mercredi 12 juin 2013

Une vie plus une vie de Maurice Mimoun



Pour ceux qui aiment : Martin Winckler

Rania, Simon et Tom sont amis depuis l’enfance, mais leur amitié ambigue et l’équilibre trouvé dans leur relation peuvent-ils survivre à l’âge adulte? Rania, devenue chirurgienne, devra-t-elle faire un choix entre le lien très fort qui l’unit à Simon, brillant chercheur, et la réussite de Tom qui obtient tout ce qu’il désire ? 

D’habitude, je regarde peu les bandeaux accompagnant la sortie d'un livre, mais là, j’avoue que la citation de Milan Kundera (qui remplace même le quatrième de couverture) et le statut de chirurgien plastique de l’auteur m’ont intriguée. Et c’est ainsi que ce livre a rejoint ma table de chevet. 

Récit d’un trio amoureux plutôt classique, cette lecture m’a laissée, au final, indifférente. Ce n’est ni mauvais, ni excellent ; ni ennuyeux ni palpitant. Maurice Mimoun relate avec plus ou moins d’aisance cette histoire d’amitié qui se complique au fil des années. Cela se lit relativement bien mais s’oublie tout aussi rapidement. J’ai laissé passer quelques semaines avant de vous en parler pour essayer de mettre des mots plus précis sur mes impressions de lecture, mais force est de constater que je n’ai juste pas grand-chose à vous en dire. Même si la base de l’histoire et certaines réflexions sur la recherche de la vie éternelle, le rôle de la médecine ou l'amour sont intéressantes, cette lecture n’a pas réellement réussi à me chambouler ou même à m’interpeler. Peut-être que les personnages auraient mérités d’être plus construits ? On comprend au final mal leurs choix, leur relation ou leur parcours. Peut-être que l'intrigue aurait pu être plus linéaire et moins décousue? La plume de Maurice Mimoun ne m’a pas particulièrement plu non plus, même si ses phrases courtes "claquent" plutôt bien. 

Les détails relatifs à la pratique de la médecine sont pour moi les éléments les plus intéressants, car on sent derrière les mots la passion de l’auteur pour son métier. Les quelques passages relatant des opérations ou la relation du médecin et de son patient semblent ainsi plus vivants que les aventures de nos trois héros. Malheureusement, la médecine sert ici d’arrière-plan à la vie des personnages et n’est au final pas (suffisamment) exploitée, alors que le thème central du triangle amoureux, si souvent traité avec panache et passion en littérature, apparait ici presque insipide.

Une rencontre en demi-teinte qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. De bonnes idées, quelques beaux passages mais un tout un peu trop inégal. Les avis sur la blogosphère sont plutôt positifs donc je ne peux que vous encourager à tenter votre chance avec ce roman. Allez voir chez Claire, Marie-Claire ou Gwordia.

Il règne entre Rania, Simon et Tom, qui se connaissent depuis l'enfance, une étrange alchimie amoureuse. Devenue chirurgienne, Rania reste liée à Simon, brillant chercheur en cancérologie, mais c'est finalement Tom, homme d'affaires hypocondriaque, qu'elle épouse. Rania avait fait le serment de mourir à la place de Simon quand à l'adolescence il avait failli trépasser...

Le trio amoureux revisité, l'amour et l'éternité ne font plus qu'un, au-delà des souffrances, des plaisirs, des désirs et des sentiments étouffés.

Maurice Mimoun dirige le service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l'hôpital de Saint Louis et le centre de traitement des brûlés, qui a ouvert en juin 2012. Il a publié aux éditions Albin Michel L'impossible limite, carnet d'un chirurgien (1996) et S'empêcher d'en faire trop (2004). 

Je remercie les éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre. 

MIMOUN Maurice, Une vie plus une vie, ed. Albin Michel, avril 2013, 208p. 

jeudi 6 juin 2013

La quête des ours (1) : L'aventure commence d'Erin Hunter


Pour ceux qui aiment : Le royaume des loups de Kathryn Lasky

La vie est dur pour les jeunes oursons qui, découvrant encore le monde, se voient forcés d’affronter seuls les cruelles lois de la nature et celles imposées par l’homme. Ainsi Kallik, petite ourse polaire, se retrouve isolée sur une banquise en pleine fonte après la disparition de sa mère dans un combat contre des orques. Toklo lui, ourson grizzli, est abandonné par sa mère sans même avoir encore appris à pêcher le saumon. Enfin Lusa, petite ourse noire, décide de s’enfuir du zoo où elle est née pour répondre à l’appel de la nature. 

Premier épisode de la nouvelle série d’Erin Hunter (pseudonyme regroupant quatre auteurs), L’aventure commence invite le lecteur à une découverte du monde des ours. J’ai particulièrement aimé le choix de l’auteur de nous faire découvrir trois espèces de plantigrades, à savoir les grizzlis, les ours polaires et les ours noirs. Les caractéristiques de chacun sont bien marquées, et on découvre ainsi les différences entre les régimes alimentaires, les conditions de vie et l’habitat de chaque espèce. Chacun possède également des légendes et un vocabulaire propre : les humains sont par exemple tour-à-tour désignés comme des «sans-griffes », des « museaux-plats » ou encore  des « peaux-lisses ». 

J’ai également aimé l’originalité du monde inventé par Erin Hunter, à la fois très réaliste en ce qui concerne la situation écologique et les comportements de chaque espèce, et en même temps empreint de rêve et de légendes. Le roman en devient à la fois informatif et merveilleux pour les jeunes lecteurs. Par contre, j’ai trouvé dommage l’addition d’un personnage vraiment « fabuleux » vers la fin du roman. 

Les personnages principaux sont attachants et suffisamment distincts pour entretenir l’intérêt du lecteur au fil des chapitres alternant leur voix. Par contre, j’ai trouvé un peu exagéré et dommage l’hécatombe parmi les personnages secondaires. Sans les avoir comptés, il doit bien y avoir une dizaine de morts d’ours dans ce premier tome, alors que certains auraient pu jouer un rôle intéressant dans l’intrigue si l’auteur avait pris le temps de les étoffer avant de les envoyer à l’échafaud. 

Un premier tome sympathique, avec des personnages attachants et une « fidélité biologique » qui m’a plu (on ne se refait pas). J’ai aimé découvrir notre monde à travers les yeux de ces trois petits oursons intrépides et courageux. Une série que je recommanderais à des lecteurs de 10-12 ans, tout en ayant en tête que le monde des ours est loin d’être tout rose. Je lirai peut-être la suite, tout en espérant qu’elle ne s’aventurera pas trop loin dans le registre du fantastique initié avec le personnage d’Ujurak. 

Ils sont trois oursons, nés sous des cieux différents. Kallik vit sur la banquise, qui fond chaque jour davantage. Toklo grandit dans une forêt abîmée par les hommes. Lusa, enfermée dans un zoo, rêve d'explorer le monde sauvage. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer, et pourtant... Leur quête pour un monde meilleur ne fait que commencer !

Je remercie Babelio et les éditions Pocket pour l’envoi de ce livre dans le cadre de l’opération Masse critique jeunesse. 

Et même s’il n’y plus d’ours en Angleterre, vu la nationalité des auteurs, j’inscris cette lecture dans le cadre du Mois anglais de Lou et Titine

HUNTER Erin, L’aventure commence, Livre 1 : La quête des ours, ed. Pocket jeunesse, février 2013, 283p., traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Fabienne Berganz

HUNTER Erin, Seekers: The Quest Begins, Tome 1, ed. Harper Collins, juin 2008, 320p. 



mercredi 5 juin 2013

Raven Girl d'Audrey Niffenegger et son adaptation par le Royal Ballet



Pour ceux qui aiment : Les contes macabres d’Edgar Allan Poe illustrés par Benjamin Lacombe 

Il était une fois, un postier qui tomba amoureux d’un corbeau. De leur amour naquit une petit fille-corbeau. Enfermée dans un corps humain alors qu’elle rêve de s’envoler et de vivre parmi les oiseaux, la fille-corbeau va s’enfuir et pousser son rêve jusqu’à la transformation extrême. 

Raven Girl est un conte gothique moderne, écrit et illustré par Audrey Niffenegger. Il faut savoir qu’Audrey Niffenegger a commencé sa carrière en tant qu’artiste/illustratrice, formée à la School of the Art Institute de Chicago et que The time traveller’s wife, son premier roman et bestseller, avait été pensé, à l’origine, comme un roman graphique. L’auteur réunit donc ici ses deux talents d’écriture et d’illustration. 

Illustré à la manière d’un album, avec des jolies polices et de courts paragraphes sur chaque page, Raven Girl est cependant loin d’être un album jeunesse. L’histoire est sombre et aborde des thématiques plutôt lourdes comme le mal-être lié à son corps ou le recours à la chirurgie afin de modifier son apparence. J’ai lu dans une interview de l’auteur qu’elle avait beaucoup pensé aux personnes transgenres et aux opérations de changement de sexe, des thèmes qui servent un peu de base de réflexion à l’allégorie de la fille-corbeau enfermée dans un corps humain. 

Pour ma part, j’ai eu de la peine à rentrer dans cette histoire, peut-être trop fabuleuse (voire farfelue). Difficile, vous en conviendrez, de vibrer à l’évocation d’une relation amoureuse entre un postier et un corbeau. J’ai également trouvé le reste un peu macabre, tout en restant assez plat alors que dans le registre du conte, je m’attendais soit à rêver dans un monde merveilleux, soit à être complètement absorbée dans une intrigue à glacer le sang genre Poe. Tout en restant court, j’aurais voulu que les personnages et l’histoire soient mieux développés ; par exemple, je n’ai pas vraiment compris l’intérêt du jeune homme amoureux ou l'arrivée abrupte du prince. Dans l’ensemble, j’ai eu le sentiment d’une histoire écrite à la va-vite, autour d’une idée de thématiques et d’ambiance intéressante. J’ai de plus moyennement apprécié les illustrations, au trait fin, dans des tons bruns, noirs et rouges. 

Rencontre ratée ? Pas complètement, car Raven Girl est le résultat d’une collaboration entre Audrey Niffenegger et le chorégraphe Wayne McGreggor, chargé d’adapter ce conte en ballet. Il s’avère que lors d’un récent séjour à Londres dont je vous parlerai bientôt plus en détails, j’ai eu la chance d’assister à la première de ce court ballet (1h). Séduite déjà par l’idée de cette collaboration entre danse et écriture, j’ai encore davantage apprécié que cette relation soit exploitée dans le ballet même, avec par exemple des passages et illustrations du livre projetés sur un écran transparent à l’avant-scène.

J’ai trouvé judicieux les choix du chorégraphe, préférant dans l’ensemble suggérer que s’empêtrer dans des effets, comme le vol des oiseaux ou la transformation physique (dommage tout de même que la scène finale soit sans ailes). Quelques costumes et chorégraphies reproduisant plus fidèlement l’apparence ou les mouvements des oiseaux m’ont d’ailleurs moins plu. Ben oui, des humains à plumes mimant des pigeons ou autres volatiles en dansant, j’ai trouvé ça moche, voir ridicule. Une approche heureusement moins marquée pour les personnages principaux qui nous offrent de très beaux solos, duos et trios. Je pense par exemple à la jeunesse en famille de la Raven Girl, au duo final ou à l’opération, tous magnifiquement chorégraphiés et interprétés. Enfin, la musique du compositeur Gabriel Yared m’a dans l’ensemble plu, même si quelques interludes genre musique d’ambiance, m’ont fait penser à mes mauvaises années de synthétiseur ; je suis probablement trop classique dans ce domaine. 

Au final, j’aime beaucoup l’idée de combiner littérature, illustrations et danse autour de ce petit conte noir. J’ai cependant eu l’impression que la qualité de l’intrigue avait un peu été délaissée dans cette combinaison, avec pour résultat un livre un peu léger mais qui prend son envol sur scène où la forme du ballet justifie la simplicité de l’histoire (mais probablement pas son manque de crédibilité). Une initiative artistique originale et intéressante qui, prise comme un tout, s’en sort plutôt bien et nous permet de découvrir, sous chacune de ses formes, un nouvel aspect de cette fille-corbeau.


Once there was a Postman who fell in love with a Raven.

So begins the tale of a postman who encounters a fledgling raven while on the edge of his route and decides to take her home. The unlikely couple falls in love and conceives a child - an extraordinary raven girl trapped in a human body. The raven girl feels imprisoned by her arms and legs and covets wings and the ability to fly. Betwixt and between, she reluctantly grows into a young woman, until one day she meets an unorthodox doctor who is willing to change her.

One of the world's most beloved storytellers has created a dark fairytale full of wonderment and longing. Illustrated with Audrey Niffenegger's bewitching etchings and paintings, Raven Girl explores the bounds of transformation and possibility.

Si vous êtes à Londres ce week-end, vous pouvez encore découvrir le ballet samedi 8 juin au Royal Opera House dans un programme mixte avec Symphonie in C de Bizet (pour lequel je n’ai malheureusement pas pu rester).

NIFFENEGGER Audrey, Raven Girl, ed. Jonathan Cape, mai 2013, 80p. 

Raven Girl d'Audrey Niffenegger présenté par le Royal Ballet  
Chorégraphe: Wayne McGregor
Compositeur: Gabriel Yared
Avec dans les rôles principaux: Sarah Lamb, Edward Watson, Paul Kay, Thiago Soares, Olivia Cowley et Eric Underwood 
Royal Opera House, 24 mai – 8 juin 2013