mercredi 20 février 2013

Les Pintades à Londres de Virginie Ledret

Pour celles: qui prévoient un petit séjour londonien ou pour les fans des Xenophobe's Guides

Dans la série des Pintades, j'ai nommé les pintades londoniennes, deuxième opus de cette collection qui compte à présent onze volumes, couvrant les spécimens pintades natifs de Madrid à Moscou, en passant par Téhéran. Si chaque ville présente des pintades bien différentes, au final beaucoup de points nous rapprochent également, car être une pintade, "c'est être une femme d'aujourd'hui, légère et sérieuse, féminine et féministe".

Cet opus londonien reprend le concept de Les Pintades à New York et présente ici une sélection des girls de la capitale britannique, de la It Girl de Chelsea et Kensington, à la posh de Mayfair, à la Mummy de Wimbledon ou à l'ethnic de Brixton. Un petit guide qui se joue des stéréotypes tout en nous glissant quelques tuyaux et adresses dans chaque quartier. 

Si à la lecture des deux premiers paragraphes de ce billet, vous sautez déjà en l'air, scandalisée par cette vision dégradante et futile de la femme, passez votre chemin, cette collection n'est pas faite pour vous. Au contraire, si vous pensez qu'on peut être girly tout en conservant sa cervelle, et qu'on peut être féministe sans ressembler à une camionneuse en Birkenstocks, vous pourrez bien trouver amusant cette présentation, tout sauf en nuances, de nos voisines british. 

Personnellement, j'ai trouvé ce petit guide amusant. J'ai aimé la présentation par quartier plutôt spot on, les quelques anecdotes des pintades rencontrées par l'auteur, les tips et les tendances. Il m'a redonné envie d'aller prendre un afternoon tea au Claridge's, de faire du punting à Oxford, de trainer dans les bars sombres de Shoreditch, de tenter l'hypnobirthing, de trouver un moyen de visiter les plus beaux parcs privés de la ville, d'aller au festival d'opéra de Glyndebourne ou de manger des peshawari naan au Punjab Restaurant. Mais il y a, à mon avis, deux défauts intrinsèques à ce genre d'ouvrages:

1. On ne peut les apprécier et en rire qu'en ayant un minimum de connaissances de la ville. Pour celles qui espèrent découvrir Londres grâce à ce livre, c'est à mon avis raté. Sans avoir bien parcouru la ville, les évocations des quartiers et de leurs différences, les allusions aux traits so british des pintades peuvent vous passer complètement au dessus;

2. Ils se périment très vite. Pas sûre en effet que les floating spas soient encore aussi hype qu'en 2006 et Rebekah Wade, l'éditrice du Sun qui devrait passer en jugement dans quelques mois pour l'affaire des écoutes téléphoniques de News of the World, n'est certainement plus l'idole des londoniennes qui "s'acquitte (de son poste) avec le culot, la hargne et le talent qui la caractérisent sans coup férir depuis 2003". Comme un Guide du routard, il faudrait renouveler l'exercice régulièrement, pour s'assurer du potentiel "in" des adresses. 

Un petit guide qui, loin de se prendre au sérieux, vous donnera envie de réserver votre prochain séjour londonien. Je découvrirais volontiers quelques autres opus de la collection. 


Ce sont de drôles d'oiseaux qui ne vivent qu'à trois heures de TGV de Paris. Les échanges linguistiques et les virées shopping n'ont pas suffi à percer le mystère. Vues de ce côté-ci de la Manche, les Londoniennes restent souvent une énigme. Leurs excentricités, leur amour de la monarchie, leur goût prononcé pour l'ivresse, leurs opinions politiques, leur humour cynique ou leurs styles vestimentaires déjantés peuvent nous laisser perplexes. Si vous pensez qu'une chav est une crème dépilatoire, qu'une posh est un sac en plastique et qu'une wag se conduit à gauche, alors Les Pintades à Londres, le deuxième opus de la collection des Pintades, est absolutely pour vous. Une fois encore, rien de péjoratif dans ce sobriquet, bien au contraire. Plutôt un pied de nez aux doux noms d'oiseaux dont les femmes sont parfois affublées. Etre une pintade, c'est être une femme d'aujourd'hui, légère et sérieuse, féminine et féministe. Après Les Pintades à New York, ce volume explore la féminitude made in London.

Virginie Ledret, journaliste française installée à Londres depuis onze ans, décode pour nous ses habitantes avec un regard décalé et amusé, sans oublier de nous révéler ses conseils et ses bonnes adresses pour tirer le meilleur parti de la ville.


LEDRET Virginie, Les Pintades à Londres: Chroniques de la vie des Londoniennes, ed. Jacob-Duvernet, illustrations Sophie Bouxom, octobre 2006, 212p. 

samedi 9 février 2013

Sombre dimanche d'Alice Zeniter

Dans les années 70, alors que l'URSS conserve son étau sur la Hongrie, Imre grandit dans l'étrange maison au bord des rails, non loin de la gare Nyugati de Budapest, entouré de trois générations de Mandy. Alors que les trains de voyageurs passent devant leur maison, garnissant le jardin de détritus en tous genres, Imre et sa famille poursuivent leur vie monotone que seuls les grands évènements de l'Histoire semblent pouvoir troubler. En retraçant le vécu de cette maison et de ses habitants, Alice Zeniter revient sur l'histoire de la Hongrie, des années de terreur stalinienne à la grande débandade capitaliste des années 90. 

Alice Zeniter a passé presque trois ans en Hongrie et à la lecture de Sombre dimanche, on ressent l'affection qu'elle porte à ce pays, berceau d'une culture forte, qui a su résister aux assauts de l'Histoire. L'auteure nous emmène à la découverte de ses habitants, sujet obscur et pari plutôt audacieux pour une jeune romancière dont c'est ici le deuxième livre. Et pourtant, on se laisse très facilement porter par l'auteure et on s'identifie sans problème aux personnages, aux déboires d'adolescents d'Imre qui rêve de blondes Californiennes, à Agi à la volonté brisée par un amour déçu, à Kerstin, jeune allemande en quête d'aventure et d'authenticité post-soviétique, ou au grand-père d'Imre qui préfère se saouler à date régulière pour éviter de faire face au poids des secrets du passé.

Ayant visité la Hongrie il y a fort longtemps, je ne peux juger de la pertinence de chaque propos d'Alice Zeniter. Mais j'ai ressenti, au fil de cette lecture, une vraie justesse dans le propos et dans la construction des personnages. Je trouve très difficile de parler de ce livre car il ne s'y passe à la fois pas grand chose, et en même temps toute l'histoire du vingtième siècle. Sombre dimanche retrace au final la vie d'une famille insignifiante, mêlée presque par hasard aux grands évènements de l'histoire hongroise. 

Avec une plume délicate et une construction réussie entre souvenirs du passé et vie présente, Alice Zeniter a su m'emmener à la rencontre de cette famille et de la nation hongroise. Un roman empli de mélancolie et de rêves inassouvis qu'on lit pourtant avec plaisir, entre sourires et pincements au coeur. Une auteure que je garderai à l'oeil à l'avenir. 


Les Mandy habitent de génération en génération la même maison en bois posée au bord des rails près de la gare Nyugati à Budapest. Le jeune Imre grandit dans un univers mélancolique de non-dits et de secrets où Staline est toujours tenu pour responsable des malheurs de la famille. Même après l'effondrement de l'URSS, qui fait entrer dans la vie d'Imre les sex-shops, une jeune Allemande et une certaine idée de l'Ouest et d'un bonheur qui n'est pas pour lui.

Roman à la poétique singulière, tout en dégradés de lumière et de nostalgie, Sombre dimanche confirme le talent d'Alice Zeniter, révélée par Jusque dans nos bras.

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre. 

ZENITER Alice, Sombre dimanche, ed. Albin Michel, janvier 2013, 284 p.