mercredi 24 octobre 2012

Clandestin de Philip Caputo

Pour ceux qui aiment: Tijuana Straits de Kem Nunn

Au bord du gouffre suite au décès de sa femme, victime des attentats du 11 septembre, Gil Castle accepte l'invitation de sa cousine et quitte tout pour s'installer dans le ranch familial en Arizona, à la frontière mexicaine. Les mois passent et Gil se reconstruit peu à peu, commençant même à apprécier sa nouvelle vie simple et la nature sauvage qui l'entoure. Mais le jour où il sauve un immigré clandestin devenu mule pour un trafiquant, Gil va devoir faire face à la violence de la frontière et à une ancienne vengeance familiale.  

Construction d'un mur plus que controversé au niveau international, guerre des cartels, corruption, milices américaines "chassant" le clandestin, assassinats et violence: l'évocation de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique est loin d'une image de carte postale. Pourtant, c'est l'endroit que Gil Castle choisit pour échapper à la violence du terrorisme et au souvenir de sa femme. Dans un premier temps, les belles descriptions de la nature environnante semblent nous laisser penser que ce n'était pas un si mauvais choix. Mais le lecteur va vite plonger dans la réalité de cette région, où les clandestins pas assez rapides sont abandonnés à leur sort sans eau et où les chefs de cartels se livrent à une guerre sans merci dans laquelle les immigrés ne sont qu'une marchandise comme une autre qu'il faut parfois sacrifier. 

Philip Caputo mêle ici histoire mexicaine, histoire familiale et grande histoire avec un certain succès. J'ai particulièrement aimé les chapitres consacrés au grand-père de Gil, Ben Erskine, personnage obscur et complexe, sorte de dernier vrai cow boy de l'Ouest. La continuité entre ces chapitres se déroulant durant la première moitié du vingtième siècle et l'Amérique post-11 septembre est réussie et prend pour fil rouge la violence de cette zone sans loi. J'ai également trouvé passionnant de découvrir les différents acteurs de ce système gangréné par la corruption et d'en apprendre plus sur les différents "business" de la frontière et leur fonctionnement. 

Un contexte donc que j'ai trouvé passionnant et très bien décrit, entre nature grandiose et les plus grandes bassesses humaines. Mais, sans vraiment réussir à l'expliquer, je suis restée un peu à l'écart du récit. Les personnages sont bien construits mais ne m'ont pas vraiment accrochée; Yvonne en particulier m'a paru un peu caricaturale et son histoire personnelle enlève, à mon avis, de la force au récit. J'ai au final l'impression que Clandestin contient tous les éléments et les thématiques d'un grand roman américain, mais que la dernière petite touche magique manque pour que la sauce prenne vraiment. 

Un roman au décors décoiffant, à la fois paradis de la rédemption pour Gil et enfer de la réalité de la frontière où la violence est quotidienne. Une réalité effrayante que j'ai découvert avec un grand intérêt, mais quelque chose m'a manquée pour totalement accrocher à ce roman. 

Gil Castle, homme d'affaires new-yorkais, ne se remet pas de la disparition brutale de sa femme. Après une longue dépression, il décide de tout abandonner pour s'installer seul avec son chien en Arizona, dans une petite bicoque perdue au milieu des terres familiales, près du ranch de son cousin. Là, à quelques encablures de la frontière mexicaine, il commence peu à peu une nouvelle vie, s'enivrant le jour de la beauté des paysages, lisant Sénèque la nuit. Mais en recueillant un immigré clandestin, rescapé d'un deal de drogue ayant mal tourné, il va faire connaissance avec la face obscure de la frontière. Celle qui, depuis des générations, pèse sur sa famille. Et avec l'apparition d'Yvonne Menendez, figure haute en couleur d'un cartel mexicain, le passé et le présent ne vont pas tarder à converger vers un final étourdissant.

Philip Caputo, prix Pulitzer pour Rumeur de guerre, nous donne avec Clandestin son grand roman américain et son livre le plus poignant. Cette fresque pleine de bruit et de fureur brosse le portrait sans concession de deux grandes obsessions américaines : la violence et la frontière, à travers une passionnante méditation sur la nature, l'identité et les racines.

Les avis de Clara et Keisha sont par contre totalement enthousiastes alors n'hésitez pas à découvrir ce roman. 

Un grand merci à Olivier pour ce livre.

CAPUTO Philip, Clandestin, ed. Cherche midi, mars 2012, 733p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau
CAPUTO Philip, Crossers, ed. Vintage, 2009, 464p. 

mercredi 17 octobre 2012

Booker Prize 2012: And the winner is....

Les bookies ne s'étaient pas trompés et même si Will Self a plusieurs fois été évoqué comme possible gagnant, c'est au final bien Hilary Mantel qui a remporté, pour la deuxième fois, le Man Booker Prize pour Bring up the Bodies.



Hilary Mantel devient ainsi:

- Le troisième auteur a recevoir ce prix pour la deuxième fois, avec Peter Carey et J. M. Coetzee;

- La première femme a remporté le prix deux fois;

- La première britannique, hommes et femmes confondus, a le remporter deux fois; et

- Le premier auteur a recevoir le prix pour deux tomes d'une même série.

Bon, on pourrait continuer avec la première blonde portant une robe vaporeuse à recevoir le prix deux fois etc., mais il faut quand même avouer que recevoir ce prix prestigieux pour la suite de Wolf Hall, récompensé trois ans auparavant, c'est quand même assez fort. Et surtout, ça ne doit pas du tout lui mettre la pression pour l'écriture du dernier tome de la série qui devrait s'intituler The Mirror and the Light. Hilary Mantel a cependant parlé d'un "vote de confiance" qui l'encourageait pour la suite. 

J'ai commencé, il y a quelques jours, Wolf Hall et il est difficile d'en décrocher, bien que le style soit ardu et très travaillé. J'ai parfois un peu de peine à me sortir de la tête les images de la série des Tudors, mais pour le moment, j'accroche bien, et je peux comprendre, après moins de 100 pages, qu'un jury récompense une oeuvre, qui mêle à la fois un excellent style et une intrigue trépidante et bien construite. C'est de la très bonne littérature tout en restant lisible et plaisant, un mélange souvent difficile à obtenir. Bref, j'espère vous en parler plus en détails bientôt (bon c'est un pavé quand même, donc il faudra sûrement attendre quelques semaines). 

Pour visionner la remise du prix avec une Hilary Mantel plutôt attachante, c'est par là (courte pub de 11 secondes avant la vidéo): site de la BBC

Mais qu'attendent donc les éditeurs francophones??? 

mardi 16 octobre 2012

I'm back... presque à temps pour mon blog-anniversaire

Les années s'écoulent et se ressemblent... un peu! Comme l'année dernière, je reviens à la mi-octobre après avoir lâchement délaissé ce blog ces dernières semaines. Voyez-vous (ça, ça annonce un paragraphe où je vous raconte ma vie), depuis trois ans, je trime sur un Master tout en travaillant à 100% et depuis septembre, entre révisions de mes examens et finalisation de mon mémoire, je n'ai tout simplement plus eu le temps de lire, d'écrire ou même de profiter de quoi que soit. Oui, oui, vous pouvez verser une larme, c'est tragique... Bon allez, j'arrête de me plaindre car bonne nouvelle: j'ai passé il y a une semaine mes derniers examens. Enfin, les résultats devraient arriver en décembre mais soyons optimistes! Pour récompense, je me suis accordée un petit séjour là:



Et donc me revoilà maintenant en pleine forme, libérée, légère (enfin, légère dans la tête, parce qu'on ne peut pas vraiment dire que le régime haggis et full scottish breakfast aide franchement à garder la ligne) et prête à rattraper mon retard sur la rentrée littéraire. Je vais enfin pouvoir attaquer ma PAL et la liste énorme de billets que j'ai en retard (21 pour être exacte). Je n'espère pas pouvoir lire tous les excellents billets que vous avez sûrement publié durant ma pause blogesque, mais j'espère pouvoir, à partir de maintenant, être de nouveau plus présente sur vos blogs. 

Bon et à part ça, il y a deux jours, ce blog fêtait ses quatre années d'existence. Une année un peu plus "légère" en billets donc: manque de temps principalement et surtout j'ai décidé l'année passé d'éviter de me mettre la pression et d'aller à mon rythme. Du coup, je prends toujours autant de plaisir à tenir cet espace et à échanger avec vous et c'est le principal. Je pense donc continuer sur cette formule cette année. 

Tradition oblige, le TOP TEN des billets consultés cette année est le suivant:


1. Maus d'Art Spiegelman (10ème en 2011)
2. La vie d'une autre de Frédérique Deghelt (3)
3. La Promesse de l'aube de Romain Gary (1)
4. Peer Gynt d'Henrik Ibsen (6)
5. Cosmopolis de Don Delillo (-)
6. Enfant 44 de Tom Rob Smith (2)
7. Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma (7)
8. Les cendres froides de Valentin Musso (-) 
9. Le bouddha de banlieue d'Hanif Kureishi (-)
10. The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald (-)

Aucune sortie de l'année dans ce Top Ten, le premier livre publié fin 2011-2012 arrive en 12ème position et il s'agit de United Colors of Crime de Richard Morgiève, un livre dont la blogosphère a peu parlé mais qui apparemment a réussi à susciter l'intérêt des lecteurs. Peu de surprise sur la présence dans ce Top Ten de La vie d'une autre, The Great Gatsby et Cosmopolis, avec la sortie des films adaptés de ces romans cette année. D'ailleurs, ça me rappelle que je n'en ai vu aucun. Concernant Cosmpolis, vu mon avis sur le livre, vous comprendrez que je ne vais pas me précipiter. Par contre, pour les deux autres, je suis assez tentée. 

J'essaie de vous pondre un billet sur les perles des mots-clés tout bientôt (et du coup, j'ai maintenant 22 billets en retard, hum hum). 

Merci encore à tous de votre fidélité!