All Fours (À quatre pattes) de Miranda July


All Fours est le récit d'une femme, artiste de 45 ans, qui après avoir reçu $20'000 d'un contrat juteux avec une marque de whiskey, décide de traverser les États-Unis en voiture de Los Angeles jusqu'à New York, pour passer une semaine feelgood dans un hôtel luxueux. Objectif: prouver à son mari et à elle-même qu'elle est 'une rouleuse' et pas 'une gareuse', une personne qui sait vivre le moment présent et profiter des petits riens plutôt qu'une éternelle insatisfaite. Le road trip sera cependant de courte durée - après moins d'une heure, elle décide de se garer et de rester dans la chambre d'un motel un peu miteux qu'elle rénove à grand frais. D'aventurière des routes, elle devient exploratrice de ses désirs et de ses aspirations. 

J'ai lu ce roman pour notre club de lecture de quartier et c'est certain que 1) je ne l'aurais probablement pas lu autrement; et 2) c'est le livre parfait pour s'assurer de discussions passionnantes autour d'un verre de bulles. 

Miranda July est une artiste connue pour son art un peu provocateur, ses positions franches et l'apologie d'une sexualité sans limites mais avec All Fours, on a comme l'impression qu'elle a voulu aller encore plus loin. Vous savez, quand, lancée dans un débat, vous tenez votre bout coute que coute et poussez même vos opinions un peu plus loin pour la forme? C'est le sentiment que m'a laissé ce roman, comme si l'auteure cherchait désespérément à nous choquer et à secouer le cocotier de la bienséance.  

La narratrice de son roman, qui sans jamais être nommée, ressemble fortement à l'auteure, nous emmène dans un tourbillon d'obsessions et de fantasmes sexuelles crus (ok - du sexe lesbien loin de la sensualité de l'imaginaire masculin), grotesque (mouais - des fantasmes à ne plus finir de role plays bizarres et des scènes de danses préliminaires ridicules) voire carrément dégueus (sérieux why? - the famous scène du tampon). Je n'ai rien contre le fait d'être osée, libérée, polyamoureuse, bi, trans, et de manière générale, je me fiche bien de savoir ce que les gens font dans leur lit - et là est probablement le problème: je n'ai éprouvé aucun intérêt pour les quelques 300 pages de descriptions de fantasmes sexuelles de la narratrice qui m'ont fait me sentir comme la psychothérapeute d'une quadragénaire insatisfaite radotant en boucle sur les mêmes obsessions. Sauf que là, c'est nous, lecteur-thérapeute, qui payons ^ ^

C'est dommage car il y a quelques belles idées dans ce roman, notamment les épreuves traversées par la narratrice à la naissance de son enfant (les seuls moments où j'ai connecté avec cette héroïne). Ou le sujet de la périménopause et de la ménopause, thème presque ignoré de la littérature alors qu'il marque une étape cruciale de la vie de la moitié de l'humanité. Mais le fait que l'héroïne en parle sur une vingtaine de pages n'en fait pas à mon avis le roman fondateur d'une génération comme l'a vendu la presse américaine. Surtout que comme tout le reste, l'héroïne aborde le sujet comme une gamine de 6 ans étonnement ignorante (ouah, savez-vous ça que les hormones baissent à la ménopause?) et capricieuse (genre 'c'est trop pas juste'). J'ai, je pense, compris le courage de se mettre en scène dans une période de vulnérabilité qui peut nous rendre immature et incontrôlable, mais j'ai tout de même eu de la peine à me sentir touchée par ce récit nombriliste d'une californienne privilégiée à la réalité pas mal éloignée de la mienne. 

Au final, le récit manque à mon avis de sincérité, comme une performance de normalité et de coolitude pour masquer le vide abyssal d'une narratrice paumée, une sorte d'Emma Bovary des temps modernes. J'en ressors plus attristée qu'éclairée ou libérée et j'attends encore le grand roman de notre génération de milléniales qui me touchera droit au coeur. 

Pour finir sur une note positive: le dernier roman de Miranda July ne vous laissera probablement pas indifférent et c'est déjà pas si mal. Comme le dit Eric-Emmanuel Schmitt: La littérature n'est pas une fin en soi. Un livre doit provoquer la discussion sinon il est inutile. Mission accomplie Miranda July!

JULY Miranda, All Fours, ed. Riverhead Books, mai 2024, 336p. 

JULY Miranda, À quatre pattes, ed. Flammarion, mai 2025, 397p., traduit de l'Anglais (États-Unis) par Nathalie Bru

Popsugar Challenge #9: Un livre qui présente un personnage traversant la ménopause

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