La récréation est finie de Dario Ferrari

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Marcello, jeune doctorant 'un peu malgré lui' en littérature, se retrouve à travailler sur les archives d’un auteur révolutionnaire oublié, Tito Sella, figure ambiguë des années de plomb italiennes. À mesure qu’il avance dans ses recherches, sa vie va progressivement s'entremêler et se confondre avec celle de son sujet, notamment lors d'un séjour à Paris visant à fouiller dans les archives intimes de Sella. Ce qui avait démarré comme une recherche intellectuelle devient tout à coup quête personnelle, à l'issue de laquelle Marcello devra, comme Tito Sella une génération plus tôt, choisir son camp et affirmer ses idéaux.

Trentenaire un peu paumé, analyse littéraire, milieu académique, histoire italienne - ce qui aurait pu être un roman un peu plate et niché, se transforme, sous la plume de Dario Ferrari, en une très belle pépite de la littérature italienne et l'un de mes coups de cœur de l'année 2025. 

S'il y a une chose que je retiendrai de La récréation est finie, c'est son humour corrosif qui m'a fait glousser tout au long du roman. Dario Ferrari décrit avec une incroyable justesse et une bonne dose de cynisme le milieu universitaire contemporain, ses égos démesurés, ses rivalités à coup d'articles et ses luttes de pouvoir, tout en conservant un certain attachement à toute cette 'comedia dell'arte' un peu ridicule mais tellement humaine. 

'(...) j'ai dû inventer des solutions afin de combler les lacunes dans la vie de l'auteur sur lequel je fais ma thèse (ou plutôt : sur lequel je travaille, comme on dit à l'université, où tous répètent sans cesse qu'ils 'travaillent' sur ceci ou cela, histoire de souligner que, malgré les apparences, ils ne sont pas au chômage).'

Sans verser dans un ton vengeur ou dénigrant, l'auteur interroge ainsi le passé de l'Italie tout en offrant une réflexion profonde sur le présent, le microcosme de la recherche universitaire oui, mais plus largement aussi les travers de notre société et de toute une génération en perte de sens.

'Parfois on se sent incomplet et on est tout simplement jeune.' Ce matin, je me suis réveillé avec cette phrase dans la tête, que j'avais lue, enfant, à la fin du Vicomte pourfendu de Calvino et que je m'étais empressé d'écrire sur le mur de ma chambre. Tout au long de ma vie, je me la suis répétée chaque fois que j'avais besoin de justifier mon inefficacité chronique, mon éternelle incapacité à aller au bout des choses.'

J'ai peut-être trouvé la partie de la Fantasima, journal intime de Tito Sella réinventé par Marcello, un peu plus lente et moins jouissive que le reste du roman. Le ton y est naturellement différent en raison du changement de narrateur. Cette rupture m'a un peu déroutée mais elle prend tout son sens en préparant la conclusion fine et percutante du roman. 

Un livre qui amuse, dérange et fait réfléchir sur deux jeunes hommes rapprochés par une insatisfaction commune et tout deux passés au rouleau compresseur des idéaux perdus de leur génération. À découvrir!

FERRARI Dario, La récréation est finie, traduit de l'italien par Vincent Raynaud, Éditions du sous-sol, octobre 2025, 443p. 

Popsugar Challenge 2025 #10: Un livre que vous avez eu gratuitement. Je remercie d'ailleurs NetGalley France et les Éditions du sous-sol pour cet envoi

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