mardi 28 janvier 2014

Immortels de Nasser Djemaï au théâtre

Joachim, 19 ans, décide d'intégrer le groupe d'amis de son frère Samuel, décédé un an plus tôt dans d'étranges circonstances. Bouleversé par cette tragédie, Joachim tente de comprendre et d'interroger Mona, William, Chloé, Isaac, Fausto et Linda, témoins des rêves et désespoirs de Samuel. Dans un jeu de confusion qui devient vite dangereux, Joachim va peu à peu se rapprocher de Samuel et découvrir  le vrai visage de son grand frère, jusqu'à se fondre dans son personnage.

Difficile de résumer cette pièce qui glisse d'un thème à l'autre, de manière plutôt surprenante. Je m'attendais à une pièce tournant autour du passage de l'adolescence à l'âge adulte, voire de l'expérience du deuil par des jeunes; et la première partie du spectacle pourrait se résumer plus ou moins à ça. Joachim est un "adulescent" un peu paumé, passif et renfermé, qui débarque dans le groupe d'amis très exubérants et engagés politiquement de son frère. Le décalage est frappant, violent, au point de trouver le jeu de Florent Dorin dans le rôle de Joachim très mou et comme perdu dans le blouson de son frère Samuel. 
Copyright: Mario Del Curto 

Mais petit à petit, Joachim adopte les attitudes et idées de son frère et on assiste à une réelle métamorphose du personnage. J'ai beaucoup aimé cette deuxième partie qui aborde de manière très juste la radicalisation des jeunes, pris entre un monde qui leur laisse si peu d'espoirs et de considération, et leur désir de s'impliquer, d'agir, d'être. 

Je ne vous en dis pas plus pour ne pas tout révéler de cette pièce que j'ai beaucoup aimée. Peut-être une petite déception sur la fin que j'aurais imaginée différente, plus extrême (Despentes est passée par là) en tous cas moins allégorique.    

Copyright: Mario Del Curto
Un mot encore sur la mise en scène, relativement dépouillée mais très réussie. Les jeux de lumière et de sons forment une atmosphère qui oscille entre fêtes et insouciance de l'adolescence et onirisme sombre. Ajoutez à ceci des acteurs jeunes mais convaincants et vous obtenez une pièce moderne et actuelle, que je vous recommande.

Joachim 19 ans, vient de perdre son frère Samuel dans un accident ; plusieurs zones d’ombres planent autour des circonstances de cette mort. Pour connaître toute la vérité, il décide d’intégrer le groupe d’amis de Samuel. Un groupe d’amis très impliqués politiquement et marqués par les crises économiques qui secouent actuellement l’Europe.

Les personnages interrogent l’héritage des adultes et leur avenir incertain. Or certains membres de ce groupe, de cette meute, n’acceptent pas Joachim mais le fantôme de Samuel, jusqu’à pousser notre héros dans son aveuglement pour le confondre complètement avec son frère disparu. Un monde traversé par des ombres du passé, une quête initiatique, entre le songe et la réalité, au cours de laquelle Joachim va découvrir le vrai visage de son frère.

Immortels est jouée jusqu'au 2 février 2014 au théâtre de Vidy à Lausanne. La tournée passera ensuite par:

– 6 et 7 février 2014 au Domaine d’O, Montpellier
– 11 et 12 février 2014 au Théâtre d’Angoulême
– 18 au 22 février 2014 à la MC2 de Grenoble.

Et autrement, le texte de la pièce est sorti en janvier aux éditions Actes Sud.

Immortels de Nasser Djemaï 
Avec: Clémence Azincourt, Brice Carrois, Florent Dorin, Etienne Durot, Jean-Christophe Legendre, Marion Lubat et Julie Roux
Théâtre de Vidy-Lausanne
21 janvier - 2 février 2014

mercredi 22 janvier 2014

Brave New World (Le meilleur des mondes) d'Aldous Huxley


Pour ceux qui aiment: Un bonheur insoutenable d'Ira Levin

Dans un futur lointain, en l'an 632 après l'avènement du Fordisme, les guerres, la violence et l'insatisfaction ont disparu grâce à un contrôle très stricte et industrialisé des naissances et à une planification précise des rôles et capacités de chacun. Conditionnés dès la naissance à accomplir et à aimer les tâches qui leur sont attribuées, formatés à considérer l'individualisme comme subversif, les hommes vivent à présent une félicité permanente mais dépourvue de désir et de réelles émotions. Personne n'ose remettre en question cette société stable et prospère, jusqu'au jour où un sauvage, un individu né naturellement et donc "non-programmé", est ramené de la réserve où il a toujours vécu pour goûter aux plaisirs de la civilisation...    

Publié en 1932, Brave New World est un roman d'anticipation dystopique plutôt complexe. L'auteur nous plonge sans détour dans un monde très codifié en attaquant son roman avec la visite du laboratoire où sont incubés puis conditionnés les enfants. J'ai vraiment eu de la peine à entrer dans cette première partie: entre les dialogues ping-pongesques, qui sautent de personnages en personnages et l'assimilation de ce tout nouvel univers, j'ai bien cru que je n'arriverais jamais au bout du chapitre 3. 

Après ce début très laborieux, l'intrigue se met peu à peu en place et j'ai eu moins de peine à suivre l'évolution des protagonistes... sans toutefois être passionnée par leurs aventures. Aucun des personnages ne m'a paru sympathique ou attachant; même John, le sauvage, dont le regard porté sur cette société parfaite est censé être proche de celui du lecteur, m'a ennuyée avec ses déclamations shakespeariennes, son amour pur mais barbant et au final, son côté réfractaire et conservateur (même dans un monde de fous, il doit bien avoir un tout petit quelque chose de positif, non?). 

Une lecture en demi-teinte donc, avec une intrigue qui ne m'a de loin pas tenue en haleine à chaque page et des personnages avec qui j'ai eu de la peine à accrocher. Mais mais mais, une fois le livre refermé et avec un peu de recul, impossible de nier la force de la dystopie imaginée par Aldous Huxley. L'enfer de cette société règlementée - aseptisée - homogène - déterministe - consumériste  à l'extrême, le tout mis en place pour assurer le bonheur, ou du moins l'absence de malheur des hommes et des femmes. Ca fait froid dans le dos et ça guérit de toute vision utopiste! On n'en vient presque à apprécier le coup de gueule des collègues, le caprice d'un boutchou ou la difficulté de nos choix existentiels, car comme le dit si bien Huxley:

"(...) Being contented has none of the glamour of a good fight against misfortune, none of the picturesqueness of a struggle with temptation, or a fatal overthrow by passion or doubt. Happiness is never grand."

Une lecture qui ne m'a pas emballée en elle-même mais des idées fortes qui font bien cogiter, même 80 ans après écriture. Cela suffit, à mon avis, à en faire une lecture indispensable. 

Far in the future, the World Controllers have created the ideal society. Through clever use of genetic engineering, brainwashing and recreational sex and drugs all its members are happy consumers. Bernard Marx seems alone harbouring an ill-defined longing to break free. A visit to one of the few remaining Savage Reservations where the old, imperfect life still continues, may be the cure for his distress...


Lecture faite dans le cadre du Blogoclub. En plein préparatifs de vacances, je n'ai pas trouvé le temps de mettre en ligne mon billet mais vous retrouverez pleins d'autres avis ici.



HUXLEY Aldous, Brave New World, ebook, publié pour la première fois en 1932. 
HUXLEY Aldous, Le meilleur des mondes, ed. Pocket, novembre 2013, 318p., traduit de l'anglais (Angleterre) par Jules Castier. 

jeudi 16 janvier 2014

Lectures communes 2014

LECTURES COMMUNES: Rejoignez-nous!

1 janvier - 31 mars: Un hiver en Suède chez Chroniques littéraires

31 janvier - 20 juin: Printemps coréen chez Coccinelle

1 mars: Blogoclub: Lecture commune autour d'Alice Munro

8 mai : Les racines du ciel de Romain Gary avec A Girl from Earth, Céline et Keisha

1 septembre 2014: Blogoclub: LC de Joyce Maynard

31 octobre:
The Luminaries de Eleanor Catton avec Valérie

décembre-janvier 2014:
Clair de femme de Romain Gary avec A Girl from Earth

mars 2015:
Le Mur invisible de Marlen Haushofer avec A Girl from Earth

juillet 2015:
Lecture autour de Nadine Gordimer avec A Girl from Earth? et Flo?

lundi 13 janvier 2014

De retour avec un petit bilan 2013 avant d'attaquer 2014

Un bilan à la mi-janvier? Vous allez me dire qu'il y a du relâchement dans l'air... et vous auriez totalement raison. Voyez-vous, depuis mon retour de vacances, je peiiiiiine à me remettre dans le rythme. J'ai encore la tête dans la savane, très très loin de la rentrée littéraire de janvier.

Crédit: Un moment pour lire
Ce qui explique également que le nombre de pages avalées durant les fêtes a été limité. Et oui, pas beaucoup d'électricité sous tente et nos journées ont été plus que bien remplies. J'ai quand même réussi à finir Absolution de Patrick Flanery dont je vous parle tout bientôt, et à commencer Black-out de Connie Willis. Suite à vos commentaires, j'ai préféré laisser Zulu de Férey pour le retour, histoire d'oser sortir de notre voiture, même si le Flanery n'était parfois pas triste non plus. 

Crédit: Un moment pour lire




Mais assez parlé de vacances, revenons aux choses sérieuses et à cette année 2013. En essayant de vous faire un top 5 de mes lectures "2013esques", j'ai constaté que deux livres se détachaient franchement du lot, à savoir:







Gone with the Wind de Margaret Mitchell: Un coup de coeur tardif mais absolu qui m'a emportée tout au long de ma lecture. J'ai depuis également vu le film, sur lequel je m'étais endormie un nombre incalculable de fois dans le passé. Mais magie du roman, même la version cinématographique passe à présent et plutôt bien même. Donc à toutes (ben oui, ça reste quand même plutôt réservé à la gente féminine) celles qui hésitent encore, qui pensent connaitre l'histoire, qui ont vu le film et l'ont trouvé mortellement gonflant et niais, foncez et lisez le livre!!!


Wolf Hall d'Hilary Mantel: Contrairement au livre de Margaret Mitchell, je ne décrirais pas Wolf Hall (Le conseiller) comme un énorme coup de coeur. Cependant, je crois qu'il s'agit de loin du livre le plus abouti et maîtrisé lu cette année. Un pavé à la construction et au style précis, avec des personnages historiques généralement vus comme austères qui prennent réellement vie à la lecture. Le deuxième tome m'attend de pied ferme pour ce début d'année 2014.

Ces deux mastodontes mis à part, les trois livres suivants ont marqué mon année, pour des raisons assez différentes:



Le polygame solitaire de Brady Udall: La bonne surprise de l'année. Un livre que j'ai tout d'abord vraiment détesté, dont je lisais une page par jour avant de a) m'endormir d'ennui; b) décider de l'abandonner; ou c) de m'empêcher au prix d'énormes efforts de le jeter par la fenêtre. Et puis tout à coup, tout a fonctionné et j'ai fini ma lecture le sourire aux lèvres. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer.

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson: L'OLNI de mes lectures de cette rentrée littéraire. Un personnage à part, aussi touchant qu'irritant. Sans que ce soit un coup de coeur, j'ai trouvé ce roman suffisamment à part pour qu'il reste une lecture marquante de cette année.

Pain amer de Marie-Odile Ascher: Le bon petit roman qui se lit tout seul avec une héroïne attachante. Je n'en attendais franchement pas grand-chose et au final j'ai passé un bon moment. Maintenant la grande question est: est-ce que la sauce pourrait prendre une nouvelle fois avec le second roman de l'auteur, Le Serment de Maria, sur des thématiques très (trop) similaires?


Et sinon, je pourrais remettre au menu mes bonnes résolutions 2013 vu mon peu assiduité (soupir!) au cours de cette année. Mais gardons la foi et pour 2014, j'espère donc:

1) Lire les deux gros pavés vo achetés à la rentrée avant qu'ils sortent en poche, à savoir The Luminaries d'Eleanor Catton et The Goldfinch de Donna Tartt;

2) Fêter comme il se doit le centenaire de la naissance de Romain Gary le 8 mai et au fil de l'année avec en première ligne, la lecture de Les racines du cielEt tenter de caser du Dylan Thomas, né la même année; 

3) Lire plus de BDs, surtout que ma liste d'envies bullesques est longue comme le bras;

4) Lire plus de romans d'espionnage, de policiers et de nature writing, genres complètement délaissés en 2013. 

5) Reprendre à un rythme très très lent (allez, un par année) la série des Rougon Macquart depuis le début;

6) Lire Le monde connu d'Edward P. Jones, Trop n'est pas assez d'Ulli Lust et 1984 de George Orwell, que j'avais inscrits à mes challenges (très) passés;  

7)  Me décider à lire les sagas Hunger Games et Le trône de fer avant d'avoir vu tous les films et saisons... ou simplement accepter ma défaite et profiter sans remords des adaptations.

8) Combler mes énormes lacunes en classiques anglais en continuant (ou en commençant, hum hum) ma découverte de Dickens, Shakespeare, les soeurs Brontë, Frances Hodgson Burnett, Jane Austen, etc. etc.;

9) Lire plus de non-fiction. J'en ai un étage entier dans ma bibliothèque, des titres plus tentants les uns que les autres, de Georgiana d'Amanda Foreman, à Nudge de Richard Thaler et Cass Sunstein, en passant par The Lunar Men de Jenny Uglow. 

10) Lire Le week-end de Bernhard Schlink que je dois rendre à ma soeur depuis des lustres. 

On va pas chômer en 2014. Surtout que je vais également essayer de rattraper la bonne dizaine de billets en retard qui trainent dans mes brouillons depuis plusieurs mois et de vous rendre visite plus régulièrement.

Au boulot!!!

Et vous, de bonnes et ambitieuses résolutions pour cette année?