vendredi 28 octobre 2016

Man Booker Prize: The Winner is....

Mardi, The Sellout de Paul Beatty a été choisi par le jury du Booker Prize 2016.

Paul Beatty devient ainsi le premier auteur américain récompensé suite à l'ouverture du prix à toute la planète anglophone en 2014. Et je ne peux m'empêcher de penser que ce choix n'est pas fortuit. En effet, à quelques semaines des élections américaines dont la campagne a été plus que houleuse, et alors que les tensions raciales aux États-Unis semblent être ravivées, le choix de ce roman satirique sur l'histoire d'un homme qui essaie de réintroduire l'esclavage à Los Angeles et la ségrégation dans les écoles me semble loin d'être innocent. 
A noter également que c'est la deuxième année consécutive que le petit éditeur indépendant, Oneworld gagne le prix, après A Brief History of Seven Killings de Marlon James l'année dernière.  
https://oneworld-publications.com/
Je vous mets ici le quatrième de couverture de ce roman qualifié de roman actuel, drôle mais décrivant une réalité loin d'être belle, et dans l'ensemble comme un récit percutant qui fait réfléchir:
Born in the "agrarian ghetto" of Dickens―on the southern outskirts of Los Angeles―the narrator of The Sellout resigns himself to the fate of lower-middle-class Californians: "I'd die in the same bedroom I'd grown up in, looking up at the cracks in the stucco ceiling that've been there since '68 quake." Raised by a single father, a controversial sociologist, he spent his childhood as the subject in racially charged psychological studies. He is led to believe that his father's pioneering work will result in a memoir that will solve his family's financial woes. But when his father is killed in a police shoot-out, he realizes there never was a memoir. All that's left is the bill for a drive-thru funeral.

Fuelled by this deceit and the general disrepair of his hometown, the narrator sets out to right another wrong: Dickens has literally been removed from the map to save California from further embarrassment. Enlisting the help of the town's most famous resident―the last surviving Little Rascal, Hominy Jenkins―he initiates the most outrageous action conceivable: reinstating slavery and segregating the local high school, which lands him in the Supreme Court.

Alors, tentés?


EDIT: Réjouissez-vous! Suite aux commentaires de Sandrine et de Keisha, j'ai réalisé que le roman de Beatty était déjà disponible en français, aux éditions Camourakis. Je vous mets le résumé ci-dessous:

Après American Prophet, Moi contre les Etats-Unis d’Amérique est sans doute le livre où Paul Beatty pousse le plus loin la féroce ironie qui caractérise ses romans : pour servir ce qu’il croit être le bien de sa propre communauté, un afro-américain va aller jusqu’à rétablir l’esclavage et la ségrégation à l’échelle d’un quartier, s’engageant dans une forme d’expérience extrême et paradoxale qui lui vaudra d’être trainé devant la Cour suprême. Un sommet d’humour grinçant.

BEATTY Paul, Moi contre les Etats-Unis d'Amérique, ed. Cambourakis, août 2015, 328p. 

mercredi 19 octobre 2016

Croix de bois, croix de fer de Thomas Sandoz

C'est dans un petit hôtel de l'Oberland bernois que le narrateur arrive, en pleine tempête. Il a été invité à une conférence dont le thème est "L'impératif missionnaire" pour parler de son frère, grande figure aujourd'hui disparue du missionnariat en Afrique.
Au milieu des louanges, le narrateur tente de faire entendre sa version. Loin du bienfaiteur héroïque, c'est le souvenir de son frère presque tyrannique qu'il souhaite partager. Mais il comprend très vite que l'auréole d'un saint ne se brise pas si facilement.

Le missionnariat aujourd'hui! Sacré sujet quand même pour un roman. De manière générale, je fuis tout sujet religieux en littérature mais là, j'ai décidé de me lancer pour deux raisons: la première, il s'agit d'un auteur suisse et j'ai pris la bonne résolution de découvrir un peu plus la littérature de mon pays (cocoricooooo... ah non, c'est coucou coucou chez nous); la deuxième c'est que le sujet est ici traité de manière assez critique.

Un thème original donc, pour un huis clos étouffant, où l'auteur alterne entre les souvenirs de famille du narrateur et la conférence à laquelle il assiste en clair outsider: il est celui que son frère a décrit comme le paria de la famille dans sa biographie et l'attitude des autres participants est loin d'être bienveillante.

J'ai trouvé la thématique qui oscille entre critique de l'évangélisation, conflit fraternel et poids de l'héritage familial vraiment intéressant. Que faire quand on grandit dans une famille "dévouée au bonheur des autres" et qui pourtant se soucie peu du vôtre et qui considère votre malêtre comme de l'égoïsme et un manque de foi. Croix de bois, croix de fer est au final le récit d'une incompatibilité familiale, d'une incompréhension insurmontable, d'un dialogue impossible entre les gens qui ont reçu "l'appel de Dieu" et ceux qui n'y croient tout simplement pas.

"Le creuset familial avait fait de moi le pire hybride qui soit: un agnostique pétri de valeurs protestantes. La culpabilité et le sens du devoir, sans l'espérance ni la justification. Je suis perdant sur tous les plans. Je prends en plein face tous les malheurs du monde, mais je crois que prier ne suffit pas."

La plume de Sandoz est claire, précise et le tout se lit très bien. Le rythme est toutefois assez lent et j'ai trouvé certaines parties un peu répétitives. Le retour systématique au présent et à la conférence donne bien évidemment un fil rouge et un contexte au roman mais n'apporte au final pas grand-chose. A mon avis, le tout aurait pu être aussi légèrement raccourci.

Un roman sur le thème original des évangélistes mais qui pousse la réflexion plus loin pour aborder de manière universelle la question de savoir ce que c'est que "faire le bien". Une histoire qui prend son temps mais qui provoque pas mal de réflexions; à voir si j'accrocherais également à d'autres romans de l'auteur sur un sujet moins "provocateur".

« Qu’est-ce que tu fais pour les autres ? me sermonnait sans cesse mon frère, convaincu que son chemin de vie était plus méritoire que le mien. C’est lui qui perpétuait la tradition missionnaire de la famille, il en était fier et ne manquait jamais une occasion de me reprocher de n’être ni médecin ni instituteur, même pas croyant. »

Appelé à prendre la parole lors d’un colloque en hommage à son frère, longtemps missionnaire en Afrique centrale, le narrateur se remémore les lumières et orages de leur jeunesse. Persuadé d’être le seul à connaître le vrai visage de ce « bon Samaritain », et pris au piège d’une assemblée aveuglée par la foi et l’admiration, il va devoir batailler pour faire entendre sa voix au milieu du concert des louanges. Il apprendra, au fil des réminiscences, qu’on ne tourne pas le dos à son éducation sans en payer le prix.

Comédie grinçante en huis-clos, déclaration de guerre rageuse au déterminisme de la famille, Croix de bois, croix de fer, entre colère et nostalgie, révèle sous un jour inattendu les coulisses de l’imaginaire d’un des jeunes écrivains les plus talentueux de la Suisse francophone.

Merci aux éditions Grasset pour cette découverte.

SANDOZ Thomas, Croix de bois, croix de fer, ed. Grasset, mai 2016, 336p.

vendredi 14 octobre 2016

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!

Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices, des plus beaux de nos jours !

Alphonse de Lamartine ; Le lac


Que les années passent vite... que le temps file. Oui oui chers lecteurs, aujourd'hui il fait gris, moche et froid et j'ai du coup l'humeur nostalgique. Pas parce que ce blog fête aujourd'hui ses 8 ans, mais plutôt parce que je me rends compte que le temps lui me manque. J'ai une bonne vingtaine de billets qui trottent dans ma tête mais je suis actuellement complètement surchargée, au travail comme en dehors. 

Mais ne perdons pas espoir, comme à chaque blog-anniversaire, j'espère être bientôt plus présente ici et chez vous et en attendant merci mille fois pour cette nouvelle année d'échanges. Malgré tous les changements survenus en 8 ans, je trouve que notre blogosphère reste riche en découvertes et plutôt  simple et saine. En tous cas, elle m'apporte toujours autant de plaisir, et c'est certainement l'essentiel.  

Et pour conclure, le Top 10 des billets les plus lus cette année:

1. Maus d'Art Spiegelman (3) 
2. Wolf Hall - Le Conseiller d'Hilary Mantel (5) 
3. Enfant 44 de Tom Rob Smith (1) 
4. L'Aventurière des Sables de Sarah Marquis (2)
6. Le Petit Grumeau illustré de Nathalie Jomard (4) 
7. The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald (6)
8. La Promesse de l'aube de Romain Gary (8)
9. Peer Gynt d'Henrik Ibsen (9)
10. Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma (7)

Peu de changements donc et aucun parution de l'année. Un signe de mon manque d'assiduité? Oups! On dira plutôt qu'il n'y a rien de mieux que les classiques. Hum hum! Plus sérieusement, je reviens très vite avec 4-5 livres de la rentrée littéraire. A bientôt!