Walden; Or Life in the Woods de Henry David Thoreau


C'est l'histoire d'un gars de 27 ans qui décide un jour que sa petite vie bourgeoise de la fin du 19ème siècle dans le Massachusetts ne lui convient plus. Il part alors s'installer au bord d'un lac, Walden Pond, pour se reconnecter à la moelle de l'existence. 

I wanted to live deep and suck out all the marrow of life, to live so sturdily and Spartan-like as to put to rout all that was not life, to cut a broad swath and shave close, to drive life into a corner, and reduce it to its lowest terms [...].”

Il y restera deux ans, dans une cabane construite de ses mains, à pêcher, à cultiver des haricots et à philosopher - beaucoup - sur la vie, la société, la littérature, l'économie, la nature, etc. Le récit qu'il tirera de cette expérience, Walden, est devenue depuis un classique de la littérature américaine, un précurseur du nature writing et une bible de désobéissance civile. 

Quoi de mieux qu'une petite période de semi-confinement au centre d'une grande ville (merci covid) pour se lancer dans l'apologie d'une vie simple dans les bois? C'est donc avec envie, depuis ma mini-terrasse, que j'ai abordé le livre de Thoreau, m'attendant à trouver des descriptions magnifiques de nature, d'air pur et de silence (ahhh le silence, concept complètement abstrait avec deux enfants à la maison). Alors oui, Walden c'est un peu ça, mais c'est d'avantage une suite de réflexions de M. Thoreau sur comment lui fait les choses justes et les autres, tous les autres, les font faux: les vieux ne savent rien, les pauvres le sont car ils dépensent leur argent dans le superflu, les fermiers ne pensent qu'à l'argent, les riches ne savent pas accueillir leurs invités, les romanciers nous ramollissent le cerveau, la mode est une supercherie, les journalistes écrivent pour ne rien dire, etc etc. Au contraire, lui, Thoreau, prône une vie simple et auto-suffisante, à l'écart de l'État qu'il arbore et à qui il refuse de payer ses impôts... mais tout de même pas trop loin de maman, chez qui il allait bruncher toutes les semaines (sans le mentionner dans son livre évidemment). 

Vous l'aurez compris, Henry Thoreau était un homme de conviction mais pas exempt de contradictions. Il était surtout très donneur de leçons, ce qui fait de Walden une lecture assez irritante. J'ai eu l'impression de me retrouver plongée dans la lecture de Guerre & Paix et les interminables diatribes de Tolstoi. Le deuxième texte de mon édition, On the duty of civil disobedience, en est un exemple encore plus flagrant. J'étais prête à rejeter l'ensemble comme une grosse imposture: quelques citations archiconnues qu'on ressort en société l'air grave, enrobées d'une couche bien indigeste d'élucubrations d'un asocial arrogant. Sauf que, malgré les mois qui se sont écoulés depuis ma lecture, Walden me reste indiscutablement en tête.

Il y a bien sûr l'appel de Thoreau à réduire notre consommation à l'essentiel, à éviter le superflu qui fait de l'auteur une sorte de Marie Kondo barbue bien en avance sur son temps. 

Do not trouble yourself much to get new things, whether clothes or friends. Turn the old; return to them. Things do not change; we change. Sell your clothes and keep your thoughts.”

Il y a aussi le fait que son désamour de l'État s'expliquait en partie par ses fortes positions anti-esclavagistes et son opposition à la guerre 'impérialiste' des USA contre le Mexique. Et que la désobéissance civile qu'il est un des premiers à prôner à quand même inspirer des gars comme Ghandi ou Martin Luther King.

De On the duty of civil disobedience:

I think that we should be men first, and subjects afterward. It is not desirable to cultivate a respect for the law, so much as for the right. The only obligation which I have a right to assume is to do at any time what I think right.”

Il y a enfin quelques moments d'extase, qu'on se répète à la mode 'Cercle des poètes disparus' (film culte de chez culte BTW) : 

Sur les érables en automne:

Ah, many a tale their color told! And gradually from week to week the character of each tree came out, and it admired itself reflected in the smooth mirror of the lake. Each morning the manager of this gallery substituted some new picture, distinguished by more brilliant or harmonious coloring, for the old upon the walls.

Walden Pond

 Ou encore

If a man does not keep pace with his companions, perhaps it is because he hears a different drummer. Let him step to the music which he hears, however measures of far away.

J'ai lu quelque part que si Thoreau est peut-être si emblématique, c'est en partie parce qu'il est lu au lycée, par des ados rebelles et idéalistes, pour qui son message anticonformiste et anarchiste résonne comme un appel à la liberté. Effectivement, je pense que j'aurais été plus touchée à 20 ans qu'aujourd'hui (mais à l'époque, j'étais trop occupée à idolâtrer Che Guevara). Du haut de ma trentaine bobo, j'avoue, j'ai beaucoup soupiré mais mon exemplaire de Walden restera toutefois à portée de main, marqué de plein de post-it. Vivement la fin du covid, j'ai plein de citations en stock ;-)

Et vous, qu'avez-vous pensé de Thoreau?

Naturalist, essayist and early environmentalist, Henry David Thoreau (1817-1862) was one for whom nature was a religion. In communing with the natural world, he wished to 'live deliberately, to front only the essential facts of life, and... learn what it had to teach.' Toward that end Thoreau built a cabin on the shores of Walden Pond in the spring of 1845 - on land owned by Ralph Waldo Emerson - outside Concord, Massachusetts. There he observed nature, farmed, build fences, surveyed and made entries in his journal. 

One product of his two-year sojourn at the pond was this book - one of the great classics of Amercian letters. Interwoven with accounts of Thoreau's daily life (he did not live as a recluse but received visitors and almost daily walked into Concord) are meditations on human existence, society, government and other topics, expressed with clear-headed wisdom and remarkable beauty of style. 

Walden offers abundant evidence of Thoreau's ability to begin with observation on a mundane incident of the minutiae of nature and then develop these observations into profound ruminations of the most fundamental human concerns. Credited with influencing Tolstoy, Grandhi and other thinkers, the volume remains a masterpiece of philosophical reflection. 

THOREAU Henry David, Walden; Or Life in the Woods suivi de On the duty of civil disobedience, octobre 2018, Project Gutenberg (ebook)

THOREAU Henry David, Walden; Or Life in the Woods, ed. Dover Publications, 1995, publié pour la première fois en 1854, 216p.

Photos prises lors de mon passage à Walden Pond il y a tout juste 6 ans. Une super halte à faire si vous passez près de Boston.

Commentaires

  1. Blogger débloque complètement avec les liens, mais heureusement j'ai cliqué sur ton lien récent.
    Bon, j'ai lu Walden, je savais qu'il n'était pas trop loin de C, avait des visites, etc, ça casse un peu le mythe, mais que de chouettes pages sur la nature! Je compte le relire en anglais. Durant le confinement, j'ai terminé, enfin!, ses essais, et j'avoue que les textes sur la nature passent mieux que ses écrits plus politiques (en tout cas ça me parle plus)

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    1. Ce qui m'a étonnée dans ce Walden c'est qu'au final, les passages plus nature ne représentent même pas la moitié du livre. C'est vraiment plus un essai de vie que du pur nature writing. Je ne m'attendais pas à ça personnellement.

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  2. Je note cette lecture pour un prochain confinement, dans ce cas. En espérant que...

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    1. Avec un peu de chance, on écharpera à un deuxième confinement (même si ici, on est de nouveau en alerte rouge). Pas sûre de continuer ma découverte de Thoreau par contre si on repart pour un tour. Je me tournerai plus vers de la chick litt ou un truc bien léger, histoire de me changer les idées ;-)

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  3. Arf des descriptions de nature (même si ce n'est pas que ça) (et malgré l'effet confinement) + l'impression de se retrouver plongée dans la lecture de Guerre et Paix, ça ne va pas trop le faire avec moi.^^ Je l'ai toujours pressenti c'est pourquoi je n'ai jamais tenté cet ouvrage pourtant culte, mais qui sait, au prochain confinement...

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    1. Ah oui, je te jure, je préférerai être en confinement complet pour un mois plutôt que de me retrouver 1 jour bloquée avec Thoreau et Tolstoi dans la même pièce. Ils devaient être bien saoulants en vrai, dans le genre 'moijesaistout' ;-) Mais ça reste un classique qu'il faut lire pour se faire une opinion, hein?

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  4. Je ne l'ai pas lu, et ton billet ne m'incite pas vraiment... nous avons aussi notre Thoreau français et contemporain avec Sylvain Tesson : j'ai été fort agacée dans Les forêts de Sibérie par ses réflexions répétitives sur la solitude dans les bois opposée à la société de consommation...

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    1. Jamais lu Tesson même s'il est dans ma LAL depuis des lustres. De manière générale, j'ai un peu de peine avec les gens qui sont persuadés d'avoir raison même si je suis en grande partie d'accord avec eux. Bon, on verra bien si je me lance un jour...

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