vendredi 29 juillet 2011

Gourou de Camille de Casabianca


Pour ceux qui aiment: Le film Le Gourou et les femmes de Daisy von Scherler Mayer

Paul Balanda est sur le point de gagner une fortune en vendant le brevet d'une vache génétiquement modifiée qui produit du lait maternel. Les acheteurs américains insistent cependant pour que le contrat soit également signé par la femme de Paul, Michelle, à l'origine de la découverte. Seul problème, Michelle a profité de la dernière absence de son mari pour partir s'isoler dans un ashram indien et elle n'est pas prête à revenir. Paul a trois jours pour la ramener et sauver sa société. 

Camille de Casabianca est écrivain et cinéaste et cette double casquette se ressent à la lecture de ce nouveau roman. L'intrigue de Gourou est en effet très "scénarisée". Paul nous fait part du récit de ces quelques jours qui vont bouleverser sa vie, à la première personne, dans un style parlé et plutôt direct. Pas de grandes descriptions littéraires ou d'effets de styles compliqués, Camille de Casabianca va droit au but et privilégie les effets comiques de situation plutôt que la forme. Tout au long de ma lecture, j'ai ainsi pensé que cette histoire ferait une très bonne comédie à la française. Ceci n'est, bien sûr, en rien une critique mais ce style très cinématographique et le nombre limité de descriptions m'a parfois fait perdre le fil des nombreux personnages. 

J'ai toutefois passé un bon moment avec Gourou. J'ai beaucoup aimé le personnage de Paul, intéressé uniquement par la signature de son contrat, qui se retrouve malgré lui embarqué dans la vie d'un ashram. J'ai beaucoup ri à ses réflexions sur ce business de la spiritualité et sur ces occidentaux aisés venus chercher la vérité auprès d'un gourou indien. Sous des aspects légers et comiques, Camille de Casabianca distille également des idées intéressantes sur la recherche scientifique, le génie génétique et le duel entre préoccupations mercantiles et besoin de religieux de notre époque. Son livre se révèle ainsi, sous ses airs de vaudeville, plus profond qu'il n'y parait. 

Un roman sympa, souvent drôle, et parfois plus sérieux. Une sorte de récit initiatique à la sauce indienne avec un narrateur, motivé uniquement par l'appât du gain qui va, au fil des jours, trouver le Sens profond de la vie. Une lecture idéale pour l'été et un roman que je verrais avec plaisir adapté au cinéma. 

Paul, chef d'une entreprise de génie génétique au bord de la faillite, a trois jours pour sauver sa société. Le salut dépend de la signature de sa femme, partie chercher la sagesse dans un monastère en Inde. Il l'y rejoint avec l'intention de la ramener à Paris, mais elle ne veut rien savoir. Prêt à tout pour la convaincre, il est loin d'imaginer jusqu'où cela va l'entraîner.

Tendre et moqueur, Gourou interroge notre époque et son "air du temps" : couple qui tente de se refaire, interrogations éthiques, exotisme, rencontre de deux civilisations, l'une cherchant à s'émanciper de traditions ancestrales, l'autre à dépasser ses rapports purement marchands... Le rythme est haletant, le ton est celui de la comédie, mais une comédie résolument sentimentale.

Camille de Casabianca est cinéaste et écrivain. Elle a publié entre autres, Le Lapin enchanté (Seuil, 2005) et Nouvelles du cinéma (Léo Scheer, 2010). 

Je remercie Les Agents Littéraires  et les éditions Léo Scheer pour l'envoi de ce livre. 

J'inscris également cette lecture à mon challenge Petit Bac d'Enna, catégorie Métier.

de CASABIANCA Camille, Gourou, ed. Léo Scheer, avril 2011, 232p. 

samedi 23 juillet 2011

Principes de LCA


J'ai un grand principe en ce qui concerne mes achats de livres: "je n'achète JAMAIS de livres en grande surface". J'essaie au contraire de privilégier les petites librairies, ou au moins les vraies librairies, même si de plus en plus, vu la différence de prix entre la Suisse et la France, je me laisse tenter par les achats en ligne. M'enfin bref, jamais jusqu'ici je n'avais acheté un livre dans un grand magasin. Sauf que.... quand je vois ça à moitié prix, je n'ai tout simplement pas pu résister. Les grands principes sont faits pour être parfois mis de côté, non?


Et comme il fait un temps pourri ici, j'en ai également profité pour acheter un bikini. Esprit de contradiction vous dites? Quant à vous, j'espère que vous avez réussi à trouver le soleil; à ce qu'il parait, il fait 35° en Roumanie...

dimanche 17 juillet 2011

The Adventures of Huckleberry Finn de Mark Twain

Pour ceux qui aiment: Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma

Après Les Aventures de Tom Sawyer, Mark Twain nous offre ici le récit de Huckleberry Finn, le meilleur ami de son premier héros. Jeune adolescent du Missouri, Huckleberry Finn est confié aux soins "civilisateurs" de Miss Watson et de la veuve Douglas. Mais quand son père alcoolique et violent refait surface, Huck décide de s'enfuir en compagnie de Jim, l'esclave noir de Miss Watson. A bord d'un radeau, Huck et Jim vont faire d'étonnantes rencontres et vivre de vraies aventures au fil des eaux du Mississippi.

C'est la récente (mais récurrente) polémique autour de l'utilisation du mot "nègre" dans ce roman qui m'a donné envie d'enfin découvrir Twain. Je vous le rappelle, un éditeur américain a en effet décidé de publier Les Aventures de Huckleberry Finn en remplaçant le mot "nigger" par celui de "slave" (esclave). Mon billet sur le sujet ici. Après lecture, je confirme que cette décision est totalement absurde. En effet, Mark Twain offre ici un reflet fidèle et très critique de la société américaine de l'époque (1835-1845) et Jim, le "nègre", s'avère au final un ami fidèle et un être bien plus "humain" que les personnages "blancs" rencontrés au fil de leurs aventures. Ainsi, l'utilisation du mot "nègre" et le dénigrement qu'il implique est contrebalancée par l'amitié qui se forme entre Huck et Jim qui va à l'encontre de la "morale" de l'époque. La censure de ce mot affaiblit donc, à mon sens, le message principal de Twain qui est le refus de Huck, après un combat intérieur, des valeurs de l'époque qui ne voit en Jim qu'un "nègre" et non un homme qui a droit à sa liberté. 

The Adventures of Huckleberry Finn est donc un livre très critique, pas seulement sur le sujet de l'esclavage, mais de manière générale envers la société bien pensante de l'époque. Twain se moque par exemple de la stupidité et de la naïveté des villageois, piégés très facilement par le duc et le Dauphin ou aveuglés par des valeurs sans fondement comme dans l'épisode de la vendetta entre les Grangerfords et les Sheperdsons. 

Je vais m'arrêter là pour l'analyse, d'autres y ont consacré des livres entiers, mais en ce qui concerne mon ressenti, il est plutôt positif. C'est toujours un plaisir de découvrir un classique, surtout quand il reflète les pensées et la vie d'une époque. L'intrigue d'Huckleberry Finn est une suite de petites aventures et de rencontres, rythmées par la descente du fleuve. L'ensemble est sympa mais parfois un peu décousu et je pense que j'aurais plus accroché à cette lecture à l'adolescence. 

Le style est très travaillé et j'ai adoré l'emploi de l'argot et les fautes intentionnelles qui donnent vraiment un côté attendrissant aux personnages. J'ai par contre bien sué sur ma version originale et j'ai même parfois dû lire à haute voix pour suivre les dialogues avec Jim (pas super en transports publics ;-)). Petit extrait: "I laid dah under de shavins all day. I 'uz hungry, but I warn't afeard; bekase I knowed ole missus en de widder wuz goin' to start to de camp-meetn' right arter beakfas' en be gone all day, en dey knows I goes off wid de cattle 'bout day-light, so dey wouldn' 'spec to see me roun' de place, en so dey wouldn' miss me tell arter dark in de evenin'." p.38 Heureusement, mon édition indienne achetée au Ghana (!!!) avait un petit lexique en fin d'ouvrage. Je me demande cependant comment tout cela est traduit...

The Adventures of Huckleberry Finn est un classique qui, derrière une intrigue simple et un ton naïf, offre une réflexion bien plus profonde sur les valeurs de la société américaine du 19ème siècle. J'ai particulièrement aimé le style de l'auteur mais j'ai parfois un peu décroché sur la suite d'intrigues. C'est définitivement un livre que j'aurais voulu étudier plus en profondeur en classe (oui, oui, élève qui passe par là, un jour tu seras reconnaissant à ton prof d'anglais). 

"All modern American literature comes from one book by Mark Twain called Huckleberry Finn... There was nothing before. There has been nothing as good since" is how Ernest Hemmingway described the novel, an opinion that has been endorsed by literary critics in the twentieth century. What started modestly as a "king of companion to Tow Sawyer" grew into a work of immeasurable richness whose symbolic significance makes it a thoroughly modern novel relevant to our times and conditions.

In its distrust of too much civilisation and its concern with the way language turns dreamy and corrupt when divorced from the real condition of life, Huckleberry Finn echoed some of the central concerns of life today. And more than modern is its hero, Huck who is, in the words of T.S. Eliot, "one of the permanent symbolic figures of fiction, no unworthy to take a place with Ulyssses, Faust, Don Quixote, Don Juan, Hamlet and other discoveries which man has made about himself." Like all great works of fiction where no story is told as if it is the only one,
Huck Finn is open-ended, the "unfinished story" where the true meaning is left to the conscience and imagination of each reader. 
 
Cette lecture est une lecture commune avec Nathalia que je remercie pour sa patience. Allez vite voir son avis.
J'inscris également cette lecture dans le cadre du challenge nécrophile de Fashion, catégorie "décédé dans des circonstances particulières". Selon Wikipedia, Mark Twain, Samuel Langhorne Clemens de son vrai nom, est né quelques jours après le passage de la comète Halley en novembre 1835. Il avait prédit qu'il s'en irait également avec elle et il est finalement décédé le lendemain du retour de la comète, le 21 avril 1910.

TWAIN Mark, The Adventures of Huckleberry Finn, ed. UBSPD, 2005, 246p. Publié pour la première fois en 1884.
TWAIN Mark, Les Aventures de Huckleberry Finn, ed. Flammarion, janvier 1999, 344p. traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claude Grimal.

vendredi 15 juillet 2011

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer

Pour ceux qui aiment: Vous avez un message, le film de Nora Ephron

Par erreur, Emmi Rothner envoie un mail à un inconnu, Leo Leike, pour résilier l'abonnement à un magazine. Leo lui signale son erreur et peu à peu, un dialogue par mails s'engage. Ce dernier va les mener bien plus loin que prévu.

Personne n'a échappé à la (septième) vague de Quand souffle le vent du nord, grand coup de coeur de la blogosphère l'année dernière. Je n'ai bien sûr pas pu résister face aux déclarations hystériques (oui, oui, quand un petit peu ;-)) des blogueuses au fameux Leooooooo, et ce livre avait très vite rejoint ma bibliothèque. Rebelote avec la sortie de la suite: il était donc grand temps que je me plonge moi aussi dans cet échange de mails entre Emmi et Leo. 

Comme souvent quand un livre est encensé par la blogo, je ressors de ma lecture un peu déçue, probablement en raison des nombreuses attentes que j'avais sur ce livre. Certes, Daniel Glattauer nous offre ici un roman à la forme originale, où l'utilisation des mails est judicieuse et jamais rébarbative. Seulement, cette Emmi a eu le don de m'énerver avec sa jalousie maladive et son emploi des majuscules et même le fameux Leo n'a pas vraiment réussi à sauver la barque. Je n'ai en effet pas succombé au beau Leo (désolée pour les fans, il en restera plus pour vous) qui ne tient pas une goutte d'alcool, se lamente sur la pimbêche qui l'a quitté et est bien sûr incroyablement beau et séduisant en plus d'être sensible, charmant, beau parleur, attentionné et très romantique. Mouais.... Franchement le coup de la rencontre dans le noir.... Je dois avoir perdu mon coeur de midinette car Bernhard m'a semblé beaucoup plus digne d'intérêt.

J'avoue, je suis un peu vache avec ce roman, car au final, malgré l'exaspération parfois provoquée par les deux personnages principaux, j'ai quand même passé un bon moment. C'était la lecture idéale au bord de la piscine en Toscane, ça se lit vite et facilement, c'est léger et pétillant. La grande question maintenant est: vais-je lire la suite?

Un message anodin peut-il bouleverser votre vie? Leo Leike reçoit par erreur un mail d'une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s'excuse et, peu à peu, un dialogue s'engage, une relation se noue. Au fil des mails, ils éprouvent l'un pour l'autre un intérêt grandissant. 
Leo écrit: "Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m'accompagne au quotidien."
Emmi admet: "Quand vous ne m'écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque."
Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d'un chagrin d'amour. De plus en plus attirés l'un par l'autre, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre...

Daniel Glattauer, né à Vienne en 1960, écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour le grand journal autrichien Der Standard. Quand souffle le vent du nord, son premier livre traduit en français, est son plus grand succès

Lecture commune avec Canel, DeL, LaureFrankie et Sofynet. Allez vite voir leur billet.

GLATTAUER Daniel, Quand souffle le vent du nord, ed. Grasset, mars 2010, 348p. traduit de l'allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret. 
GLATTAUER Daniel, Gut Gegen Nordwind, ed. Deuticke im Paul Zsolnay Verlag, novembre 2006, 224p.

lundi 11 juillet 2011

Dictators' Homes de Peter York

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, les images d'Hitler à Berchtesgaden m'ont toujours semblées passionnantes. Oui, je sais, drôle d'introduction pour ce billet, surtout en plein été alors que nos lectures se font plus frivoles, mais voilà, c'est comme ça: voir cet homme terrifiant vivre une vie totalement banale, jouer avec un chien et boire un verre avec ses amis m'a toujours paru profondément dérangeant.

Dictators' Homes part un peu du même principe: Peter York nous invite à pénétrer l'intimité, plus ou moins mise en scène par la propagande gouvernementale, des dictateurs les plus sanglants du 20ème siècle. On pénètre ainsi dans les demeures de personnages tous aussi peu recommandables que Joseph Staline, Benito Mussolini, Tito, Mobutu, Saddam Hussein, ou encore Slobodan Milosevic.

Cependant, malgré cette liste peu engageante, Dicators' Homes est un livre vraiment drôle, plaisant et intéressant. Peter York détaille avec humour le style et les intérieurs de ces dictateurs et formule quelques conclusions hilarantes sur ce que le décor dévoile de la personnalité du propriétaire. Et ce qui ressort souvent c'est avant tout du mauvais goût, une passion pour l'or, le marbre et les grands symboles à figure d'aigle et les énormes bureaux style "je suis un homme très occupé". Mais le lecteur découvre également un Staline lisant tranquillement sur une chaise longue, la maison très basique de Lénine côté officielle et celle beaucoup plus bourgeoise où il passera ses dernières années, l'impression de simplicité qui émane d'Idi Amin, des portraits qui font froid dans le dos de Mussolini et Hitler fièrement suspendus au mur, le décors hideusement 80's des Ceausescu, le couronnement à inspiration Napoléonienne de Bokassa ou enfin les goûts affreux en peinture de Saddam Hussein qui, comme le dit Peter York, justifiaient presque à eux seuls l'invasion de l'Irak.

L'ouvrage est complété par une série de courtes biographies en fin d'ouvrage qui montre malheureusement que la plupart d'entre eux sont morts relativement vieux après une belle retraite dans leurs palaces surdimensionnés.

Un livre-photo au ton caustique qui malgré un sujet plutôt flippant et dérangeant m'a arraché plusieurs éclats de rire. Sans se prendre au sérieux, Peter York a réussi à regrouper des photos (inédites pour ma part) qui en révèlent beaucoup sur la personnalité de ces hommes qui ont marqué d'une trace sanglante notre histoire récente.

Our homes are an extension of our personalities. Home is the place where we are truly ourselves and reveals a great deal about what makes us tick.
In Dictators' Homes, Peter York looks at how some of history's most alarming men and women have chosen to decorate their houses, exploring the private tastes of these public figures in the broader context of twentieth-century interiors and architecture. From Mussolini's inglenook fireplace to Hitler's parquet floor, and from Saddam Hussein's private artwork to General Noriega's Christmas tree, no design detail is left unexamined.
Dictators' Homes offers a great insight into some of the world's most dangerous minds than any interview or archive ever could. These houses illustrate what happens when unrestricted imagination collides with unlimited power. 

Peter York, author, journalist and broadcaster, is Britain's original style guru. He was Style Editor of Harpers and Queen for a decade. The Official Sloane Ranger Handbook - which he co-wrote with Ann Barr - was the UK's bestselling trade book of the 1980s. He is a columnist for the Independent on Sunday and writes for GQ and Management Today.

YORK Peter, Dictators' Homes, ed. Atlantic Books, octobre 2005, 120p.