lundi 24 février 2014

Absolution de Patrick Flanery

Pour ceux qui aiment: Poussière rouge de Gillian Slovo ou Disgrâce de J.M. Coetzee

Après plusieurs années passées aux États-Unis, Sam Leroux décide de rentrer en Afrique du Sud, son pays natal qu'il a quitté après une enfance difficile. Comment refuser en effet l'opportunité qui lui est offerte d'écrire la première biographie officielle de Clare Wade, la célèbre romancière. Au fil des entretiens, une étrange relation voit le jour entre la romancière et le biographe, chacun tentant de manipuler l'autre afin d'obtenir les informations manquant au puzzle de leur propre passé. Car le choix de Sam comme biographe est loin d'être innocent: il est peut-être le seul à connaitre les événements qui ont précédé la disparition de la fille de Clare, Laura, en 1989.

Il est difficile de résumer ce premier roman complexe qui aborde très justement plusieurs thèmes forts et percutants. Absolution regroupe en effet cinq récits, qui se recoupent et se contredisent pour, au final, offrir au lecteur une plongée étourdissante dans la vie et l'histoire de l'Afrique du Sud.

Sans perdre son lecteur, Patrick Flanery jongle entre le récit de Sam, relatant à la fois ses entretiens avec Clare et son ré-apprivoisement graduel à sa nouvelle vie sud-africaine. Les lettres écrites par Clare à sa fille disparue, tentative désespérée de reconstruire le fil de la disparition de Laura, font également écho au récit plus factuel de l'enfance de Sam et de cette tragique année 1989. Enfin, le livre est entrecoupé d'extraits du nouveau roman de Clare (également titré Absolution), qui joue constamment sur la confusion entre confession autobiographique et fiction. 

Une ambivalence qui représente d'ailleurs pour moi le thème central de ce roman. Patrick Flanery présente des versions divergentes de chaque vérité, parmi lesquelles le lecteur doit ensuite démêler le vrai du fantasmé. Le procédé peut être parfois frustrant, car aucun "résolution" ou version objective n'est au final offerte au lecteur. Cela donne un petit goût d'inachevé au roman, défaut largement compensé, à mon avis, par l'ampleur psychologique que cela apporte au récit. J'ai ainsi trouvé que l'auteur réussissait à merveille à garder une tension entre les personnages, à la fois assoiffés de vérité et réticents à livrer leurs secrets. 

Mais Absolution reste également un roman très ancré en Afrique du Sud, offrant ainsi une vision très dure du quotidien post-apartheid de la population blanche du pays, prisonnière d'une surenchère sécuritaire. On retrouve ici, à nouveau, les thématiques de la méfiance et des faux-semblants appliquées aux relations blancs-noirs de la nation arc-en-ciel. J'ai également beaucoup aimé les excellents passages traitant du travail d'écrivain sous l'apartheid et du rôle de la censure. 

"Très simplement, elle [la censure] a agi comme une distraction continuelle. En de pareilles conditions, on ne peut pas se mettre à écrire le matin sans soupeser l’implication de chaque lettre, parce que l’esprit censeur, grammairien et rigoriste, est à la recherche d’un sens jusque dans l’orthographe et la ponctuation. Et c’est là qu’on sait que le censeur a gagné, parce que, en fin de compte, ce qu’il veut le plus ce n’est pas le contrôle total de l’information, c’est que tous les écrivains s’autocensurent." p. 88 

Vous l'aurez compris, Absolution est un livre complet, complexe et confondant. Si l'intrigue tourne un peu en rond dans le dernier tiers, je reste cependant soufflée par la maitrise de l'auteur pour ce premier roman et garderai, sans aucun doute, un oeil sur ses prochaines publications. Cela tombe bien, son nouveau roman, Fallen Land est sorti, il y a quelques mois, avec pour thème, cette fois, les déçus de l'"american dream". Ajout PAL en perspective!

Un fascinant duel littéraire qui tourne au thriller psychologique post-apartheid

En Afrique du Sud, de nos jours, Clare Wade, célèbre romancière connue pour ses positions en faveur des droits de l'homme, rencontre Sam Leroux, jeune universitaire désireux de retracer sa carrière dans une biographie. Parallèlement aux entretiens qu'elle donne à Sam, Clare enquête sur la disparition de sa fille qui a rejoint la lutte armée en 1989. Si le travail de Sam révèle des liens inavouables entre Clare et l'ancien régime d'apartheid, Sam est loin d'avoir tout dit, lui aussi, sur sa véritable identité. Entre ambivalence et faux-semblants, chacun va devoir faire tomber les masques pour entrevoir enfin la part de vérité cachée qui lui manquait.

Acclamé par la presse anglo-saxonne, Absolution revient, à l'aide d'une construction diabolique et d'un suspense infernal, sur des aspects terrifiants de l'histoire de l'apartheid. Interrogeant les notions de culpabilité, de bien et de mal, mais aussi les limites de la démocratie et de la liberté, ce premier roman magistral dévoile toute la complexité de la société sud-africaine contemporaine. Mais, au bout du compte, c'est à la littérature, seule capable de relier l'histoire individuelle à l'histoire collective, qu'Absolution rend un hommage appuyé.   

Merci à Olivier! Très bon choix, même si je ne suis pas sûre que la lecture d'Absolution ait été beaucoup moins traumatisante que celle de Zulu de Férey. 

FLANERY Patrick, Absolution, coll. Pavillons, ed. Robert Laffont, août 2013, 468p., traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Marny
FLANERY Patrick, Absolution, ed. Riverhead, avril 2012, 400p.      

mercredi 12 février 2014

Ce sera ma vie parfaite de Camille de Villeneuve

Victor des Ulmières, un vieil aristocrate original, se réveille un matin en pressentant que la dispute qui l'a opposé à son protégé, Serge, la nuit précédente ne restera pas sans conséquences. Persuadé qu'il vit ainsi sa dernière journée, Victor revient sur les événements marquants de sa vie et essaie de tirer le bilan de ses erreurs, de ses amours et de ses succès, recomposant pièce par pièce le puzzle d'une "vie parfaite". 

J'avais lu, il y a quelques années, le premier roman de Camille de Villeneuve, Les Insomniaques, et j'avais passé un assez bon moment pour avoir envie de redonner une chance à cette jeune auteure. J'avais en effet trouvé ce premier essai plutôt mature et j'étais curieuse de voir ce que Camille de Villeneuve pouvait nous offrir pour son deuxième roman. 

En relisant mon billet sur Les Insomniaques, j'ai relevé le passage suivant: "(...) après plusieurs centaines de pages, j'ai commencé à ressentir une certaine lassitude. J'avais l'impression de lire une succession d'événements sans réels liens et j'ai trouvé que les personnages n'étaient pas traités en profondeur. Le lecteur ne fait que de jongler de l'un à l'autre sans vraiment s'y attacher et donc sans vraiment s'intéresser à leur sort." Je pourrais presque recopier ces impressions pour Ce sera ma vie parfaite; l'auteure se focalise cette fois sur un seul personnage mais jongle toujours d'un souvenir à l'autre sans parvenir à construire un vrai fil rouge ou les contours d'un personnage auquel le lecteur pourrait s'intéresser. 

A mon avis, Ce sera ma vie parfaite souffre également d'un problème de construction: il manque une vraie mise en place de l'intrigue et des personnages. Pendant presque 1/4 du livre, le lecteur avance à l'aveugle, dans un flou complet sur l'époque, l'âge du héros ou le contexte. Un effet peut être voulu, mais un choix qui m'a perdue. Résultat, je n'ai jamais vraiment réussi à m'attacher ou à comprendre les personnages et j'ai lu le récit de Victor avec un détachement total, sans intérêt.

Concernant le style, je persiste à dire que la plume de Camille de Villeneuve est intéressante. On ne peut en tous cas pas lui reprocher un manque d'inventivité dans l'écriture. Il y a de la recherche dans la construction des phrases et dans les allégories, mais le tout semble parfois un peu forcé, un peu trop alambiqué. De plus, pour un auteur de moins de 30 ans, ce côté un peu ampoulé ressort de manière amplifiée. Pas que tous les jeunes auteurs doivent écrire en mode twitter, mais quand même, un peu de fraîcheur dans le style ne m'aurait pas dérangée.

Un deuxième roman décevant mais je garde un oeil sur l'auteure. Le style y est, la bonne histoire et les personnages forts manquent encore. J'attends le troisième opus avec curiosité...

La dernière journée d’une vie peut-elle en révéler le sens ?

En ce matin de printemps, Victor des Ulmières pressent sa mort, tandis qu’autour du domaine rôde Serge, son jeune protégé avec lequel il s’est battu au couteau la veille. L’imminence de la fin force Victor à une relecture lucide de sa vie, oscillant entre passé et présent.

Lui revient sans cesse en mémoire sa famille trop pesante : une mère tôt disparue ; un père dont il n’a connu que le mépris ; une soeur, Aimée la bien nommée, véritable passion de sa vie ; Vivien, un frère cadet haï… Dans sa rumination intérieure, cet homme hanté par l’échec cherche à reconstruire sa vérité.

Et c’est en l’étrange compagnie de jeunes danseurs et musiciens que Victor décide alors d’un événement qui lui donnera la possibilité de traverser déceptions et fantasmes, de faire l’expérience d’une joie fatale. De parachever ainsi sa vie "parfaite"...

Sans faute par contre pour la nouvelle ligne graphique des éditions Philippe Rey pour leur 10ème anniversaire. J'aime beaucoup! Merci encore à Anaïs et à l'éditeur pour l'envoi de ce livre.

de VILLENEUVE Camille, Ce sera ma vie parfaite, ed. Philippe Rey, août 2013, 240p.