jeudi 29 mai 2014

Le meilleur coiffeur de Harare de Tendai Huchu

Pour ceux qui aiment: Les enquêtes de Mma Ramotswe d'Alexander McCall Smith

Jeune mère célibataire dans le Zimbabwe d'aujourd'hui, Vimbai s'accommode plutôt bien des difficultés quotidiennes grâce à son statut de "meilleure coiffeuse" de la capitale. Star du salon de Madame Khumala, qui compte parmi ses clientes des ministres et la moitié d'Harare, Vimbai voit soudainement son statut remis en question à l'arrivée du séduisant Dumi. Ce dernier semble en effet avoir un don incomparable pour mettre en valeur la coiffure des clientes du salon et très vite, toute la ville ne parle que de lui. Mais derrière cette façade de l'homme à qui tout sourit, Dumi ne cacherait-il pas quelques fêlures?

L'intrigue du premier roman de Tendai Huchu pourrait se limiter à une chronique d'un salon de coiffure africain, des petites rivalités entre coiffeurs et du passage des quelques clientes hautes en couleur au fil des jours. L'histoire est d'ailleurs parfois un peu simpliste et le déroulement complètement téléphoné. On devine tout de suite où l'auteur veut en venir alors que Vimbai semble un peu benête ou complètement aveugle. Mais cette légèreté et naïveté cache pourtant un propos beaucoup plus sérieux sur les difficultés et travers de la société zimbabwéenne sous le régime de Mugabe. 

J'ai beaucoup aimé cet aspect du roman qui m'a permis de mieux réaliser ce que veut dire habiter Harare aujourd'hui: l'inflation galopante qui rend l'argent insignifiant, au point que les gens se promène avec des sacs de billets de banque plutôt qu'un porte-monnaie et que les fournisseurs préfèrent être payés en savons ou en huile; la corruption partout présente et les passe-droits d'une banalité effrayante; les inégalités; les discriminations multiples; la violence de la rue; les pénuries. Sur les pas de Vimbai, on découvre ce quotidien, sans que jamais le roman ne devienne sombre ou déprimant. 

Un premier roman attachant, à la fois plein de bonhomie mais également critique et ambitieux par la diversité des thèmes abordés. Un mélange qui m'a plu et qui m'a permis de mieux découvrir la vie quotidienne et les difficultés des Zimbabwéens, trop souvent oubliés. Avec un président de 90 ans, il reste à espérer que la situation s'améliorera dans les prochaines années.

Vimbai est la meilleure coiffeuse du Zimbabwe. Fille-mère au caractère bien trempé, c’est la reine du salon de Madame Khumala; jusqu’à l’arrivée de Dumi, surdoué, beau, généreux, attentionné, très vite il va détrôner Vimbai. Quand Vimbai comprend enfin le secret de Dumi, elle fait un chemin intérieur que le pouvoir au Zimbabwe est loin de suivre.
 
Le meilleur coiffeur de Harare ne se contente pas d’une romance aigre-douce et des cancans d’un salon de coiffure. Outre la dénonciation de l’homophobie, il propose une peinture légère, mais implacable de la vie quotidienne et politique au Zimbabwe.

Je remercie Emmanuelle et les éditions Zoé pour l'envoi de ce livre. Une belle découverte!

HUCHU Tendai, Le meilleur coiffeur de Harare, ed. Zoé, février 2014, 252p., traduit de l'anglais (Zimbabwe) par Odile Ferrard
HUCHU Tendai, The Hairdresser of Harare, ed. Weaver Press, 2010

vendredi 16 mai 2014

La chèvre bleue de Michel Raymond

Dès 7 ans

Un jour de marché, alors que les villageois tentent de palier au désastre des dernières récoltes, un nain venu de nul part annonce que la prospérité du village sera retrouvée le jour où des grandes chèvres bleues seront élevées dans la région. Après son départ, les villageois s'interrogent. Comment obtenir une grande chèvre bleue, alors que toutes les chèvres de la région sont petites et brunes?

La chèvre bleue est un petit conte sympathique mais surtout très éducatif. Michel Raymond est directeur de recherche à l'Institut des Sciences de l’Évolution de Montpellier et c'est en voulant expliquer le concept de la sélection naturelle à sa fille, qu'il s'est rendu compte que la littérature enfantine ne proposait pas grand-chose à ce sujet. Il a donc imaginé cette fable, toute simple, d'un groupe de villageois tentant d'obtenir une grande chèvre bleue, en testant différentes méthodes: tirer les pattes de tous les chevreaux pour essayer de les allonger, faire une danse de la chèvre bleue chaque soir, etc.

J'ai beaucoup aimé cet album. J'ai eu peur, dans un premier temps, que le thème soit trop compliqué pour un enfant dès 6-7 ans, mais comme l'indique l'auteur à la fin de son ouvrage, il s'agit simplement de bien expliquer à l'enfant le concept de génération. Le reste peut, à mon avis, très bien être compris et est même plutôt amusant. 

Les illustrations offre une jolie palette de couleurs chaudes mais j'ai trouvé le trait parfois un peu brouillon. Le dosage entre illustrations et texte est par contre plutôt bien géré pour une lecture commune parent-enfant. L'histoire suit les expérimentations scientifiques de sept villages sur plusieurs années. La construction parait parfois un peu artificielle, un peu mécanique, et les éléments fantastiques comme les licornes ne m'ont pas paru essentiels. L'intérêt principal de cet album n'est cependant pas d'y trouver une belle histoire mais d'utiliser cette fable comme base pour discuter avec son enfant d'un concept important. 

En effet, alors que la théorie de l'évolution est encore trop souvent remise en cause de nos jours, je trouve primordial de tenter de sensibiliser les enfants à ce concept dès leur plus jeune âge. Leur servir plus tard, sans réelle préparation, la théorie de l'homme cousin du singe est à mon sens une erreur. Commencer par la sélection naturelle représente une première étape intéressante vers la compréhension du phénomène de l'évolution des espèces. Dommage par contre que cet album se concentre principalement sur la sélection humainement induite et pas sur la sélection naturelle au sens propre. Peut-être dans un prochain album?

Un album que je recommande à tous et qui me semble aussi totalement adapté à un travail en classe. La chèvre bleue peut également servir à aborder la compréhension des expériences scientifiques, de la patience qu'elles requièrent et de l'incertitude qu'elles créent. Un joli ouvrage!

De passage au village, après de mauvaises récoltes, un nain prophétise : "pour retrouver la prospérité, villageois, vous devez trouver le moyen d'obtenir une variété de grande chèvre bleue". Mais il n'y a que des petites chèvres marrons dans la région...? Est-ce possible ? Comment vont-ils s'y prendre ? Chacun des sept hameaux du village a ses idées, reste à trouver la bonne méthode...

Simple et ludique, ce conte fera comprendre aux enfants la sélection naturelle, mécanisme fondamental d'évolution des êtres vivants.

Lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio, que je remercie ainsi que les éditions Le Pommier.

RAYMOND Michel et Scilla, illustré par COMIS Pauline, La chèvre bleue, ed. Le Pommier, novembre 2013, 40p.


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jeudi 8 mai 2014

Les racines du ciel de Romain Gary


Pour ceux qui aiment: Walden de Henry David Thoreau ou Wildlife de Richard Leakey

Alors que le désastre de la deuxième guerre mondiale fait peu à peu place aux luttes de pouvoir souterraines de la guerre froide, l'Afrique-Équatoriale française (AEF) est chamboulée par la croisade d'un seul homme amoureux de la nature. Jusqu'ici épargnée par les luttes pour l'indépendance de l'Afrique, les gouverneurs français ne peuvent en effet pas s'empêcher de voir, derrière la lutte de l'excentrique Morel pour sauver les éléphants, un début de révolte qui pourrait embraser toute la région. Malgré les affirmations répétées de Morel, personne ne peut en effet croire qu'un homme irait jusqu'à risquer sa vie pour la simple préservation d'un animal aussi encombrant et archaïque que l'éléphant.

A travers les différents récits des témoins de l'affaire, récoltés autour d'un feu des plaines désertiques, sur la terrasse du troquet Le Tchad ou par le compte-rendu du procès qui s'ensuit, le lecteur découvre petit à petit "la vérité sur l'affaire Morel". Une affaire qui ne laisse personne indifférent et toute la petite société de l'AEF semble avoir son avis sur les motifs réels de la lutte de Morel, sur les motivations de ses compagnons et sur sa localisation.
 
Romain Gary est un auteur que j'admire et qui fut la révélation de mon adolescence avec La vie devant soi. J'avais toujours repoussé la lecture de Les racines du ciel, le roman qui lui apporta son premier Goncourt en 1956. J'attendais le bon moment pour lire ce livre que j'étais sûre d'aimer. Pensez bien, un roman sur l'Afrique et les éléphants écrit par mon auteur chouchou.... Pour célébrer le centenaire de sa naissance (8 mai 1914), je me suis enfin décidée à me lancer.

Et là, patatra! La bonne première centaine de pages m'a laissée presque de glace. Je peinais à me retrouver entre les personnages, à m'attacher à cette bande de concierges et à suivre leurs racontars. Morel m'apparaissait comme un doux illuminé mais ne m'inspirait pas franchement d'intérêt particulier, je ne retrouvais pas beaucoup d'Afrique et pas assez d'éléphants. 

Heureusement, Gary reste Gary et à mesure que les pages se tournent, les fils de l'intrigue se démêlent et on découvre un Morel idéaliste mais opposé à la défense de toute idéologie et les implications bien plus vastes de cette "affaire": une belle réflexion sur la notion de dignité, de liberté et de progrès; des passages enlevés sur la beauté de l'Afrique et sur le devenir de l'homme. Et là, tout à coup, j'ai commencé à me passionner pour ces personnages tout simples mais tellement humains. J'ai petit à petit retrouvé la flamme de Gary, son panache, son style, sa sensibilité et les post-it ont commencé à s'accumuler. 

"Vous avez déjà vu un éléphanteau couché sur le flanc, la trompe inerte, et vous regardant avec des yeux où semblent s'être réfugiées toutes les qualités humaines tant vantées et dont l'humanité est si abondamment dépourvue?" p. 70

"Parfois, il m'arrive de penser qu'Orsini avait tout simplement, mais non sans un certain courage de roquet, sa propre petitesse contre une conception trop élevée de l'homme - conception qui l'excluait. Orsini étant sans doute prêt à se mépriser - car de lui-même non plus il ne fut pas dupe - mais il n'était certes pas prêt à accepter que cette opinion plus que modeste qu'il avait de lui-même l'exclût du reste de l'humanité. Au contraire. Il y voyait sans doute un signe d'appartenance. Il tirait de toutes ses forces vers lui, vers le bas, la couverture, dont Morel tenait très haut l'autre bout, et il essayait de s'en couvrir, il voulait à tout prix prouver qu'il n'était pas exclu. Au fond, il devait souffrir d'un besoin déchirant de fraternité." p. 115

Copyright: Un moment pour lire

"Brusquement, comme irrité par ce vacarme d'insectes, par ce choeur des petits, un rugissement qu'aucune distance n'empêchait jamais de paraître tout proche, s'éleva dans ce qui parut devenir soudain silence, et il sembla que les nuages eux-mêmes autour de la lune se mettaient à fuir tout à coup plus vite vers le lointain. Le coeur de Minna se mit à sauter, elle avala sa salive spasmodiquement et écouta un moment, tremblante et heureuse à la fois, la seule voix qui pût s'élever sans ridicule vers l'immensité étoilée." p.192

Dans nos sociétés de plus en plus individualistes, on a plus que jamais besoin de croire et de lutter pour la protection de tous les éléphants, réels et symboliques. Que ce message nous vienne d'un livre publié en 1956 est d'une modernité étonnante. Les écrits de Gary n'ont, à mon sens, pas pris une ride en un demi-siècle, et restent d'une incroyable justesse: des réflexions politiques sur l'Afrique à notre besoin actuel d'un retour à la nature. 

Romain Gary est un auteur qui arrive à chacun de ses romans à me surprendre. Il est impossible de comparer La vie devant soi, La Promesse de l'aube ou Les racines du ciel tellement les thématiques traitées semblent différentes. Et pourtant, il ressort de ces trois romans une profondeur incroyable qui vous chamboule sur le long terme, et une maîtrise de l'intrigue et de ses personnages qui font pour moi de Gary, simplement, le meilleur auteur français du 20ème siècle.

En ce jour du centenaire de sa naissance, je ne peux que vous encourager VIVEMENT à lire et à relire cet incroyable auteur.

Lecture commune avec Keisha et Céline qui ne semblent pas être au rendez-vous. Ont-elles bloqué sur ce début de roman?

Il parait qu'une comédie musicale a été tirée de ce livre. Curieuse je suis!

GARY Romain, Les racines du ciel, ed. Folio, publié pour la première fois en 1956

jeudi 1 mai 2014

Salon du livre de Genève du 30 avril au 4 mai: qui y va?

Malgré un programme un peu tiède, je ne peux décemment pas déroger à la coutume d'aller jeter un oeil au Salon du Livre de Genève ce week-end.

Et vous? Si vous y êtes samedi après-midi et qu'un petit café au milieu des livres vous dit...

P.s. Je veux pas faire ma mauvaise langue mais franchement, ces affiches... Troisième année qu'on y a droit. Avec les "psssssst!" et les "driiiiing!", j'aurais volontiers ajouter "pffffffff!" Mais bon, les goûts et les couleurs!