mercredi 30 septembre 2015

La Fille du train de Paula Hawkins

Rachel prend tous les jours le train entre la banlieue où elle réside et le centre de Londres. A chaque trajet, le train marque un arrêt devant une maison dont elle connait à présent tous les contours. Par ses fenêtres, Rachel guette l'apparition du couple parfait qui y habite et qu'elle a surnommé Jess et Jason. Jour après jour, elle observe cette vie qui lui rappelle tant son propre bonheur passé et la vie heureuse qu'elle a perdue depuis son divorce.
Mais un matin, ce n'est pas Jason qu'elle voit enlacer la jeune femme blonde. Complètement chamboulée, Rachel décide d'en apprendre d'avantage, quitte à avertir Jason de la tromperie de sa partenaire, afin de lui éviter les désillusions qu'elle a elle-même vécues. Mais avant même qu'elle puisse agir, la une des quotidiens annonce la disparition de "Jess", dont le vrai nom est Megan Hipwell.

Énorme best-seller de ce printemps, on ne présente plus La Fille du train qui a débarqué dans nos librairies après un raz-de-marée chez nos amis anglophones. Et alors, succès justifié me demandez-vous?

A mon avis, oui. La Fille du train est un excellent page-turner, que j'ai lu avec plaisir et qui m'a tenue en haleine du début à la fin. J'ai aimé l'alternance des trois narratrices: trois femmes aux nombreuses fêlures mais avec lesquelles le lecteur sympathise facilement. J'ai particulièrement apprécié le personnage de Rachel, dont les problèmes d'alcool sont si désespérants qu'on ne peut qu'avoir envie de lui mettre des claques... mais qu'on finit par aimer et par avoir envie d'aider. 
Des personnages principaux comme vous et moi donc et un décor de banlieue plus que banal qui permettent au lecteur de plonger très rapidement au coeur de l'intrigue, comme si l'auteur décrivait votre propre voisinage.

Le rythme, calqué sur les aller-retours de Rachel en train (matin-soir) est suffisamment soutenu pour que l'on ne s'ennuie pas et la construction, sous forme de confession des trois narratrices est bien gérée, évitant répétitions et lourdeurs. L'intrigue tient la route, la résolution de l'affaire aussi, pour un tout crédible.

En résumé, un thriller tout simplement efficace et suffisamment original et sympathique pour mériter, à mon avis, les bons échos (si ce n'est les louanges) qui lui sont faites.

Entre la banlieue où elle habite et Londres, Rachel prend le train deux fois par jour: le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 le soir. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait. Heureux, comme Rachel et son mari ont pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit Jess dans son jardin avec un autre homme. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

HAWKINS Paula, La Fille du train, ed. Sonatine, mai 2015, 378p., traduit de l'anglais (Angleterre) par Corinne Daniellot
HAWKINS Paula, The Girl on the Train, ed. Doubleday, 2015

mercredi 16 septembre 2015

Shortlist du Man Booker Prize 2015

Hier, le président du jury, Michael Wood a annoncé les six romans de la Shortlist du Man Booker Prize 2015, à savoir: 

A Brief History of Seven Killings de Marlon James (Jamaique): Le 3 décembre 1976, quelques jours avant son concert mythique Smile Jamaica censé apaiser les tensions à l'approche d'élections, la maison de Bob Marley est attaquée par sept hommes armés. Basé sur des événements réels, le roman de Marlon James, premier jamaïcain à être shortlisté, revient sur une période troublée de la Jamaïque. 
Plus de 700 pages, mélangeant argot jamaïcain, politique, violence et magouilles pour le roman de cette sélection qui retient peut-être le plus mon attention.

Satin Island de Tom McCarthy (UK): Les interrogations de U., un consultant en anthropologie dans une boîte huppée de Londres, sur ce qui fait le monde d'aujourd'hui et sur ce qui lui donne du sens.  
Le précédent roman shortlisté de McCarthy, C, me laissait déjà dubitative. Je crois que cet auteur est tout simplement trop conceptuel pour moi. 

The Fishermen de Chigozie Obioma (Nigeria): Quatre frères rencontrent un jour un original qui leur annonce que l'un d'eux, un pêcheur, tuera un autre de ses frères. Une prophétie qui va profondément diviser la fratrie, déclenchant un cercle infernal dans le contexte tendu du Nigeria des années 90.  
Le côté prophétie me retenait un peu (je craignais le côté fable africaine qui ne me plait pas toujours) mais vu les avis plutôt positifs lus, je pourrais quand même y venir. 

The Year of the Runaways de Sunjeev Sahota (UK): Treize jeunes hommes vivent dans une maison de Sheffield. Tous ont fui l'Inde à la recherche d'une nouvelle vie en Angleterre mais il est parfois difficile de se séparer de son passé. 
Une histoire d'immigration très actuelle, décrivant les difficultés rencontrées par ces illégaux pleins d'espoir.

A Spool of Blue Thread d'Anne Tyler (USA): La famille Whitshank se réunit au complet pour prendre une décision difficile: comment s'occuper au mieux des parents, Abby et Red, qui vieillissent et que faire de la maison familiale. Une réunion qui ravive les peurs et tensions du passé, pour ce qui pourrait être le dernier roman de l'auteur. Déjà un bestseller!

A Little Life de Hanya Yanagihara (USA): Quatre amis du Massachusetts s'établissent à New York. Parmi eux, le beau Willem, qui espère devenir comédien; JB, l'aspirant artiste; Malcolm, l'architecte frustré; et l'énigmatique et brillant Jude, le pilier du groupe. Au fil des ans, c'est pourtant ce dernier, hanté par une enfance traumatisante, qui va remettre en question l'équilibre de leur amitié. Un pavé très noir de 750 pages qui semble diviser les foules.

Le choix vainqueur sera annoncé le 13 octobre. A Little Life de Hanya Yanagihara est toujours le favori parmi les bookmakers... 

Et vous, un pronostic?

mardi 1 septembre 2015

A Mercy (Un don) de Toni Morrison

Après quelques années de dur labeur, Jacob Vaark est devenu un homme prospère qui vit sur sa ferme, entouré de son épouse Rebekka et de trois femmes qu'il a recueillies au fil des ans pour lui servir de servantes. Il y a tout d'abord Lina, l'indienne, Sorrow, l'enfant recueillie d'un naufrage et enfin Florens, petite esclave noire offerte par un planteur en remboursement d'une dette. 
Grâce au récit de chacun de ces personnages, Toni Morrison nous dévoile, par petites touches, cette Amérique naissante du 17ème siècle.

Tout d'abord, il faut peut-être que j'avoue ne pas avoir commencé cette lecture avec un regard complètement neutre. Sans savoir exactement pourquoi, Toni Morrison (tout comme Joyce Carol Oates par exemple) font partie des grands auteurs vers lesquels je n'ai jamais été vraiment attirée, convaincue que leurs romans n'étaient pas faits pour moi. Mais le Blogoclub est justement là pour nous faire dépasser nos a priori et j'ai donc attaqué A Mercy, un peu à reculons bien sûr, mais sûrement. 

Résultat: sans avoir été transportée dans une autre dimension par le génie de Toni Morrison (sérieux, certaines critiques américaines n'y vont pas avec le dos de la cuillère), j'avoue que j'ai trouvé ma lecture de A Mercy... intéressante. J'ai beaucoup aimé découvrir les différents personnages de cette Amérique encore toute jeune du 17ème siècle, dominée par les évangélistes et autres communautés religieuses, les planteurs et leurs premiers cargos d'Africains, les indiens ayant survécu aux différents massacres et le reste de "vermine" envoyée par l'Europe pour se refaire une vertu de l'autre côté de l'Atlantique. Tous un peu esclave de quelque chose ou de quelqu'un d'autre, les parcours de vie de chacun des personnages constituent, au fil des pages, le tableau intéressant et complexe de ce pays en devenir. 

Si j'ai donc aimé les chapitres consacrés aux personnages secondaires, le récit de Florens m'a lui plutôt ennuyée. J'ai trouvé ces passages, narrés à la première personne, presque incompréhensibles et beaucoup trop lyriques. Florens est ainsi le personnage qui m'a paru le plus antipathique et éloigné malgré la connivence qu'a essayé d'instaurer l'auteur dans son récit. L'intrigue en elle-même ne m'a pas non plus passionnée et sa structure complètement éclatée a fait que je n'étais pas forcément pressée de retrouver, chaque soir, l'univers de Toni Morrison. 

Au final, il s'agit donc d'une lecture en demi-teinte: tout y est ou presque, que ce soit les personnages, le contexte ou le lieu, mais j'ai eu comme l'impression que ce roman n'avait jamais vraiment décollé. A Mercy a ainsi un peu confirmé ce que je pensais de l'auteur, mais m'a quand même suffisamment intéressée pour retenter l'expérience, probablement avec Beloved

On the day that Jacob agrees to accept a slave in lieu of payment of a debt from a plantation owner, little Florens' life changes. With her intelligence and passion for wearing the cast-off shoes of her mistress, Florens has never blended into the background and now at the age of eight she is taken from her family to begin a new life. She ends up part of Jacob's household, along with his wife Rebekka, Lina their Native American servant and the enigmatic Sorrow, who was rescued from a shipwreck.

Together these women face the trials of their harsh environment as Jacob attempts to carve out a place for himself in the brutal landscape of the north of America in the seventeenth century.

Lecture faite dans le cadre du Blogoclub. Retrouvez tous les autres billets ici.

MORRISON Toni, A Mercy, ed. Vintage, 2009, 165p. 
MORRISON Toni, Un don, ed. 10x18, 2010, 192p.