vendredi 14 septembre 2012

La shortlist du Booker Prize



Surchargée de travail à cause de mon mémoire de fin de Master, je n'ai pas trouvé le temps de vous parler de la longlist du Booker Prize annoncée en juillet. Je me rattrape donc aujourd'hui avec l'annonce de la shortlist qui a été faite mardi.

Les six romans toujours en course sont donc:

1. The Garden of Evening Mists de
Tan Twan Eng: Le deuxième roman de cet auteur malaysien se déroule dans la Malaise de 1949. Yun Ling Teoh, survivante des camps de prisonniers de guerre japonais, revient dans la région où elle a grandi. Elle y fait la connaissance de Aritomo, l'ancien jardinier de l'Empereur du Japon et devient, malgré sa haine pour l'ancienne nation occupante, son apprentie. Alors que les guérillas communistes gagnent du terrain, Yun découvre que le jardin de Yugiri renferme bien des secrets.

2. Swimming Home de
Deborah Levy: Juillet, 1994: Joe Jacobs, un poète de renom arrive avec sa femme, Isabel, et leur fille de 14 ans dans la maison qu'ils ont loué près de Nice avec leurs amis Laura et Mitchell. Un jour, il découvre dans leur piscine, une femme nue, Kitty Finch. Cette dernière est recueillie par Isabel qui l'invite à séjourner pour les vacances avec eux. Concentré sur une semaine, Swimming Home suit ce petit groupe de touristes qui va vite être dévasté par l'étrange personnalité de Kitty Finch.

3. Bring up the Bodies d'Hilary Mantel: Après Wolf Hall, récompensé par le Booker Prize en 2009, voici le deuxième tome de la trilogie d'Hilary Mantel. En 1535, Thomas Cromwell, ministre en chef d'Henry VIII, doit gérer les affres provoquées par la condamnation d'Anne Boleyn et l'attirance du roi pour Jane Seymour.

4. The Lighthouse d'
Alison Moore: Suite à une séparation douloureuse, Futh décide de partir en Allemagne pour une randonnée et une bonne remise en question. Après une nuit dans le petit hôtel familial Hellhaus, et une curieuse rencontre, Futh débute une semaine de marche pendant laquelle ses pensées reviennent sans cesse à l'abandon de sa mère et à son premier voyage en Allemagne avec son père. De retour au Hellhaus, d'étranges événements l'attendent.

5. Umbrella de
Will Self: Umbrella raconte l'histoire d'Audrey Death sur un siècle entier. Audrey, féministe engagée et ancienne ouvrière, est enfermée depuis des décennies dans un asile du Nord de Londres, victime de l'épidémie d'encéphalite léthargique qui a sévi dans la région à la fin de la Première Guerre Mondiale. Le Dr. Zack Busner, nouvellement arrivé dans l'institution, décide d'employer un nouveau traitement pour la soigner, avec des conséquences surprenantes.

6. Narcopolis de
Jeet Thayil: Jeet Thayil invite le lecteur à une découverte des bas-fonds du vieux Bombay des années 70 au début du 21ème siècle, avec comme point de ralliement le bar à opium de Rashid. Narcopolis est souvent décrit comme un "Trainspotting indien".

Chez les bookmakers, Hilary Mantel est pour le moment en tête, suivie de Will Self. Viennent ensuite Alison Moore et Tan Twan Eng à égalité, puis Deborah Levy et Jeet Thayil. Si Hilary Mantel l'emporte, elle sera le premier auteur à recevoir un Booker Prize pour deux livres d'une même série. A suivre le 16 octobre

Et sinon, les six autres romans sélectionnés sur la longlist étaient:

7. Communion Town de Sam Thompson: L'histoire d'une ville qui n'est jamais deux fois la même, chaque citoyen la traversant l'imaginant en effet à sa façon. 

8. Philidia d'André Brink: 1832: Philida, esclave sud-africaine, a scellé un pacte avec François Brink, le père de ses quatre enfants et fils de son maître. Il devait lui rendre sa liberté, mais ce dernier décide de ne pas respecter sa promesse. Philida dépose plainte contre François au risque de sa vie et décide de rejoindre Stellenbosch à pied, en compagnie d'un esclave musulman, à la poursuite de son rêve de liberté. 

9. Skios de Michael Frayn: Sur l'île grecque de Skios, la présentation annuelle de la Fred Toppler Foundation doit être donnée cette année par le Dr. Norman Wilfred, une sommité mondiale dans le milieu scientifique. Le jeune et charmeur intervenant séduit vite toute son assemblée. Mais au même moment, de l'autre côté de l'île, un homme qui se présent comme le Dr. Wilfred et qui a perdu toutes ses affaires personnelles commence à perdre patience.

10. The Teleportation Accident de Ned Beauman: Bon, alors là, je vais peiner à résumer ce livre car je crains de ne pas avoir tout compris à l'intrigue. The Teleportation Accident suit Egon Loeser, un créateur de décors dans le Berlin des années 30, obsédé par deux choses: 1) le créateur de scène de la Renaissance, Adriano Lavicini, dont le Théâtre des Encornets à Paris s'effondra, tuant 25 spectateurs ainsi que Lavicini lui-même; et 2) la belle Adele Hitler. Deux obsessions qui le mèneront de Paris à Los Angeles. Le livre est un mélange de genres, entre thriller, comédie, science fiction et roman d'espionnage.

11. The Unlikely Pilgrimage of Harold Fry de Rachel Joyce: Un matin, Harold Fry, jeune retraité, décide d'aller poster une lettre à l'intention de l'un de ses amis mourant. Sans raison et surtout sans préparation, il décide soudainement de continuer à marcher et de traverser le pays tout en faisant le bilan de sa vie.

12. The Yips de Nicola Barker: “The Yips” décrit une condition de grande nervosité et de tension qui pousse l'athlète à la contre-performance. Stuart Ransom est un joueur de golf professionnel sur le déclin. Dans le bar du Thistle Hotel de Luton, il est entouré d'une galerie de personnages étranges, comme un sexologue musulman et sa femme pieuse, une famille de fascistes locaux et une barmaid un peu trop curieuse.

Après l'année passée où de nombreuses voix s'étaient élevées pour critiquer la sélection décrite comme trop "populaire" et pas assez littéraire, je dois dire que cette année, on a le droit à l'inverse, avec des intrigues assez obscures je trouve. A première vue, peu d'entre eux me tentent, mis à part le livre d'Hilary Mantel, mais je dois d'abord lire le premier tome qui traine dans ma PAL depuis deux ans. C'est, je l'espère, au menu pour tout bientôt. 

A part ça, comme pour Le Livre de Dave, le nouveau roman de Will Self m'intrigue. Je bloque cependant toujours sur le côté complètement déluré de l'auteur. Il faudra bien tenter un jour... Je pourrais également me laisser tenter par le Michael Frayn, Skios, et pourquoi pas The Garden of Evening Mists. Généralement peu adepte de la littérature asiatique, je pourrais être séduite par la littérature malaysienne, qui sait...

Et vous, des envies? Que pensez-vous de cette sélection?

 

mardi 11 septembre 2012

La malédiction des colombes de Louise Erdrich

Pour ceux qui aiment: Joseph Boyden (même si j'ai de loin préféré ce dernier à Louise Erdrich)

Pluto, petite ville perdue du Dakota du Nord où quelques familles descendant des premiers pionniers ou des tribus indiennes tissent une toile compliquée à travers les générations. Prenant comme point de départ l'invasion de la ville par des colombes menaçantes, Louise Erdrich donne tour à tour la parole à Evelina, au juge Coutts, à Marn Wolde et au Docteur Lochren. A travers leurs récits, c'est toute l'histoire de Pluto qui est retracée, de la première expédition de géomètres ayant essayé de s'approprier ces terres encore inoccupées, au terrible assassinat d'une famille entière qui mena à la pendaison de trois innocents, en passant par la création d'une secte locale. 

Je suis en retard pour mon billet sur cette lecture lue dans le cadre du Blogoclub. Cela s'explique en partie par l'extrême ennui ressenti à la lecture de ce livre. Je peine à expliquer pourquoi, mais je n'ai pas du tout accroché à ce roman. D'habitude, les romans polyphoniques me plaisent assez, tout comme les histoires de petites bourgades, le thème des indiens et les grands espaces américains. Mais ici, je n'ai tout simplement ressenti aucun (ou si peu) intérêt pour le destin de ces personnages, qui n'ont pas su me toucher. 

En fait, j'ai trouvé ce roman très plat. La première partie d'Evelina m'a paru interminable et m'a empêchée d'éprouver la moindre sympathie pour ce personnage récurrent et sa famille. Le personnage de Mooshum, sensé je pense être attendrissant, m'a ennuyée, particulièrement ses petites querelles avec le père Cassidy. Le récit de Marn, à l'ambiance très différente, m'a un peu plus accrochée mais je l'ai toute de même trouvé trop "ésotérique" pour vraiment me laisser emporter. 

Il serait faux cependant de dire que La malédiction des colombes est un mauvais roman. J'ai adhéré à certaines parties comme l'histoire du violon de Shamengwa que j'ai trouvée belle et poétique, ou le récit de la première expédition des géomètres. Mais voilà, cela n'a pas suffi! Arrivée à la fin du livre, j'ai remarqué dans les remerciements que certaines parties du livre avaient été publiées dans des magazines séparément. Et je me demande maintenant comment a été construit ce livre, qui ressemble plus au final à une suite de petites nouvelles aux fils rouges ténus. Bizarrement, je crois que j'aurais d'avantage aimé ce livre sous la forme d'un recueil. Pris une à une, je n'aurais pas eu l'impression de courir après une intrigue décousue, en essayant de donner du sens à une suite d'historiettes dont la présence ensemble dans un même roman me paraissait presque incongrue. Passer d'un enlèvement savamment orchestré, à une charmeuse de serpents prise dans les filets d'une secte, pour sauter ensuite à un asile de fous et à Anaïs Nin le tout en parlant de la condition indienne... la sauce n'a tout simplement pas pris.

Le style de Louise Erdrich m'a de plus semblé artificiel, surtout dans la première partie consacrée à Evelina. J'avais presque l'impression de lire une dissertation de "creative writing", du genre "là je dois mettre un adjectif, et là une comparaison". Le tout alourdit le récit considérablement et a gêné ma lecture à plusieurs reprises. 

Une intrigue lente et décousue qui n'a pas réussi à m'emporter. J'ai trouvé les personnages froids et plutôt sans intérêt. Je me suis forcée à le finir mais je ne peux que vous conseiller de vous faire vous-mêmes un avis sur ce livre qui a aussi passablement plu à la blogosphère. 

Pour un avis complètement différent du mien, allez voir chez Aifelle, Kathel ou encore Keisha.

Considérée comme l'une des grandes voix de la littérature américaine contemporaine, Louise Erdrich bâtit, livre après livre, une oeuvre polyphonique à nulle autre pareille. Dans ce roman riche et dense, elle remonte le fil de l'histoire collective et individuelle, explore le poids de la culpabilité et le prix de l'innocence. 
Depuis toujours, la petite ville de Pluto, Dakota du Nord, vit sous "la malédiction des colombes": les oiseaux dévorent ses maigres récoltes comme le passé dévore le présent. Nous sommes en 1966 et le souvenir de quatre innocents lynchés cinquante ans auparavant hante toujours les esprits. En écoutant les récits de son grand-père indien qui fut témoin du drame, Evelina, une adolescente pleine d'insouciance, prend soudainement conscience de la réalité et de l'injustice....

Lu dans le cadre du Blogoclub. J'avais souvent vu ce livre sur la blogo sans avoir vraiment envie de le lire. Cette lecture commune était une bonne occasion de le découvrir. Suite à cette lecture très mitigée, je ne pense pas poursuivre avec cet auteur, même si La Chorale des maîtres bouchers semble avoir touché certaines déçues de La malédiction des colombes

ERDRICH Louise, La malédiction des colombes, ed. Albin Michel, août 2010, 482p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez. 
ERDRICH Louise, The plague of doves, ed. Harper Perennial, 2008, 352p. 

samedi 1 septembre 2012

Millénium III: The Girl Who Kicked the Hornets' Nest de Stieg Larsson


Pour ceux qui aiment: John Le Carré

Attention, spoiler sur les deux tomes précédents

Arrêtée et hospitalisée entre la vie et la mort, Lisbeth Salander doit faire face  à une inculpation pour tentative d'assassinat contre son père, l'obscur Zalachenko. Et les dés semblent pipés dès le début. Un petit groupe de conspirateurs au sein de la police secrète, impliqués depuis des années dans la dissimulation de la plus grande défection d'espion soviétique de l'histoire de la Suède, compte en effet bien enterrer toute l'affaire pour de bon, Salander y compris. 
Enfermée dans une chambre d'hôpital, Lisbeth se retrouve démunie pour combattre la machine enclenchée contre elle. C'est sans compter le soutien d'un groupe hétéroclite de personnes qui vont s'allier pour faire éclater l'énorme scandale Zalachenko. 

Millénium est toujours présenté comme un trilogie. Cependant, si les personnages se retrouvent d'un opus à l'autre, le genre de chaque volume est plutôt différent. Après une enquête historique, un livre d'action et de poursuites, voici venu le temps du livre d'espionnage... et c'est loin de me déplaire.

Dans ce troisième tome, le rythme se ralentit, les intrigues se font plus politiques, teintées de Guerre Froide, avec pour cadre une Suède où un groupe d'agents secrets peut se jouer de toutes les lois. Fan de romans d'espionnage, j'ai beaucoup aimé ce troisième opus, qui est probablement mon préféré de la trilogie. Malgré des débuts très laborieux, je n'ai pu ensuite m'arrêter. 

Peut-être que ce volume est moins abouti au niveau des personnages. On avait découvert dans le premier tome Mikael, dans le deuxième on en avait beaucoup plus appris sur Lisbeth, avant d'avoir toute la lumière faite sur l'histoire de Zalachenko dans ce troisième tome qui est du coup plus "institutionnel", moins centré sur les personnages qu'on avait appris à aimer dans les premiers tomes. A part peut-être Erika que j'ai aimé découvrir sous un autre jour grâce à une intrigue parallèle.

The Girl Who Kicked the Hornets' Nest est un très beau final à cette trilogie qui aura su me faire vibrer. Si son succès phénoménal m'étonne toujours, on ne peut en aucun cas retirer à Millénium son originalité et la force de ses personnages. Lisbeth et Mikael m'accompagneront, j'en suis sûre, pendant encore longtemps et je me réjouis de les retrouver dans les films que je n'ai toujours pas vus. 

Une trilogie à découvrir absolument (mais qui n'en est pas encore convaincu?). Un seul regret: que la série s'arrête alors qu'il y avait encore amplement assez de matière et d'éléments irrésolus pour quelques tomes.

Lisbeth Salander - outsider and apparent enemy of society - is charged with attempted murder. The state has also ruled that she is mentally unstable, and should be locked away in an institution once again. But she is closely guarded in a hospital, having taken a bullet to the head, so how will she prove her innoncence?
Pulling the strings of the prosecution is the powerful inner circle of Säpo, the state security police. Determined to protect the secrets and corruption at Sweden's rotten core, Säpo is not an adversary to take on alone. 
Only with the help of Mikael Blomkvist and the journalists at Millennium magazine can Salander avoid the fate that has been decided for her. Together they form a compelling and dynamic alliance. This final volume of the Millennium Trilogy is the culmination of one of the most mesmerising fictional achievements of out time. 

Lecture commune avec Manu, DeL, Cynthia, Belledenuit et George. C'était très sympa de découvrir cette trilogie avec vous les filles!

LARSSON Stieg, Millénium III: The Girl Who Kicked the Hornets' Nest, ed. Quercus - Maclehose Press, 2010, 743p., traduit du Suédois par Reg Keeland
LARSSON Stieg, Luftslottet Som Sprängdes, ed. Norstedts, 2007