lundi 14 mars 2016

An instant in the wind (Un instant dans le vent) d'André Brink

Pour ceux qui aiment: Ceux de July de Nadine Gordimer


Le Cap, Afrique du Sud: Peu après avoir épousé l'aventurier-géographe Larsson, Elisabeth, une jeune femme de la bonne société coloniale, décide de l'accompagner dans son périple vers les terres encore inconnues de l'Intérieur. Mais le voyage tourne court et Elisabeth se retrouve seule dans le bush. Comment survivre dans ces terres inhospitalières, à des centaines de kilomètres de toute habitation? Le salut viendra-t-il d'Adam, un esclave en fuite?

André Brink est un auteur emblématique d'Afrique du Sud qui nous a malheureusement quitté en février 2015. Je me devais de relire cet auteur après une lecture d'Une saison blanche et sèche qui ne m'avait laissé absolument aucun souvenir... au point même que je serais incapable de vous dire si j'avais aimé ou non. Bref, grâce à une lecture commune avec Keisha, Electra et A Girl from Earth, je me suis enfin décidée à retenter l'expérience. 

Première impression: une écriture très perturbante avec des narrateurs qui s'alternent de paragraphe en paragraphe, sans réelles démarcations. C'est étrange car je lis en parallèle Morphine de Twardoch, qui utilise un procédé similaire, et il faut dire que cela m'a épuisée, dans un cas comme dans l'autre. J'ai eu de la peine à entrer dans le roman et malgré sa relative brièveté et le fait que je m'y suis prise bien 1 mois et demi à l'avance pour être sûre d'être au rendez-vous pour cette LC... et bien à l'heure où j'écris ces lignes, il me reste encore une cinquantaine de pages à lire. 

Bloquée donc dans ces deux lectures, j'ai du cravacher pour avancer: gênée tout d'abord par le style dans la première partie, malgré des thématiques intéressantes comme la société du Cap du 18ème siècle et les enjeux des relations blancs-noirs de l'époque. Puis, alors que le style me semblait devenir plus fluide, l'intrigue change de cap (ha ha) et j'avais presque l'impression de lire un Harlequin mode barbare-sauvage bourré de testostérone et pauvre demoiselle en détresse. Et là, ce n'est pas du tout du tout ce à quoi je m'attendais. Bien sûr, je comprends le message de l'auteur qui, en plein pendant l'apartheid, a voulu montrer un homme noir plein de sagesse et pourtant dénigré par la société, face à la blanche ignorante. Mais en 2016, à l'heure où ce message (devrait être) évident, l'intérêt du livre est quelque peu perdu. Sur une thématique similaire, j'ai trouvé Nadine Gordimer beaucoup plus subtile. Brink avait-il vraiment besoin d'une histoire d'amour limite crédible pour parler de respect? 

Je reviendrai peut-être éditer ce billet dans quelques jours, une fois que j'aurai fini ce roman, mais je suis, jusqu'ici, un peu déçue par cette lecture que j'attendais plus profonde, portée par une écriture plus travaillée et parsemée de descriptions d'une Afrique du Sud encore sauvage. J'en espérais probablement trop!

EDIT du 22 mars: Voilà, j'ai à présent terminé le livre et bonne nouvelle, j'ai trouvé les cinquante dernières pages bien plus profondes et engageantes. A mesure que le couple se rapproche du Cap, les implications de leurs relations deviennent de plus en plus flagrantes et la naïveté de leur amour est petit à petit engloutie. Une très belle fin donc pour ce roman.

Je comprends mieux à présent la construction du roman avec cette phase "harlequinesque", sorte de conte de fée, qui s'oppose à la rudesse et au retour à la réalité de la dernière partie. Par contre, je reste d'avis que Brink a loupé l'occasion de faire de cette histoire un grand roman. J'ai eu trop de peine à croire à cet amour (ce qui est en partie normal) mais plus grave, j'ai eu de la peine à le trouver beau. Si cet aspect avait été mieux réussi, alors le dernier tiers du roman aurait vraiment été terrible et m'aurait sûrement arraché quelques larmes. Là, j'ai trouvé intéressant mais je suis restée assez froide.
En fait, je retire ma comparaison avec un Harlequin car l'atout justement de ces livres et d'engager les lectrices, de les faire s'identifier aux personnages. Mon problème ici est au contraire que je n'ai pas réussi à aimer les personnages et qu'au final, au delà de la réflexion sur les questions raciales, leur destin m'a laissée bien trop indifférente.

Au final, je garderai sûrement un meilleur souvenir que prévu de cette lecture, et surtout de nos échanges avec mes co-lectrices, en particulier avec A Girl qui m'a encouragée à tenter de voir le roman autrement. A relire peut-être un jour...

Allez, prochaine étape Schoeman, et là j'espère être époustouflée!

A white woman and a black man are stranded in the wilderness of the South African interior. She is an educated woman, totally helpless in the wilds. He is a runaway slave, the lowest of the low in society's eyes. 

They know only each other... and a long trek back to civilisation. 

BRINK André, An instant in the wind, ed. Flamingo, 1987 (publié pour la première fois en 1976), 250p. 
BRINK André, Un instant dans le vent, ed. Livre de Poche, 320p.