lundi 19 septembre 2011

Arrêt Wagram de Samuel Delage

Yvan Sauvage est un expert d'art et commissaire-priseur réputé. Ses compétences sont d'autant plus appréciées qu'il s'investit totalement dans son travail depuis la disparition, une année plus tôt, de sa fille Aurélia. Sa vie va cependant basculer encore d'avantage lorsque, du jour au lendemain, il est forcé d'embarquer pour New York où il doit travailler pour un réseau de malfaiteurs. 

Avec ce deuxième roman, Samuel Delage aborde une palette ambitieuse de thèmes, notamment le marché de l'art, la génétique ou encore les essais pharmaceutiques. Etant une adepte des ventes aux enchères et vivement intéressée par toutes les avancées scientifiques, je ne pouvais qu'être attirée par ce thriller. Et j'ai plutôt bien fait, car j'ai passé un bon moment avec cette lecture. J'ai trouvé le personnage d'Yvan attachant et le suspens plutôt bien maîtrisé. Le rythme est soutenu, même haletant, et le lecteur ne s'ennuie pas une minute tout au long de ces 250 pages. 

Cependant, Arrêt Wagram n'est pas dénoué de certains défauts propres aux premiers (enfin deuxième mais vous suivez la logique) romans. J'ai parfois trouvé l'accumulation des thèmes un peu trop lourde: on a l'impression que l'auteur a voulu mettre toutes ses idées dans ce roman. J'ai ainsi trouvé le versant scientifique de ce roman parfois superflu et j'aurais par exemple préféré une intrigue vraiment centrée sur le marché de l'art et le kidnapping d'Yvan pour ce premier volume. Pour le quart d'heure de la lectrice pinallieuse, je dois aussi dire que j'ai été perturbée par l'absence d'interligne entre certains paragraphes. On passe ainsi de Paris à New York, de personnage en personnage sans pause, d'une ligne à l'autre. Si cette mise en page donne vraiment l'impression d'une intrigue qui se déroule à cent à l'heure, j'avoue avoir parfois peiné à suivre le rythme (je me fais vieille, que voulez-vous). Enfin, je regrette une conclusion un peu hâtive et peut-être trop facile.

Malgré quelques incohérences et faiblesses, j'ai passé un bon moment avec Arrêt Wagram, au point de rester éveillée jusqu'à 2h du matin, alors que je tombe de fatigue, pour connaître le fin mot de l'histoire. Un bon début donc pour Samuel Delage et un auteur que je suivrai avec plaisir dans le futur, surtout que son prochain roman, Code Salamandre, à paraître le 6 octobre, suit à nouveau les aventures d'Yvan Sauvage en se penchant sur le mystère de Chambord. Comment résister?

Menacé par une puissante organisation l'obligeant à se livrer à un trafic d'oeuvres d'art, Yvan Sauvage doit disparaître sans un mot et tout abandonner. Ses ravisseurs prétendent détenir sa fille, Aurélia. Dans un chassé-croisé entre Paris et New York où se mêlent argent, pouvoir et recherche scientifique, Yvan arrivera-t-il à s'extirper de cette vaste toile d'araignée et à retrouver sa fille?

Samuel Delage, 32 ans, ingénieur informatique, passionné par la lecture, l'écriture, le cinéma et la musique. 

Je remercie chaleureusement l'auteur pour l'envoi de ce livre et pour sa disponibilité.

DELAGE Samuel, Arrêt Wagram, ed. Les Nouveaux Auteurs, coll. Poche, juin 2011, 250p.      

samedi 17 septembre 2011

Nagasaki d'Eric Faye


Depuis quelques temps, Shimura-san a l'étrange impression de ne plus être tout seul chez lui. Il commence à contrôler la nourriture stockée dans son réfrigérateur et le niveau du jus d'orange, jusqu'à ce que ses soupçons deviennent obsédants et que ses doutes soient confirmés. 

Ce court roman d'Eric Faye est inspiré de faits réels survenus au Japon en mai 2008. C'est un roman emprunt de routine et de solitude, raconté par Simura-san, un météorologue d'une cinquantaine d'années à la vie vide et sans aspérité. Quand ce dernier devient le héros d'une histoire sensationnelle qui le propulse à la une des médias, la platitude de sa vie lui apparaît soudain trop clairement. 

Avec Nagasaki, Eric Faye, auteur français, a totalement réussi à m'embarquer dans une ambiance japonisante. J'ai beaucoup aimé la simplicité de ce récit, dépourvu de tout sensationnalisme. Nagasaki pourrait être que le témoignage sincère d'un quotidien bouleversé, mais l'auteur nous pousse subtilement à une réflexion sur la vie et nos relations aux autres. J'ai également beaucoup aimé le style d'Eric Faye que je ne connaissais pas du tout avant la découverte de ce livre et avec qui j'ai bien envie de continuer ma route (recommandations bienvenues). 

Un petit récit calme (devrais-je dire zen?) et touchant abordant pourtant des thèmes lourds comme la solitude et les regrets. Une roman s'inspirant d'un fait divers hors du commun pour nous raconter le quotidien plat d'un homme seul. Une belle lecture humaine et plus profonde qu'il n'y paraît. 

Tout commence par des disparitions, des déplacements d’objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet un homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit. 

"Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis..."

Éric Faye a publié chez Stock Croisière en mer des pluies (1999), Les cendres de mon avenir (2001), La durée d’une vie sans toi (2003), Mes trains de nuit (2005), Le syndicat des pauvres types (2006), L’homme sans empreintes (2008), et Nous aurons toujours Paris (2009).

Lecture commune avec Charmant petit monstre et Canel. Allez vite voir ce qu'elles en ont pensé. 
J'inscris également cette lecture au Challenge Petit Bac d'Enna, catégorie lieu. 

FAYE Eric, Nagasaki, ed. Stock, août 2010, 108p. 

P.s. Pour la petite anecdote, je viens de lire dans un journal très très sérieux, rubrique people of course, qu'il était arrivé la même chose à Pamela Anderson. Une inconnue habitait en effet chez elle depuis quelques jours sans qu'elle s'en soit rendue compte. No comment!

mercredi 14 septembre 2011

Enfin!: la shortlist du Booker Prize 2011


Vous avez certainement déjà tous lu l'information mais comme c'est une tradition de ce blog, voici enfin la shortlist du Booker Prize, annoncée le 6 septembre:

1. Julian Barnes, The Sense of an Ending: Un court roman de 150 pages, à la limite de la nouvelle, sur la mémoire et sur le fait de vieillir. Tony, le narrateur, se rappelle de ses amis d'enfance et de son premier amour avant de voir ses souvenirs magnifiés confrontés à la réalité.

2.Carol Birch, Jamrach's Menagerie: Le récit de Jaffy Brown, qui quitte une Angleterre victorienne pour l'Indonésie, à la recherche d'un dragon des mers pour l'excentrique Mr. Jamrach. Un récit épique sur l'Angleterre du 19ème siècle, également sélectionné pour le Orange Prize.

3.Patrick deWitt, The Sisters Brothers: La remise en question de deux frères, tueurs professionnels dans la Californie de la ruée vers l'or. Un récit drôle et dynamique

4.Esi Edgyan, Half Blood Blues: Un roman d'amitié et de trahison dans le Berlin du début des années 40 et le monde des cabarets. Sid revient à Berlin, 50 après la disparition de son ami, le trompettiste de jazz noir, Hieronymous Falk, arrêté dans un café en 1940.  

5.Stephen Kelman, Pigeon English: Un premier roman sur un petit garçon de 11 ans, récemment arrivé du Ghana, qui se lance dans une enquête après avoir assisté à un meurtre.

6.A.D. Miller, SnowdropsLe récit de Nick, un avocat britannique, plongé dans le chaos d'une Russie totalement corrompue. 

Chez les bookmakers anglais, Julian Barnes est toujours favori, suivi, dans l'ordre, de Carole Birch, A.D. Miller, Stephen Kelman, Esi Edgyan et Patrick deWitt. Le gagnant sera annoncé le 18 octobre et j'espère cette fois être à l'heure. 

A part ça, j'ai au moins 5 billets en retard. J'ai enfin envoyé hier un papier que j'avais à rendre pour mes études et je respire déjà un peu mieux. Il me reste encore 2 examens à passer dans 4 semaines et j'espère ensuite pouvoir reprendre un peu plus sérieusement en main ce blog pour sa troisième année. A tout bientôt!