mardi 29 novembre 2016

Edmond d'Alexis Michalik

Rentrée littéraire 2016

Pour ceux qui aiment: Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

Après la débâcle de sa dernière pièce, Edmond Rostand ère désespérément à la recherche de l'inspiration. Mais personne ne semble vouloir de ses grandes tragédies en vers, considérées comme démodées en cette fin du 19ème siècle. Poète raté et père de famille, il doit trouver une solution et vite. Au bord du gouffre, il décide de tout tenter et propose au grand Constant Coquelin un rôle magistral et héroïque dans sa nouvelle pièce dont il n'a pourtant jusqu'ici que le titre: Cyrano de Bergerac. 

Réunissez dans un même ouvrage mon coup de coeur théâtral de ces dernières années, Alexis Michalik, et mon auteur de pièce favori, Edmond Rostand, et vous obtiendrez ce gros coup de coeur de la rentrée. 

Alexis Michalik, dont j'avais absolument adoré les pièces Le cercle des illusionnistes et Le Porteur d'histoire, nous offre ici une plongée imaginaire dans la création de la pièce Cyrano de Bergerac. Au fil de ses rencontres, Edmond va mettre bout à bout les différentes scènes phares de sa pièce. Un patron de café à la répartie cinglante et c'est la tirade des nez qui nous apparait. Un ami coureur de jupons et une jolie et romantique costumière et c'est la scène du balcon qui prend vie. Une vraie jubilation pour les amoureux du texte original. 

Fidèle au style de Michalik, la pièce est menée tambours battants. C'est vif; c'est fin; c'est drôle... et tout simplement brillant! 

L'attente jusqu'à l'arrivée de la pièce en Suisse va être interminable. Si vous avez la chance d'habiter Paris et que vous cherchez une idée cadeau, n'hésitez plus une seconde. La pièce est jouée au Théâtre du Palais Royal

Après l'échec de la Princesse lointaine, ruiné, endetté, Edmond tente de convaincre le grand acteur Coquelin de jouer dans sa prochaine pièce. Une comédie héroïque, en vers, dont il n'a pas écrit une ligne. Pour l'instant, il n'a que le titre: Cyrano de Bergerac.

Alexis Michalik est l'un des dramaturges les plus talentueux de sa génération. Après le succès du Porteur d'histoire et du Cercle des illusionnistes, couronnés par deux Molières, il s'attaque, avec un humour et une imagination jubilatoires, à ce monument du théâtre français, et nous plonge au coeur de la création du chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand. 

 

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre. Et réjouissez-vous, il semble que le premier roman de l'auteur, Loin, soit en préparation. Et grâce à Michalik, j'ai une furieuse envie de relire tout Edmond Rostand. 

MICHALIK Alexis, Edmond, ed. Albin Michel, septembre 2016, 318p.

mardi 1 novembre 2016

Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016: Mon expérience de jurée

Après mon expérience de jurée du Prix ELLE en 2010 (déjà), j'ai cette année replongé avec le Prix des lecteurs de l'Hebdo, catégorie essai.

Depuis 2010, j'avais décidé d'y aller mollo avec les jurys vu la taille gigantesque de ma PAL et les nouvelles tentations qui s'accumulent de mois en mois. N'étant pas franchement en manque d'idées côté lecture (merci la blogo), j'ai préféré ces dernières années choisir mes livres plutôt que de suivre un calendrier assez serré de lectures "imposées". Oui, mais ça c'était avant qu'une collègue me parle du Prix des lecteurs de l'Hebdo, dont il s'agissait ici de la deuxième édition.



Pourquoi donc ai-je replongé? Déjà parce qu'il s'agissait ici d'un prix suisse, avec des rencontres réelles du jury et que je me réjouissais de débattre avec mes co-jurés (esprit batailleur quand tu nous tiens). Avec pour président notre ancien conseiller fédéral, M. Pascal Couchepin, pas franchement connu pour sa langue de bois, je me suis dit que cela pouvait être intéressant (et intéressant ce le fut!). Enfin, parce que le Prix des lecteurs de l'Hebdo a l'originalité de présenter une catégorie essai, francophone de surcroît.... et, quitte à m'imposer des lectures, autant que cela soit dans des styles qui sortent de mes petite habitudes romanesques. 

J'ai donc rencontré les autres membres du jury en juin et nous avons reçu notre lot de 10 essais sélectionnés par les librairies Payot, à savoir:
  • "La dictature de la transparence" de Mazarine Pingeot
  • "À quoi sert l'homme?" de Dominique Lestel
  • "Esquisses" de Jean-François Billeter
  • "Le jour où mon robot m'aimera - Vers l'empathie artificielle" de Serge Tisseron
  • "La grande adaptation" de Romain Felli
  • "Terrorisme et mondialisation - approches historiques" de Jenny Raflik
  • "No women's land" de Camilla Panhard
  • "Plus jamais esclaves!" d'Aline Helg
  • "Prendre soin de soi - Enjeux critiques d'une nouvelle religion du bien-être" de Françoise Bonardel
  • "Le Complexe d'Elie" de Marion Muller-Colard

Une sélection assez diversifiée donc, passant d'essais philosophiques (Pingeot, Billeter, Lestel, Bonardel) à des travaux plus historiques (Helg, Raflik) ou journalistiques (Panhard), en passant par les thématiques de l'environnement (Felli), des robots (Tisseron) ou de la religion (Muller-Colard).

J'ai donc embarqué tout ce joli monde dans mes valises cet été. Et même si j'ai parfois eu envie de lectures plus légères (allez vous concentrer sur le terrorisme anarchiste du 19ème siècle, sur une plage bondée de juillettistes), je ressors ravie de l'expérience qui m'a:
1. fait réviser mes cours de philo (Kant, je sais à nouveau tout de toi);
2. fait rencontrer des personnes vraiment sympathiques, pour un jury très bien diversifié au niveau âge, sexe, expérience, etc;
3. fait lire des essais qui m'ont pour la plupart interpelée et grâce auxquels j'ai enrichi mes connaissances;
4. fait oublier la rentrée littéraire; mais ça, vous l'aviez déjà constaté dans ces pages. 

Mais passons donc aux grands gagnants... Après un premier tour de votes, ce sont les essais de Romain Felli, d'Aline Helg et de Serge Tisseron qui sont clairement sortis du lot. Les délibérations ont ensuite été acharnées mais c'est au final, et pour mon plus grand plaisir, le livre d'Aline Helg, Plus jamais esclaves! qui a été choisi. Au fil des siècles, de 1492 à 1838, et à travers tout le continent américain, l'auteure y retrace les stratégies employées par les esclaves pour se libérer du joug de leur maître.

Aline Helg recevant son prix lors de la cérémonie du 26 octobre, animée par Isabelle Falconnier
copyright: ©Lea Kloos

Lors de la soirée de remise des prix, qui a eu lieu dans la très belle salle du Lausanne Palace, nous avons eu la chance de passer un peu de temps avec Aline Helg, professeure à l'Université de Genève, qui nous a parlé un peu de la genèse de ses recherches et du travail de longue haleine que cela a représenté, ainsi que de son désir de raconter l'histoire de l'esclavage depuis le bas.



Valentine Goby et Aline Helg, lauréates du Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016, respectivement dans les catégories roman et essai
copyright: ©Lea Kloos

Dans la catégorie roman, le jury présidé par Anne Bisang a choisi Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby. Pour plus d'informations sur le reste de la sélection, c'est par ici.

Je ne manquerai évidemment pas de vous présenter plus longuement l'ouvrage d'Aline Helg dans les prochains jours, ainsi que le reste de la sélection petit à petit.

Je tiens à remercier toute l'équipe du prix, à l'Hebdo et chez Payot, pour cette belle expérience. Un merci particulier également à Julien Burri pour sa patience et sa prévenance.  

La sélection des jurys pour la troisième édition du Prix des lecteurs de l'Hebdo sera lancée au printemps 2017. Qui en sera?