jeudi 25 juillet 2013

Longlist du Booker Prize 2013

Et voilà, il est déjà l’heure de l’annonce de la Longlist du Man Booker Prize 2013. Quand je pense que je n’ai pas encore eu le temps de lire un seul des bouquins sélectionnés l’année passée (soupirs !). Voici donc les 13 romans choisis pour 2013 : 


Five Star Billionaire de Tash Aw : Les vies croisées de cinq malaysiens débarqués à Shanghai en quête de fortune. 

We Need New Names de NoViolet Bulawayo : Premier roman de l’auteur d’origine zimbabwéenne, aujourd’hui exilée aux Etats-Unis, We Need New Names suit la jeune Darling, 10 ans, et ses amis du slum Paradise dans leurs jeux et désirs d’ailleurs. Jusqu’au jour où Darling part réellement pour les Etats-Unis et se rend compte que le pays parfait auquel elle rêvait n’existe pas. 

The Luminaries d’Eleanor Catton : 1866: Attiré par les promesses de richesse, Walter Moody débarque en Nouvelle-Zélande en quête d’or. C’est pourtant du mystère qu’il trouvera en premier, en tombant sur un groupe de 12 personnes débattant de plusieurs crimes non résolus ayant eu lieu dans la région.  

Harvest de Jim Crace : L’arrivée d’un trio d’étrangers dans un petit village va bouleverser l’ordre établi. Le même soir, le grand manoir local prend feu, et c’est l’engrenage de la vengeance et de la suspicion de sorcellerie qui se met en marche. 

The Marrying of Chani Kaufman d’Eve Harris : L’apprentissage et les questionnements de Chani, 19 ans, issue de la communauté juive ultra-orthodoxe et promise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré. 

The Kills de Richard House: Rem Gunnerson dirige la base militaire de Camp Liberty dans la province d’Amrah en Iraq. Quand un bâtiment administratif de la région explose, Stephen Sutler, nouvel arrivant mystérieux, devient le coupable idéal; surtout qu’il a soudainement disparu, tout comme 50 million de dollars de fonds de reconstruction. Une chasse à l’homme se met en place, alors qu’au même moment, le meurtre d’un étudiant américain en Italie, qui ressemble étrangement à celui décrit dans un best-seller, intrigue toute l’opinion publique. Pavé épique divisé en quatre livres, The Kills totalise plus de 900 pages et est accompagné de contenu multimédia. 

The Lowland de Jhumpa Lahiri : L’histoire de deux frères dans l’Inde des années 70 dont les chemins vont peu à peu diverger. Udayan, le plus âgé, s’engage auprès du parti communiste, alors que Subhash obtient un financement pour un doctorat aux USA. Mais les liens entre les deux frères seront difficiles à briser et les actes d’Udayan auront une influence au-delà des frontières et des générations. 

Unexploded de Alison MacLeod : Brighton, 1940: Alors que la guerre contre le régime nazi s’intensifie et que les habitants se préparent à une invasion allemande, Everlyn Beaumont se lie d’amitié avec un prisonnier juif allemand sous la garde de son mari, gardien d’un camp d’internement pour les  «déviants ». 

TransAtlantic de Colum McCann: Quatre générations de femmes, de la grande famine irlandaise de 1845, à la guerre civile américaine, jusqu’à l’histoire troublée de l’Irlande du Nord de la fin du XXème siècle. 

Almost English de Charlotte Mendelson: Dans un appartement miteux de l’ouest de Londres, Marina vit avec sa mère et trois autres parents hongrois, dont elle ne supporte plus le manque d’efforts d’intégration et les différences culturelles qu’ils cultivent. Une mise à l’écart qu’elle ressent encore plus fortement lorsqu’elle intègre, au prix des énormes sacrifices de sa mère, la prestigieuse école de Combe Abbey.

A Tale for the Time Being de Ruth Ozeki : En se promenant sur une plage du Canada, Ruth découvre le journal plein de rêves et d’espoirs d’une jeune fille japonaise de 16 ans, confrontée aux difficultés de son âge et victime de harcèlement sur le web.  

The Spinning Heart de Donal Ryan : Suite à la crise économique qui a dévasté l’Irlande, les tensions s’intensifient dans une petite ville rurale où chacune des 21 voix qui composent ce roman donne sa version de la vérité.  

The Testament of Mary de Colm Tóibín : La longue confession de la Vierge Marie, qui raconte les événements qui ont conduit à la mort brutale de son fils. 


Une longlist plutôt surprenante je trouve, avec à la fois trois auteurs irlandais mais beaucoup de diversité, plusieurs premiers romans et peu de grands noms (mis à part Tóibín et McCann), passant de la « presque nouvelle » de 100 pages au pavé de Richard House. 

Je ne sais pas si c’est un réflexe pour la survie de mes PAL/LAL, mais peu de titres m’inspirent pour le moment. A priori, je me tournerais plus facilement vers The Luminaries et The Lowland, voire The Kills par curiosité, mais sans urgence. Et vous, des envies?

La shortlist sera annoncée le 10 septembre, avant le choix final prévu pour le 15 octobre. Les favoris des bookies sont pour le moment The Luminaries d’Eleanor Catton, The Testament of Mary de Colm Tóibín et Harvest de Jim Crace.

dimanche 21 juillet 2013

Ca Penche! de Daniela Volpari

Dès 3 ans

C'est un oeuf de flamant rose qui, à peine pondu, échappe à la vigilance de ses parents et commence à dévaler une pente, semant le chaos sur son passage. Réussira-t-il à rejoindre son nid?

Album jeunesse au découpage plus qu'original, Ca Penche! attire l'oeil dans les rayons de librairie. Le format du livre donne l'illusion d'une pente qui sert de décor à la descente infernale de notre oeuf. 

J'ai beaucoup aimé cette idée et l'exploitation qui en est faite avec la remontée fulgurante de notre oisillon dans la deuxième moitié du livre sur les pages de droite. Les illustrations m'ont aussi plu avec leurs couleurs douces, dans des tons sépia, et leur diversité, entre paysages urbains et campagnards, peuplés d'une foule d'animaux différents et de détails. Le tout a également eu son effet sur mes deux petites "cobayes" de 3 ans. 

Par contre, j'ai trouvé le scénario et le texte un peu inégaux. Des rimes sur quelques pages pour raconter l'histoire aux petits, qui font ensuite place à une suite d'onomatopées à la typographie variée, lancées en l'air par un petit oiseau pressé; un changement de style qui donne vraiment l'impression que l'histoire est précipitée (et pas seulement rythmée). De plus, je pinaille peut-être, mais j'ai rarement vu des flamants roses pondre un oeuf au sommet d'une colline au milieu de la campagne...


Un bon concept, de belles illustrations mais un texte un peu délaissé au profit de l'originalité d'une idée.  

Je vous invite à visiter le blog de l'illustratrice (en italien et anglais), qui donne une bonne idée du style tout doux et un peu retro de Daniela Volpari.

Je remercie Entrée Livre et les éditions Marmaille et compagnie pour l'envoi de cet album dans le cadre de l'opération Livres et Vous.

Le petit oiseau sort de son oeuf et ne peut s'arrêter de dévaler la pente!
Vélo, chien, vielle dame... Il dérange tout sur son passage!

VOLPARI Daniela, sur une idée originale de TURLAN Luc, Ca penche!, ed. Marmaille et compagnie, mai 2013, 32p. 

lundi 8 juillet 2013

Une pincée de terre et de mer de Dina Nayeri

Pour ceux qui aiment: Lire Lolita à Téhéran d'Azar Nafisi

En 1981, quelques années après la révolution islamique, Saba, onze ans, est emmenée à l'aéroport par ses parents afin de prendre un avion en direction des Etats-Unis. Très inquiète de voir que sa soeur jumelle, Mahtab, ne les accompagne pas, Saba panique devant les contrôles de sécurité et les pasdars (policiers) de l'aéroport. Certaine d'avoir enfin aperçu sa soeur, elle court à sa rencontre mais assiste impuissante à son embarquement avec une femme qu'elle pense être à sa mère. 
Restée seule en Iran avec son père, persuadée d'avoir été abandonnée par sa mère et sa soeur qui vivent à présent leur rêve américain, Saba grandit dans la société iranienne post-révolutionnaire avec la conviction qu'elle retrouvera un jour Mahtab. Un espoir qui constitue, en dehors de ses amis d'enfance, Reza et Ponneh, sa planche de salut dans une société islamiste qu'elle arbore. Alors quand on essaie de lui faire croire que les deux sont mortes un jour d'été 1981, Saba se réfugie dans un conte mi-persan, mi-série américaine sur la vie de sa jumelle en Amérique. 

Premier roman de l'auteur Dina Nayeri, qui a quitté l'Iran pour les Etats-Unis à l'âge de dix ans, Une pincée de terre et de mer est une lecture surprenante. Prenant le contre-pied de beaucoup de romans sur l'Iran post-révolution très politiques, Dina Nayeri choisit comme point de départ le lien très fort entre deux jumelles et entre trois amis d'enfance pour parler, en toile de fond, de l'Iran des années 90. Le résultat est ainsi assez déroutant: à la lecture de ce roman, on n'a pas l'impression que la dénonciation des injustices de cette société soit le propos principal, Saba refusant en effet tout militantisme pour se consacrer entièrement à son rêve américain; mais certains épisodes de l'histoire traitant des souffrances des femmes et du manque de liberté en Iran agissent comme des claques à l'impact démultiplié, à l'image de la pendaison de cette jeune femme ou du passage à tabac de cette autre.. 

"Mustafa savoure certainement cette occasion de battre ainsi une jolie fille. Cela confirme quelque chose que Saba a saisi il y a longtemps: les pasdars ne haïssent pas tant l'indécence que leurs propres pulsions. Chaque jour, ils imaginent une nouvelle forme de cruauté - des règles déconcertantes, des actes de torture, des meurtres en pleine nuit - qui lui donne envie de fuir, de quitter l'Iran, de se laver les mains de la puanteur de la mer Caspienne et de ne plus jamais rien avoir à faire avec tout ça. L'Iran est un pays fini. Quand Mustafa sera vieux, comprendra-t-il qu'il a un jour passé une fille à tabac simplement parce qu'il ne pouvait rien contre sa beauté? Une foutue paire de chaussures. La bonne blague." p. 134

Par petites touches donc, Dina Nayeri nous fait découvrir le quotidien d'un petit village rural du nord de l'Iran. Avec beaucoup de retenue, peut-être due au statut d'émigrée de l'auteur, elle nous parle des difficultés de Saba, fille d'une famille chrétienne éduquée, obligée de dissimuler ses croyances. Mais l'auteur évoque également les belles traditions de l'Iran, le rôle des conteuses, les réunions autour du korsi, la solidarité entre les femmes et mères de substitution de Saba et son amitié pour Ponneh et Reza. On ressent ainsi une bonne dose de nostalgie à la lecture de ce roman pour un pays et des traditions en voie de disparition. 

J'ai eu un peu de peine à rentrer dans le roman au début, dont les premières centaines de pages sont un peu fouillies et très focalisées sur Mahtab et la vie américaine inventée de cette dernière. La suite m'a paru plus fluide car plus centrée sur l'Iran et le vécu de Saba. Le mélange entre "fables" et réalité devient du coup plus clair. On perd parfois le fil du récit, entrecoupés de quelques opinions des "mères" de Saba ou d'une docteure amie de sa vraie mère disparue, mais le tout se lit avec plaisir et intérêt. 

Un premier roman qui aurait probablement pu être raccourci et qui n'est pas sans défaut notamment au niveau de la construction, mais dont j'ai aimé le point de vue original, permettant de parler de l'Iran; non seulement des dérives politiques actuelles mais aussi du charme de ce pays aux traditions si riches, de l'amour et de l'amitié qui rendent le quotidien plus acceptable. Une belle découverte!


Les jumeaux ont le même sang dans les veines et la même destinée, disent les anciens. Saba a neuf ans quand éclate la révolution islamique. Chaque jour est fait de contes et de sucreries de ses tantes, de visites des imams à son père, notable chrétien et discret, et de cigarettes fumées en cachette avec ses amis. Elle en est persuadée, sa mère et sa soeur Mahtab ne sont pas mortes ce jour de 1981 où elle les a perdues de vue à l'aéroport de Téhéran : elles sont aux Etats-Unis, à une pincée de terre et de mer.
Saba grandit au rythme des aventures américaines de sa jumelle, leur donne corps et âme, reflets de ses propres aspirations. Aux tchadors noirs répondent les grandes études, au mariage forcé les histoires d'amour tumultueuses, à la soumission la question stimulante de l'intégration. Saba se vit ici, où elle s'est coulée sans heurts ni révolte dans le quotidien de son village, et là-bas, où Mahtab l'attend, de l'autre côté du miroir.

Dans ce premier roman à l'écriture envoûtante, Dina Nayeri joue avec la narration, les personnages, les thèmes de la mémoire et de la destinée. Elle nous montre aussi que l'imaginaire et le récit sont les derniers remparts de la liberté contre la folie. Une voix ensorcelante qui mêle la mélodie des contes orientaux à la prose occidentale moderne.

Je remercie Babelio et les éditions Calmann-Lévy pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique. J'en profite également pour féliciter l'éditeur pour la très belle et poétique couverture. 

NAYERI Dina, Une pincée de terre et de mer, ed. Calmann-Lévy, mai 2013, 480p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Bourgeois. 
NAYERI Dina, A Teaspoon of Earth and Sea, ed. Riverhead, janvier 2013, 432p. 





dimanche 7 juillet 2013

Quelques sorties culturelles à faire ici et là...

En attendant que j’attaque enfin la longue liste de billets en retard sur mes lectures (à venir, Gone with the wind de Margaret Mitchell, La vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker, Une pincée de terre et de mer de Dina Nayeri, etc.), voici quelques expos et pièces vues ces derniers mois qui m'ont laissé un bon souvenir. 


L'exposition Life and death in Pompeii and Herculaneum au British Museum, Londres: 

L'éruption du Vésuve en l'an 79 de notre ère détruisit les deux villes de Pompeii et Herculaneum, tuant des milliers d'habitants piégés et surpris par la mort dans leurs tâches quotidiennes. Événement tragique mais vraie aubaine pour les archéologues, le destin de Pompeii et Herculaneum nous permet aujourd'hui de mieux comprendre comment vivaient les Romains. Le British Museum utilise les objets déterrés et les connaissances acquises grâce aux fouilles conduites dans ces deux villes pour reconstruire une maison romaine et le quotidien de ses habitants, ne consacrant au final que quelques salles à la fin tragique de ces deux villes.

J'ai visité Pompeii et Herculaneum, pour la dernière fois il y a bien 20 ans, et en garde un souvenir très fort. Des émotions retrouvées lors de la visite de cette exposition. Comment ne pas être émue face à des dattes, céréales et figues conservées depuis presque 2000 ans; face à des tables et un berceau en bois transformés en charbon par la chaleur de l'éruption? Comment ne pas être bouleversée par ces moulages de plâtre des victimes qui m'avaient tant impressionnée petite?

Une exposition bien faite (peut-être parfois un peu trop simpliste et bien-pensante, mais je pinaille), pour tous ceux qui n'ont pas l'occasion d'aller à Naples et pour tous les autres qui souhaitent retrouver l'atmosphère si particulière de ces lieux, avec en prime des informations riches sur la vie du commun des mortels à l'époque romaine, de l'aristocrate au marchand, du tavernier à l'esclave. Espérons également qu'une partie des bénéfices de cette exposition ira à la préservation des sites...

Life and death in Pompeii and Herculaneum
British Museum
28 mars - 29 septembre 2013


One man, Two Guvnors au Theatre Royal Haymarket de Londres:

Prenez une pièce de Carlo Goldoni dans la tradition de la comedia dell’Arte (ici Arlequin serviteur de deux maîtres) ; transposez le tout à Brigthon dans les années 60; ajoutez de la musique de crooner, une bonne dose d’humour anglais et vous obtiendrez One man, Two Guvnors. 

Difficile de résumer l’intrigue de cette pièce où les malentendus, les imbroglios se succèdent. Pour faire simple, disons que Francis s’engage au service de Roscoe Crabbe, petit caïd de la région. Mais sous les traits de Roscoe, se cache en fait Rachel, sa sœur jumelle, qui a pris la place de son frère pour protéger son petit ami, Stanley Stubbers, qui se trouve être aussi le meurtrier de Roscoe. Vous me suivez toujours ? Quand Stanley arrive à Brighton, il tombe sur Francis et l’engage comme serviteur. Partagé entre deux patrons mais motivé par la perspective d’un gain doublé, Francis va devoir faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour servir ses deux maîtres sans qu’ils se rencontrent. 

Nous voulions à la base aller voir The Audience sur les réunions entre la reine (Helen Mirren) et tous les premiers ministres de son règne, mais il ne restait que des places debout (bof, pendant plus d’une heure de spectacle) ou à plus de 90£ (Gloups!). Nous avons donc opté pour cette pièce un peu par hasard, sans avoir au préalable lu les excellentes critiques de la presse britannique. Au final, je pense que nous n’avons pas trop perdu au change, bien que la comparaison entre les deux pièces soit difficile. 

Dans un genre complètement différent donc, loin de la politique et des affaires de la couronne britannique, One man, Two Guvnors a vraiment été une bonne surprise. J’ai trouvé les acteurs vraiment excellents et surprenants dans les petites parties chantées entres les actes ainsi que durant les scènes improvisées. Il se dégage de cette pièce une énergie folle, un dynamisme qui ne vous laisse pas une minute de repos. Résultat, on remarque à peine les deux heures du spectacle. 

Petit conseil cependant : il faut quand même avoir un certain niveau d’anglais, car les dialogues et les bons mots fusent à une vitesse folle. Ah oui, et si j’étais vous, j’éviterais les sièges en fin de rangée du parterre…  

Une excellente pièce, vraiment drôle tout en évitant l’humour lourd et gras. Un univers coloré, dynamique et musical qui m’a mis une pêche d’enfer pour le reste de la soirée. Vraiment, je suis une grande difficile pour les comédies mais là, je n’ai pas trouvé grand-chose à y redire. N’hésitez plus si vous avez besoin d’un petit remontant !  

Fired from his skiffle band, Francis Henshall becomes minder to Roscoe Crabbe. But Roscoe is really Rachel, posing as her own dead brother – who’s been killed by her boyfriend Stanley Stubbers. Francis spots the chance of an extra meal ticket and takes a job with one Stanley Stubbers – but to prevent discovery, he must keep his two guvnors apart. Simple.

One man, Two Guvnors de Richard Bean
Adapté de: Arlequin serviteur de deux maîtres de Carlo Goldoni
Avec : Sam Alexander, Martin Barrass, Mensah Bediako, David Benson, Owen Brazendale, Gillian Budd, Ian Burfield, Rhona Croker, Amy Cudden, Derek Elroy, Rufus Hound, Max Hutchinson, Harry Kershaw, Tom Lorcan, Aimee Parkes, Kelly Price et Hugh Sachs
Musique : Grant Olding
Theatre Royal Haymarket 
Jusqu’au 1 mars 2014  


Exposition Qin - L'empereur éternel et ses guerriers de terre cuite au Musée d’Histoire de Berne:

L’armée de terre cuite de l’empereur Qin Shi Huangdi (259–210 av. J.-C.) est connue à travers la planète et pourtant, pouvoir l'admirer reste un privilège rare. Pour la première fois, un groupe entier de vraies figures en terre cuite provenant du mausolée de l'empereur a fait le voyage jusqu'en Suisse pour y être présenté au grand public. Ayant toujours été intriguée par cette découverte mais n’étant pas particulièrement attirée par la Chine pour une prochaine destination voyage (sans que je puisse vraiment l’expliquer d’ailleurs), je ne pouvais pas manquer ça et j’ai sauté sur l’occasion de découvrir quelques-unes de ces statues et leur histoire. 

J’ai par contre eu la mauvaise idée d’y aller un dimanche de week-end prolongé. Alors que nous avions un horaire d’entrée assez stricte, j’ai trouvé l’exposition vraiment surpeuplée, au point de devoir faire la queue pour voir les vitrines (j’avoue que j’ai un peu fait ma welsch sur ce coup-ci et que je n’ai pas toujours bien sagement attendu mon tour). Du coup, je n’ai pas pu admirer à mon aise ces soldats à l’allure si humaine et étrange, produites en série mais dont le visage a été individualisé. Malgré cela, j’ai été subjuguée par la petite dizaine de statues exposées, dont la finesse des détails et les regards sont vraiment déroutants. J’aurais bien sûr aimé en voir d’avantage, mais les modèles choisis sont très beaux et peuvent en soi justifier le prix assez élevé de l’exposition. Le reste est bien sûr moins impressionant mais fournit quelques explications intéressantes sur l'époque et la vie de l’empereur Qin. Par contre, j’ai trouvé la mise en contexte un peu fouillie et parfois peu claire, surtout sans avoir pris d’audioguide. 

Au final, je suis vraiment heureuse d’avoir eu l’occasion d’admirer de plus près cette armée enfouie. Tout comme la visite de l’exposition sur Pompeii (dont je vous parle ci-dessus), on ressort de l’exposition avec l’envie de visiter le site, afin de vraiment se rendre compte de la taille et la richesse de ces découvertes archéologiques. Comme quoi, la Chine…maybe !

Qin - L'empereur éternel et ses guerriers de terre cuite
Musée d’Histoire de Berne
15 mars – 17 novembre 2013


Bronx de Chazz Palminteri avec Francis Huster

Dans le Bronx des années 60, Cologio, 9 ans, assiste à un meurtre perpétré par la capo du quartier, Sonny. Face à la police, il refuse de dénoncer ce dernier, s’attirant ainsi ses faveurs. Devenu comme un fils pour Sonny, Cologio traverse son adolescence tiraillé entre l’argent facile et le respect réservé aux mafiosi et les valeurs que son père essaie de lui transmettre. 

Pour qui a vu l’adaptation du livre autobiographique de Chazz Palminteri, Il était une fois le Bronx, réalisée par Robert de Niro en 1993, difficile d’imaginer que Francis Huster puisse se retrouver seul sur scène pour son adaptation au théâtre. Et pourtant, pendant un peu plus d’une heure, ce n’est pas moins de 18 personnages qui seront interprétés par l’acteur. 

Cologio, devenu adulte, raconte donc son enfance passée dans le Bronx sous l’aile du mafioso Sonny. Dans des dialogues récités à la vitesse éclair, Francis Huster interprète tour à tour les personnages du quartier, modulant sa voix, ses attitudes à chacun d’eux. Si le processus est tout d’abord déroutant, on s’y habitue plutôt vite et on rentre dans ce texte martelé comme des coups de pistolet, sans le moindre temps d’arrêt.

J’ai trouvé la performance de Francis Huster vraiment impressionnante et dans l’ensemble convaincante. J’ai eu un peu plus de peine avec le personnage de Cologio, qui conserve ses attitudes enfantines même à l’âge adulte, probablement pour faciliter l’identification du personnage. Étonnamment, j’ai trouvé Francis Huster plus crédible sous les traits de Sonny et des mafiosi du quartier, alors qu’admettons-le, il n’a pas franchement la tête de l’emploi. Après, il était pour moi parfois difficile de vraiment rentrer dans ce récit de la vie du Bronx avec des textes en français et la bonne diction de Francis Huster, surtout avec les quelques souvenirs du film qui me restaient. 

Dans l’ensemble, j’ai quand même apprécié cette pièce et surtout le travail d’adaptation et de mise en scène que j’ai trouvé remarquable. Petit bémol par contre pour l’emploi de micro, presque obligatoire vu la taille de la salle, mais qui déforme la voix de l’acteur et me gêne généralement au théâtre (puriste vous dites ?).

New York, 1960. Cologio ( 9 ans ) est témoin d’un meurtre dans le quartier du Bronx. La mafia y règne sans partage et le racisme devient omniprésent. L’enfant n’est pas pour autant perturbé par ce drame. Il y a comme une fascination chez lui pour les malfrats. Il ne dit rien ni à la police ni à son père, chauffeur d’autobus très soucieux d’intégrité. Le meurtrier en est reconnaissant à Cologio et le prend sous son aile. Mais l’enfant, qui grandit vite, va devoir choisir son clan et ses valeurs, entre la franchise et l’honnêteté de son père ou l’appât du gain des affranchis… Un récit autobiographique de l’auteur américain Chazz Palminteri ( 60 ans ) dont Robert de Niro avait tiré un film en 1993 : Il était une fois le Bronx. Dans cette version théâtrale, Francis Huster incarne à lui seul 18 personnages, dont l’enfant, tout en délicates modulations à la fois espiègles et bouleversantes.

Une pièce qui a déjà pas mal tourné, originellement montée au Théâtre des Bouffes parisiens en 2012. A priori, la tournée est terminée, mais qui sait…

Bronx de Chazz Palminteri avec Francis Huster
Mise en scène : Steve Suissa
Avec : Francis Huster
Théâtre du Jorat
31 mai – 2 juin 2013


The Judas Kiss de David Hare:

crédit: www.islingtongazette.co.uk
En 1895, Oscar Wilde, écrivain reconnu et controversé, est débouté par la justice dans le conflit qui l’oppose au père de son amant, le Marquis de Queensberry, qui l’avait traité de “somdomite”. Exposé à présent à des poursuites pour conduite indécente, il refuse toutefois de s’enfuir et de quitter le jeune Bosie, au risque de se voir emprisonné. 

Pièce en deux actes, The Judas Kiss avait été présentée une première fois en 1998, puis rejouée en 2012 au Hampstead Theatre de Londres, avec dans le rôle d’Oscar Wilde, Rupert Everett, à peine reconnaissable, et dans celui de Bosie, Freddie Fox.  

Avec un jeu d'acteurs et une mise en scène irréprochables, The Judas Kiss est une très belle pièce sur les dernières années solitaires du grand Oscar Wilde. Connaissant très peu encore cet auteur (mais étant décidée à m’y plonger sérieusement), j’ai aimé découvrir cet aspect du personnage, plus âgé, plus passif et affaibli, que l’on connait peut-être moins. Difficile en effet d’imaginer le pétulant auteur se soumettre aux caprices d’un novice irritant tel que Bosie. 

L’ambiance de la pièce est assez pesante et triste mais on rit aussi grâce à quelques bons mots. Et que dire de l'éphèbe italien, dont le rôle consiste à se prélasser entièrement nu sur la scène... en tous cas, ça a eu le mérite de faire glousser mes voisines (pour ma part, je me concentrais sur la pièce, bien entendu ;-)). L'ensemble est équilibré, intéressant et bien joué, mais peut-être qu'il manquait un petit quelque chose (une petit peu plus d'entrain au niveau du texte?) pour vraiment adorer cette pièce. N'hésitez cependant pas si vous avez l'occasion de la découvrir; la tournée anglaise s'est achevée en avril mais on ne sait jamais...

The Judas Kiss de David Hare
Mise en scène: Neil Armfield
Avec: Rupert Everett, Freddie Fox, Alister Cameron, Tom Colley, Ben Hardy, Cal Macaninch and Kirsty Oswald
Hampstead Theatre