samedi 19 mai 2012

Quelques expos par-ci par-là


Avis aux chanceux parisiens et à ceux qui ont profité de ce week-end prolongé pour s’y rendre : 

De retour d’un petit et malheureusement très court séjour à Paris, je voulais vous encourager à aller voir trois expos qui m’ont beaucoup plu et qui sont toujours à l’affiche:  

L’invention du sauvage au Quai Branly: : 

Une exposition sur le thème rarement traité de l'exhibition d'êtres humains, qui eut cours du XVIème au XXème siècle, commissionnée par Lilian Thuram. 
Au fil des salles, le visiteur découvre les mécanismes de construction du « nous » face à l'autre, celui qui est différent et forcément inférieur, qu’il soit sauvage, physiquement "monstrueux", ou de couleur. Des premières rencontres avec les représentants de civilisations lointaines, à la professionnalisation de ces mises en scène avec des "artistes" rémunérés, en passant par la création de zoos humains, jardins d'acclimatation et autres expositions coloniales, l'exposition retrace l'historique d'un phénomène qui aura perduré bien au-delà de ce qui est raisonnable et qui est considéré comme la base du racisme et de nombreux stéréotypes modernes.  
Elle met également en lumière quelques « stars » du milieu, comme La Vénus Hottentote, la famille Gonsalvus et autres femmes à barbe et frères siamois, qui seront popularisés par les shows de Barnum et Bailey ou des Folies Bergères.   

L’exposition présente une collection d’objets, de films et de photos vraiment intéressante et offre un aperçu très complet du sujet. Le regard est cependant bien celui d'un citoyen du XXIème siècle, pour qui ces pratiques sont absolument choquantes. J'ai regretté que l'exposition se soit presque trop concentrée sur la dénonciation de ces faits, sans vraiment expliquer comment et pourquoi on en était arrivés là et à quel point le contexte de l'époque était différent. La muséographie est aussi parfois un peu confuse, avec des sujets comme la Vénus Hottentote qui reviennent dans plusieurs salles. L'exposition demeure toutefois passionnante et très bien documentée, sur un sujet que l'Histoire préfèrerait parfois, à tort, oublier.  

Jusqu'au 3 juin 2012, Musée du quai Branly 


Artemisia Gentileschi au Musée Maillol: : 


Très belle exposition autour de la figure passionnante d’Artemisia Gentileschi, peintre de l'époque caravagesque et l'une des rares femme-peintres de cette première moitié du XVIIème siècle à s'être imposée. Le Musée Maillol regroupe ici un nombre important de ses toiles à la force incontestable. Artemisia met souvent en scène des personnages féminins à la fois insoumis mais tristes et en difficulté, telles Judith décapitant Holopherne ou Cléopatre. La patte féminine de l’artiste est incontestable et s’exprime à travers une fabuleuse attention portée aux détails des tissus, des bijoux et des cheveux. La dentelle des robes est si finement peinte qu’on a l’impression que le tissu est directement collé sur la toile. Le tout est assorti de couleurs franches, comme le fameux bleu outremer, le jaune moutarde "fashionista 2012", et un magnifique bordeaux. 

Petit bémol: certaines toiles auraient méritées d'être accrochées côte à côte pour pouvoir mieux les comparer, mais l'espace du Musée Maillol est malheureusement un peu restreint, surtout pour certaines toiles imposantes. L'ordre de la visite et la chronologie sont également parfois un peu étrange. Cela n'enlève cependant rien à la qualité de cette exposition qui mérite définitivement une visite, afin de mieux (re)découvrir cette peintre encore trop méconnue.  
Suite à cette visite, j'ai bien envie de lire les livres consacrés à cette peintre et de voir le film inspiré de sa vie, et en particulier du fameux procès contre son précepteur et violeur, qui fit scandale à l'époque et qui, sans aucun doute, aura marqué son oeuvre. 

Le Musée Maillol présente également deux petites expositions annexes (une dizaine de toiles), consacrées à Séraphine Louis et au peintre français Camille Bombois. Je n'avais jamais "vu" (pas sur papier ou internet) les toiles de Séraphine et je confirme que ces toiles sont encore plus fascinantes en vrai que sur papier. Quant à Camille Bombois, je ne connaissais pas du tout son oeuvre mais sa "Grosse fermière sur son échelle" vaut le détour ;-) 

Jusqu'au 15 juillet, Musée Maillol 


Monumenta 2012: Daniel Buren au Grand Palais:: 

Bon, je ne vais pas faire toute une interprétation philosophique et super profonde de l'oeuvre de Daniel Buren. Sachez seulement que j'ai beaucoup aimé me promener parmi ces ronds de couleurs vives et les jeux de reflet qui tapissent en ce moment le Grand Palais. Daniel Buren a, pour moi, parfaitement exploité le concept de l’œuvre éphémère et a su apprivoisé l'espace magnifique du Grand Palais, en lui donnant un côté ludique et joyeux qui contraste avec la grandeur de l’endroit. Mission accomplie donc, pour un exercice qui est loin d’être simple, en témoigne l’échec complet de Tacita Dean au Tate Modern de Londres en automne 2011, que j’avais trouvé vraiment, vraiment décevant.  

P.S. Nous avons eu de la chance de tomber sur un après-midi ensoleillé mais je me demandais quel était l'effet sans soleil ou de nuit??? Et n'oubliez pas, écoutez Martine Aubry et évitez les jupes mesdemoiselles...

Jusqu'au 21 juin, Grand Palais 


Et bon, sinon j’ai bien sûr profité, j’ai beaucoup flâné dans les parcs, les terrasses des cafés ensoleillés (alors qu’il a fait mauvais tout le week-end chez moi, gnack gnack) et je me réjouis déjà de mon prochain séjour parisien.  


Pendant que je suis dans les expos, pour ceux qui sont sur Lausanne, il vous reste un jour pour découvrir la très bonne exposition: 


Derrière le rideau - l'Esthétique Photomaton au Musée de l'Elysée: 

L'exposition retrace l'utilisation de cet appareil mythique de photographie automatique par les artistes, de sa création en 1928 à nos jours. En parcourant l'exposition, on ne peut s'empêcher de regretter la disparition progressives de ces cabines cultes. De son utilisation par les surréalistes, aux scènes de films mettant en scène le photomaton, en passant par les collectionneurs des clichés oubliés et au revival à la japonaise, l'exposition de l'Elysée redonne toutes ses lettres de noblesse à ce format quatre photos si familier.  

Dernière chance demain, n'hésitez plus, surtout qu'il annonce mauvais ;-)

mercredi 2 mai 2012

Code Salamandre de Samuel Delage



Pour ceux qui aiment : Da Vinci Code de Dan Brown 

Avec ce deuxième tome des aventures d’Yvan Sauvage, expert en art et commissaire-priseur, Samuel Delage emmène le lecteur à la découverte des mystères de François Ier et du château de Chambord. Suite à la mort du Professeur Faure, Yvan Sauvage va reprendre la quête de son mentor et partir à la recherche d’un dépôt royal, dont la localisation exacte est dissimulée par un code sophistiqué ayant traversé les âges. Aidé par une jeune étudiante, les progrès de son enquête vont très vite attirer l’attention de groupuscules mal intentionnés.  

Attention davincicoïte aigue en vue !!! J’ai lu, il y a quelques mois, Arrêt Wagram, qui introduisait le personnage d’Yvan Sauvage. J’avais été principalement tentée par le profil du personnage : un commissaire-priseur comme héros d’un roman policier, je trouvais que cela ouvrait des pistes plutôt intéressantes. Dans la foulée, et malgré ma petite déception sur le premier roman, j’avais accepté de lire le deuxième opus. J’avais en effet trouvé la fin d’Arrêt Wagram ridicule et ratée et je me demandais bien comment l’auteur allait pouvoir se dépatouiller de cette histoire rocambolesque.  

Premier élément de réponse : l’auteur a pris la voie la plus facile en se débarrassant sans aucun cérémonial de la femme et de la fille d’Yvan Sauvage (et donc de la gadoue dans laquelle Delage avait mis les pieds en fin de premier tome) pour les remplacer par une jeune et belle étudiante. Pas de réelles explications, à part quelques larmes versées à l’écoute d’une chanson, on efface et on recommence en plus sexy, plus jeune, moins encombrée. Mouais ! 

Et ce n’est pas les seuls facilités de l’intrigue. Code Salamandre, du titre à la quatrième de couverture, des personnages aux rebondissements, tout ressemble à du Da Vinci Code réchauffé à la française. Franchement, le jeu de piste crypté par Da Vinci, le vieil homme porteur de secrets qui décède précipitamment, le professeur (ah non, pardon commissaire-priseur aventurier) à l’œil vif, la jeune femme belle et orpheline, le vilain qui les poursuit pour voler leur découverte, doublé en plus ici d’un serial killer et les vieilles histoires personnelles douloureuses, c’est vraiment trop pour moi, voire indigeste. J’ai trouvé le tout peu crédible, les personnages stéréotypés au possible, l'identité du coupable évidente et la résolution de l'énigme mal menée.  

N’ayant apprécié le Da Vinci Code que très moyennement, je ne pensais pas pouvoir dire un jour que ce dernier avait quand même du mérite comparé à ce nouveau roman de Samuel Delage. J’avoue que je ne suis pas très bon public pour ce genre de romans qui ne m’attire généralement pas. Je suis ici d’autant plus déçue que je trouvais que le personnage de commissaire-priseur et le milieu de l’art offraient de belles opportunités à l’auteur, qui aurait pu exploiter ce personnage de manière plus originale. C’est loupé ici, mais je pense toutefois que les fans du genre y trouveront leur compte de codes et de grandes énigmes historiques. Pour ma part, je crois que ma route avec Yvan Sauvage s’arrête ici.  

Yvan Sauvage, expert en art et commissaire-priseur, met fortuitement la main sur un itinéraire crypté conduisant à un dépôt royal. Il se lance alors, en compagnie de Marion, une jeune étudiante à la Sorbonne, dans la résolution d'une énigme qui leur fera encourir les plus grands périls. Un jeu de pistes érudit qui se transforme en périple hallucinant, où l'horreur le dispute au merveilleux. Lorsque son professeur de l'Ecole du Louvre décède, Yvan Sauvage se retrouve légataire d'un secret prodigieux : le vieil homme était sur le point de déchiffrer un code menant à l'un des trésors les mieux gardés du règne de François Ier. Yvan n'a alors de cesse de résoudre l'énigme. Marion entre dans son jeu, et le duo se lance avec une énergie farouche dans le décryptage des messages codés que recèlent les châteaux, statuaires et monuments édifiés par les architectes de l'époque, dont Léonard de Vinci. Puis ils explorent des itinéraires dont la cartographie occulte et étonnamment précise de la Renaissance a fixé le tracé. Tout à leur quête, les deux jeunes gens sont inconscients du danger qui les guette, tandis qu'un homme épie leurs moindres faits et gestes sous les ordres d'un mystérieux commanditaire. La recherche érudite et la résolution du code Salamandre pourraient bien déclencher une traque sanguinaire... 

Né en 1978, Samuel Delage agrandi dans le Saumurois. De longues recherches sur la Renaissance et sa cryptologie lui ont permis d'écrire ce thriller avec la précision de l'ingénieur qu'il est dans la vie. Son premier opus, Arrêt Wagram, est paru en 2010 chez Les Nouveaux Auteurs. Code Salamandre est son premier roman à paraître chez Belfond. 

Je remercie les éditions Belfond et l’auteur pour l’envoi de ce livre. Malgré ma déception, j’étais heureuse d’être fixée sur le sort d’Yvan. 

DELAGE Samuel, Code Salamandre, ed. Belfond, octobre 2011, 380p.