vendredi 25 janvier 2013

Digital Dahlia de Kathinka Salzmann par l'Instant d'un Espace

Pour tous les pendulaires de la gare de Genève, elle était une figure marquante. Elle, c'est la petite marchande de fleurs, plus de nonante ans au compteur, qui proposait des roses à prix exorbitant (je suis bien placée pour le savoir, je me faisais à chaque fois avoir), sans jamais toutefois importuner celui qui refusait. 

Marie-Jeanne Comte vendait des fleurs à Genève depuis plus de cinquante ans, avant de s'éteindre, à l'âge de 92 ans, en juin dernier. Ce personnage genevois qui a certainement marqué, le temps de quelques secondes, les esprits des voyageurs, sert de point de départ à la pièce de la jeune Kathinka Salzmann. Et cette dernière est bien placée pour en parler, vu qu'il s'agissait de sa grand-mère. 

Il ne faut toutefois pas s'attendre à un récit linéaire sur la vie de Marie-Jeanne Comte, mais plutôt à une réflexion sur la folie et la marginalité avec pour cas d'école le personnage de la petite marchande de fleurs. Pour se faire, sept comédiens qui, des tests de Psycho magazine aux définitions les plus complètes du dictionnaire de la psychiatrie, nous interrogent sur notre vision de l'autre, de ce qui est considéré comme déviant, dangereux ou simplement étrange.

J'ai été séduite par cette pièce, parcourue de moments drôles ou plus philosophiques. Il se dégage de ce spectacle une sorte de tendresse alors qu'il traite du lourd sujet de la folie. Un bon jeux d'acteurs, une mise en scène originale, un mélange d'arts qui me séduit de plus en plus, Digital Dahlia est une pièce réussie mais qui aurait pu être encore plus travaillée. La pièce est en effet très courte (1 heure), et on ne peut s'empêcher de penser que le tout aurait pu être étoffé entre les scènes bien abouties. 

Mêlant théâtre et danse, ainsi que des extraits de chansons enregistrées par Marie-Jeanne Compte et une vidéo touchante, Digital Dahlia est une exploration tout en retenue et sans porter de jugement de la folie-douce d'une grand-mêre intrigante. Vous avez jusqu'au dimanche 3 février pour découvrir cette pièce au Théâtre Trois P'tits Tours de Morges. 

Lorsqu’elle arrive à Genève à l’âge de 20 ans, Marie-Jeanne Comte n’a qu’une idée en tête : devenir riche et célèbre. A plus de 90 ans, c’est elle que l’on aperçoit à la gare Cornavin, vendant des fleurs été comme hiver, malgré les multiples tentatives de renvoi de la police. Que s’est-il passé? Cheminant entre les notions de folie et de normalité, de précarité et de marginalité, DIGITAL DAHLIA évoque cette histoire singulière et explore, à travers le corps et la parole, les discours que la folie inspire mais aussi les fragilités et les failles qui nous constituent.

Digital Dahlia par l'Instant d'un Espace
Texte et mise en scène: Kathinka Salzmann
Avec: Nicole Brzak, Renaud Hirsch, Eléonore Junod, Virginie Kaiser, Salvatore Mandrà, Sylvie Mercier, Vanessa Merminod
Théâtre Trois P'tits Tours, Morges
23 janvier - 3 février
www.troispetitstours.ch
www.instant-espaces.ch

jeudi 24 janvier 2013

Pain amer de Marie-Odile Ascher


Pour ceux qui aiment: Les enfants de Staline d'Owen Matthews


En 1946, Staline, auréolé de son nouveau statut d'allié de l'Europe, lance une invitation à tous les immigrés russes réfugiés en France: la restitution de leur nationalité soviétique s'ils décident de revenir dans leur patrie. Les parents de Marina, dont la famille paternelle s'était battue pour le tsar et avait fuit la Russie à la fin de la guerre civile, voit dans cette offre une occasion unique de revoir leur pays. Il faut dire que dans une France encore ravagée par la guerre, la promesse d'un appartement avec salle de bain, d'un travail et de pain gratuit semble être inespérée. 

Marina, jeune fille de 19 ans, à l'aube d'une vie qu'elle a déjà en partie tracée, décide d'accompagner sa famille pour leur voyage initial. Convaincue de pouvoir par la suite retrouver Marc, son fiancé, ainsi que ses études d'anglais, elle s'embarque pour un voyage éreintant qui bouleversera à jamais sa vie. 

Quarante-cinq ans plus tard, alors que l'URSS vit ses derniers jours, Marina retrouve le carnet de ces mois de douleur. 

J'ai beaucoup aimé ce premier roman de Marie-Odile Ascher, mélange de grande Histoire et de combat quotidien de la vie en URSS. Comment ne pas s'attacher à Marina, cette jeune fille passionnée de littérature, folle amoureuse de son fiancé, qui du jour au lendemain doit quitter Vence et la France, qu'elle considère comme son pays, pour l'URSS, dont elle ne connait rien. On suit tout d'abord le trajet interminable en train qui emmène toute sa famille de Nice à l'URSS, dans des wagons au confort plus que rudimentaire et aux conditions déplorables. Le lecteur fait également connaissance avec les autres rapatriés, tous la tête remplie de rêves sur les possibilités que leur nouvelle vie va leur offrir. Parmi eux, Marina et son désir de retourner en France est une incomprise, alors qu'à chaque étape qui la rapproche de la frontière soviétique, on a envie de lui hurler de suivre son instinct, de descendre du train, de revenir vers Marc. Mais les wagons continuent leur progression vers un destin que l'on sait inexorable. 

Marie-Odile Ascher nous fait également découvrir la vie quotidienne de ces rapatriés et des habitants de l'URSS dans les années 40-50, faite de privations, de famine, de méfiance permanente, d'injustices et de censure. J'avoue avoir trouvé quelques longueurs par-ci par-là, un trop plein parfois de misère (peut-être représentatif de la réalité quotidienne de l'époque, c'est fort possible), mais j'ai, dans l'ensemble, vibré tout au long de ma lecture. 

Le récit d'un destin volé par la machine soviétique et le rideau de fer qui s'est abattu sur l'Europe. Un premier roman fort réussi et attachant, sur un épisode historique que je ne connaissais pas bien et sur l'aveuglement du rêve communiste. A découvrir!


Ils étaient des milliers à avoir fui la révolution bolchevique et la guerre civile. En 1946, auréolé de sa victoire sur le nazisme, Staline les rappelle à la mère patrie : l'URSS. Ils seront quelque quatre à six mille « Russes blancs » exilés à suivre l'étoile rouge et les promesses du Petit père des peuples. 
Parmi eux, Marina qui, bien que se sentant française, suit les siens dans leur voyage de retour. Elle laisse Marc, son grand amour, certaine de revenir bientôt sur la Côte d'Azur, l'épouser. Pour l'instant, un long périple l'attend. Elle ne se doute pas qu'une fois arrivée, se dressera entre elle et ses rêves d'avenir le mur du totalitarisme.

ASCHER Marie-Odile, Pain amer, ed. Pocket, mars 2012, 475p. 

lundi 21 janvier 2013

Parce qu'on est lundi...

Parce que je suis dans ma période Corée du Sud...

Parce que la choré (notez le jeux de mot) est délirante et me fout la pêche depuis des mois...

Et parce que le clip est juste énorme...

Petit épisode dancefloor sur ce blog pour vous réveiller. Bon début de semaine à tous!




Et si vous avez réussi à passer entre les gouttes de cet énorme buzz, plus d'infos par ici...

dimanche 20 janvier 2013

Mangeclous d'Albert Cohen par le Théâtre Ecart

En 1936, cinq cousins juifs de Céphalonie recoivent une étrange missive: un chèque et un rendez-vous codé à Genève, au siège de la Société des nations. Attirés par le gain et la promesse d'aventure, les cinq compères, à la fois tout aussi loufoques et différents les uns des autres, s'embarquent pour cet étrange périple qui les mènera de Grèce à Genève, en passant par Marseille, avec à la clé peut-être, la possibilité de participer à la création de l'Etat d'Israël. 

Mangeclous est à la base un roman d'Albert Cohen publié en 1938. Deuxième volet d'une trilogie composée de Solal et de Belle du seigneur, Mangeclous se concentre principalement sur le personnage éponyme, sorte de géant menteur et opportuniste. 

Je n'ai, pour ma part, jamais lu Albert Cohen, bien que Belle du seigneur traine dans ma PAL depuis des siècles. Et force est de dire qu'après cette pièce, il risque d'y rester pour encore quelques années. Car oui, je ressors de cette soirée théâtrale complètement perplexe, n'ayant pas du tout compris le délire de cette pièce. J'avais toujours imaginé les écrits de Cohen plutôt sérieux, voire un peu barbants, alors que j'ai assisté à du théâtre absurde, à une pièce grotesque. Ceux qui suivent un peu ce blog savent que je n'ai aucune affinité avec ce genre et donc l'avis qui suit est à prendre avec des pincettes si au contraire cela vous convient. 

Durant toute la représentation, j'ai eu l'impression d'assister à un gros délire sous champis. Je n'ai absolument pas compris où l'auteur essayait de nous mener. Une demande d'indépendance de Marseille, une lionne qui s'échappe, un message codé, des diplomates argentins, du camping sur le Salève.... non, sérieusement, je suis passée complètement à côté et j'ai attendu avec impatience la fin de la pièce. 

J'ai lu plusieurs avis sur le texte de Cohen, tous positifs, qui parlent de l'aspect philosophique du roman, de sa drôlerie, le qualifiant même de chef d'oeuvre. Peut-être est-ce un problème au niveau de la retranscription en pièce de théâtre, ou alors ce n'est juste pas un texte fait pour moi. J'admets cependant que le côté prophétique de la pièce sur le prochain sort des juifs et les allusions à Hitler créent un malaise intéressant dans le contexte déluré de la pièce, un peu à l'image du Dictateur de Chaplin. 

Je dois également souligner que tous les acteurs, dans leurs rôles d'énergumènes bargeots, étaient excellents, surtout Mangeclous qui aurait sûrement pu être arrêté pour allégation de consommation de coke. Non, sérieusement, j'ai beaucoup aimé le jeux de chacun d'eux et j'admire réellement leur travail, car ce genre de texte, à la limite de l'absurde, est extrêmement difficile à jouer. La mise en scène et le jeux de lumière étaient également originaux et réussis, avec cette scène dépouillée de décors, mis à part deux écrans sur lesquels étaient projetés le mobilier, ou des petites scénettes filmées. J'ai particulièrement aimé le doublage par Mangeclous de son propre rôle de père, un passage très réussi de la pièce. 

Une rencontre ratée pour moi avec le texte de cette pièce, mais un jeux d'acteurs et une mise en scène qui m'ont plu. Si le théâtre grotesque ne vous rebute pas, il y a de fortes chances que cette pièce vous enchante. Il vous reste deux semaines pour la découvrir au Théâtre Pitoëff à Genève. 

Nous sommes en 1936. Sur l’île de Céphalonie, en Grèce, vivent cinq cousins. Ils sont complices, hâbleurs, rouspéteurs, menteurs, séduisants et homériques ! Ils sont une bande de copains ; ils sont les Valeureux ! A l’invitation de leur neveu, Haut Fonctionnaire à la Société des Nations, ils vont se rendre à Genève pour participer à la naissance de l’Etat d’Israël. C’est le début d’une épopée qui tient aussi bien de Rabelais que de Cervantès, des scènes d’un comique redoutable, salubre, une manière jubilatoire de se saisir du monde et de mordre la vie à pleines dents. Mangeclous, c’est une quête réalisée par des personnages pittoresques qui n’ont pour unique priorité que de manger, c’est-à-dire de se nourrir de victuailles et de mots. Mangeclous, finalement, ce pourrait être l’alliance des mets et des mots. Albert Cohen, après tout, est peut-être un lointain descendant de Rabelais, qui sait ?

Théâtre en Cavale, Mangeclous d'Albert Cohen par le Théâtre Ecart
Adaptation et mise en scène: Serge Martin
Avec: Dimitri Anzules, Miguel Fernandez-V., Jean-Louis Johannides, Jacques Maeder, Serge Martin, Daniel Monnard, Pietro Musillo, Olivier Nicola, Jérôme Sire
Théâtre Pitoëff, Genève
11 janvier - 3 février 2013

Quelqu'un a-t-il vu le film de Moshé Mizrahi avec Aznavour, Pierre Richard, Jean-Luc Bideau, Villeret et co.?

mardi 15 janvier 2013

Mook: Pourquoi j'ai choisi Feuilleton

Depuis quelques années, un étrange mélange entre revue et livre squatte les rayons de nos librairies, les mook pour les intimes, contraction de magazine et book. Sans vouloir analyser en long et en large le phénomène (d'autres l'ont très bien fait, voire ici et ici), je voulais vous parler de Feuilleton, un spécimen mook qui en est maintenant à son sixième numéro et qui a su me séduire.

Tout d'abord, pour ceux qui ont encore réussi à échapper au phénomène, le mook est donc une revue, souvent composée de plusieurs centaines de pages, et qui sort généralement chaque semestre ou trimestre. Composé d'articles plus ou moins longs et de fond, le but du mook est de faire l'apologie d'un certain journalisme de qualité, de reportages qu'on a envie de relire, d'un objet presque artistique qu'on a envie de collectionner. On parle parfois de "slow journalism" comme on parle de "slow food", bref d'un retour vers la qualité plutôt que vers la quantité, et l'instantanéité.

Autre grand avantage de la plupart des mook: l'absence de publicité. Les mook sont principalement financés par leur vente et les abonnements, d'où un prix assez élevé (environ 15-20 euros). Un pari audacieux, qui a d'ailleurs vu, ces deux dernières années, plusieurs de ces revues fleurir et disparaître après quelques numéros.

Pionnier en matière de mook, XXI, que plusieurs parmi vous connaissent déjà, a été lancé en 2008 et a su heureusement trouver un lectorat fidèle. Pour ma part, j'apprécie cette revue et surtout les reportages écrits par des auteurs connus, dans lesquels on peut reconnaitre la patte du romancier. Je me rappelle en particulier d'un article par Jonathan Littell sur la situation catastrophique de Ciudad Juarez, la ville mexicaine à la frontière des Etats-Unis, qui subit l'extrême violence des cartels de la drogue depuis plusieurs années. J'avais aimé cet article, parce qu'en le lisant, j'avais retrouvé la plume de l'auteur des Bienveillantes, et que cela changeait d'un journalisme de plus en plus anonyme, rafistolage de dépêches AFP.

Par contre, ce même article représente aussi pour moi les défauts de XXI. Suivant de près l'actualité, sous toutes ses formes et lisant plusieurs revues et magazines, le drame de Ciudad Juarez m'avait justement paru un peu vu et revu. Combien déjà de très bons articles de fond, combien de reportages fouillés sur ce thème. J'ai parfois l'impression que XXI suit l'actualité, les grandes tendances et les ré-écrit en mieux. D'ailleurs, j'ai lu récemment que le nombre de meurtres de Ciudad Juarez, qui avaient explosé en 2010, année durant laquelle on a beaucoup parlé de cette tragédie, étaient en nette diminution en 2012, date de l'article dans XXI. On s'entend, 2000 meurtres par année, ça ne risque pas de devenir un paradis touristique cette année, mais tout de même, Ciudad Juarez a même été dépassée par une ville du Honduras au titre peu envié de capitale mondiale du meurtre (Time). 

Bref, j'aime les articles, toujours bien écrits et superbement illustrés de XXI, j'aime le reportage BD, les suggestions de livres pour aller plus loin et bien d'autres aspects de cette revue, mais, au final, j'y découvre rarement de nouveaux faits.

Il y a environ un an, j'ai découvert Feuilleton dont je ne loupe depuis aucun numéro. Pourquoi? D'abord, j'aime le format plus proche d'un livre broché plutôt que le format A4 de XXI que je trouve très encombrant. Ensuite, Feuilleton, tout en restant généraliste, a pour moi un twist littéraire qui me plait et présente des sujets originaux que je n'ai pas lu ailleurs.

Cette dernière affirmation peut paraître complètement contradictoire, quand on sait qu'environ 80% de Feuilleton est composé d'articles traduits, et donc non-originaux. Mais voilà, même si j'adorerais lire toutes les semaines le New Yorker, Vanity Fair ou Reportage, j'en ai rarement l'occasion. Alors j'apprécie qu'une revue fasse une sélection pour moi et me présente les articles de qualité que j'ai loupés, une sorte de Courrier International du reportage. J'ai par exemple beaucoup aimé découvrir dans les numéros précédents un portofolio photo d'une famille interraciale vivant en Virginie dans les années 60, en apprendre plus sur le culte du cargo de Vanuatu, lire la chronique de Joan Didion sur son arrivée à New York, connaitre tous les détails de l'opération catastrophique du Mossad à Dubaï, lire les confessions d'un torero repenti, suivre la trace des bandes originales perdues d'Orson Welles, essayer de comprendre l'oeuvre de John Cage, découvrir une nouvelle d'Haruki Murakami et bien d'autres.

Plus proche du fait culturel que de l'actualité, Feuilleton présente ainsi des articles datés de parfois plusieurs années mais qui restent intéressants, divertissants et instructifs. Au fil des numéros, j'espère quand même voir plus d'articles inédits, histoire d'encourager le grand reportage francophone, plutôt que ses traducteurs. En prime également, une ambiance musicale proposée avec chaque article, de jolies illustrations et Gueuleton, la rubrique gastronomique toujours assez surprenante (au numéro précédent, j'ai appris comment cuisiner de la cervelle, mais j'en suis pour le moment restée au niveau théorique, on est loin des recettes diététiques de ELLE).

Si vous voulez découvrir à votre tour Feuilleton, le dernier numéro est sorti la semaine passée en librairie (et parfois dans quelques boutiques branchées) au prix de 15 euros. Je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais je suis déjà alléchée par une nouvelle inédite de Francis Scott Fitzgerald, par une retranscription du procès des Pussy Riot, ou par un reportage sur un Guantanamo, autrefois berceau de la culture cubaine. 

Et vous, tentés par les mook? Lequel à votre préférence? 

Le site de Feuilleton et de XXI, c'est par là.

mardi 8 janvier 2013

Lausanne d'Antonio Soler

Pour ceux: qui voyagent en train

A l'occasion d'un voyage en train entre Genève et Lausanne, Margarita se remémore les grandes étapes de sa vie. Issue d'une famille d'immigrés républicains espagnols, ayant trouvé refuge à Lyon, puis femme du fraiseur Vila, l'employé de son père, son existence sera à jamais troublée par la relation extra-conjugale de son mari. Une relation à trois, destructrice, que Margarita nous conte au fil des gares de la côte lémanique.

Je connais très peu la littérature hispanophone et je découvre ici, avec plaisir, un nouvel auteur. Antonio Soler est un écrivain espagnol, respecté et reconnu dans son pays pour son oeuvre qui compte jusqu'ici neuf romans. C'est pourtant le titre très suisse de son livre qui m'a attirée, voyageant moi-même, plusieurs fois par semaine, sur ce trajet de train. 

Le roman est ainsi découpé en chapitres calqués sur les différentes gares traversées, mais le décor suisse laisse vite la place aux souvenirs de Margarita. Comme le doux bercement d'un train, Antonio Soler nous emmène dans un récit plutôt lent et contemplatif, où il alterne observations des autres passagers et réflexions sur le passé. D'une plume sensible qui devient aussi parfois sur-écrite à mon goût, le lecteur découvre les fêlures de l'âme de Margarita.

J'ai aimé l'idée de ce microcosmos calfeutré qu'est le wagon de train pour nous faire découvrir, derrière le masque de son visage impassible, les pensées les plus profondes de cette femme bafouée, à la fois résignée et persuadée de récupérer un jour son mari. Les observations de Margarita concernant ses compagnons de voyage m'ont également rappelé mes habitudes de pendulaire. Qui n'a jamais essayé d'imaginer la vie de ses voisins de compartiment (surtout après une conversation téléphonique partagée avec tout le wagon, le fameux, "je suis dans le train, je peux pas trop te parler", suivi de vingt minutes de détails qu'on penserait plutôt personnels). Une ambiance donc qui m'a plu dans ce roman, accompagnée d'une intrigue simple, volontairement banale, que vous pourriez justement deviner derrière le visage triste de cet autre passager.

Une phrase qui m'a particulièrement plu sur la mort du père de Margarita: 

" Un homme moribond, mon père, et moi avec ma peur, perdus là-bas, nous tenant par la main dans un hôpital de Lyon, dans cette chambre comme une capsule hors du monde, un endroit, comme ce train, pensé lui aussi pour le passage." p. 115

Un récit tout en retenue et en simplicité, parsemé de très belles phrases mais que j'ai trouvé un peu inégal et probablement pas inoubliable.


«Nous étions trois coeurs tressautant sur le plateau tournant d'une roulette un peu bancale. Aucun des trois n'était meilleur que les autres.»

Les trois coeurs, ce sont ceux de Margarita, de Jésus, son époux, et de Susanne, la femme qui fut sa maîtresse pendant sept ans. Une histoire faite de non-dits et de blessures, que revit au fil d'un voyage en train Margarita, la narratrice de ce roman troublant. De Genève à Lausanne, au gré des paysages qui défilent, des arrêts en gare, et des cahots de la mémoire, c'est toute sa vie qui se déploie : les années à Lyon auprès de parents républicains espagnols, les hantises enfantines, le mariage sans passion, l'amie devenue rivale, la mort qui frappe.
Avec son art consommé du récit et son écriture obsédante, l'auteur du Chemin des Anglais (prix Nadal) explore la subjectivité tourmentée d'une femme et revisite des thèmes qui hantent toute son oeuvre : l'obsession du passé et l'impossible pardon.

Antonio Soler est né à Malaga (Andalousie) en 1956. Chacun de ses neuf romans lui a valu dans son pays un ou plusieurs prix. En 2004, Le Chemin des Anglais a été couronné par le prestigieux prix Nadal. Lausanne est le sixième titre d'Antonio Soler à paraître en français chez Albin Michel après Les Héros de la frontière (1999), Les Danseuses mortes (2001), Le Spirite mélancolique (2004) et Le Sommeil du caïman (2009).


Je remercie les éditions Albin Michel pour cette découverte. 

SOLER Antonio, Lausanne, ed. Albin Michel, novembre 2012, 287p., traduit de l'espagnol (Espagne) par Séverine Rosset
SOLER Antonio, Lausana, ed. Random House Mandadori, 2010

jeudi 3 janvier 2013

Petit bilan 2012

Avant toute chose, BONNE ANNEE A TOUS!!!

J'espère que vous avez tous bien profité de ces fêtes pour faire plein de découvertes littéraires ou, au contraire, pour décrocher un peu des livres, histoire d'attaquer 2013 avec une tête reposée. 

Pour ma part, j'ai lu quelques belles pages, en particulier une première moitié de La vérité sur l'affaire Harry Quebert qui tient, pour le moment, toutes ses promesses. Je vous en parle très bientôt. 

Quant à cette année 2012, force est de constater qu'elle se termine sans énorme coup de coeur qui m'envoie crier sur tous les toits "qu'il faut absolument lire ce livre". Trop de stress, moins de lectures, un peu de fatigue et de plus en plus d'exigences probablement... On s'en approche cependant de très très près avec deux livres lus en 2012 mais pas encore chroniqués ici, à savoir Pain Amer de Marie-Odile Ascher et surtout Wolf Hall d'Hilary Mantel (oui, je sais, je vous barbe avec ce livre). 

Dans la liste des livres déjà chroniqués et lus en 2012, les trois titres suivant m'ont cependant laissé, au fil des mois, un très bon souvenir: 



La couleur des sentiments de Kathryn Stockett: Mon premier livre audio et une intrigue bien construite avec en prime une adaptation cinématographique, vue par la suite, que j'ai trouvée sympa et fidèle au livre. 

Le dernier tome de la série Millenium de Stieg Larsson: Une série que j'ai beaucoup aimée et qui m'a accompagnée ces deux dernières années, grâce à une lecture commune très sympa. 

The Loop de Nicholas Evans: Une intrigue parfois un peu simple mais qui a résonné de manière particulière en moi, ayant passé plusieurs mois cette année sur le sujet du loup. J'arrête les mauvaises langues tout de suite, non, je n'ai pas remplacé Mr. Z par un jeunot de 18 ans. 

Et côté parutions 2012, je retiendrai en particulier les deux livres suivants dont on a, à mon goût, pas assez parlé:

Les voleurs de Manhattan d'Adam Langer: Une intrigue très bien construite qui ravira tous les amoureux de littérature.


Les choix secrets d'Hervé Bel: Un beau roman et un personnage principal fort qui ne manquera pas de vous faire réfléchir à la notion de bonheur.




Quant à mes bonnes résolutions 2012, c'est plus ou moins du 50-50: 

- J'ai en effet découvert Jane Austen avec Lady Susan, probablement pas son meilleur titre mais un court roman qui m'a tout de même plu. Par contre, encore une année de rendez-vous manqués avec Dickens, Shakespeare et les soeurs Brontë

- J'ai terminé la série Millénium de Stieg Larson avec un roman beaucoup plus tourné roman d'espionnage qui m'a beaucoup plu et qui a probablement rassasié mon envie de romans d'espionnage. J'aimerais toutefois donner un peu plus de place à ce genre en 2013 avec des auteurs comme Le Carré, Greene, Fleming ou Helen Dunmore.

- J'ai lu Wolf Hall d'Hilary Mantel qu'il me reste à chroniquer et Bring Up the Bodies m'attend déjà, peut-être pour 2013, en attendant le troisième tome de la série. 

- J'ai renoué des liens un peu minces avec le nature writing avec The Loop mais les Muir, Abbey, Durrell et co méritent de retrouver leur place d'honneur sur ces pages. 

Par contre, je n'ai toujours pas lu Le monde connu d'Edward P. Jones que Fleurdusoleil avait choisi pour moi lors du Challenge Caprice de Cocola, mais il a au moins rejoint ma PAL. Trop n'est pas assez d'Ulli LustLes racines du ciel de Romain Gary ou encore Zola n'ont pas non plus trouvé le chemin de ma table de nuit cette année, mais ce n'est que partie remise. 

Mes dix bonnes résolutions pour 2013 ressembleraient donc à ça (notez le conditionnel, hein, parce que les bonnes résolutions de janvier sont faites pour n'être qu'à moitié respectées. J'ai d'ailleurs aussi planifié de me remettre au pilates, d'écrire plus, et de ne pas essayer toutes les recettes de mon nouveau livre de cuisine The Hummingbird Bakery qui vous fait monter le cholestérol juste en le feuilletant...):

1) Lire plus de classiques anglais comme Dickens, Shakespeare, les soeurs Brontë (Jane Eyre devrait être en première ligne) ou encore Frances Hodgson Burnett qui m'intrigue depuis que j'ai vu The making of a lady, adapté de son roman The Making of a Marchioness; 

2) Reprendre a un rythme très très lent (allez, un par année) la série des Rougon Macquart depuis le début;

3) Lire Gone with the wind de Margaret Mitchell;

4) Lire plus de romans d'espionnage. J'ai particulièrement envie de revenir aux romans de Ian Fleming pour continuer à célébrer le cinquantième anniversaire de James Bond; 

5) Lire plus de nature writing et en particulier Of Wolves and Men de Barry Lopez; 

6) Lire Le monde connu d'Edward P. Jones, Trop n'est pas assez d'Ulli Lust et 1984 de George Orwell, que j'avais inscrits à mes challenges passés;  

7) Lire Les racines du ciel de Romain Gary, parce ce que je sens que je vais adorer; 

8) Lire les achats de la rentrée littéraire 2012 avant celle de 2013 ou leur sortie en poche. Dans cette catégorie, le principal nominé est: Une place à prendre de J. K. Rowling; 

9) Lire plus de non-fiction, dont j'ai un étage entier dans ma bibliothèque, tous très très tentants et certainement intéressants et enrichissants, mais il est tellement plus simple de choisir un bon roman. 

10) Relire en allemand ou en italien. J'ai du Stefan Zweig et du Malaparte qui m'attendent en vo. 

Voilà, rendez-vous janvier 2014 pour faire le bilan de toutes ces bonnes résolutions. 

Et vous, qu'avez-vous prévu pour 2013?


mardi 1 janvier 2013

Lectures communes 2013

LECTURES COMMUNES: Rejoignez-nous!

1 mars: Blogoclub avec une lecture libre autour de Henry Bauchau. Des recommandations?

20 mars - 20 juin: Printemps coréen proposé par Catherine

20 mai: Le polygame solitaire de Brady Udall avec Tiphanie, Malorie et Canel

Juin: Mois anglais proposé par Titine et Lou

1 septembre: Blogoclub irlandais: On s'est déjà vu quelque part de Nuala O'Faolain

7 novembre: Lecture autour de Camus pour le centième anniversaire de sa naissance, proposée par Daniel Fattore

1 décembre: Blogoclub anticipation: Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley