vendredi 27 juin 2014

Les enquêtes du limier de Jirô Taniguchi


Pour ceux qui aiment: Les courtes enquêtes à la Alexander McCall Smith

TOME 1: Chien d'aveugle

Taku Ryûmon vit isolé au coeur des montagnes japonaises, avec pour seule compagnie son fidèle chien, Joe. Pour gagner sa vie, il part à la recherche des chiens de chasse égarés et les ramène à leurs propriétaires. 
Mais ses clients sont loin d'être tous commodes. Il est ainsi contacté par un groupe de yakuza qui lui confie la mission de retrouver un chien-guide. Bien que cela s'éloigne de ses activités habituelles, Taku ne pourra opposer que peu de résistance à ces nouveaux clients très insistants.

Je n'ai jusqu'ici jamais lu les mangas de Taniguchi bien que j'aie plusieurs de ses titres en ligne de mire ou même dans ma PAL. L'ambiance grands-espaces, enquête et chien fidèle fait que j'ai décidé de commencer ma découverte par cette série qui semble relativement éloignée de l'univers habituel de l'auteur.

Chien d'aveugle est donc le premier tome de cette série manga qui compte jusqu'ici deux titres. Comme l'explique Taniguchi en postface, ce projet d'adaptation d'un livre de l'auteur Itsura Inami lui courait dans la tête depuis une dizaine d'années.

Dans ce premier tome, le lecteur fait la connaissance de Taku, un personnage un peu brut et solitaire mais qui montre petit à petit une bonne dose de courage et de coeur. Au fil des pages et malgré ce côté distant et les nombreux éléments de sa personnalité qui restent vagues ou mystérieux, je me suis attachée à cet homme bourru mais plein d'humanité. Par contre, j'ai trouvé que les personnages secondaires restaient très en retrait donnant à l'intrigue ce petit sentiment de survol d'une enquête à l'autre. 

Ce petit point mis à part, j'ai bien aimé le scénario de ce premier tome, et particulièrement la deuxième partie qui se concentre sur la recherche du chien d'aveugle disparu. Cela donne l'occasion à l'auteur de présenter le travail extraordinaire et complexe de ces chiens d'assistance et de leurs dresseurs. Petite déception par contre sur la relation de Taku avec son chien, que je pensais plus centrale mais qui reste au final très secondaire. Les dessins de grands espaces et de paysages sont également trop peu présents par rapport à un thème qui se prêtait pourtant bien à cette originalité manga.

Dans l'ensemble, j'ai  passé un bon moment avec ce premier tome des enquêtes du limier, qui m'a permis de découvrir le dessin léché et précis de Taniguchi. Le tout m'a paru suffisamment sympathique pour que je lise le second tome dont j'espère vous parler bientôt.


Au beau milieu d'une région montagneuse de la province japonaise, Taku Ryûmon vit en reclus dans son immense domaine avec son fidèle compagnon, le chien Joe. Passionnée de chasse, il gagne sa vie en tant que détective privé spécialisé dans la recherche de chiens de race perdus ou volés. La routine qui régit l'existence de ce "Philip Marlowe des montagnes", et dont il s'accomode fort bien, est mise à mal le jour où, par l'entremise d'un clan de yakuza, il s'attaque à un nouveau genre d'affaire : la recherche d'un chien guide d'aveugle volé. De la formation des chiens guides à la relation qui les unit à leur maître, le détective pénètre au fil de son enquête dans un univers dont il ignorait tout.

TANIGUCHI Jirô sur un roman d'INAMI Itsura, Les Enquêtes du limier, Tome 1: Chien d'aveugle, ed. Casterman, coll. Sakka, mars 2013, 200p., traduit du japonais par Patrick Honnoré
TANIGUCHI Jirô, Ryoken Tantei, Tome 1: St Mary's Ribon, 2011

jeudi 19 juin 2014

La corde de Stefan aus dem Siepen


La vie d'un petit village isolé est soudainement bouleversée par l'apparition d'une corde, trouvée à l'orée de la forêt. Celle-ci, d'une qualité rare, semble s'enfoncer à l'infini dans les bois. Vers quoi mène-t-elle? A quoi est-elle rattachée? Qui l'a déposée là? Des questions qui très vite obsèdent les villageois. Pour mettre fin au mystère, les hommes se regroupent et partent à la recherche de l'autre extrémité de la corde. 

L'idée de départ de cette petite fable philosophique m'a tout de suite intriguée. L'apparition de cette corde dans un village au quotidien immuable provoque un grand chamboulement des habitudes et des attitudes. Les personnalités de chacun trouvent là une opportunité de mieux s'exprimer et de se révéler: le leader, l'intellectuel, le courageux ou encore le sage. 

J'ai ainsi bien accroché au début du roman et cogité sur les différentes issues possibles pour cette aventure. Les interprétations du sens du roman sont bien sûr multiples: nos envies d'ailleurs; le désir de sortir d'un quotidien confortable pour un peu d'aventure, quitte à tout y perdre; l'obsession de continuer et la peur de renoncer, etc. Le lecteur interprètera à sa manière le message de ce court roman, l'auteur étant resté exprès relativement vague. 

Mais justement, c'est mon gros bémol pour ce livre qui tourne, à mon avis, très vite en rond et cela malgré sa brièveté (154 pages). Laissant volontairement le lecteur dans la même incertitude que les villageois, ce roman se lit au final presque comme un ébauche d'histoire: le contour des personnages n'est qu'esquissé et leur sort reste parfois très flou; beaucoup d'éléments restent sans réponse et l'histoire se termine sur une belle queue de poisson. Le tout m'a paru plus frustrant qu'inspirant et malgré un message à la base intéressant, Stefan aus dem Siepen n'a pas réussi à vraiment susciter ni mon intérêt, ni ma réflexion. 

Une bonne idée de départ et un message, à mon avis, sous-exploités. Dommage!

N'hésitez pas à aller lire les avis beaucoup plus positifs de Sandrine et de Dominique

Dans un village à l’orée d’une immense forêt, les habitants mènent une vie tranquille, rythmée par les saisons. Jusqu’au jour où l’un d’eux découvre une solide corde dans un champ, dont l’une des extrémités s’enfonce dans la forêt.
Comment est-elle arrivée là ? Où mène-t-elle ?
Une douzaine d’hommes décident de partir en expédition, quelques jours seulement avant les récoltes – période cruciale pour l’avenir de la communauté. Laissant leur femme au village, les hommes s’enfoncent dans la forêt et suivent la corde. Mais celle-ci semble interminable…
La forêt, d’abord accueillante et regorgeant de gibier, devient peu à peu hostile, menaçante. Deux hommes disparaissent…
Ce roman, présenté sous forme de conte, offre une réflexion sur les passions humaines. Comment l’apparition d’un élément étranger au sein d’une société parfaitement organisée perturbe-t-elle les relations et sème-t-elle le chaos ?

Je remercie Entrée Livre et la Libraire Decitre pour cette petite pause philosophique.

aus dem SIEPEN Stefan, La corde, ed. Ecriture, février 2014, 154p., traduit de l'allemand (Allemagne) par Jean-Marie Argelès
aus dem SIEPEN Stefan, Das Seil, ed. Deutscher Taschenbuch Verlag, juin 2012, 180p.

mercredi 11 juin 2014

La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker

Pour ceux qui aiment: Les visages de Jesse Kellerman

Marcus Goldman est un jeune auteur, dont le premier roman a connu un succès phénoménal, et qui se retrouve à présent complètement paralysé par l'écriture de son deuxième livre. Il se tourne alors vers son ancien professeur, le grand romancier Harry Quebert, dans l'espoir de retrouver l'inspiration et d'enfin répondre aux demandes pressantes de son éditeur.

Cependant, peu de temps après leurs retrouvailles, Harry Quebert est arrêté pour le meurtre jamais résolu d'une adolescente, Nola, disparue en 1975 à l'âge de quinze ans. Marcus se lance alors à corps perdu dans le passé, afin de prouver l'innocence de son mentor.

Inutile de s'étendre sur ce résumé, vu qu'il ne doit rester que très peu de personnes sur la blogo à ne pas avoir lu ce roman. Pour ma part, il s'agit d'une lecture qui remonte à janvier 2013, donc en pleine hystérie autour de ce titre, réel phénomène de la rentrée littéraire 2012. J'ai voulu vous en parler à l'époque, mais vu la multitude de billets qui disaient au final exactement ce que j'aurais voulu vous en dire, j'ai laissé trainé mon avis dans les brouillons du blog. La sortie de ce roman en poche m'a cependant encouragée à replonger brièvement dans mes notes et dans les aventures de Marcus Goldman.

Un an et demi après lecture, mon avis de l'époque reste en grande partie d'actualité et comme beaucoup, j'ai trouvé que:
  • C'était un livre plaisant, facile à lire, et dont on tourne avidement les pages pour en connaitre le dénouement;
  • On s'identifie assez facilement aux personnages du roman qui sont sympathiques et bien construits... à part Nola qui est vraiment tarte. Du coup, j'ai trouvé la passion que ce personnage provoque chez la gente masculine d'Aurora peu crédible; ou alors l'auteur aurait dû pousser sur le côté bombesque de Nola pour justifier qu'un jeune homme intelligent tombe fou amoureux d'une gamine de quinze ans (tout de même!) qu'on dirait sortie d'un épisode de Twilight ou de Dawson's Creek (pour ma génération); 
  • Les passages sur l'écriture et la vie d'auteur à succès en panne d'inspiration sont très réussis. J'ai aussi beaucoup aimé les petits conseils d'écriture d'Harry Quebert en début de chaque chapitre et les petites piques au milieu de l'édition. 
"Vous savez ce qu'est un éditeur? C'est un écrivain raté dont le papa avait suffisamment de fric pour qu'il puisse s'approprier le talent des autres." p. 31

"Personne ne sait qu'il est écrivain. Ce sont les autres qui le lui disent." p.63
  • C'est particulièrement savoureux a posteriori quand on compare les similitudes entre le parcours de Marcus et celui de Joël. On ne souhaite évidemment pas à l'auteur de rencontrer autant de difficultés à écrire son prochain roman.
  • Les conversations téléphoniques cartoonesques entre Marcus et sa mère m'ont fait rire et donnent une belle bouffée d'air au roman; Par contre, les extraits du "chef d'oeuvre" d'Harry Quebert sont complètement ratés;
  • Plus généralement, le style du roman est certes simple, mais il coule au moins tout seul. C'est peut-être du snobisme, mais je ne pense ainsi pas que ce roman aurait "mérité" le Goncourt, un prix qui ne lui aurait pas correspondu. Par contre, son Goncourt des lycéens est plus justifié;
  • En conclusion, c'est un roman sympathique mais qui ne laisse de loin pas une impression impérissable. J'ai d'ailleurs dû relire la fin vu que je n'avais aucun souvenir du dénouement (un peu alambiqué) et de la résolution du meurtre de Nola. Pour moi, Joël Dicker a écrit un bon "roman policier plus", un peu à l'image de Les visages de Kellerman, qui tout en utilisant une enquête en fil rouge, traite plus largement de la vie, de l'histoire, des relations humaines; et tout ça en évitant le cliché de l'enquêteur saoulard et dépressif, c'est déjà pas si mal.
Bref, comme beaucoup, j'ai aimé ce livre mais je n'ai pas vraiment compris le succès énorme qu'il a rencontré. J'ai lu bien d'autres livres qui m'ont d'avantage marquée, impressionnée, enthousiasmée, et même divertie. Mais ce succès éditorial m'a également réjouie, vu que des centaines d'adultes se sont remis à lire; vu qu'il s'agit d'un jeune auteur suisse (pas d'équivalent suisse au cocorico mais vous saisissez l'idée), qui en plus, pour l'avoir rencontré en dédicace est très sympa. Enfin, j'ai également beaucoup aimé la politique de l'éditeur qui a vendu ce livre autour des CHF 25 (20 euros) en Suisse, un prix imbattable pour un broché; élément qui a, à mon avis, largement contribué à son succès ici et au bonheur des libraires suisses en 2012-2103 (au détriment d'Amaz*n).

En relisant quelques passages aujourd'hui, les côtés positifs de ce roman me sont apparus plus clairement, rendant son incroyable succès plus compréhensible. Je pense qu'en le lisant en pleine tornade marketing présentant ce roman comme un livre exceptionnel, mes attentes et exigences ont été décuplées. Relu en partie aujourd'hui, après la vague, j'arrive à nouveau à le voir comme un bon roman, agréable et plutôt bien mené, et une lecture parfaite pour les vacances d'été. Si vous ne l'avez pas encore lu, vous n'avez aucune raison de ne pas tenter...

À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.
Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.
Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions: Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? 

Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

Joël Dicker est né à Genève en 1985. La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est son deuxième roman. Il y dépeint une Amérique qu’il connaît bien pour y avoir beaucoup voyagé et longuement séjourné.

Plus qu'à souhaiter bonne chance à Joël Dicker pour son prochain roman. Dur dur de réitérer un tel succès et les attentes risquent d'être énormes. A suivre... En attendant, il est intéressant de voir que les avis des lecteurs sur la traduction anglaise sont complètement partagés. 

Et alors, film ou pas? Le roman semblant été écrit avec une adaptation en tête, il serait étonnant que cela ne se fasse pas... (clic clic pour quelques infos et démentis)

DICKER Joël, La vérité sur l'affaire Harry Quebert, ed.de Fallois/L'Âge d'homme, septembre 2012, 670p.
Édition poche publiée dans la collection FALL.POCHE en mai 2014