévoile » soit touchant. Il est surtout intéressant que la condition de la femme en Afghanistan soit ici abordée par un homme. Ce thème reste d’ailleurs d’une actualité criante : un projet de loi est en effet en préparation en Afghanistan qui, entre autres, autorise le viol entre époux. Des femmes qui osaient protester la semaine passée contre ce projet se sont même faites lapidées!!!
Enfin, ce livre m’a aussi donné envie de lire Terres et Cendres du même auteur, pour lequel les avis sur la blogosphère sont souvent plus enthousiastes.

« Syngué sabour : n.f. (du perse syngue « pierre » et sabour « patiente »). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s’agit d’une pierre magique que l’on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères… On lui confie tout ce que l’on n’ose pas révéler aux autres… Et la pierre écoute, absorbe, comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate… Et ce jour-là on est délivré. »

RAHIMI Atiq, Syngué Sabour, Pierre de Patience, ed. P.O.L, 2008, 155pp

mercredi 15 avril 2009

Salon du Livre de Genève, J-7


La tension monte... Plus que 7 jours avant l'ouverture du 23ème Salon du Livre et de la Presse de Genève qui se déroulera du 22 au 26 avril à Palexpo.

Cette année, j'ai décidé d'en profiter pleinement car pour la première fois, je n'y travaille pas. Je vais enfin pouvoir flaner entre les stands et faire mes achats tranquillement. Ma visa s'échauffe déjà.

Le programme en détails avec les auteurs présents n'est toujours pas sorti mais mes moments forts, comme chaque année seront les conférences organisées par le Salon Africain et leur librairie énorme avec tous les ouvrages de littérature africaine, la remise du Prix Ahmadou Kourouma, l'exposition Swiss Press Photo 2009, le stand magnifique d'Actes Sud, la solderie des livres en anglais, les commérages sur Jacques Chessex... et cette année, l'exposition "Les Giacometti" et celle sur Boris Vian. Tout un programme!

Donc voilà, ce n'est pas le Salon du Livre de Paris mais ça vaut quand même la peine pour tous les lecteurs suisses (et français des départements voisins) qui veulent rencontrer des auteurs, dont la présence est souvent trop rare dans nos contrées.

Rendez-vous donc dans une semaine. Dernière précision, le jeudi 23 avril, l'entrée est gratuite.

mardi 14 avril 2009

Action Partager Lire de Payot

Les librairies Payot suisses relancent cette année leur action Partager Lire, "pour offrir une deuxième vie à vos livres". Après le succès de l'édition 2008 qui a permis de récolter 12'000 livres juste à Genève, l'aventure est renouvelée mais à plus grande échelle. Du 14 au 23 avril (Journée Mondiale du Livre), vous êtes donc tous invités à amener vos dons de livres dans une librairie Payot qui se chargera ensuite de les distribuer à des associations caritatives de Suisse Romande, à des bibliothèques associatives ou à des bénéficiaires de l'aide sociale. C'est vrai qu'avec le prix des livres en Suisse, la littérature n'est pas à la portée de toutes les bourses...

Je vais fouiller dans ma bibliothèque, histoire de faire un petit geste, mais c'est tellement dur de se séparer de ses livres...

Pour plus d'infos: site de Payot

dimanche 12 avril 2009

Petit changement de mise en page

J'ai profité de ce long week-end de Pâques pour faire des essais sur la mise en page de mon blog. Je voulais le rendre plus personnel et plus accueillant. J'ai donc ajouté une de mes photos du Parc National de Tsavo au Kenya où j'ai passé un mois. Un endroit plein de souvenirs extraordinaires, un vrai petit coin de paradis. Cette photo a également pour but de faire le lien avec la littérature africaine ou ayant pour sujet l'Afrique, que j'aimerais mettre à l'honneur dans mon blog.

D'autres modifications sont possibles dans les semaines qui viennent et vos commentaires ou votre aide me seraient précieux. Donc n'hésitez pas...

Toutes ces vies qu'on abandonne de Virginie OLLAGNIER


NOTE : 4/10
Pour ceux qui aiment
: Un mélange de romanesque, de guerre, de religieux, de psychiatrie, etc.

Je commence directement pas vous dire que ce livre m’a déçue. J’avais lu plusieurs billets assez positifs notamment chez Antigone, Clarabel ou Line. Je m’étais faite une idée de l’histoire, que je voyais comme une analyse romancée du traumatisme des soldats revenus de la Grande Guerre. Au final, le livre de Virginie Ollagnier, c’est un peu ça, mais c'est aussi beaucoup (trop) d’autres choses.
Toutes ces vies qu’on abandonne raconte le parcours de Claire, une jeune novice, qui travaille en tant qu’infirmière dans un asile accueillant les soldats revenus du front. Intriguée par un soldat inconnu, prostré dans une sorte de mutisme, Claire essaie de le « ramener à la vie » par des massages. On suit donc en parallèle la vie de Claire et les réminiscences du soldat inconnu provoquées par les massages de la novice.
La relation entre l’infirmière et le malade inconnu m’a fait beaucoup, même trop, pensé au Patient Anglais de Michael Ondaatje. J’ai cependant apprécié les liens faits entre les parties du corps massées et les souvenirs provoqués. Malheureusement, j’ai trouvé que ces réminiscences sur l’enfance ou la relation adultère du soldat inconnu n’apportaient pas grand chose au roman. J’aurais trouvé plus pertinent de se concentrer sur des souvenirs de guerre. Les interrogations de Claire sur son engagement en tant que nonne et le côté religieux du livre m’ont également gênée. Un dernier aspect très irritant à mon goût est le choix des noms des personnages. On retrouve un Jacquet et un Janet, une Claude et une Claire, un Paul et DEUX Pierre. N’y a-t-il pas assez de prénoms dans la langue française ???

En conclusion, j’ai trouvé l’idée de suivre la thérapie d’un soldat au début de la psychiatrie intéressante mais le livre laisse l’impression que la psychiatrie n’a été qu’un prétexte pour un livre un peu « fourre-tout ». Le contexte de cette fin d’année 1918 et le traumatisme des soldats auraient pu être mieux exploités et les personnages plus développés. Telle quelle, l’histoire de Toutes ces vies qu’on abandonne ne présente pas vraiment d’intérêt et laisse une impression de copie inachevée.

En 1918, l’armistice est signé, mais les trains continuent de ramener du front des hommes meurtris. L’un d’eux, soldat anonyme au visage émacié, semble ne pas vouloir se réveiller. Est-ce l’étrange beauté de ce corps muet qui éveille les sentiments de Claire ? Ou sa détermination à soulager les souffrances ? De confessions timides en aveux fervents, la jeune infirmière et l’inconnu se découvrent…
Virginie Ollagnier, née à Lyon en 1970, est formatrice en communication écrite et en ergonomie, et scénariste de la bande dessinée Kia Ora. Toutes ces vies qu’on abandonne est son premier roman.
OLLAGNIER Virginie, Toutes ces vies qu’on abandonne, ed. Points (Liana Levi), 2007, 264pp

vendredi 3 avril 2009

L'Argent d'Emile Zola


NOTE: 8/10
Pour ceux qui aiment : La devise qu’il faut connaitre le passé pour comprendre le présent.

Le style très "langage parlé" de Joey Goebel m’avait donné envie de me plonger dans un bon classique de la littérature française. Etant une fan inconditionnelle de Zola, c’est tout naturellement vers lui que je me suis tournée. L’Argent, un thème d’actualité en ces temps de remous économiques, s’est imposé de lui-même.

Publié en 1891, L’Argent est le dix-huitième roman de la série des Rougon-Macquart (qui en compte vingt). On retrouve dans ce roman le personnage de Saccard, qu’on avait découvert dans La Curée. L’histoire relate l’ascension, puis la ruine de la Banque Universelle, créée par Saccard, dans son désir toujours renouvelé de pouvoir et de richesse. Un personnage vraiment fascinant, qui va mener à la ruine de sa banque mais reste persuadé, malgré tous les échecs, de pouvoir encore gagner. Zola s’est largement inspiré de deux scandales financiers de l’époque, celui de la Caisse générale des chemins de fer, créée par Jules Mirès et la faillite de l’Union Générale en 1881.

D’autres éléments du récit m’ont fascinée. A commencer par le ton assez antisémite du récit qui critique ouvertement la main-mise juive sur la banque française. Le personnage de Gundermann, qui contribue à la chute de Saccard, est d’ailleurs inspiré de James de Rothschild. Zola est, dans ce récit, influencé par la pensée de son époque, et on peut se réjouir que l’Affaire Dreyfus a eu raison de ses opinions antisémites. L’autre élément qui enrichit ce récit sur le monde de la bourse est la présence de Sigismond et de ses théories marxistes. On sent la curiosité de Zola pour ces idées révolutionnaires. Il est, je trouve, difficile de nos jours, après l’échec de l’URSS, d’imaginer l’espoir ou au contraire la peur que suscitaient ces théories à l’époque de leur publication dans le Capital, en 1867.
Enfin l’Argent, dont l’action est située sous l’Empire, dans les années qui précédent la guerre Franco-Prussienne de 1870, m’a permis de rafraichir mes connaissances historiques de cette période. L’idée d’une banque au service de la papauté avec pour but final d'installer le Pape à Jérusalem (nous sommes en pleine création de l'Italie et les états papaux sont menacés) m’a fait sourire. Je n’ose imaginer la pagaille que cela aurait créé, considérant la situation actuelle déjà suffisamment complexe.

En conclusion, ce livre décrit très précisément le fonctionnement de la bourse et de la folie spéculative, et reflète à merveille les idées qui avaient cours à cette époque. Un drame principal qui engendre de nombreux drames personnels (on est dans un Zola tout de même). Les livrets explicatifs de l’édition Folio sont également très enrichissants. Ce n’est cependant pas mon Zola préféré. Cette place est toujours occupée par Au Bonheur des Dames, comme 70% des personnes ayant participé au sondage de ce site (viennent ensuite Germinal avec 20% et Nana 10%). L’Argent est aussi criant d’actualité; il est inquiétant de voir que le passé se répète encore et encore, que les gens font toujours confiance aux banquiers qui promettent des gains surréalistes (Saccard, ancêtre littéraire de Madoff) et que la bourse s’affole toujours de la même manière, artificiellement, jusqu’à l’explosion de la bulle spéculative et la ruine de milliers de personnes.

Alors, pendant la dernière demi-heure, ce fut la débâcle. Après l’extrême confiance, l’engouement aveugle, arrivait la réaction de la peur, tous se ruant pour vendre, s’il en était temps encore. Les cours, de chute en chute, tombèrent à 1500, à 1200, à 900. Il n’y avait plus d’acheteurs, la plaine restait rase, jonchée de cadavres. Au-dessus du sombre grouillement des redingotes, les trois coteurs semblaient être des greffiers mortuaires, enregistrant des décès. Un silence effrayant régna, lorsque, après le coup de cloche de la clôture, le dernier cours de 830 francs fut connu. Et la pluie entêtée ruisselait toujours sur le vitrage ; la salle était devenue un cloaque, sous l’égouttement des parapluies et le piétinement de la foule, un sol fangeux d’écurie mal tenue.

L’Argent, Emile Zola, ed. Folio/Gallimard, 1980, 497pp