dimanche 29 avril 2012

Salon du Livre de Genève: c'est déjà fini

Que les semaines passent vite en ce moment! Le travail s'accumule, la liste des billets à écrire s'allonge, j'ai perdu tout espoir de suivre le rythme de mon Google Reader mais je ne pouvais pas déroger à la tradition de vous relater ma courte et unique visite au Salon du Livre de Genève

Pour cette édition 2012, plusieurs nouveautés ont fait leur apparition sous l'impulsion de la nouvelle directrice du salon, Isabelle Falconnier, rédactrice en chef adjointe à l'Hebdo. Nouvelle affiche tout d'abord, littéralement nommée L'affiche, et un concept décliné sur tout le salon. Le visuel du salon avait un grand besoin de rafraichissement mais je ne suis personnellement pas totalement convaincue par le nouveau design: j'ai l'impression qu'on me prend pour une débile (ben oui, je reconnais une poubelle sans que ce soit écrit dessus). Mais c'est frais, c'est sobre, c'est net et je crois que de manière générale, l'idée a plu.

Autre nouveauté 2012, la création d'un prix littéraire francophone, "porteur de ce que l’on appelle l’esprit de Genève : liberté d’expression, humanisme, cosmopolitisme, débat d’idée". Le jury, présidé par Metin Arditi, a au final récompensé l'auteur haïtien Lyonel Touillot pour son roman La belle amour humaine. A noter également que le Prix Ahmadou Kourouma a été attribué à Notre-Dame du Nil de l'écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga. Deux livres très tentants!

Mis à part ces changements, l'esprit du Salon reste le même. Un salon africain; un invité d'honneur, le Maroc; une exposition de peinture, cette année consacrée à Gustave Courbet (dont je ne suis malheureusement pas une grande adepte); un salon de l'étudiant et une partie Village du monde qui m'ont semblé plus petits (bon point). Dans l'ensemble, j'ai trouvé la disposition plus aérée, plus espacée, donc plus agréable à visiter, mais du coup moins de livres aussi... et définitivement moins d'auteurs phares. Personnellement, je ne me suis arrêtée à aucune dédicace, par manque de temps mais aussi par manque d'envie... Le Salon peine à faciliter les contacts entre écrivains et lecteurs, et c'est là un de ses gros points faibles à mon avis. On a parfois l'impression d'être dans une grande librairie plutôt que dans un vrai salon de la littérature.

Bon, je radote, je radote mais j'ai au final, malgré la chaleur et le monde, passé une belle journée. Et j'ai même été très raisonnable côté acquisitions, vu que je ne reviens qu'avec trois livres dans ma sacoche. Il s'agit de:


Untapped: The Scramble for Africa's Oil de John Ghazvinian
Clandestin de Philip Caputo (merci encore Olivier)
Darwin's Origin of Species de Janet Browne (une collection sur les livres qui ont marqué l'histoire dont je zieute déjà le volume sur On the Wealth of Nations d'Adam Smith)

Voilà voilà, vivement l'année prochaine!

samedi 14 avril 2012

Maurice Audin: La Disparition de François Demerliac (DVD)


Algérie, années 50 : Maurice Audin est un jeune assistant de mathématiques français, à l’Université d’Alger. Également membre du parti communiste et militant pour l’indépendance algérienne, il  est arrêté à son domicile le 11 juin 1957. Soupçonné d’avoir hébergé le premier secrétaire du Parti communiste algérien (PCA), Larbi Bouhali, lors de sa fuite vers l’étranger, il est torturé par les services français avant de disparaitre. Sa femme, Josette Audin, et ses trois enfants tenteront en vain, pendant plus de 50 ans, de reconstituer les faits de la disparition de Maurice Audin, officiellement évadé, mais probablement mort suite aux sévices subis lors de son interrogatoire.

Ce documentaire est basé sur l’enquête de l’historien Pierre Vidal-Naquet qui a pris faits et cause pour cette affaire dès 1958 en publiant L’affaire Audin, un livre-enquête qui réfute la thèse de l’évasion et dénonce les actes de tortures perpétrés en Algérie. La Disparition reprend ainsi les conclusions de Vidal-Naquet et reconstruit la suite d’événements, démontrant l’absurdité du scénario officiel de l’évasion, toujours soutenu par les autorités françaises. Malgré de nombreuses enquêtes judiciaires et interpellations politiques (la dernière datant de 2007 quand Josette Audin écrivit à Nicolas Sarkozy), la vérité sur la disparition de Maurice Audin n’est toujours pas connue et son corps n’a jamais été retrouvé.

J’ai trouvé intéressant d’entendre les témoignages des acteurs directs de cette affaire sinistre, à l’image de Josette Audin qu’on sent profondément marquée par la disparition de son mari, qui deviendra la cause d’une vie entière. Témoignent également Henri Alleg, directeur à l’époque de journal Alger Républicain et dernière personne à avoir aperçu Maurice Audin suite à son arrestation, et Robert Badinter qui défendra l’affaire Audin. La voix algérienne est aussi présente, grâce, en autre, aux témoignages d’Abdelmajid Azzi, ancien combattant de l’ALN et Mohammed Harbi, historien algérien et membre du FLN. Ces derniers font écho à de courts entretiens avec d’anciens militaires français ayant assisté à des scènes de tortures. Prenant comme point de départ l’affaire Audin, La Disparition offre ainsi un témoignage plus large sur la pratique de la torture en Algérie et sur l’atmosphère délétère qui régnait à cette époque.

On sent très bien qu’on a affaire ici à un documentaire plus militant qu’historique. Une seule version de l’affaire y est présentée et aucun militaire impliqué dans l’affaire ou représentant du gouvernement n’est interviewé (ou n’a souhaité participer) à ce film. La Disparition demeure le témoignage d’une affaire emblématique de torture, symbole des milliers d’autres cas de torture perpétrés en Algérie, et à travers le monde jusqu’à nos jours.

La Disparition est complétée par les interventions de deux historiennes, Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche, qui apportent un peu de contexte à ce documentaire. Je regrette un peu la forme entretien de 10-15 minutes sur fond noir, un peu banale et ennuyeuse, alors que les informations données sont vraiment intéressantes : je pense en particulier aux explications sur la position du parti communiste et sur les commissions de sauvegarde, dont je peinais jusqu’ici à comprendre les rôles. Également en bonus, un court entretien avec le réalisateur, François Demerliac.

Un documentaire militant sur la disparition de Maurice Audin, comme un appel à ne pas oublier ces affaires, qui après 50 ans, n’ont toujours pas trouvé de conclusion. Un manifeste pour le devoir de mémoire et le droit à la vérité que j’ai trouvé intéressant mais (logiquement) incomplet et partial.

1957 - Alger. Le mathématicien Maurice Audin est arrêté par les parachutistes français. Sa femme et ses trois enfants ne le reverront plus jamais. Il est peu après déclaré « évadé » par l’armée. Il avait 25 ans.
2012 - Malgré 50 ans d’enquêtes et de procès, la justice a refermé ses dossiers sans condamner les coupables ni reconnaître les faits : la torture et l’assassinat. Les souvenirs s’estompent, les documents se perdent et les derniers témoins disparaissent à leur tour. Après celle de Maurice Audin, nous assistons à une nouvelle disparition : celle de la mémoire. À l’aide de témoins historiques, le film revisite la Guerre d’Algérie à travers le destin d’un individu, devenu le tragique symbole de ce conflit sans nom.
Je remercie les éditions Montparnasse pour l’envoi de ce DVD. Définitivement, il aura fallu le 50ème anniversaire de la fin de cette guerre pour que commence à démêler les fils de ces événements.

La Disparition, réalisé par DEMERLIAC François, ed. Montparnasse, février 2012, durée totale : 2h12 (film : 1h10 et bonus: 1h02)

mardi 3 avril 2012

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett (livre audio)


Pour ceux qui aiment: Le secret des abeilles de Sue Monk Kidd

Être née noire dans le Mississippi des années 60 laisse peu de choix quant à son avenir. Aibileen et Minny ont ainsi suivi les traces de leurs mères et sont devenues bonnes pour la bonne société blanche de la ville de Jackson. Aibileen s’occupe de la petite Mae Mobley Leefolt, tandis que Minny peine à trouver une place stable en raison de son caractère bien trempé. L’ordre des choses va cependant être bouleversé par la jeune Skeeter, qui pour impressionner une éditrice new-yorkaise va se mettre en tête de rédiger un livre sur la vie de ces bonnes noires qui partagent l’intimité et les secrets de ses amies et partenaires de bridge.

On a tellement entendu parler de cet énorme best-seller que je n’arrivais tout simplement plus à me résoudre à le lire. Les avis lus ici et là me laissaient également imaginer un roman un peu simpliste et (trop) rempli de bons sentiments. Et puis je l’ai reçu en livre audio, un concept que je voulais tester depuis un petit moment. Je me suis donc lancée, plus par curiosité pour le format que pour le livre en lui-même.

Et j’ai au final bien fait. Sans en faire un coup de cœur, j’ai passé un très bon moment avec ce roman choral, où les voix de Skeeter, Aibileen et Minny se font écho pour nous raconter la vie de Jackson et le raz-de-marée que va provoquer leur amitié dans un Mississippi encore dirigé par les lois ségrégationnistes.

Au fil de roman, je me suis vraiment attachée aux personnages principaux, au point d’avoir l’impression d’écouter ce livre comme si je participais à une conversation entre amies. J’ai aimé la sagesse d’Aibileen et sa force tranquille, le franc parlé de Minny et la détermination de Skeeter. Je sais que nombre d’entre vous ont reproché à ce roman son côté manichéen. Au contraire, j’ai trouvé les personnages plutôt réalistes de ce point de vue-là. Kathryn Stockett a su éviter le cliché des gentils noirs contre les méchants blancs pour nous offrir des personnages aux multiples facettes et fêlures: j’aurais volontiers fait manger une tarte à Hilly Holbrook, un personnage vraiment odieux, mais dont l’affection pour ses enfants est accentuée par l’auteur; Skeeter fait à la fois preuve de courage et d’égoïsme; et Minny a, tour à tour, un côté très froid, cassant mais faible également.

Il est aussi souvent reproché à ce roman son style un peu simple et son écriture légère, une critique qui a grandement contribué à mon manque d’envie pour ce livre. Ayant opté pour le livre audio, cet aspect de m’a pas du tout gênée, au contraire même: un style plus touffu aurait, je pense, grandement pénalisé mon écoute. Au fil du récit, je me suis ici laissée emportée vers le Jackson des années 60, recréé avec succès par Kathryn Stockett. 

Au final, rien à redire, La couleur des sentiments et un livre émouvant et bien construit, avec des personnages attachants et un contexte prenant. Au diable la vraisemblance du récit, j’ai vraiment retrouvé l’impression d’écouter une belle histoire, certainement pas de la même profondeur que d’autres récits sur le même thème, mais probablement moins simpliste que ce à quoi je m’attendais.

Quant à mon expérience audio-livre, ce fut une première rencontre concluante. J’ai adopté l’écoute sur i-Pod pendant la promenade de mon chien (oui oui, je sais, je suis sensée porter toute mon attention à ma boule de poils pendant sa promenade, mais voilà, il me fallait trouver un moment pour écouter mon livre en plus de mes rares efforts de ménage et mes encore plus rares périodes de repassage). J’ai trouvé l’écoute du livre très relaxante : j’ai eu l’impression de vraiment me plonger dans cette histoire tout en étant moins concentrée sur ce qui se passait. Un peu contradictoire je sais, mais la sensation est je trouve vraiment différente de la lecture (apparemment l’écoute fait appel à une autre zone du cerveau, d’où l’importance du braille pour les aveugles pour l’apprentissage, mais bon, je m’éloigne).

La couleur des sentiments avec les trois voix alternées de ses protagonistes se prêtait au final très bien à cette expérience. Le choix des actrices, Nathalie Hons, Nathalie Hugo et Cachou Kirsch, est de plus vraiment excellent. J’ai peu de points de comparaison, mais je pense qu’on a ici un très bon livre audio, qui malgré ses presque 18 heures d’écoute, se déroule sans aucun souci. Je ne suis donc pas étonnée qu’un film ait été tiré de ce livre et je me réjouis déjà de le voir à son passage à la TV, vu que je l’avais, avec ma tête de mule et mes a priori, boudé jusqu’ici.

En 1962, à Jackson, Mississippi, chez les Blancs, ce sont les Noires qui font le ménage et élèvent les enfants. Sans mot dire, sous peine de devoir prendre la porte. Est-ce le cas de Constantine, l’employée des Phelan, dont on n’a plus aucune nouvelle ? Mais franchement, qui s’en soucierait ? Ses amies, Minny et Aibileen, et surtout Skeeter, la propre fille des Phelan. La jeune étudiante blanche et les deux employées noires vont lier une alliance imprévisible pour « comprendre ». Passionnant de bout en bout, La Couleur des sentiments a déjà conquis plus de deux millions de lecteurs, dont Steven Spielberg qui en a acquis les droits.


Timbres différents, conviction ou verve identiques : Nathalie Hons, Nathalie Hugo, Cachou Kirsch et Valérie Lemaître marient leurs voix comme les héroïnes du roman leur volonté que "les choses changent"...

STOCKETT Kathryn, La couleur des sentiments, ed. Audiolib, juin 2011, 2 CD (MP3), durée:17h50
STOCKETT Kathryn, The Help, ed. Fig Tree, juillet 2009, 464p.