mardi 23 mars 2010

A la recherche d'Hemingway de Leif Davidsen


Pour ceux qui: partent à Cuba

John Petersen est un professeur d'espagnol danois. Après la mort de sa femme et une dépression, il décide de se lancer dans un pèlerinage à la recherche d'Hemingway. En Floride, dans les Key West, il rencontre Carlos, un vieil exilé cubain, désespéré de ne plus voir sa fille, retournée vivre sur l'île de Fidel Castro. En acceptant d'amener une lettre à sa fille, John se voit vite embarqué dans une histoire qui le dépasse.

A la recherche d'Hemingway a eu pour moi une sacrée odeur de vacances. J'ai en effet visité la Floride et voilà environ six ans, j'ai eu la chance de passer un mois en sac à dos à Cuba. J'ai beaucoup aimé retrouver les endroits et paysages décrits par Leif Davidsen. Les descriptions sont tellement justes et fidèles que j'ai instantanément été transportée dans les Caraïbes. J'ai souri aux évocations des musiciens sur les places de la Havane, des cocktails à l'Hôtel Nacional, de la salsa touristique à tous les coins de rue, des coco-taxis, etc.

Le contexte de la fin du règne de Fidel Castro et la reprise du pouvoir par son frère Raul est également très intéressant et j'ai aimé les remarques sur le quotidien des Cubains, souvent caché ou tu aux touristes. Les Cubains restent en effet plutôt prudents quand ils discutent du régime avec des étrangers. J'ai donc apprécié ces quelques éléments politiques et dénonciateurs de la répression exercée à Cuba, de la censure, des privilèges accordés aux membres du parti et de l'armée, des salaires ridiculement bas, de l'attrait de la prostitution pour les jeunes et la liste est encore longue.

Malgré ces deux aspects très positifs, je suis un peu déçue par ce livre, qui selon moi souffre d'une erreur de casting. En effet, John, la cinquantaine, au début plutôt timide et pataud, devient au fil des pages un séducteur à la James Bond mais uniquement auprès de femmes plus toutes jeunes. Bonjour le glamour! Un héros qui devient donc de moins en moins crédible et des répétitions et fixations parfois étranges sur les "mains sèches" des Cubains ou sur le frôlement sur la nuque comme geste "über-sexuel".

A la recherche d'Hemingway pèche donc sur son personnage principal et sur son intrigue un peu emberlificotée sur la fin, mais reste une lecture idéale pour les vacanciers à destination de Cuba. C'est un livre intéressant, qui tout en restant léger, permettra au lecteur d'ouvrir les yeux sur une dictature au capital sympathie encore bien présent. Petit conseil cependant, un livre à lire AVANT le voyage, car je doute que les frères Castro aient apprécié les écrits de Leif Davidsen.

"Vous parlez espagnol, vous êtes touriste, vous êtes un pèlerin d'Hemingway, ce qui est la meilleure couverture du monde, à Cuba. En outre, vous vous ennuyez et vous avez envie de voir si la vie peut toujours faire bouillir le sang dans vos veines. " A son arrivée à La Havane, John Petersen est happé par les saveurs de la vie cubaine : le rhum, les femmes, les épices et la salsa... Mais il a une promesse à tenir, celle faite à un vieux cubain en exil avec qui il s'est récemment lié d'amitié. Il doit remettre une lettre à sa fille, qui a rompu les liens avec sa famille pour épouser un haut-fonctionnaire du régime castriste. John commence ses recherches mais sent son estomac se nouer à plusieurs reprises en parcourant les rues de la capitale, il est suivi. Et la distance qui le sépare de sa petite vie bien rangée au Danemark prend soudain toute sa mesure.

Leif Davidsen était une voix pour ses compatriotes danois avant d'être auteur de romans à suspense. Une voix familière de grand reporter et de correspondant à l'étranger, qui venait d'Espagne, puis de Russie, des pays de l'ancienne Union soviétique et des divers points chauds de la planète. Les pays de l'Est étant devenus sa spécialité, il rédige des émissions documentaires pour la D.R. (radio et télévision danoise), donne des conférences et publie des romans à suspense très populaires en Scandinavie.

Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Je remercie donc les éditions Gaïa et Babelio pour cet envoi et en particulier Guillaume pour sa patience ;-)


Pour les nostalgiques de l'idéalisme de la Révolution cubaine, j'en profite pour vous recommander une très bonne biographie en deux volumes de Che Guevara, par Paco Ignacio Taibo.





DAVIDSEN Leif, A la recherche d'Hemingway, ed. Gaïa (polar), février 2010, 335p. Traduit du danois par Monique Christiansen.

DAVIDSEN Leif, Pa udkig efter Hemingway, 2008

jeudi 18 mars 2010

Un Pied au Paradis de Ron Rash


Dans les années 50, à Oconee, Holland Winchester, un vétéran de la Corée, a disparu. Sa mère est persuadée que ses voisins, les Holcombe, sont impliqués, mais le corps reste introuvable. Autour de cette étrange disparition, se tisse la vie des habitants de cette vallée des Appalaches du Sud. On découvre les événements à travers les récits successifs du shérif Alexander, de Billy Holcombe, de sa femme Amy, de leur fils et enfin celui de l'adjoint du shérif.

Il est difficile de parler de ce roman sans trop en dévoiler. Il est cependant important de préciser qu'Un Pied au Paradis n'est pas un roman policier, mais plutôt un roman d'ambiance, centré autour d'un lourd secret. Ceci est cependant très embêtant dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE, vu que ce livre est classé dans la catégorie policier et qu'il entre donc en compétition avec de vrais thrillers. M'enfin passons...

J'ai beaucoup aimé l'ambiance de ce livre, très mystérieuse et étouffante, située dans ce comté du sud en sursis, condamné à disparaitre sous les eaux du barrage de Carolina Power. L'intrigue est également très bien construite, avec un dévoilement des éléments très réussi à travers les différents récits des personnages. Le style est parfois déroutant, car Ron Rash utilise un langage très parlé, voire parfois de l'argot, pour retranscrire la personnalité de chacun de ses protagonistes. Malheureusement, la traduction d'un tel style est difficile et j'aurais peut-être préféré lire ce livre en VO.

Un Pied au Paradis reste cependant un bon moment de lecture. C'est un roman polyphonique bien construit et qui respire le sud, mais qui, à mon sens, aurait dû être classé dans la catégorie roman et non policier.

Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, années 50. Une terre jadis arrachée aux Indiens Cherokee et qui bientôt sera définitivement enlevée à ses habitants : la compagnie d'électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée pour construire une retenue d'eau, un immense lac qui va recouvrir les fermes et les champs. Ironie du sort : une sécheresse terrible règne cet été-là, maïs et tabac grillent sur pied dans les champs arides.
Le shérif Will Alexander est le seul à avoir fréquenté l'université, mais à quoi bon, quand il s'agit de retrouver un corps astucieusement dissimulé ? Car Holland Winchester a disparu. Il est mort, sa mère en est sûre, qui a entendu le coup de feu chez leur voisin. L'évidence et la conviction n'y font rien : pas de cadavre, pas de meurtre. Sur fond de pays voué à la disparition, une histoire de jalousie et de vengeance, très noire et intense, sous forme d'un récit à cinq voix : le shérif, le voisin, la voisine, le fils et l'adjoint.

Né en 1953, Rash a écrit à ce jour trois recueils de poèmes, trois recueils de nouvelles, et deux autres romans, dont un pour enfants, tous lauréats de plusieurs prix littéraires. Il est actuellement professeur émérite au département d'Études culturelles appalachiennes de la Western California University. Il se revendique comme un écrivain du Sud.


Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010/catégorie policier

D'autres avis chez Papillon, Bookomaton, Jostein et Marie-Claire

RASH Ron, Un Pied au Paradis, éditions du Masque, août 2009, 262p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez
RASH Ron, One Foot in Eden, ed. Picador, 2002, 214p.

vendredi 12 mars 2010

Méditations en vert de Stephen Wright


Pour ceux qui aiment: The Short-Timers de Gustav Hasford

Méditations en vert est le premier roman de Stephen Wright, publié en 1983 et traduit pour la première fois en français par les éditions Gallmeister.

Avec Méditations en vert, le lecteur plonge dans l'horreur de la guerre du Vietnam, une guerre à laquelle l'auteur a lui-même participé, à un poste très similaire à celui de son personnage principal, le soldat James Griffin, chargé de l'analyse des photographies aériennes. En suivant le quotidien de l'unité 1069 de renseignements militaires, le lecteur croise également la route d'une galerie impressionnante et hétéroclite de personnages, tels que Kraft, un agent de la CIA, Wendell, un illuminé qui filme sa guerre, le commandant Holly, obsédé par l'ordre, le soldat Franklin, noir révolté ou encore le jeune et innocent Claypool.

Ce livre me laisse une impression très difficile à exprimer. J'ai trouvé l'ensemble bouleversant car il montre bien les atrocités et les absurdités commises durant cette guerre. Les conséquences de la guerre du Vietnam sur les soldats, revenus traumatisés et déboussolés, sont également bien décrites aux débuts de chaque chapitre, consacrés à la vie de Griffin à son retour aux Etats-Unis. Cependant, le tout est arrosé d'une bonne dose de drogues et d'hallucinations qui rend certains passages pratiquement incompréhensibles. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de peine à entrer dans le livre, tellement les trente premières pages m'ont semblé confuses. Tout au long du livre, j'ai également survolé certaines pages qui n'avaient pour moi aucun sens. Par exemple:

"A travers les bouts charnus de ses doigts, il se concentra dessus, en explorant le contour et la texture jusqu'à ce que la pierre soit aussi grosse que la lune, couverte de cratères, de montagne et de mers de sable rapides et lisses sur lesquelles il glissait dans une précipitation agréable vers l'ultime salle, la salle des lumières et des yeux et des gigantesques silhouettes masquées se penchant trop près et de façon menaçante, des mains métalliques lançant des éclairs comme des serres lustrées."

J'ai toutefois apprécié cette lecture. Ces passages trop absurdes à mon goût sont largement compensés par des épisodes absolument terrifiants de réalisme. André Clavel du magazine Lire parle de "violences céliniennes" et je trouve cette comparaison particulièrement bien choisie. Ces quelques pages noyées dans un délire "vert" de jungle, de drogue, de méditations sur les plantes et de culture de cannabis, ressemblent au final à un ensemble de souvenirs confus, entrecoupés d'images si fortes qu'elles demeurent claires malgré les années.

En conclusion, un livre parfois embrouillé mais qui reste sans conteste un livre choc.

Véritable trip hallucinogène, Méditations en vert suit les membres d'une unité de renseignement militaire durant la guerre du Vietnam: Claypool, à qui l'on avait promis un emploi de bureau et qui se retrouve au milieu des combats; Payne, obsédé par le film sur la guerre qu'il est en train de tourner; Kraft, un agent de la CIA qui finira par se fondre dans la jungle... Dans cette compagnie qui vit en autarcie en attendant avec inquiétude une possible attaque, la drogue est omniprésente, les ordres capricieux, le cynisme rampant.
Au milieu de cette unité, le soldat James Griffin se bat pour conserver sa santé mentale. De retour aux Etats-Unis, il cherche désespérément à oublier cette guerre irréelle à travers l'étude des plantes qu'il fait pousser dans son appartement.

Comparé à Apocalypse Now, Méditations en vert s'impose comme l'un des plus grands romans sur la guerre du Vietnam et la faillite de l'utopie américaine.

Stephen Wright est appelé sous les drapeaux en 1969 et envoyé au Vietnam l'année suivant. De retour aux Etats-Unis, il se lance dans l'écriture. Avec seulement quatre romans publiés en vingt-cinq ans, cet écrivain rare et secret est salué par des auteurs tels que James Crumley, Don DeLillo ou Thomas Pynchon.


Livre lu dans le cadre des Chroniques de la Rentrée Littéraire janvier 2010 que je remercie ainsi que l'équipe d'Ulike qui m'a fait parvenir ce livre et les éditions Gallmeister.


Pour des informations sur l'auteur voir la fiche Ulike de l'auteur. Et pour une interview très intéressante de Stephen Wright, voire le dossier presse des éditions Gallmeister.

WRIGHT Stephen, Méditations en vert, ed. Gallmeister, coll. Americana, janvier 2010, 394p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Happe.
WRIGHT Stephen, Meditations in Green, 1983

lundi 8 mars 2010

Les Enfants de Staline d'Owen Matthews


Pour ceux qui aiment: Enfant 44 de Tom Rob Smith

Avec Les Enfants de Staline, Owen Matthews nous emmène dans une phénoménale épopée familiale. A travers le récit croisé de la vie de ses parents, Ludmila Bibikov et Mervyn Matthews, mais aussi de ses propres expériences en tant que journaliste à Moscou dans les années 90, le lecteur découvre plus d'un demi-siècle d'histoire russe.
La première partie est consacrée aux débuts du communisme et à l'enfance de Ludmila, devenue orpheline après les purges de 1937. Eduquée par un système soviétique encore très rigide, Owen Matthews nous raconte le parcours de "cette enfant de Staline".
La deuxième partie se penche sur la vie de Mervyn, étudiant gallois, passionné de Russie et qui part s'installer à Moscou dans les années 60.
Enfin, la troisième partie raconte leur lutte extraordinaire pour parvenir à vivre leur amour alors que l'Histoire s'acharne à les séparer.

J'ai trouvé Les Enfants de Staline tout simplement passionnant. Ce livre est d'ailleurs un parfait complément à la lecture d'Enfant 44 (également sélectionné par le Prix ELLE, une sélection 2010 définitivement tournée vers l'URSS). C'est un récit émouvant de destins et de vies chahutés par les événements de la deuxième partie du XXème siècle. J'ai beaucoup aimé découvrir le vécu d'une famille derrière les dates et les éléments historiques connus de la Guerre froide.

Je recommande donc vivement cette lecture à la fois touchante et informative. La plume d'Owen Matthews est également très agréable. Après cette histoire familiale qui fut apparemment difficile et longue à pondre, je serais curieuse de suivre cet auteur pour savoir où il nous mènera à l'avenir.

Dans la lignée de Pasternak et de Soljenitsyne, une œuvre bouleversante qui convoque, parla grâce de l'écriture, les destinées d'une famille sur trois générations. Sélectionné pour le Guardian First Book Award, un témoignage aussi profond que déchirant, la chronique flamboyante du XXe siècle russe, à travers d'inoubliables histoires de survie et de rédemption. Au cœur du Moscou post-communiste des années 1990, un jeune reporter retrouve la trace des siens et de ces existences qui le hantent... L'ascension et la chute de son grand-père, Boris Bibikov, pur homo sovieticus, héros de la collectivisation tragique des débuts de l'ère stalinienne, victime des purges de 1937. L'odyssée de sa mère, Ludmila, livrée à trois ans à peine au chaos de la Seconde Guerre mondiale, séparée de sa sœur au cours de leur fuite à travers les steppes russes, d'orphelinats surpeuplés en hôpitaux insalubres. Le drame de ces amants pris dans la tourmente de la guerre froide : Mervyn, son père, un Anglais russophile qui avait osé refuser les avances du KGB, et Ludmila, devenue une brillante intellectuelle dissidente. A travers les six années de correspondance passionnée de ses parents, le dossier du NKVD de son grand-père et sa propre errance dans une capitale décadente, c'est sa dualité qu'Owen Matthews va découvrir, avec cette part de Russie qui l'habite, l'obsède et le force à écrire...

Né à Londres, d'une mère russe et d'un père anglais, Owen Matthews a étudié l'histoire à l'université d'Oxford avant d'entamer une carrière de journaliste. Il est actuellement directeur de la rédaction de Newsweek à Moscou, et vit à Istanbul avec sa femme et leurs deux enfants.


Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE / catégorie document

D'autres avis chez Armande, Jostein, Snowball, Luocine et Flora.

MATTHEWS Owen, Les Enfants de Staline, ed. Belfond, septembre 2009, 388p. Traduit par Karine Reignier.
MATTHEWS Owen, Stalin's Children, ed. Bloomsbury Publishing Plc, mai 2009, 320p.

mercredi 3 mars 2010

Nouvelle-Zélande (3) : Le Mordor

Pour ce troisième billet consacré à la Nouvelle-Zélande, je vous emmène à la découverte d'un des plus beaux souvenirs de mon voyage: Le Tongariro Alpine Crossing.

Le Tongariro Alpine Crossing est une marche de 18,5 km à travers les paysages énigmatiques des volcans Mont Tongariro (1967m) et Mont Ngauruhoe (2287m). C'est une des marches les plus populaires de la Nouvelle-Zélande, et elle a a bénéficié d'une publicité supplémentaire après la sortie du film Le Seigneur des Anneaux. En effet, Mont Ngauruhoe ci-dessous a servi de base pour le Mount Doom du Mordor.

Bon ok, il faut avoir un peu d'imagination pour retrouver le Mordor mais je sais, chers amis lecteurs, que vous êtes pleins de ressources.

Les paysages à l'intérieur du cratère du Mont Tongariro sont par contre beaucoup plus mordoriens.

South Crater du Mont Tongariro

La montée le long de l'arête qui a failli m'achever: dans les graviers où on recule de 2 mètres à chaque pas. Mais la vue du sommet justifie totalement l'effort.

Emerald Lakes

Cratère central et Blue Lake

Blue Lake avec en toile de fond le Lac Taupo

Malgré les 18,5 km, je serais prête à y retourner demain tellement cette journée fut fascinante.

A bientôt pour le dernier billet "divers" consacré à ce voyage.