samedi 14 novembre 2015

Les Douze Portes dans la maison du sergent Gordon de George Makana Clark

Rentrée Littéraire 2015

Pour ceux qui aiment: une version africaine et beaucoup (beaucoup) plus sombre et ardue de Le coeur cousu de Carole Martinez

C'est une histoire qui commence par la fin alors que la mort a rattrapé le sergent Gordon. Un homme qui s'éteint alors que meurt également la Rhodésie et que nait la nouvelle nation zimbabwéenne.
C'est surtout le récit d'une vie, raconté à travers quelques étapes clés, comme douze portes donnant sur le destin de Gordon: le travail forcé dans les mines de cuivre, son adolescence dans une institution pour garçons difficiles, son enfance auprès d'un père méfiant et d'une mère silencieuse, jusqu'à sa naissance chaotique. Douze chapitres de vie qui nous font remonter progressivement ce parcours initiatique jusqu'au secret de ses origines.

Qu'est-ce qu'il est difficile de parler de ce roman, que l'on peut sans peine décrire comme exigeant: 

Exigeant par sa forme: le récit étant à rebours, chaque nouveau chapitre éclaire le précédant d'un jour nouveau et apporte certaines réponses. Une confusion pas toujours facile à appréhender et une fois le roman terminé, on a presque envie de tout reprendre depuis le début pour enfin mieux comprendre le parcours du sergent Gordon. Une construction stylisée donc mais qui exige pas mal d'efforts de la part du lecteur.

Exigeant par son contenu également: si l'histoire de la Rhodésie défile en filigrane, il n'est pas nécessaire d'être un as de ce pays pour suivre le destin de Gordon. Cependant, il faut accepter de plonger dans un univers fait de légendes, de fantômes et de devins. Dans ce sens, Les Douze Portes dans la maison du sergent Gordon est un récit très proche du conte africain, et j'avoue que malgré les origines en partie xhosas de l'auteur, je ne m'attendais pas à ce que cet aspect soit aussi présent.

Ces deux exigences surmontées, le lecteur découvre une belle réflexion sur les origines et sur le destin des hommes, sur les valeurs et l'importance des traditions. C'est perturbant, pas toujours facile à suivre, pas toujours palpitant non plus, mais George Makana Clark signe ici à mon avis un roman à part et dont on ressort un peu hébété.

Je n'ai qu'un mot: déroutant!

Voici l’histoire d’un homme qui commence par la fin, et l’histoire d’un pays qui connaît un nouveau départ. Le pays, c’est la Rhodésie, qui devient le Zimbabwe. L’homme est le sergent Gordon, dont la dépouille repose enfin en paix. De profundis s’élève le récit de ses années sur terre. Un chant puissant et ravageur qui conte à rebours le destin d’un damné : les années en enfer dans la prison d’une mine de cuivre, l’armée et la guerre dans un pays ensorcelé, l’adolescence rebelle entre les murs d’une institution religieuse pour délinquants, l’enfance éclatée, l’initiation, la naissance, le secret des origines…

George Makana Clark est né et a grandi au Zimbabwe ; il a des origines britanniques et xhosa. Il vit et enseigne aujourd’hui le creative writing à l’université de Wisconsin-Milwaukee.

Merci à Babelio et aux éditions Anne Carrière pour l'envoi de ce roman. 

MAKANA CLARK George, Les Douze Portes dans la maison du sergent Gordon, ed. Anne Carrière, août 2015, 320p., traduit de l'anglais (Zimbabwe) par Cécile Chartres et Élisabeth Samama
MAKAN CLARK George, The Raw Man, ed. Jonathan Cape, 2011 


jeudi 5 novembre 2015

Italian Shoes (Les chaussures italiennes) d'Henning Mankell

Pour ceux qui aiment: Sable Mouvant d'Henning Mankell, dont ce livre semble un étrange prequel

Suite à une faute professionnelle, Frederick Welin abandonne la chirurgie et se réfugie sur une île isolée du nord de la Suède. Avec pour seuls compagnons son chien et son chat âgés et les visites quotidiennes du facteur Jansson qu'il n'a même jamais invité à boire un café, les journées de Frederick se déroulent selon un rythme immuable que rien ne vient perturber.
Mais un jour d'hiver, une silhouette apparait sur la glace et malgré les années, Frederick reconnait très vite Harriet, la femme qu'il a abandonnée trente-cinq ans plus tôt. 

Suite au décès d'Henning Mankell il y a maintenant tout juste un mois (le 5 octobre 2015), Cryssilda a lancé l'idée d'une lecture hommage à cet auteur. Ce roman trainant dans ma PAL depuis plusieurs années, j'ai sauté sur l'occasion d'enfin le découvrir. 

J'aurais bien entendu voulu que cette lecture soit un coup de coeur, surtout que je me rappelle de billets élogieux dans l'ensemble à sa sortie. Malheureusement, sans que ce soit une déception, j'avoue m'être un peu ennuyée durant cette lecture. 

Les chaussures italiennes est un roman d'ambiance, où nostalgie et regrets se mêlent au climat brumeux et froid de ce paysage scandinave. Si j'ai beaucoup aimé ce décor et l'atmosphère du roman, j'ai trouvé l'intrigue lente et pas franchement palpitante. Peut-être avais-je des attentes infondées vu le statut d'auteur policier de Mankell? Quoi qu'il en soit, je ne m'attendais pas à un rythme aussi trainant et à cette histoire qui manque à mon goût de fil rouge. J'ai eu l'impression que Mankell avait quelques thèmes passionnants en tête et qu'il a essayé de les broder autour de cette introspection d'un homme qui voit sa vie chamboulée. Les passages sur les chaussures italiennes, Caravaggio, l'accueil des ados paumés, etc. sont certes très réussis et intéressants mais ne m'ont pas vraiment semblé former un tout cohérent. 

Dernier petit blocage enfin pour les personnages, complexes et bien construits mais assez déprimants et antipathiques. Frederick en particulier est typiquement le genre d'homme qui m'exaspère avec son petit côté Calimero et sa succession de mauvaises et lâches décisions. On est là dans un des thèmes du roman, mais je n'ai pas vraiment compris quel était le message final de l'auteur. Les autres personnages, tous porteurs d'une fêlure, d'une douleur différente, ne m'ont pas paru plus sympathiques ou attachants, faisant au final de ce roman une large galerie de personnages un peu plombante. 

Je crois que je vais arrêter là avant que cet hommage devienne un gros dommage. Cette déception n'enlève bien sûr en rien mon respect pour cet auteur, mais ayant à présent lu deux de ses ouvrages (celui-ci et Le cerveau de Kennedy) qui ne m'ont pas complètement convaincue, je me dis que je devrais retourner aux basiques et enfin tenter sa série des Wallander. 

Un roman introspectif un peu lent et mélancolique, qui n'a malheureusement pas résonné en moi. Malgré une belle écriture et quelques passages très inspirés, l'intrigue et les personnages ne m'ont tout simplement pas parlé.


A soixante-six ans, Fredrik Welin vit reclus depuis une décennie sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l’archipel. Depuis qu’une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s’est isolé des hommes. Pour se prouver qu’il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s’y immerge chaque matin. Au solstice d’hiver, cette routine est interrompue par l’intrusion d’Harriet, la femme qu’il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer.
Le temps de deux solstices d’hiver et d’un superbe solstice d’été, dans un espace compris entre une maison, une île, une forêt, une caravane, Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l’amour et la rédemption.

Un film était apparemment en projet, avec Judi Dench et Anthony Hopkins dans les rôles principaux, mais cela n'a pas l'air de s'être concrétisé pour le moment. A suivre... 

MANKELL Henning, Italian Shoes, ed. Vintage, 2010, 358p., traduit du suédois par Laurie Thompson
MANKELL Henning, Les chaussures italiennes, ed. Seuil, octobre 2009, 352p. 
MANKELL Henning, Italienska Skor, ed. Leopard Förlag, 2006

mercredi 4 novembre 2015

Top 3 zéro-livre d'octobre 2015: spécial grossesse

Comme certains le savent déjà, la famille Z devrait tout bientôt compter un nouveau petit lecteur (oui oui, il est prévu qu'il naisse avec un livre dans les mains). J'attaque en ce moment la toute dernière (longue) ligne droite et je me suis donc dit que c'était le moment parfait de vous présenter mon Top 3 des trucs qui m'ont bien sauvé la mise ces derniers mois. C'est parti:

1. Le site Bebetou: Si vous êtes comme moi et que jusqu'à il y a peu, la grossesse était un concept encore très très abstrait, le site Bebetou est fait pour vous. J'ai trouvé que c'était une mine d'informations claires mais décrites de manière sympathique. En particulier, la section "Votre grossesse semaine par semaine" m'a réellement aidée à appréhender tous les chamboulements des deux premiers trimestres. Ben oui, on est cartésienne ou on ne l'est pas et j'ai du coup eu besoin de savoir exactement ce qui se passait dans mon petit corps pour commencer à vraiment réaliser et vivre cette grossesse.



2. Les crackers Gran Pavesi: Adoptés suite aux conseils de ma collègue italienne durant un premier trimestre loin d'être drôle, les crackers Gran Pavesi m'ont presque nourri pendant trois mois alors que rien d'autres ne passait. Je ne suis pas sûre de pouvoir remanger un jour ces petits biscuits salés mais leur côté secs et un peu fades a fait mon bonheur pendant ces quelques mois. Rien à dire, la grossesse fait de nous des êtres étranges...



3. L'huile d'amande douce: Dès l'annonce de ma grossesse, j'étais bien décidée à gagner mon combat contre l'ennemie jurée de la femme enceinte, l'infâme vergeture. L'huile de massage vergetures de Weleda est bien sûr un classique mais si vous vous tartinez jusqu'à l'obsession comme moi, le budget final risque d'hypothéquer les perspectives futures d'envoyer Junior à l'université. Bref, j'ai finalement adopté de l'huile d'amande douce toute simple achetée en droguerie, sans packaging, sans marketing, sans odeur et pour le moment, je touche du bois, pas de vilaines vergetures à l'horizon. Est-ce que cela a vraiment aidé? Je n'en sais rien, mais dans le doute.... 
Et bon, pour voyager, le Mothers BALM de Neal's Yard Remedies à la cire d'abeille bio était pas mal aussi. Parce que même emballée dans 5 plastiques, votre bouteille d'huile en déplacement, c'est un peu chercher la petite bête. Avec ce baume, vous aurez toujours la sensation d'être une anguille bien huileuse quand vous vous mettez au lit (pour le plus grand bonheur de votre homme, car oui, quel homme n'a pas fantasmé sur la petite sirène? Rire jaune) mais au moins, le reste de vos affaires devraient être épargnées. 


Et vous, des conseils ou des trucs qui vous ont bien aidées durant la grossesse? 

A demain pour un billet en l'honneur d'Henning Mankell.

dimanche 1 novembre 2015

Le contrat Salinger d'Adam Langer


Rentrée littéraire 2015

Pour ceux qui aiment: Les films de Woody Allen ou La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker

Il y a quelques années, Adam Langer avait fait la connaissance de Conner Joyce lors d'une interview. A cette époque, tous deux avaient une carrière au beau fixe: Adam travaillait pour un magazine littéraire new-yorkais et enchainait les portraits des écrivains stars, alors que Conner était un des auteurs de polars les plus en vue du moment. 
Aujourd'hui, alors que les deux hommes se retrouvent dans une petite librairie de l'Indiana, tout a changé. La carrière d'Adam n'a jamais décollé suite à la publication de son premier roman et les dédicaces de Conner sont loin d'attirer les foules. Mais la vie de ces deux hommes va vite être bouleversée par une proposition étrange: un mystérieux collectionneur demande à Conner Joyce de lui écrire un livre dont il sera le seul lecteur et dont l'existence devra demeurer complètement secrète. 
En se confiant au fil des semaines à Adam, Conner va l'embarquer dans un tourbillon littéraire dont aucun ne sortira complètement indemne. 

J'avais été emballée par le roman précédant d'Adam Langer, Les Voleurs de Manhattan, que j'avais trouvé ingénieux et tout simplement jouissif. J'étais donc impatiente de retrouver l'auteur avec Le contrat Salinger. Et il faut le dire tout de suite, je n'ai pas été déçue car l'auteur reprend ici plus ou moins la même recette: du suspense, plein de références à la littérature, une critique acerbe mais qui reste relativement bonne enfant du milieu de l'édition américain et des personnages attachants et proches de vous et moi. 

Le thème des fausses vérités est lui aussi à nouveau très présent, avec ici une limite très confuse entre la fiction et la réalité, à commencer par la propre mise en scène de l'auteur. Le contrat Salinger trouble les frontières et présente une jolie réflexion sur comment un livre peut influencer ses lecteurs, aux dépends et parfois même au grand désespoir de l'auteur (pensez à L'Attrape-coeurs de Salinger justement). 

Bref, vous l'aurez compris, j'ai à nouveau passé un bon moment avec Adam Langer, bien que j'aie préféré l'intrigue plus crédible de Les Voleurs de Manhattan. En effet, la fin de ce Contrat Salinger part un peu dans tous les sens et les personnages sont parfois un peu trop caricaturaux à mon goût. Cependant, la crédibilité n'est probablement pas l'objectif premier de l'auteur avec ce roman qui reste avant tout un drôle d'hommage à la littérature et un joli pied de nez à ses acteurs. 

Un auteur original à ne pas rater. Tout amoureux des livres ne peut qu'être séduit par cette plongée dans les coulisses du milieu et par cette réflexion sur le pouvoir de la fiction sur la réalité. 


Journaliste sur le retour, Adam Langer s’ennuie loin de New York. Jusqu’à ce que sa route croise celle d’une vieille connaissance, Conner Joyce – auteur de thrillers à succès sur le retour –, venu à Bloomington, Indiana, pour assurer péniblement la promotion de son dernier roman. Bientôt, Conner révèle à Adam qu’il a reçu une offre des plus étonnantes : celle d’un certain Dexter Dunford (« Dex »), homme d’affaires richissime flanqué d’un inquiétant garde du corps, qui lui propose d’écrire un roman rien que pour lui, moyennant une rétribution considérable. Où est le piège ? (...).

Thriller psychologique d’une facture tout à fait unique, Le Contrat Salinger, qui brosse au passage un portrait au vitriol du paysage littéraire contemporain, est à la fois une formidable réflexion sur la façon dont la réalité et la fiction peuvent s’alimenter jusqu’à la dévoration, et une construction palpitante faite de rebondissements ingénieux et de révélations en cascade – un roman gigogne au goût de vertige qui tiendra son lecteur en haleine jusqu’à la toute dernière page.

Lu grâce à Netgalley. Merci aux éditions Super 8!

LANGER Adam, Le contrat de Salinger, ed. Super 8, août 2015, 311p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Emilie Didier
LANGER Adam, The Salinger Contract, ed. Open Road Media, septembre 2013, 280p.