vendredi 23 janvier 2015

La Trinité bantoue de Max Lobe

La recherche d'un premier job est loin d'être une partie de plaisir. Elle se transforme même en vraie galère pour le jeune Mwána, forcé de faire appel à l'assistance sociale pour éviter à son partenaire, le Eidgenosse, le "vrai suisse" Ruedi, la honte de demander de l'aide à ses parents. Pris dans le piège de la précarité dans un des pays les plus riches du monde, Mwána va devoir faire preuve d'une bonne dose de flegme et de bonne humeur bantous pour continuer à avancer. Surtout que les ennuis vont continuer à s'accumuler.

Troisième roman de Max Lobe, auteur camerounais qui vit aujourd'hui en Suisse, La Trinité bantoue reprend une bonne partie des thèmes déjà abordés dans 39, rue de Berne, comme la vie des immigrés en Suisse loin du faste des rues luxueuses, ou l'homosexualité dans un contexte africain. Des sujets lourds mais abordés ici avec beaucoup d'humour et de punch, faisant de ce livre une belle satire à la fois des Suisses et des Africains.

On rit souvent en lisant Max Lobe, parfois un peu jaune quand il reprend l'affaire des moutons noirs de l'UDC, parfois de manière un peu crispée quand il parle de la maladie de sa mère, parfois encore avec beaucoup de tendresse. Car malgré les petites piques et chicaneries sur les traditions ou comportements étranges de ses "cousins blancs" ou de ses compatriotes du Bantouland, on ressent à travers les lignes l'affection de l'auteur pour les personnes qui l'entourent.

La trame du roman n'est probablement pas inoubliable mais j'ai à nouveau passé un excellent moment avec cet auteur à la plume si singulière, qui mélange allègrement dictons africains et expressions très suisses. Une voix à découvrir!

Mwána vit dans un pays au cœur de l’Europe, avec ses cousins blancs qu’il connaît bien. Certains parmi eux sont décidés à chasser les moutons noirs de leur territoire. La traque est lancée, les esprits s’échauffent. C’est dans ce contexte que Mwána cherche un emploi. Et rien n’est gagné.
Le jour où il décide de dépenser ses derniers centimes pour entendre la voix de sa mère restée là-bas, au Bantouland, sa vie se fige dans une parenthèse douloureuse. Mwána ne la reconnaît plus. Ah Nzambé ! Il traverse des moments cailloux dont il sait malgré tout savourer le sel. Grâce à son esprit vif et profondément joyeux, grâce à Ruedi le rouquin, à Madame Bauer la passionaria, ou encore grâce à Kosambela, sa sœur très catholique.
 
Avec La Trinité bantoue, Max Lobe précise et approfondit cette écriture inventive, chatoyante et visuelle initiée dans 39, rue de Berne qui l’a révélé comme un auteur prometteur.

Je remercie Emmanuelle et les éditions ZOE pour l'envoi de ce livre.


LOBE Max, La Trinité bantoue, ed. ZOE, août 2014, 208p.

lundi 12 janvier 2015

Hygiène de l'assassin d'Amélie Nothomb

Se sachant condamné à mort, le célèbre romancier Prétextat Tach accepte de rencontrer une poignée de journalistes pour une dernière série d'entretiens. Pleins de confiance, les heureux élus se précipitent à la rencontre du fameux et secret lauréat du Prix Nobel de littérature. Mais leur rencontre avec Prétextat Tach ne va pas être une partie de plaisir, l'auteur prenant un malin plaisir à les déstabiliser, avant de les mettre à la porte, l'un après l'autre. Jusqu'à l'arrivée d'une jeune femme, qui loin de se démonter va faire face aux remarques acerbes de l'écrivain.

C'est ici que je vous avoue qu'il a fallu attendre 2014 pour que je lise mon premier Nothomb. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir une soeur complètement fan, qui possède tous les romans de cet auteur et qui me bassine (gentiment) depuis des années pour que je découvre ses romans. Devant accompagner la dite soeur à une dédicace d'Amélie Nothomb dans une librairie de Lyon en novembre, je me suis dit que le moment était venu de découvrir son oeuvre.

J'ai choisi de m'attaquer à son premier roman, Hygiène de l'assassin. Ce fut malheureusement une rencontre ratée. Malgré quelques très bons mots sur la littérature et son analyse, sur l'image de l'écrivain, sur la vie, sur l'amour, je n'ai pas réussi à réellement entrer dans l'histoire.

J'ai peut-être préféré la première partie, où les différents journalistes se succèdent et font face à un Prétextat Tach qui retourne toutes leurs questions avec toute la mauvaise foi possible mais aussi une bonne dose d'esprit. Par contre, le personnage de Tach m'a paru bien trop caricatural, tout comme la deuxième partie du roman qui pour moi manque de crédibilité. Je suis consciente que ces deux derniers points sont probablement un choix délibéré de l'auteur, mais le côté un peu vaudeville et grotesque de l'histoire ne m'ont tout simplement pas plu.

Au final, j'ai fini Hygiène de l'assassin sans grand intérêt, sans m'être impliquée dans un roman qui se parcourt toutefois assez facilement. Une expérience de lecture justement dénoncée par Prétextat Tach... Une belle ironie!

Il est possible que je retente l'expérience Nothomb avec l'un de ses romans plus autobiographiques. Si vous avez des recommandations, je suis preneuse. Car malgré cette rencontre ratée avec ce roman, Amélie Nothomb reste un personnage que j'apprécie beaucoup, qui me surprend et m'amuse, et qui est, en vrai, réellement sympathique. D'où peut-être une déception encore plus grande pour ce premier roman qui m'a laissée presque totalement indifférente, en décalage complet avec mon impression de son auteur. Dommage!

Prétextat Tach, quatre-vingt-trois ans, prix Nobel de littérature, n'a plus que deux mois à vivre. Monstre d'obésité et de misanthropie, il joue avec une cruauté cynique à éconduire les journalistes venus l'interviewer. Les quatre premiers fuient épouvantés. La cinquième, Nina, aura raison de lui et de son secret: sous les mots se cachent le crime, et sous l'oeuvre, l'imposture. La littérature, la vraie, est faite de larmes et de sang.

NOTHOMB Amélie, Hygiène de l'assassin, ed. Points, 1996, 181 p.
Première publication par ed. Albin Michel en 1992. 

mardi 6 janvier 2015

Petit bilan 2014 et bonnes résolutions livresques

Attention mesdames et messieurs, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer en ce début d'année 2015:

                                J'AI TERMINÉ THE LUMINARIES D'ELEANOR CATTON

My god, j'ai bien cru que je n'arriverais jamais à la fin de ce livre, commencé en septembre 2014 et terminé, avec toutes les peines de monde, durant les vacances de fin d'année. Un seul autre livre m'avait fait cet effet dans le passé, le fameux Guerre et Paix de Tolstoi. 

Ce calvaire littéraire, enduré par respect pour le Booker Prize ("je persévère, il a reçu le Booker pour une raison, il doit y avoir un retournement de situation exceptionnel, peut-être à la prochaine page...") et en raison de mon TOC littéraire qui veut que je suis tout simplement incapable d'abandonner une lecture. Bref, anéantie par Mme. Catton depuis l'automne, ces pages sont restées bien silencieuses. Toute à ma "mission pavé", je n'arrivais juste plus à m'intéresser aux autres sorties littéraires, ou à trouver l'envie de vous parler de mes autres lectures. 

Heureusement, ayant achevé le monstre, je suis maintenant d'attaque pour 2015, pleines de bonnes résolutions et d'énergie pour remettre un peu de vie sur ce blog. Je vous parlerai bien sûr de The Luminaries dans les prochains jours mais pour le moment, un petit top 5 des mes lectures "2014esques" mi-africain, mi-historique:  

1. Bring up the Bodies d'Hilary Mantel: Deuxième opus de la trilogie consacrée à Cromwell et encore plus réussi que le premier, Wolf Hall, un de mes coups de coeur de l'année passée. Vivement le troisième opus!

2. Absolution de Patrick Flanery: Un roman très fin sur l'Afrique du Sud d'aujourd'hui. Je zieute depuis Fallen Lands, le nouveau roman de l'auteur, qui j'espère rejoindra ma PAL cette année. 

3. Les racines du ciel de Romain Gary: Malgré un début difficile, une lecture marquante comme toutes mes autres lectures de cet auteur. La Promesse de l'aube et La Vie devant soi restent mes préférés cependant, alors que je pensais vraiment que cette histoire d'éléphants allait les dépasser. Ca me rappelle aussi qu'on avait prévu une lecture garyesque avec A Girl pour janvier. Il va falloir que j'y pense...




4. Là où la terre est rouge de Thomas Dietrich: Une autre lecture au décor africain d'un jeune auteur et un premier roman réussi. Il me semble qu'on en a peu parlé à sa sortie en janvier 2014 mais j'espère qu'une éventuelle sortie en poche lui redonnera un peu de souffle. J'attends en tous cas avec curiosité le prochain roman de l'auteur. 

5. Blackout de Connie Willis: J'aurais facilement une vingtaine de critiques à faire à ce livre: des longueurs, des facilités, quelques erreurs historiques. Mais malgré tous ces défauts, c'est une lecture détente et prenante que j'ai beaucoup appréciée en 2014 et dont je me réjouis de lire la suite en 2015. 





 


Quant à mes bonnes résolutions de l'année, on reprend plus ou moins les mêmes et on recommence, hum hum! 

Non, en regardant mes résolutions 2014, j'ai quand même:

  • Lu The Luminaries mais pas The Goldfinch de Donna Tartt, qu'en passant Mr. Z a trouvé horriblement ennuyeux, presque autant que moi avec le Catton. Du coup, je ne suis pas sûre de vouloir me lancer dans cet autre pavé dans les prochains mois. 

  • Lu Les racines du ciel de Romain Gary pour célébrer le centenaire de sa naissance. Par contre, Dylan Thomas, né la même année n'a pas franchi les frontières de ma PAL.

Je reconduis donc les autres résolutions en en ajoutant quelques-unes:

1) Lire All Clear de Connie Willis, un nouveau Romain Gary et Fallen Lands de Patrick Flanery, comme mentionné ci-dessus. 

2) Découvrir Houellebecq (encore jamais lu), probablement avec ses premiers romans.

3) Lire plus de BDs, surtout que ma liste d'envies bullesques est longue comme le bras; 

4) Lire plus de romans d'espionnage, de policiers et de nature writing, genres complètement délaissés alors qu'ils font partie de mes préférés à l'origine.  

5) Reprendre à un rythme très très lent (allez, un par année) la série des Rougon Macquart depuis le début; 

6) Lire Le monde connu d'Edward P. Jones, Trop n'est pas assez d'Ulli Lust et 1984 de George Orwell, que j'avais inscrits à mes challenges (très très très) passés;   

7) Lire Les Apparences de Gillian Flynn et Serena de Ron Rash avant de voir les films. 

8) Combler mes énormes lacunes en classiques anglais en continuant (ou en commençant, hum hum) ma découverte de Dickens, Shakespeare, les soeurs Brontë, Frances Hodgson Burnett, Jane Austen, etc. etc.; 

9) Lire plus de non-fiction. J'en ai un étage entier dans ma bibliothèque, des titres plus tentants les uns que les autres, de Georgiana d'Amanda Foreman, à Nudge de Richard Thaler et Cass Sunstein, en passant par The Lunar Men de Jenny Uglow.  

10) Lire Le week-end de Bernhard Schlink que je dois rendre à ma soeur depuis des lustres et Artemisia d'Alexandra Lapierre parce que... parce que c'est une envie comme ça, en ce moment. 

Et en général, zieuter le Reading Challenge 2015 proposé par Popsugar et traduit sur Babelio par Shenandoah pour inspirer mes autres lectures de l'année.  

Et vous, de bonnes (et illusoires) résolutions pour cette année?