vendredi 25 février 2011

Peer Gynt d'Henrik Ibsen


Peer Gynt est un jeune paysan norvégien qui fuit toute responsabilité en s'inventant moult aventures et en mentant sans vergogne. Il fait ainsi le malheur de sa mère, Aase, et devient la risée de tout le village. Après une dernière frasque qui lui vaut d'être banni du village, Peer s'enfuit au-delà des mers en laissant derrière lui la belle et pure Solveig.

Peer Gynt est un drame poétique écrit en vers et publié en 1866 par l'écrivain norvégien Henrik Ibsen. La pièce est à l'origine pensée pour être lue plutôt que jouée, ce qui permit à Ibsen de s'affranchir des limitations de lieu ou de temps imposées par la scène. Il emmène ainsi son héros de la froide Norvège jusqu'au désert marocain et aux pyramides d'Egypte et le suit de sa jeunesse à sa mort. Malgré ces difficultés, la pièce sera jouée pour la première fois, accompagnée de la fameuse musique d'Edvard Grieg, au théâtre Christiania en 1876.

Il est très difficile de résumer Peer Gynt, qui mêle réflexions philosophiques sur le but de la vie à des épisodes totalement fabuleux mettant en scène des trolls et autres personnages légendaires. J'ai vraiment lu cette pièce comme un mélange de farce et de conte sur un personnage profondément égoïste qui ne comprend ses erreurs qu'au crépuscule de sa vie. Mon petit cerveau cartésien a parfois eu beaucoup de peine à ne pas décrocher dans certaines scènes rêvées et je n'ai de loin pas tout compris du pourquoi du comment de chaque scène. Je crois que Peer Gynt est avant tout apprécié pour sa forme en vers plutôt que pour sa trame relativement "irréelle". Malheureusement, le Comte Prozor qui signe la traduction française que j'ai lue (qui date quand même de 1923), a privilégié le sens à la forme en vers. Je pense donc être peut-être passée à côté de ce qui constitue l'atout principal de l'oeuvre. Je retiens cependant des scènes qui m'ont plu, comme la mort d'Aase et la confrontation de Peer Gynt avec le frondeur dans les dernières scènes.

Une fable norvégienne étrange sur un être égoïste dont la devise est de rester fidèle à soi et de se contenter de soi-même. Peer Gynt est une sorte de conte satirique probablement très bien écrit en version originale tout en vers mais dont l'étrangeté m'a un peu perdue dans sa version française en prose.

Peer Gynt est désigné par Ibsen lui-même comme un poème dramatique. C'est le rythme des répliques et des séquences, c'est l'alternance de dialogues qui crépitent et de longs monologues, c'est l'invraisemblable chaos des situations et c'est enfin le dessein d'Ibsen d'exprimer théâtralement non seulement sa connaissance des différents courants de pensée de son époque (Kant, Hegel, etc.), mais aussi son point de vue personnel sur ces diverses théories. Peer Gynt est un conte philosophique. Peer Gynt est un homme qui n'hésite pas à regarder différentes facettes de son " moi " en les pelant comme un oignon sans jamais en trouver le noyau. (résumé et couverture de l'édition Flammarion datant de 1999)

Je serais vraiment curieuse de voir cette pièce jouée car la mise en scène doit être un réel exploit. Cette première rencontre avec l'auteur, un peu déroutante, ne m'a pas découragée et j'aimerais bien découvrir les autres pièces d'Ibsen. En effet, Peer Gynt est, je crois, une exception dans son oeuvre plutôt constituée de drames réalistes. Si vous avez des conseils, je suis preneuse....

Cette lecture a été faite dans le cadre de la Semaine Nordique organisée par Cryssilda et Emma. J'en profite également pour l'inscrire à mon challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Prénom.





IBSEN Henrik, Peer Gynt, ed. Libraire académique Perrin et Cie, 1923, 285p., traduit du norvégien par le Comte Prozor


mardi 22 février 2011

Attention au grand méchant loup


Je ne vous parle pas souvent sur ce blog de ma passion pour la nature. Plus jeune, les récits de voyage dans des contrées sauvages et le nature writing constituaient la grande majorité de mes lectures. Depuis quelques années, mes lectures se sont diversifiées et je peine parfois à revenir à mes amours de jeunesse, submergée par ma PAL qui enfle de jour en jour. La vague nature writing qui semble s'abattre sur la blogo depuis quelques mois va peut-être m'y aider et j'espère vous proposer quelques lectures de ce genre dans les mois qui viennent.

crédit photo humour-canin

Enfin bref, tout ça pour dire, que dans le cadre de la semaine nordique de Cryssilda et Emma, j'avais envie de parler de mes autres passions et la Suède m'a malheureusement offert l'occasion de le faire.

Dans la littérature, les pays nordiques sont souvent dépeints comme des paradis naturels, froids et sauvages. Même dans les romans policiers, catégorie qui s'exporte le plus dans nos régions, la nature scandinave joue souvent un rôle important dans le récit et les forêts y résonnent de milles sons mystérieux.

Et justement, les forêts suédoises et l'un de ses habitants, le loup, peut-être l'animal le plus honni de la littérature (et oui, qui n'a pas tremblé enfant, à la lecture du petit chaperon rouge), est au centre de l'actualité depuis la mi-janvier. En 2009, les députés suédois on voté la reprise de la chasse aux loups pour la première fois en 45 ans. La Suède a décidé de limiter la population de loups, animal réapparu dans les années 80, à 210 individus et 20 meutes jusqu'en 2012. En 2011, le gouvernement a ainsi autorisé l'abattage de 20 loups, presque 10% de la population donc, sur une période courant du 15 janvier au 15 février. Plus de 6700 chasseurs ont répondu à l'appel, pour abattre 20 bêtes je le rappelle. Au final, 19 loups ont été abattus.

Cette reprise de la chasse a provoqué un tollé en Suède et en Europe et une procédure d'infraction aux règles de l'Union européenne a été ouverte. En effet, le loup gris est une espèce protégée à l'échelle européenne et sa protection est inscrite dans de nombreuses conventions, en particulier la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe ou Convention de Berne.

La Suède n'est pas le seul état à débattre du loup. Au contraire, ce prédateur est au centre de débats très houleux dans presque tous les pays où il séjourne. Cependant, la Suède semble avoir adopté une approche très stricte: le quota de 210 bêtes est jugé par beaucoup de spécialistes comme trop bas pour la survie de l'espèce, déjà affectée par des problèmes de consanguinité. Ce quota est également très faible au vue des espaces relativement inhabités de la Suède, en comparaison des contingents de loups beaucoup plus importants en Italie ou en Espagne. L'Agence nationale de protection de l'environnement suédoise a d'abord expliqué vouloir protéger l'espèce des dangers de la consanguinité en abattant ce quota de loups pour ensuite pouvoir réintroduire des représentants d'autres régions, principalement de Russie et de Finlande. Mais la fixation de quotas de chasse sans la désignation d'individus spécifiques à abattre montre que cet argument n'est pas l'objectif premier de l'Agence. Celle-ci explique également que la possibilité de tuer une vingtaine d'individus permettra à la population d'accepter plus facilement l'introduction d'autres loups dans la région. Plutôt farfelue comme excuse!

On assiste donc bien à 6700 chasseurs qui tirent sur le premier loup aperçu, jeune ou vieux, femelle ou mâle et même apparemment un loup portant un transmetteur utilisé pour la recherche scientifique. Une opération qui ressemble plus au final à une chasse aux sorcières, à une vengeance contre un animal qui perturbe les traditions de l'élevage de moutons et de rennes et représente un concurrent pour le gibier, plutôt qu'à une politique réfléchie de gestion d'une espèce et de résolution d'un conflit homme-animal.

Je ne souhaite pas m'étendre plus longtemps vu que c'est un sujet très émotionnel et qui s'éloigne du but premier de ce blog. Je voulais cependant relayer l'information sur un sujet qui me passionne. J'espère que la Suède, pourtant souvent bon élève en matière d'environnement et de protection de la nature, ravisera sa position avant janvier 2012 et adoptera une politique plus sensée de gestion du loup.

En attendant, je vous souhaite à tous une bonne semaine scandinave. Je reviens très vite à la littérature avec, avant la fin de la semaine je l'espère, Peer Gynt d'Henrik Ibsen.

Quelques liens:
- Article du Monde du 16/01/2011
- Article de la Libération du 7/02/2011
- Article de Physorg du 16/02/2011

jeudi 17 février 2011

Noires blessures de Louis-Philippe Dalembert


Mamad est attaché à une chaise depuis trois jours et reçoit, impuissant, les coups de son patron, Laurent Kala, un Français expatrié. Mais quelle est la cause de ce déchainement de violence?
Louis-Philippe Dalembert revient tour à tour sur la vie de chacun des protagonistes: la dureté de l'enfance de Mamad, envoyé à l'école au prix de nombreux sacrifices et devenu ainsi l'espoir de toute une famille; celle de Laurent, fils d'un idéaliste tué durant une manifestation, qui soigne maintenant son mal-être en Afrique en s'occupant de chimpanzés. Deux parcours de vie qui vont tragiquement mener les deux protagonistes à cette confrontation, point de départ et fin de Noires blessures.

En commençant ma lecture, j'ai eu peur de lire un livre un peu simpliste sur le sujet du racisme et des relents du colonialisme en Afrique. Difficile en effet d'écrire un livre qui rende compte de la complexité des rapports entre Européens et Africains, teintés d'un lourd passé, et de liens de pouvoir encore souvent déséquilibrés. Je m'attendais au pire et c'est bien le meilleur auquel j'ai eu droit avec cette lecture.

Louis-Philippe Dalembert réussit l'exploit, en tant qu'auteur haïtien, de se mettre à la fois dans la peau de Mamad, Africain fier mais désoeuvré, candidat à l'exil avant de se retrouver boy d'expatriés; et de Laurent, Français, dont la haine du Noir n'a d'égal que l'indifférence éprouvée pour son pays d'origine et les soirées mondaines des expatriés. Deux personnages totalement opposés donc mais dont la psychologie et les aspirations sont parfaitement décrites par l'auteur.

Noires blessures est un récit très fort, sur la folie et le mal-être d'un homme, confronté à ses cauchemards à travers son boy. Un récit d'incompréhension également, entre deux hommes qui partagent pourtant la perte d'un père et le désir d'ailleurs. C'est un livre qui m'a vraiment interpellée car j'y ai trouvé un écho à quelques expériences vécues lors de mes séjours en Afrique. Je pense cependant que tout lecteur y trouvera une référence à ses espoirs et ses déceptions, faisant ainsi de Noires blessures un livre au décor africain mais à la portée universelle.

En plus de l'excellent portrait de deux hommes avec pour toile de fond un huis clos oppressant, j'ai découvert la plume forte agréable de Louis-Philippe Dalembert. Au final, une vraie bonne surprise et un livre qui me fera encore cogiter longtemps.

Mamad tente d'ouvrir les yeux, mais il n'y parvient pas. Ses paupières, gorgées de sel et de sang, refusent d'obéir à son cerveau. Un goût d'hémoglobine traîne sur ses lèvres sèches et bouffies. Le Blanc est méconnaissable. Une épaisse écume blanchâtre auréole les commissures de ses lèvres. Les veines de son cou tendues à se rompre. De grosses gouttes de sueur perlent sur son front, qu'il essuie du revers de sa manche retroussée, entre une calotte et une autre. Mamad n'a plus la force de crier. Du regard, il implore pitié. Mais le Blanc cogne tel un forcené, tout en crachant ses injures.

Laurent Kala, un Français expatrié, est employé par une ONG qui milite pour la protection des animaux en voie de disparition. Benjamin d'une famille nombreuse, Mamad White a connu une enfance difficile. Il a pensé un temps pouvoir échapper à sa condition précaire, mais le destin en a fait le boy de Laurent. Un fait apparemment banal entraîne le Blanc au bord de la folie. Le voilà, quelque part dans la jungle africaine, sur le point de tuer son domestique noir. Comment les deux hommes en sont-ils arrivés là ?

À la fois grave et plein d'humour, le roman de Louis-Philippe Dalembert dresse des portraits émouvants d'hommes et de femmes accrochés à leur humanité, au milieu des relents de racisme et de colonialisme.

Louis-Philippe Dalembert est né à Port-au-Prince en 1962. Romancier, nouvelliste, poète et essayiste, cet ancien pensionnaire de la villa Médicis a publié notamment L'autre face de la mer (prix RFO), Rue du Faubourg-Saint-Denis et Les dieux voyagent la nuit (prix Casa de las Americas).

J'ai beaucoup de peine à parler de ce roman qui, je pense, résonnera de manière différente pour chaque lecteur. Je vous invite donc à lire l'interview de l'auteur et l'avis de Liss et je remercie Babelio pour cette nouvelle belle découverte.

DALEMBERT Louis-Philippe, Noires blessures, ed. Mercure de France, janvier 2011, 222p.


mardi 15 février 2011

A Book Addict's Treasury de Julie Rugg et Lynda Murphy


Pour: tous les amoureux de livres

Depuis quelques semaines, je participe aux jeudis citation de Chiffonnette et je vous fais partager des extraits, en anglais, parlant de livres et de nos petites manies de lecteurs. Ces extraits sont majoritairement tirés du livre que je vous présente aujourd'hui, A Book Addict's Treasury.

Julie Rugg et Lynda Murphy ont réuni dans ce livre une très jolie sélection d'extraits parlant de l'amour des livres. Classés par chapitres, tels que "Trust their truth: the qualities of books" (Fais confiance à leur vérité: les qualités des livres) ou "As rare now as giant pandas: rapacious readers" (Aussi rares aujourd'hui que les pandas: les lecteurs rapaces), l'ouvrage est complété par deux index, l'un par auteur et l'autre par sujet.

J'ai beaucoup aimé me promener dans ce livre, et piquer, ici et là, de jolies citations sur la lecture. Mon exemplaire est maintenant corné de partout et je ne résiste pas à y jeter un oeil de temps en temps, pour me remettre en mémoire telle ou telle citation. J'ai également noté plusieurs ouvrages que les auteures m'ont donné envie de lire, comme A Handful of Dust d'Evelyn Waugh, Ex Libris d'Anne Fadiman et même Moon Palace de Paul Auster alors que je suis plutôt fâchée avec cet auteur.

C'est un livre à conseiller et à offrir sans hésitation à tous les amoureux de livres. Malheureusement, il n'est pas traduit mais d'autres ouvrages similaires existent en français et j'ai bien envie de m'y plonger également.

A Book Addict's Treasury throws before the reader a quirky and engaging catalogue of bookish behaviour. This collection is intended to please anyone who has ever smelled a book before reading it, obsessives who surreptitiously rearrange other people's bookshelves and book-squirrels who own more volumes than it is humanly possible to read. This invaluable volume describes the joys and vices of book love, and has been compiled for addicts, by addicts. Buy it. Within the hour you will have stopped off at a coffee shop to read it.

Julie Rugg lives in York with her husband and daughter. An early memory is winning a bet at the age of twelve to read the full 888-page Warren Commission report of the assassination of John F. Kennedy (he dies in the end), but failing in the subsequent challenge to read The Silmarillion (much less compelling). The episode taught her that life is too short to read Tolkien. However, she continues to read largely indiscriminately, and a current favourite is Ten Minutes to Bedtime.
Lynda Murphy lives in York with her husband, daughter and Jack Russell Terrier - a match for any of the canine heroines in literature. Spurred on by Polanski's
Oliver Twist, she has recently overcome a stubborn prejudice against Dickens and now bows to his greatness. With A-level-like enthusiasm, she is currently comparing and contrasting him with an established hero, Thomas Hardy. She balances all this weightiness by indulging her daughter's obsession with fairy stories, cautionary verse and A.A. Milne.

Beaucoup d'humour de la part des auteures dans ces présentations et dans l'introduction du livre et tout ceci me donne également envie de lire le livre de Julie Rugg, Burried in Books: A Reader's Anthology. Vous l'aurez compris, A Book Addict's Treasury est l'ennemi numéro 1 des objectifs réduction de PAL. Mais quand on aime, on ne compte pas....

RUGG Julie et MURPHY Lynda, A Book Addict's Treasury, ed. Frances Lincoln Limited, septembre 2006, 240p.

vendredi 11 février 2011

Oeil-de-chat de Margaret Atwood


Elaine Risley revient dans la ville de son enfance, Toronto, pour assister au vernissage d'une rétrospective consacrée à ses peintures. Ce voyage va raviver de nombreux souvenirs, des amitiés cruelles de l'enfance à sa vie d'adulte en tant que mère et artiste. Ces quelques jours vont permettre à Elaine de faire le point sur sa vie et de comprendre la personne qu'elle est devenue.

Mon résumé est court car je peine encore à comprendre quel est vraiment le but du livre. Une Vie!!! Ca peut être simple ou compliqué, mais c'est bien là le sujet d'Oeil-de-chat. Margaret Atwood nous raconte les souvenirs d'Elaine Risley, née peu avant le début de la deuxième guerre mondiale dans une famille peu conventionnelle qui parcourt le nord du Canada à la suite d'un père biologiste. De retour à Toronto, Elaine va subir la cruauté si particulière des enfants, puis l'émancipation du collège et de l'université, les premiers amours, la maternité et une vie d'artiste réussie. Un parcours certes intéressant mais cela valait-il 674 pages??? Je n'en suis pas si sûre!

J'ai peiné pendant toute la première partie de livre sur l'enfance d'Elaine. Sa passivité face aux pressions de ses "amies" m'a franchement énervée et j'avais envie de lui mettre quelques claques, histoire de la faire réagir. Ayant toujours été plutôt forte tête, je n'ai juste pas du tout réussi à m'identifier à ce personnage mou, apeuré et sans volonté aucune. Heureusement, j'ai mieux accroché à la deuxième partie sur l'adolescence et la vie d'adulte d'Elaine, dans laquelle le personnage prend un peu plus d'ampleur. Elaine reste cependant, pour moi, un personnage sans grand intérêt et plutôt fade. Heureusement, j'ai aimé plusieurs personnages secondaires, comme le père d'Elaine, biologiste visionnaire, sa mère excentrique, son frère Stephen (dont la fin arrive un peu comme un cheveu sur la soupe), Josef, Jon et bien d'autres. C'est étrange, en fait, que tous ces personnages paraissent plus forts et plus nets que les personnages centraux que sont Elaine et Cordelia. Une vraie erreur de casting selon moi.

Oeil-de-chat reste un livre bien écrit. La première partie est peut-être un peu ampoulée par trop de métaphores curieuses, par exemple:

"Autour de moi flotte l'odeur de l'encre d'imprimerie et d'encaustique, l'odeur des tiroirs de commode de mes bas rugueux mélangés à celle des genoux noircis, l'âcre senteur du lainage écossais et l'odeur de litière de chat des petites culottes de coton." p.94

Mr. Z qui a lu The Blind Assassin il y a quelques semaines a d'ailleurs noté cette même profusion de métaphores, pas toujours des plus utiles. De manière générale, j'ai toutefois apprécié l'écriture de Margaret Atwood et je relirai certainement un autre de ses romans, probablement Le Tueur aveugle ou La Servante écarlate, qui ont l'air d'avoir plus à un grand nombre d'entre vous.

Un livre à l'intrigue plutôt plate et sans grand intérêt. C'est d'autant plus dommage que les personnages secondaires avaient un réel potentiel et que l'auteur aborde plusieurs sujets intéressants, tels que la dégradation de l'environnement, les interprétations farfelues des oeuvres artistiques, le féminisme, le terrorisme et bien d'autres, avant de les laisser filer sans les développer pour revenir à un personnage sans relief. Encore une fois, dommage!

Un oeil-de-chat, l'une de ces billes multicolores au moyen desquelles on peut regarder le monde qui nous entoure comme à travers un kaléidoscope... C'est sous ce prisme éclaté qu'Elaine Risley, femme peintre et la narratrice de ce livre, s'interroge sur elle-même, se penche sur son passé. Qu'est-ce qui a fait sa vie? Telle est la question fondamentale à laquelle elle va tenter de répondre en retournant sur les lieux de son enfance, dans sa ville de Toronto. Ses rencontres, ses amours - avec des filles comme avec des garçons -, voilà les pierres blanches de l'existence d'Elaine. Dans un jeu virtuose entre passé et présent, la grande romancière canadienne, auteur de chefs-d'oeuvre universellement admirés comme la Servante écarlate, Captive, Le Tueur aveugle - pour n'en citer que trois - trace l'admirable portrait d'une femme de bonne volonté qui s'est débattue avec ténacité dans ce monde plein de bruit et de fureur qui est la nôtre.

P.S. Je n'ai noté aucunes relations avec des filles de mon côté...


Je remercie Blog-O-Book pour l'envoi, ainsi que les éditions Robert Laffont que je profite de féliciter pour leur collection pavillons poche au format et la mise en page très agréables.

Oeil-de-chat est ma première lecture pour le Challenge Petit BAC d'Enna, catégorie "animal".


ATWOOD Margaret, Oeil-de-chat, ed. Robert Laffont, coll. Pavillons poche, janvier 2011, 674p., traduit de l'anglais (Canada) par Hélène Filion.

ATWOOD Margaret, Cat's eye, ed. O.W. Toad Limited, 1988.

mardi 8 février 2011

Cou-ci Cou-ça: Comment les girafes font-elles?


Pour: les mamans qui aiment chiper les albums de leurs enfants

Petit album cartonné avec deux volets qui s'ouvrent sur un long cou de girafe. Anne Louchard s'interroge sur comment dorment les girafes, avec des illustrations toutes simples sur fond blanc.

J'ai trouvé cet album tout simplement adorable et très poétique. Je ne suis, par contre, pas certaine de son succès auprès des enfants vu que le format très court s'adresse plutôt à des tout petits, alors que le message, tout en finesse, plaira plutôt aux plus grands. N'étant de loin pas une spécialiste en littérature jeunesse, je conseillerais cependant ce livre pour une lecture au lit à des enfants de 3-4 ans... et pour leurs parents qui craqueront sûrement pour cette sympathique girafe.

LOUCHARD Anne, Cou-ci Cou-ça: Comment les girafes font-elles?, ed. Minedition, septembre 2010, 18p.

jeudi 3 février 2011

Citation du jeudi (9)


"Books say: she did this because. Life says: she did this. Books are where things are explained to you; life is where things aren't. I'm not surprised some people prefer books. Books make sense of life. The only problem is that the lives they make sense of are other peoples' lives, never your own."

Julian Barnes, Flaubert's Parrot


Mauvaise traduction de moi:

Les livrent disent: elle a fait ça parce que. La vie dit: elle a fait ça. Les livres sont l'endroit où les choses te sont expliquées; la vie où elles ne le sont pas. Je ne suis pas surpris que certaines personnes préfèrent les livres. Les livres donnent du sens à la vie. Le seul problème, c'est qu'ils donnent du sens à la vie d'autres personnes, jamais la tienne.

Extrait d'un livre que je veux lire depuis un petit moment, malgré mon lonnnng et pugnace désaccord avec Flaubert, tout comme Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary de Philippe Doumenc, qui traine dans ma PAL depuis sa sortie. Un jour viendra... et qui sait, ils me réconcilieront peut-être avec Flaubert...

mardi 1 février 2011

Le coeur est un noyau candide de Lydia Millet


Pour ceux qui aiment: Cat's Cradle de Kurt Vonnegut ou D'amour et d'eau fraiche de T-C Boyle

Le 16 juillet 1945, au moment précis de l'explosion de la première bombe atomique à Los Alamos, au Nouveau Mexique, trois scientifiques se retrouvent mystérieusement transportés en 2006 à Santa Fe. Robert Oppenheimer, Leo Szilard et Enrico Fermi, dont les recherches respectives sont à la base de l'invention de la première arme de destruction massive, vont devoir faire face à l'inexplicabilité de leur saut dans le temps. Aidés d'Ann et de son mari Ben, puis très vite suivis d'une foule incroyable d'adeptes de tous genres, les trois pères de la bombe atomique vont endosser une mission à la portée universelle: la promotion de la paix sur terre.

Lydia Millet nous offre ici un texte plutôt déluré, mêlant comédie de moeurs, critique sociale et éléments scientifiques. Le texte est très haché et les paragraphes passent sans détour d'un personnage à un autre, entrecoupés également d'un résumé de l'histoire des essais nucléaires et de la bombe atomique.

J'ai particulièrement aimé la première partie du livre sur les premiers jours de nos trois savants transportés directement des années 40 à l'excitation de 2006, et leurs réactions face aux conséquences apocalyptiques de leur invention. Ces premières découvertes donnent lieu à des passages tout simplement savoureux:

"A ce moment-là, un groupe d'écoliers braillards et dissipés arriva au galop derrière lui. Les enfants couraient d'un mur à l'autre sans accorder plus qu'un coup d'oeil hâtif aux photos exposées et échangeaient railleries et quolibets.
"Quelle arnaque!" hurla l'un d'eux à 30 centimètres de son oreille, comme si l'idée même de l'histoire était une entourloupe.

Un autre dit à son camarade: "Pédé, va, qui c'est qui est une grosse pédale maintenant, hein, sale pute?"

Oppenheimer resta longtemps figé sur son siège à méditer ces obscénités. De la bouche de tout-petits. C'était une tribu sauvage, des délinquants juvéniles, sans doute. Les qualifier de mal-élevés aurait relevé de l'euphémisme, ils devaient venir d'une institution spécialisées." p.39

J'ai également aimé la réflexion plus scientifique, presque militante en fait, sur le nucléaire, qui emmène le lecteur de l'ébauche du projet Manhattan, aux essais effectués dans les îles du Pacifique, sans aucun égard aux conséquences sur les populations locales et l'environnement. Lydia Millet se moque également de la récupération des trois savants par différents groupes fanatiques rivaux. J'ai cependant trouvé quelques longueurs sur la fin qui part un peu dans tous les sens et qui laisse le lecteur un peu en plan. Inutile d'ailleurs de s'attendre à une explication du voyage dans le temps, qui sert au final uniquement de prétexte à la critique de notre société.

Le coeur est un noyau candide est un texte fort bien écrit, original, intéressant et drôle à la fois. C'est extrêmement complet mais aussi déluré, dans la tradition du Lot49. Je rassure toutefois les traumatisées de L'Homme-Alphabet ou du Tunnel, Le coeur est un noyau candide est un Lot49 très soft et tout à fait compréhensible, même si ça reste assez spécial. Pour ma part, j'ai passé un bon moment avec ce livre et j'ai bien envie de continuer ma route avec cette auteure.

16 juillet 1945 : la première bombe atomique est testée à Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Au moment précis de l'explosion, Robert Oppenheimer, Leo Szilard et Enrico Fermi, trois des principaux scientifiques responsables du projet, sont mystérieusement "transportés" en 2006, à Santa Fe. Recueillis par Ann, une bibliothécaire, et son mari Ben, les trois savants déboussolés vont devoir s'adapter tant bien que mal à leur nouvelle vie, à ce monde que leurs recherches ont radicalement changé. Après avoir appris l'horreur engendrée par leur création (Hiroshima...) et les funestes conséquences de celle-ci, ils ne tarderont pas à entreprendre, des États-Unis au lapon, une croisade pacifiste visant au désarmement total. Entre l'armée et les scientifiques, qui voient leur " apparition " d'un mauvais oeil, les groupes religieux, qui assimilent leur présence à une prophétie biblique, et une société médiatique qu'il faut apprendre à manipuler, nos trois larrons vont avoir fort à faire.

À partir de cette hypothèse irréelle, Lydia Millet nous livre avec ce roman désopilant et d'une imagination réjouissante une remarquable analyse des liens qu'entretiennent science, politique et religion dans l'Amérique d'aujourd'hui, et l'effort permanent de ces trois domaines pour diriger nos vies. En reine des dialogues et des situations absurdes, l'auteur, à l'instar d'un Richard Powers, sait combiner vertige de la science et subtilité de l'intrigue comme peu d'autres écrivains. On pense à Murakami et à Don DeLillo, autant qu'à Twain et Vonnegut.
Lydia Millet est née le 5 décembre 1968 à Boston et a grandi au Canada. Elle vit à Tucson, en Arizona, et à Cape Cod. Le coeur est un noyau candide est son cinquième roman.

Merci beaucoup à Olivier pour le cadeau et à Leiloona qui m'avait donné envie de lire ce livre. Je réalise d'ailleurs, en relisant son billet, que nous citons le même passage, marquant pour tous les lecteurs apparemment ;-)

MILLET Lydia, Le coeur est un noyau candide, ed. Le Cherche Midi, coll. Lot 49, septembre 2009, 557p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie et Jean-René Etienne.
MILLET Lydia, Oh Pure and Radiant Heart, ed. Soft Skull Press, juin 2005, 506p.