samedi 24 novembre 2012

Fraise et Chocolat d'Aurélia Aurita

Pour: Les déçus de Fifty Shades of Grey et les fans de Fluide Glacial

Fraise et Chocolat c'est le compte-rendu des premier mois de passion molta caliente entre la jeune dessinatrice Aurélia et Frédéric, un quarantenaire qu'elle rejoint au Japon et qui comme le bon vin, s'est bonifié avec l'âge. 

Autant le dire tout de suite, cette BD n'est pas à mettre entre toutes les mains. Car oui, Aurélia et Frédéric passent une grande partie de cet album dans leur lit... dans un placard, par terre, sur une chaise, sur un balcon etc etc. Cependant, même si l'étiquette de BD érotique n'est pas usurpée, à aucun moment on ne tombe dans le trash ou le vulgaire. Bon, on s'entend, je n'irais pas jusqu'à dire que Fraise et Chocolat est plein de finesse mais ce que je retiens avant tout, c'est l'humour des planches. Celles qui donnent son titre à la BD m'ont d'ailleurs arraché un gros éclat de rire dans le train et des regards un peu (trop) insistants (il faut dire que c'était le dernier train, à 1h du mat', et que la compagnie de mon wagon n'était pas des plus recommandables). 

Fraise et Chocolat reste cependant une BD qui aborde le s*xe sans tabou (ce qui n'est pas mon cas sur ce blog, désolée donc pour les astérisque mais j'ai déjà assez de requêtes bizarres qui atterrissent ici) mais sans non plus faire de la surenchère. On en ressort avec l'impression d'avoir assisté aux prémisses d'une belle passion amoureuse, plutôt qu'à une histoire de s*xe graveleuse. 

Pour parler un peu du dessin, le coup de crayon d'Aurélia Aurita est simple, en noir et blanc, plus suggestif que vraiment érotique, qui va des traits fins d'un portrait croqué sur la couette jusqu'aux contours flous d'une montée au septième ciel. Quelques extraits ici.

Fraise et chocolat, c'est l'histoire d'une femme amoureuse et heureuse, pour qui tout roule au lit. C'est drôle, juste, tendre, plein de franchise, et c'est un bon bol d'air frais dans le milieu de la BD, alors pourquoi s'en priver?

Récit hautement érotique, Fraise et Chocolat retrace les premières semaines d'une passion amoureuse à travers le regard d'une jeune dessinatrice de 25 ans. 
Observatrice attentive de ses propres élans, de ses désirs mais aussi de ses doutes, Aurélia Aurita parle d'amour et de sexe avec fraîcheur et franchise. Sa vision ludique et joyeuse, mélange de crudité et de tendresse, est actuellement sans équivalent dans le paysage de la bande dessinée occidentale. 

Aurélia Aurita est née en 1980 en région parisienne. Parallèlement à des études de pharmacie, elle débute une carrière de dessinatrice de BD, publiant ses premières histoires courtes dans Fluide Glacial. Paru en 2003 aux éditions du 9e Monde, Angora, petit album sensuel et troublant, est immédiatement remarqué par la critique. Invitée aux côtés d'auteurs aussi prestigieux que Jirò Taniguchi ou Emmanuel Guibert à participer à l'album collectif Japon, paru fin 2005 simultanément en français chez Casterman, en japonais chez Asukashinsha et en quatre autres langues, elle se rend une première fois dans l'Archipel en octobre 2004. C'est le coup de foundre. Fervente admiratrice de Reiser et Anaïs Nin, et aujourd'hui docteur en pharmacie, Aurélia Aurita n'a plus quitté Tokyo depuis. C'est là qu'elle réalise, en 2005 et dans la plus grande discrétion, les surprenantes pages de Fraise et Chocolat...

AURITA Aurélia, Fraise et Chocolat, ed. Les impressions nouvelles, mars 2006, 142p.

Le deuxième tome m'attend, donc je vous reparle probablement bientôt d'Aurélia Aurita...

vendredi 16 novembre 2012

Les choix secrets d'Hervé Bel

Pour ceux qui aiment détester: Emma Bovary

Années 30, en France: Marie Cavignaux, jeune fille aux rêves démesurés, doit choisir entre son amour pour un petit instructeur français ou un officier des colonies. 
Plusieurs décennies plus tard, Marie est une vielle femme aigrie, irritée par les râles de son mari souffrant, et désespérément seule. 
Entre ces deux Marie, toute une vie a passé, faite de douleurs et de quelques joies, qu'Hervé Bel nous fait découvrir dans son deuxième roman, alternant les époques et construisant un monologue intérieur amer sur l'amour et le bonheur.

Imaginez-vous une Emma Bovary rescapée de sa tentative de suicide (désolée si je spoile, mais qui ne connait pas encore le fin de l'histoire), plus aigrie, plus pingre, plus méchante aussi, transportée au 20ème siècle et vous obtiendrez Marie Cavignaux. Permanente insatisfaite, jalouse maladive, possessive et avec un besoin désespéré d'attention, difficile d'aimer un tel personnage. Et pourtant, le talent de l'auteur réside dans le fait qu'on n'arrive pas à totalement le détester non plus. Quoi de plus triste, en effet, d'arriver au crépuscule de sa vie sans avoir atteint ses rêves? On en vient même à ressentir de la pitié pour Marie, plutôt que de l'animosité.

Moitié roman sur un huis clos étouffant autour du thème de la vieillesse (sujet assez à la mode en ce moment il me semble), moitié recueil de souvenirs qui retrace une partie des grands événements de l'histoire de France du 20ème siècle, entre deuxième guerre mondiale, colonies, guerre d'Algérie et changement de la vie quotidienne, Les choix secrets m'a fait passé un très bon moment de lecture. 

Si parfois j'ai eu du mal à comprendre l'alternance du "je" et du "elle" pour parler de Marie, j'ai aimé le style de Bel, simple mais percutant. Quelques longueurs peut-être, mais cela donne également du relief à ce quotidien répétitif dans lequel sont enfermés les protagonistes. 

Un bon roman à l'intrigue simple mais qui fonctionne parfaitement et le portrait d'une femme que je n'oublierai pas de si tôt.     

Il n'y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux, et ce présent dont il faut bien se contenter. Le temps n'a fait que traverser son corps. Il est passé, la laissant inchangée dans sa façon d'appréhender les choses et les gens.

Hervé Bel a publié en 2010 un premier roman, La Nuit du Vojd (prix Edmée de la Rochefoucauld). 

Merci à Babelio et aux éditions JC Lattès pour l'envoi de ce livre. 

BEL Hervé, Les choix secrets, ed. JC Lattès, août 2012, 360p. 
tous les livres sur Babelio.com

Et sinon, l'auteur en parle très bien dans cette courte vidéo. Force est de constater qu'il a raison, tout le monde connait une Marie Cavignaux et ça fait de ce livre une lecture triste et puissante. Il explique également l'origine du titre du livre sur laquelle je m'interrogeais.



dimanche 11 novembre 2012

PAL-attaque

"Petit" aperçu des "quelques" acquisitions de ces derniers mois, entre anniversaire, bons cadeau reçus, ventes de livres d'occasion à prix super cassés et voyage londonien. La cata quoi! Pour ma défense, Mr. Z a bien participé aussi.

The wake of forgiveness (Le sillage de l'oubli) de Bruce Machart: repéré plusieurs fois chez vous et dès qu'il y a des chevaux, je suis faible. 

Le Tigre de John Vaillant: parce que j'ai passé un peu de temps cette année sur le sujet et que l'auteur était plutôt sympathique au Livre sur les quais de Morges. 

The Siege de Helen Dunmore: J'ai encore The Betrayal dans ma PAL mais j'arrivais autrement au bout de ma PAL espionnage. 



The Horse Whisperer (L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux) de Nicholas Evans: J'adore le film et je crois savoir que la fin du livre est différente... A suivre!

Beach Music de Pat Conroy: Après Le prince des marées, je cherchais depuis déjà plusieurs années à relire cet auteur. J'espère avoir fait le bon choix sur le titre. Je sais qu'il y a des spécialistes parmi vous...

Encounters with animals de Gerald Durrell: Fan de Gerald Durrell, je n'ai pas résisté quand il a fallu échanger mes livres au nord nord de l'Ecosse.

The Legacy of Hartlepool Hall de Paul Torday: Encore jamais lu cet auteur aux intrigues toujours particulières. 

Fifty shades of Grey (Cinquante nuances de Grey) de E. L. James: Oui, je sais ce que vous pensez, mais quand j'ai vu ce livre abandonné dans notre appart de location de Londres, je me suis dit qu'autant me faire ma propre opinion. 

Blackout de Connie Willis: Malgré les critiques assassines chez nos amis British, rien à faire, l'intrigue m'intrigue...

Karoo de Steve Tesich: Le contraire de Blackout, comment résister aux critiques élogieuses sur ce livre. 

The Casual Vacancy (Place à prendre) de J. K. Rowling: Par curiosité, of course!

The Glass Room (Le Palais de verre) de Simon Mawer: Shortlisté pour le Booker en 2009 face à Wolf Hall et une intrigue sur un appartement à travers les âges plutôt tentante.

The Known World (Le Monde connu) d'Edward P. Jones: Le livre choisi pour moi lors du challenge Caprice il y a déjà plus de deux ans. Quand je l'ai vu en occasion, je me suis dit qu'il était temps que je me rattrape. 

The Handmaid's Tale (La servante écarlate) de Margaret Atwood: Pas franchement convaincue par Oeil-de-chat mais bon, c'est quand même un monument de la littérature contemporaine qui mérite une seconde chance, non?

Nager sans se mouiller de Carlos Salem: Repéré sur la blogo et intriguée par ce polar dans un camp de nudistes.

The Diagnosis d'Alan Lightman: Auteur lu et apprécié par Mr. Z avec Einstein's Dream.

La bâtarde d'Istanbul d'Elif Shafak: Malgré des a priori franchement très très négatifs, cet auteur m'avait surprise avec Lait Noir et ce titre me tentait depuis un moment.

Sacred Hunger de Barry Unsworth: Booker Prize 1992.

The Curative de Charlotte Randall: Un livre que je ne connaissais pas du tout, pris d'occas en raison du sujet, les asiles de fous au 19ème siècle, qui a l'air extrêmement bien traité par cette auteure nouvelle-zélandaise. 

Noir Toscan d'Anna Luisa Pignatelli: Repéré chez Clara et Kathel. Je voulais le lire en italien mais il semble ne plus être édité en version original. Bizarre!

The Hare with Amber Eyes (La mémoire retrouvée) d'Edmund de Wall: Très bonnes critiques anglo-saxonnes et lauréat du Costa Award en 2010.

La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joël Dicker: Impossible de passer à côté en ce moment, surtout en Suisse. Joël Dicker et partout et si généralement le "buzz" me donne plus envie de patienter un peu, là, j'ai envie de participer à l'engouement pour ce jeune auteur de chez nous. Et je souligne que le prix très très abordable (même en-dessous du prix en euros) n'est pas non plus étranger à mon achat. Bravo à l'éditeur!

Marie Paradis d'Ania Carmel: Deuxième acquisition suisse (deviendrais-je patriotique?), mais sur kindle cette fois malgré la jolie couverture rose flashy de l'éditeur Bettermann.


Et bon, quand la pile des nouvelles acquisitions dépasse la hauteur de la TV, c'est l'heure d'arrêter de regarder du rugby qui m'intéresse de toutes façons moyennement et de se mettre à la tâche. Ya du boulot!

Si vous avez des suggestions pour m'aider à empoigner la bête du bon côté, par un livre que je vais dévorer en quelques heures, n'hésitez pas.... 

jeudi 1 novembre 2012

L'histoire d'Horacio de Tomás González

Horacio est un homme anxieux: son fils Jerónimo est un saltimbanque, le juge veut lui retirer sa coccinelle VW achetée chez un escroc, il ne trouve pas de taureaux pour ses vaches qu'il bichonne tous les jours, il joue aux courses hippiques mais gagne rarement et préfère emprunter de l'argent à ses frères plutôt que de vendre les antiquités qu'il empile dans son garage. Bref, vous l'aurez compris, la vie d'Horacio est faite de petites chicaneries qui deviennent à ses yeux des obstacles insurmontables, alors qu'autour de lui, s'agite une famille aimante.

L'histoire d'Horacio est le deuxième roman de Tomás González traduit en français après Au commencement était la mer. Je n'avais, pour ma part, jamais entendu parler de cet auteur colombien et j'ai plongé avec plaisir dans cette chronique familiale. Les voix d'Horacio, de sa femme Margarita, de son beau-frère Eladio et de ses frères Elias et Álvaro se suivent pour nous raconter la vie de cette famille. Il n'y a pas vraiment de trame ou d'intrigue dans ce livre, où seuls les mois qui s'écoulent et le vêlage des vaches servent de fil rouge à une suite de petites "tragédies" quotidiennes dans la vie d'Horacio.

J'ai eu de la peine à entrer dans ce livre. Les nombreux personnages, la suite d'événements aléatoire et les discussions qui se chevauchent, m'ont tout d'abord déroutée. Puis, je me suis peu à peu attachée à cette famille, où règne une belle cacophonie. Venant d'une famille où il faut parfois se battre pour pouvoir en placer une (ben oui, on est des pipelettes chez nous), j'ai presque eu l'impression de me retrouver à un déjeuner dominical, et c'est avec un petit regret que j'ai quitté ce foyer colombien haut en couleurs. Et c'est là que je me rends compte que Tomás González a écrit une histoire universelle, sur la famille, la peur de mourir et le temps qui s'écoule, tout en situant son histoire dans un contexte qui pourrait nous paraitre "exotique", à savoir la Colombie et les années 60. Mais au lieu de l'exploiter, l'auteur a préféré gommer complètement ce cadre pour ne garder que les angoisses si communes d'un homme face à la mort. 

Roman polyphonique, suite d'historiettes et chronique familiale d'un auteur colombien encore peu connu dans nos contrées, L'histoire d'Horacio est un petit récit charmant et sympathique, tout en simplicité.

Horacio est un jouisseur inquiet. Il est fou de sa femme, de sa nombreuse famille qui criaille, de ses frères avec lesquels il refait sans cesse le monde. Fou de ses antiquités, Vierges et lustres mêlés, dont il est censé faire commerce mais qu il garde jalousement dans son hangar. Fou de ses deux vaches qu'il couve du regard et soigne scrupuleusement. Horacio fume cigarette sur cigarette, bichonne sa Volkswagen, fait des paris sur les courses de chevaux tous les jours et demande de l'argent à ses frères toutes les semaines.
Mais une idée fixe lui gâche la vie : celle de la mort. Un fait divers, une image, une pensée, suffisent à faire battre son coeur trop fort, le condamnant à un état d'exaltation permanent. Dans sa maison règne une ambiance joyeuse : les réunions de famille sont fréquentes, tendues, gaies, bruyantes. Mais dans sa tête tourne cette obsession qui le tourmente. 

Tragique et drôle à la fois, L'histoire d'Horacio trace le portrait chaleureux d'un homme trop sensible pour supporter la vie en acceptant sa fin.

Tomas Gonzalez est né à Medellin, en Colombie, en 1950. Il a étudié la philosophie à Bogota, passé une vingtaine d'années aux Etats-Unis avant de rentrer vivre dans son pays, où il est aujourd'hui largement reconnu et commenté comme écrivain. L'histoire d'Horacio est son deuxième roman traduit en français après Au commencement était la mer (Carnets Nord, 2010). 

Je remercie les éditions Carnets Nord pour l'envoi de ce livre.

EDIT: Je viens de lire un excellent billet qui explique fort bien l'impression que laisse ce livre sur laquelle je peine à mettre des mots. C'est sur Le littéraire...

GONZÁLEZ Tomás, L'histoire d'Horacio, ed. Carnets Nord, septembre 2012, 224p., traduit de l'espagnol (Colombie) par Delphine Valentin.
GONZÁLEZ Tomás, La Historia de Horacio, ed. Norma, janvier 2001, 155p.