jeudi 12 décembre 2013

jeudi 5 décembre 2013

Monsieur Matuvu de Catherine Lafaye Latteux et Alice De Page

Pour les 5-8 ans

Monsieur Matuvu est un jeune homme toujours tiré à quatre épingles et qui ne peut imaginer plus exaltante activité que de faire du shopping et de pavaner dans la cité. Mais un jour, il rencontre Lison qui va lui faire découvrir que les choses matérielles ne sont au final que secondaires et que l'amour peut vous faire oublier tout ce qu'il y a autour.

Tout de suite attirée par la jolie couverture de cette album, avec ces deux personnages qui se guignent de recto en verso, j'ai su, dès la page de garde, que j'allais être séduite. Un album qui s'ouvre sur un coquelicot et des macarons, je ne pouvait qu'être emportée.

L'histoire de Monsieur Matuvu est simple mais porteuse d'un joli message d'abandon du superflu pour privilégier un retour à l'essentiel. Mais cet album est avant tout un petit bijou grâce aux magnifiques illustrations d'Alice De Page, dans des tons pastels et doux. J'ai beaucoup aimé l'explosion de fleurs à toutes les pages (ahhh les coquelicots, ahhh les passiflores) et le côté "poupée de tissu" des personnages. Les perspectives et points de vue sont également une réussite.

Mon seul point négatif serait: c'est tellement beau qu'on a presque plus envie de confier cet album à nos têtes blondes. 

Monsieur Matuvu aimait parader dans les rues jusqu'au jour où il rencontre Lison. Auprès de son amie de coeur, il découvre alors la simplicité du bonheur.


 
Je remercie Babelio et les éditions Mazurka pour l'envoi de cet album. N'hésitez pas à aller faire un tour sur le très beau blog de l'illustratrice, Mouchette.

Monsieur Matuvu, de LAFAYE LATTEUX Catherine, illustré par DE PAGE Alice, ed. Mazurka, octobre 2013, 32p.


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samedi 30 novembre 2013

La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Pour ceux qui aiment: Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher en plus "mâle"

Au crépuscule de sa vie, Bjarni Gíslason, un paysan islandais, fait le bilan des années écoulées et réalise qu'au cours de ces décennies, seules deux choses ont réellement compté. Son amour de la terre et sa passion dévorante pour Helga, avec qui il a entretenu une aventure aussi jouissive que destructrice. Dans une longue lettre, il revient sur ses événements et confesse ses sentiments à cette femme, objet de son amour impossible.

La Lettre à Helga est un roman court mais puissant, qui m'a emportée, dès les premières lignes, vers cette nature sauvage de l'Islande. A travers le récit de Bjarni, le lecteur découvre la vie des habitants de ces contrées dans les années 40, la rudesse et les difficultés du quotidien mais aussi la beauté et la passion de la terre. Car si La Lettre à Helga est souvent décrit comme une déclaration d'un homme à son amour perdu, Bjarni nous livre également ici une ode à sa culture et à son environnement.

J'ai trouvé cette confession d'un homme peu habitué à exprimer ses sentiments très belle. J'ai parfois tiqué sur les nombreuses références un peu crues à la poitrine d'Helga, qui finit par s'apparenter à une paire de tétines (charmant). Puis, j'ai peu à peu accepté ce manque de finesse et d'érotisme et les difficultés que j'avais à suivre et à partager les sentiments du narrateur. En tant que femme, suisse, de milieu urbain, je trouve au final convaincant que l'auteur ait réussi à construire un personnage avec lequel je me suis, durant la plus grande partie du récit, sentie complètement déconnectée. L'amour est universel mais la façon d'aimer, et surtout ses évocations sont, à mon avis, loin d'être uniformes. Le personnage de Bjarni en devient plus crédible à mes yeux et sans avoir réussi à m'identifier à lui, j'ai peu à peu éprouvé un grand attachement et de la compassion avec cet homme mis devant le choix insurmontable de tout abandonner, sa famille, ses ambitions, sa terre, ses bêtes, pour une seule, mais la seule qui compte, femme.

Si j'ai ainsi mis du temps à m'habituer aux comparaisons érotiques de tracteurs et de mamelles, j'ai eu beaucoup moins de peine à apprécier les belles évocations de nature et de grands espaces, sur un pays que je rêve de visiter depuis plusieurs années. Sans emphase ou lourdeurs, mais avec beaucoup de justesse, Bjarni partage son attachement à la terre et à sa région. Tout en simplicité, Birgisson arrive à faire passer beaucoup d'émotions et fait revivre pour nous un mode de vie et de pensée en voie de disparition.

Un très beau roman, simple mais rempli d'émotions: de curiosité, de dégoût, mais surtout de compassion, de tristesse, de beauté et d'amour. Un livre suffisamment à part pour ne laisser personne indifférent. 


« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.


Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.


Je remercie PriceMinister-Rakuten pour l'organisation des Matchs de la rentrée littéraire 2013 et pour l'envoi de ce livre.  


BIRGISSON Bergsveinn, La Lettre à Helga, ed. Zulma, août 2013, 144p., traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson
BIRGISSON Bergsveinn, Svar vid bréfi Helgu, 2010

jeudi 28 novembre 2013

Dilemme en vue: deux ajouts à ma PAL vo


Mr. Z est revenu hier soir d'Angleterre avec deux petits nouveaux pour ma (bon ok... notre) PAL. Les vacances de décembre approchant à grands pas, je pensais en embarquer un dans mon sac. Et oui, un seul vu qu'ils sont tous les deux de sacrés pavés: 784 pages pour le Donna Tartt et 832 pages pour The Luminaries. Ahem!  En paperback grand format, ça ne va pas le faire. 

Du coup, j'ai deux semaines pour me décider sur lequel emmener. Le dernier Donna Tartt dont le sujet me tente beaucoup, premier roman depuis plus de 10 ans par l'auteur du Maître des illusions (que j'avais aimé sans adorer en passant). Ou alors le Booker Prize 2013? Ambiance Nouvelle-Zélande du 19ème ou Amérique contemporaine et milieu de l'art? 

A savoir que je pars en Afrique du Sud (rien à voir donc) et que j'ai déjà prévu d'embarquer Zulu de Caryl Férey (à lire en fin de voyage pour ne pas trop flipper) et peut-être Les Racines du ciel de Romain Gary ou ou ou... j'hésite encore. Help!

lundi 25 novembre 2013

Les perroquets de la place d'Arezzo d'Eric-Emmanuel Schmitt

Pour ceux qui aiment: le film Love Actually de Richard Curtis en plus hot

Les habitants de la très chic place d'Arezzo à Bruxelles présentent au monde et à leur voisinage une façade parfaite et consensuelle. Mais derrière les murs de leurs appartements se jouent des drames et des tromperies, faits d'amour, de dissimulation, de passion et de mensonges. Les masques vont peu à peu tomber suite à une simple lettre, envoyée à plusieurs voisins: "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé tu sais qui". Quelques lignes qui vont être à l'origine d'une réaction en chaîne, semant à la fois amour et chaos autour de la place d'Arezzo.

Ce nouveau roman, qu'on annonçait comme une "anthologie littéraire de l'érotisme et des relations de couples", m'a tout de suite intriguée; déjà j'aimais beaucoup l'idée de départ et en plus, le thème ne collait pas du tout à l'image que je me faisais de l'auteur (dont je n'avais jusqu'ici rien lu). Du coup, j'ai voulu savoir ce qui avait tant inspiré Eric-Emmanuel Schmitt pour qu'il nous livre ici un pavé de plus de 700 pages.

Il faut dire que les thèmes de l'érotisme et de la vie de couple offrent matière à disserter et Eric-Emmanuel Schmitt ne s'en prive pas. Il peuple les bâtiments de la place d'Arezzo d'une galerie de personnages représentative de toute une gamme de pratiques sexuelles et amoureuses: du sexe-addict au disciple de l'asexualité, en passant par la masochiste, l'homosexuel, l'adolescent amoureux pour la première fois, l'apollon attiré par les femmes rondes, le transgenre, la maîtresse professionnelle, etc etc et en prime, un clone de DSK. Toutes les relations de ces personnages vont devenir de plus en plus liées et imbriquées à la suite du mot mystérieux.

Les perroquets de la place d'Arezzo est un livre qui se lit très bien et avec plaisir. J'ai trouvé la construction du roman réussie et je me suis facilement attachée à plusieurs des personnages. Le lecteur se retrouve observateur des petites vies et drames de chacun, comme perché au sommet de l'arbre central de la place peuplé de perroquets. Le style est fluide, agréable et les 730 pages du roman coulent toutes seules.

A ceux qui espèrent du croustillant, je dirais de ne pas en attendre trop. Oui, le sujet principal est celui de la relation de couple, mais ce roman est au final plus une anthologie de l'amour que celle du s*xe. Quelques scènes suggestives mais rien qui ne devraient décourager les récalcitrant(e)s ou encourager plus qu'il ne faut les adeptes. Et c'est un peut-être le point négatif de ce livre pour moi. Eric-Emmanuel Schmitt, sans aller au bout de l'idée de la littérature érotique, peuple sa place de presque toute la gamme de pratiques sexuelles que j'appellerais "extrêmes", au point qu'on a l'impression que tous les habitants sont des pervers. Pas un seul couple "normal", qui s'aime sans se tromper, avec une vie sexuelle banale. J'ai trouvé ainsi qu'il y avait un petit côté lassant; à chaque nouveau personnage je me disais, "allez, ça va être quoi pour celui-ci, b*ndage? bisexualité? un fan des pieds?". Le procédé en devient à force un peu artificiel.

En s'essayant à un registre totalement différent, Eric-Emmanuel Schmitt prend des risques mais s'en sort plutôt bien. Les perroquets de la place d'Arezzo se lit avec plaisir, sautant d'appartement en appartement pour découvrir l'intimité la plus secrète des habitants de la place. Une saga de voisinage teintée d'érotisme léger, à découvrir pour une lecture sympa sans être révolutionnaire.

«Ce mot simplement pour te signaler que je t’aime. Signé : tu sais qui.»

Cette lettre anonyme trouble l’existence des riverains de la place d’Arezzo. Dans ce quartier élégant de Bruxelles, quel original, quel pervers, quel corbeau déguisé en colombe s’acharne à violer leur intimité ? Le message entraîne autant de promesses et d’attentes que de déceptions et de catastrophes, chacun l’interprétant à sa façon. Menée par Eric-Emmanuel Schmitt, cette ronde effrénée devient l’encyclopédie des désirs, des sentiments et des plaisirs, le roman des comportements amoureux de notre temps.

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre. J'ajoute également que j'ai eu le plaisir de rencontrer l'auteur au Livre sur les quais de Morges en septembre, et je l'ai trouvé plutôt sympathique.

SCHMITT Eric-Emmanuel, Les perroquets de la place d'Arezzo, ed. Albin Michel, août 2013, 730p.

vendredi 22 novembre 2013

Parce qu'il n'y a pas que Kennedy....

Tout d'abord, laissez-moi préciser que je n'ai absolument rien contre JFK; j'ai même apprécié depuis le début de la semaine les nombreux documentaires sur sa vie, son parcours et son assassinat. Je suis au point sur toutes les théories du complot, les analyses psychologiques de Lee Harvey Oswald et les tests balistiques. J'en profite d'ailleurs pour vous recommander le documentaire de Temps Présent diffusé hier soir sur la RTS (télévision suisse), que vous pouvez retrouver ici.
Aldous Huxley (source: science-fiction.me)

Après donc une semaine de Kennedy à toutes les sauces, aujourd'hui, 22 novembre 2013, jour du cinquantième anniversaire de l'assassinat politique le plus marquant de l'histoire (avis personnel, quoi que ceux de Lincoln ou de François-Ferdinand d'Autriche le suivent de près); bref, en ce jour, j'aimerais rendre un petit hommage à deux autres personnes dont on fête le cinquantième anniversaire de la mort: C.S. Lewis (décédé à l'âge de 64 ans) et Aldous Huxley (69 ans). 

C.S. Lewis (source: Wikipedia)

Déjà que le décès de ces deux monstres de la littérature de l'imaginaire ont dû passer bien inaperçus en 1963, je propose qu'on se rattrape en 2013. Pour rappel, Le meilleur des mondes est au programme du Blogoclub pour le 1 décembre. Quant à C. S. Lewis, je suis à la recherche de conseils de lectures, pas trop portées sur la religion. J'hésite à attaquer Le Monde de Narnia, n'étant pas sûre d'accrocher et de vouloir me lancer dans une série de 7 tomes. Si vous avez d'autres idées, je suis preneuse.

Et vous, des lectures prévues sur JFK ou de l'un de ces deux auteurs pour célébrer ce 22 novembre 2013? 



samedi 16 novembre 2013

Corpus Equi de Diane Ducret

Pour ceux qui aiment: Choisie de Susan Richards

A l'adolescence, Diane Ducret fait une rencontre qui va changer sa vie: un cheval, nommée Zascandyl. Malgré la fatalité qui mettra fin à une passion hors norme et aux rêves d'une jeune fille, Diane Ducret retrouvera peu à peu le désir de vivre et d'honorer l'union sacrée qui unit, depuis des millénaires, l'homme et le cheval.

Il serait difficile de catégoriser Corpus Equi, à la fois témoignage d'un accident qu'une jeune fille mettra des années à surmonter, survol de la relation entre l'homme et sa plus noble conquête à travers l'histoire et la mythologie ou encore cri d'amour d'une cavalière à son cheval. Diane Ducret met ainsi en parallèle sa rencontre fusionnelle avec son étalon, Zascandyl, et les grandes légendes équines, de Bucéphale à Zingaro, en passant pas le cheval de Mahomet et les légendes vikings. J'ai trouvé cette construction dans la première partie du livre intéressante et, étant cavalière, je me suis retrouvée dans la passion de Diane Ducret, dans le simple bonheur éprouvé à l'odeur de foin et de cuir, et l'impression de liberté d'un galop en forêt. 

J'ai par contre beaucoup moins aimé la deuxième partie du livre qui suit la séparation de Diane Ducret de son cheval. Autant je conçois totalement que la tristesse éprouvée suite à la perte d'un animal peut être dure à surmonter, autant j'ai trouvé la réaction de l'auteur, telle que décrite dans le livre, difficile à appréhender. En se laissant complètement anéantir par une relation avec un cheval, sa passion devient plus obsession, et là, mon identification avec Diane Ducret a disparu. La fin du livre m'a paru confuse voire bâclée; au lieu des dizaines de pages sur les années d'errance de l'auteur, j'aurais trouvé plus intéressant de décrire sa reconstruction, sa guérison. 

Malgré quelques belles phrases et une construction intéressante, Corpus Equi est à réserver, à mon avis, aux passionnées du monde équestre. Au contraire de Susan Richards citée plus haut, Diane Ducret ne réussit pas à donner ici à la relation extraordinaire d'une femme et d'un cheval la portée universelle qui pourrait toucher même le lecteur complètement étranger à l'atmosphère d'une écurie. Dommage!  


Il est des rencontres dont la chaleur suffit à emplir toute une vie et dont le deuil vous laisse estropié à jamais.

On peut vous dire à quinze ans que vous ne remarcherez jamais plus, et se retrouver pourtant à trente debout sur un cheval au galop, dont le corps sacré et vibrant vous guérit de ces années de désespoir. Telle est la vertu de l'alliance millénaire entre l'homme et sa plus noble conquête, où brillèrent Bellérophon et Pégase, Alexandre et Bucéphale, comme d'autres couples mythiques évoqués ici en miroir d'une destinée d'aujourd'hui. Le cheval y est la métaphore du retour à l'enfance, de la douleur éprouvée et surmontée, du refus de la fatalité.

Diane Ducret s'est fait connaître avec l'immense succès de Femmes de dictateur best-seller traduit dans plus de 20 pays. Mais savait-on qu'elle avait été l'un des espoirs français de la compétition équestre ? Avec ce livre plus personnel, elle révèle l'étendue et la variété de son talent.


Livre lu grâce à l'opération Masse critique de Babelio et aux éditions Perrin, merci à tous les deux. Malgré cette déception, je reste curieuse de découvrir dans un tout autre style, Femmes de dictateur, le best-seller de l'auteur. 

DUCRET Dianet, Corpus Equi, ed. Perrin, août 2013, 168p. 

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samedi 9 novembre 2013

Le Malentendu d'Albert Camus

Après de nombreuses années passées loin de sa famille, Jan, sa fortune faite, décide de revenir dans son village natal pour s'occuper de sa mère et de sa soeur. Il se présente à l'auberge tenue par les deux femmes comme un voyageur, espérant être reconnu et accueilli avec joie. Mais en voulant cacher son identité, Jan va mettre en marche une machine infernale. Sa soeur Martha et leur mère, abandonnées à leur sort, ont en effet mis au point un stratagème pour détrousser les clients de passage et les faire disparaitre. Le malentendu initial mènera-t-il Jan vers une issue tragique?

Je voulais publier ce billet jeudi afin de rendre hommage à ce grand auteur, dont on célébrait le 7 novembre le centième anniversaire. Débordée par le travail, je me rattrape enfin aujourd'hui. Pour cet anniversaire, j'ai décidé de lire Le Malentendu, une pièce en trois actes publiée en 1944 et jouée pour la première fois la même année au Théâtre des Mathurins. 

Si Camus avait l'intention de remonter le moral des troupes encore en pleine guerre avec cette pièce, c'est raté. On est en effet en pleine tragédie avec ces retrouvailles tragiques entre Jan, sa mère et sa soeur. On avance dans cette pièce avec l'espoir d'une fin heureuse, d'un soupçon d'humanité et de sentiments, mais Martha reste hermétique à toute tentative de rapprochement, et focalisée sur son rêve d'ailleurs. Il y a beaucoup de froideur, d'impassibilité et de cruauté dans cette pièce, qui laisse au final peu de place à la rédemption. 

Vous l'aurez compris, ce n'est pas une lecture heureuse, mais c'est une pièce qui marque son lecteur. De manière plus générale, l'oeuvre théâtrale de Camus est souvent moins connue que ses romans phares, mais sur les thématiques chères à l'auteur, elles sont à mon avis tout aussi poignantes et réussies. 
A découvrir, sans aucun doute! Je précise toutefois avoir préféré Caligula, une autre pièce du cycle de l'absurde de l'auteur, une oeuvre qui m'avait vraiment mis une claque à l'adolescence et que je relis régulièrement.

Daniel Fattore avait lancé l'idée de cette lecture en début d'année. Si d'autres ont suivi l'idée, n'hésitez pas à me le notifier pour que j'ajoute les liens. J'ai également trouvé un article intéressant sur cette pièce sur le site de la Société des études camusiennes qui laisse entendre que Caligula et Le Malentendu seraient "grandement inspirées" de pièces écrites par un auteur polonais. A lire ici

CAMUS Albert, Le Malentendu, ed. Folio, publié pour la première fois en 1944, 130p.

lundi 28 octobre 2013

Le vent amènera la pluie de Michel C. Thomas, illustré par Denis Monfleur

A la sortie d’un bal de campagne, la voiture conduite par un fils de paysan se retourne et tue le passager, un vagabond hippie qui passait dans la région. Pour éviter le scandale, le père décide de faire passer le mort pour son fils et ramène ce dernier à la ferme. 


Le vent amènera la pluie démarre sur ce coup de bluff d’un père qui va faire porter l’énorme poids de ce secret à toute sa famille jusqu’à l’implosion. Une idée forte et sombre qui sert de base à cette nouvelle d’une soixantaine de pages écrite par Michel C. Thomas et illustrée de gros traits rouge-sang par l’artiste-sculpteur Denis Monfleur. Sous forme de confessions, le père et la mère livrent tour à tour le déroulement de ces quelques jours d’enfer et de dissimulation. 

Il y a beaucoup de rudesse dans ce texte sombre, histoire d'un drame familial qui laisse peu de place aux sentiments mais en provoque beaucoup chez le lecteur. L’écriture de Michel C. Thomas, qui se rapproche d’un parler bourru, direct et campagnard, surprend au début, mais on entre petit à petit dans ce huis clos à deux voix. Les illustrations de Denis Monfleur collent totalement à l’ambiance du récit mais j’ai moins apprécié les gravures plus figuratives. La multiplication des notes très détaillées m’a également un peu ennuyée et, à mon avis, elles distraient le lecteur plus qu’elles n’apportent à l’intrigue. Malgré ces quelques points et passées les toutes premières pages un peu brouillonnes, l’intrigue se met en place et tous les détails s’imbriquent parfaitement; on avance en apnée dans le récit, craignant une fin qui parait pourtant inéluctable. 

Le côté très sombre de cette nouvelle, plus en allusions qu’en violence directe, ne plaira certainement pas à tout le monde. Il serait pourtant dommage de se priver de la découverte de ces quelques pages originales, formant une sorte de roman rural noir et psychologique.

Au retour d’un bal, un fils de paysans, accompagné d’un jeune vagabond monté avec lui dans la voiture, a un accident. Le passager est mort. Mû par une peur irraisonnée du scandale, le père décide de faire croire que c’est le fils qui est mort. S’ensuit une inexorable plongée dans le mensonge, premier rouage d’un engrenage fatal qui conduit au drame.

Dans un dispositif qui s’apparente à des aveux, le père et la mère racontent à tour de rôle l’enchaînement des événements. Et le lecteur de tenter de reconstituer, ébahi, le fait-divers qui se dessine au fil des pages. 

L’ironie mordante de Michel C. Thomas, nourrie de multiples références littéraires, nous fait sans cesse osciller entre effroi et humour noir.

 

C’est avec le geste du sculpteur que Denis Monfleur s’empare de la matière exacte de l’histoire. La puissance de ses bois gravés fait écho à la violence poétique du texte de Michel C. Thomas.

Pour vous faire une meilleure idée du style et des illustrations, vous pouvez lire un long extrait de cette nouvelle ici.  

Lecture qui s’inscrit dans le mois de la nouvelle de Flo.

Je remercie également Libfly et les éditions du Chemin de fer qui m’ont fait parvenir cette nouvelle dans le cadre de l’opération La voie des indés 2013. 

De manière plus générale, je ne connaissais pas du tout cet éditeur mais j’aime beaucoup l’idée de ces textes illustrés par des artistes contemporains. La mise en page et l’assemblage des feuilles sont très soignés et forment comme un petit cartable de poche au papier de qualité. Les éditions du Chemin de fer sont constituées en association à laquelle vous pouvez adhérer en échange d’éditions limitées et numérotées des publications de l’année. Pour plus de renseignements, c’est par ici.

THOMAS Michel C., Le vent amènera la pluie, illustré par MONFLEUR Denis, coll. Voiture 547,  ed. du Chemin de fer, mars 2013, 64p. 

mardi 22 octobre 2013

La nuit des secrets de David Doma




Pour ceux qui aiment: Les Bienveillantes de Jonathan Littell 

Au crépuscule de sa vie, Isaac Golder, auteur au succès international, décide de révéler le secret qui le ronge depuis des années : le livre qui a lancé sa carrière a en fait été écrit par son amour de jeunesse, Rachel, une jeune juive par la suite déportée. L’annonce fait le tour du monde et la tempête médiatique déferle tant sur Isaac que sur Rachel, cette dernière ayant survécu à la déportation et vivant depuis en Italie. La nouvelle a également des répercussions bien au-delà des frontières de l’Europe, jusqu’en Argentine, où le jeune Juan reconnait dans le nom de l’auteur caché de La Toile, celui de la prisonnière juive qui avait tant fasciné son père SS. A travers les confessions croisées de ces trois personnages, le lecteur découvre l’étrange parcours de Rachel et l’horreur du camp de Ravensbrück. 

Quand il s’agit de romans sur la deuxième guerre mondiale, on distingue en général deux groupes de lecteurs : 
a) ceux qui sont fans et qui se précipitent sur ces romans; malgré l’horreur de cette guerre, difficile de choisir un sujet plus romanesque, plus ancré dans notre histoire et donc apte à interpeller un grand nombre de lecteurs. 
b) ceux qui y sont allergiques ou tout simplement lassés; difficile de choisir un sujet plus rabattu et peu original pour un roman. 

Je suis en fait un peu entre ces deux groupes (ce qui bousille du coup ma théorie, mais passons) : je sature un peu sur le sujet mais je n’y suis pas non plus totalement réfractaire et espère à chaque fois que le sujet peut être traité de manière originale, que l’histoire sera bien construite, les personnages attachants et que le sujet, qui peut paraître un peu bateau, cache en fait une intrigue inoubliable.

La nuit des secrets a en partie satisfait mes attentes. J’ai beaucoup aimé l’approche initiale du livre : l’entremêlement des réflexions d’Isaac qui retrouve l’amour de sa vie et la source de sa culpabilité ; les lettres de Juan qui nous emmène sur les traces de la fuite des SS en Argentine ; et enfin la longue confession écrite de Rachel, témoignage de sa vie dans le camp et tentative d’explication de ses choix après la guerre. 

Sans être une spécialiste, les descriptions de la vie à Ravensbrück m'ont paru plutôt fidèles aux sources historiques. Malheureusement, elles m'ont aussi donné l'impression de lire pour la centième fois le même récit. Alors oui, on ne peut, à mon avis, jamais trop lire sur l’horreur de la Shoah, mais je n’ai pas trouvé dans ces passages le brin d’originalité ou de puissance qui donne à ces romans une valeur ajoutée comparé aux témoignages de survivants, dont la force peut rarement être surpassée. Pour moi l’intérêt du roman de David Doma réside plus dans les détails donnés par Rachel sur son retour difficile en France, le passage par l’hôtel Lutetia, et son besoin de fuite. J’ai également lu avec intérêt les passages consacrés à Horst Wolf, qui relate la vie d'un SS à Ravensbrück et présente un personnage à la fois humain et détestable, un peu comme le Maximilian Aue de Jonathan Littell. Les détails de sa fuite en Argentine et la relation avec son fils Juan ouvre tout un champ de questions sur le destin de ces criminels de guerre, exilés de l’autre côté de l’Atlantique.
   
Malgré cela, La nuit des secrets m’a paru parfois un peu trop scolaire ; l’auteur couche sur le papier le résultat de recherches apparemment substantielles sur le sujet, abordant des thèmes et des perspectives originales, mais obtenant au final un récit qui manque parfois un peu de souffle. Certains passages paraissent tirés d’un manuel d’histoire où les personnages de David Doma sont comme collés maladroitement et l’alternance des trois voix engendre quelques répétitions.

Ces quelques maladresses mises à part, j’ai passé un bon moment avec La nuit des secrets. Ayant beaucoup lu sur le thème de la deuxième guerre, je pinaille probablement plus que nécessaire et j’espère que je ne vous découragerai pas de découvrir ce roman, dans l’ensemble bien écrit et bien mené. Une lecture qui enchantera certainement les passionnés du sujet mais qui peut également étonner même les plus récalcitrants.

Isaac Golder est un auteur célèbre dans le monde entier qui a bâti sa gloire littéraire sur un mensonge. À 82 ans, il avoue publiquement avoir volé le roman qui l'a fait connaître à son amour de jeunesse, une jeune femme déportée à Ravensbrück en 1943, rescapée du camp mais disparue depuis la fin de la guerre. Tandis que les conséquences du scandale qui s'ensuit se répandent comme une traînée de poudre à travers le monde, un jeune Argentin d'origine allemande, fils d'un sous-officier ayant sévi à Ravensbrück, entame une correspondance avec l'imposteur repenti afin de dissiper les ombres de l'histoire familiale.
Au fil de ces lettres, le passé remonte à la surface, certains masques se fissurent, révélant des identités toujours plus incertaines, et ceux qui croyaient s'être affranchis de leur histoire doivent enfin s'y confronter.

David Doma est né en 1967 à Paris. Il a voyagé dans divers pays et a publié des nouvelles dans des revues et magazines. Son premier roman, L'Inconnue, est paru en 2008. La Nuit des secrets, son second roman, lui a demandé quatre années de recherches.

Livre lu dans le cadre de La Voie des indés de Libfly, que je remercie ainsi que les éditions Intervalles pour la découverte de ce livre. 

DOMA David, La nuit des secrets, ed. Intervalles, mai 2013, 315p.   

mercredi 16 octobre 2013

Booker Prize 2013: And the winner is...

Le Booker Prize 2013 a été remis hier soir à Eleanor Catton pour son second roman, The Luminaries. Elle devient ainsi, à 28 ans, à la fois la plus jeune lauréate du prix et l'auteur à gagner avec le plus long roman (832 pages).

Récit à plusieurs voix, The Luminaries suit les habitants d'Hokitika, petite ville de Nouvelle-Zélande, en pleine ruée vers l'or du milieu du 19ème siècle. Attiré par les promesses de richesse, Walter Moody débarque en Nouvelle-Zélande. C’est pourtant du mystère qu’il trouvera en premier, en tombant sur un groupe de douze habitants débattant de plusieurs crimes non résolus ayant eu lieu dans la région. 

The Luminaries était probablement le livre qui me tentait le plus dans cette sélection et le Booker va probablement m'encourager à me lancer dans ce pavé. A mettre sur la liste des lectures 2014. 

Et vous, tentés par The Luminaries?

Ce prix marque également la dernière année où la sélection du Booker est limitée au Commonwealth. Dès l'année prochaine, tous les livres de langue anglaise publiés en Grande Bretagne pourront être sélectionnés, ouvrant ainsi la porte aux auteurs américains. Le débat est féroce sur le bien-fondé de cette décision; les critiques redoutant principalement la perte de la spécificité du Booker qui deviendra une sorte de "Pulitzer de seconde zone", monopolisé par les auteurs américains; les supporters saluant la fin d'un "favoritisme néo-colonial". Difficile pour ma part de me prononcer. J'espère toutefois que le Booker réussira à maintenir la qualité et l'originalité de sa sélection, qui offre une visibilité incroyable a des auteurs parfois méconnus et venant d'horizons très divers. A suivre l'année prochaine...

Retrouvez plus d'informations sur la page du Booker.

mardi 15 octobre 2013

Blog-anniversaire (J+1): cinq ans déjà!

Cinq ans! Pfiou, ça me fout un coup de vieux tout ça. 
Cinq ans que ce petit salon a ouvert, afin de partager avec d'autres addicts ma passion pour la lecture;
Cinq ans d'échanges et de découvertes qui ont grandement élargi mon champ de lecture (et ma PAL du coup);
Cinq ans de challenges trop ambitieux et de lectures communes en retard mais toujours autant de plaisir à partager ces petits moments avec vous. 

L'envie et le temps manquent parfois mais je remets sans hésitation le couvert pour une année supplémentaire. Ce blog-anniversaire est une fois encore une bonne occasion pour vous remercier tous de votre fidélité, de vos petits mots qui sont à chaque fois une motivation supplémentaire de continuer. 
Merci aussi à Mr. Z qui supporte depuis cinq ans mes moments d'autisme quand je suis en pleine rédaction de billets ou quand je le barbe avec les derniers potins de la blogosphère. 

Comme chaque année, voici le top 10 des billets les plus lus au cours des 12 derniers mois:

1. Maus d'Art Spiegelman (1er en 2012)
2. La Promesse de l'aube de Romain Gary (3)
3. Peer Gynt d'Henrik Ibsen (4)
4. Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma (7)
5. Loving Frank de Nancy Horan (-)
6. Enfant 44 de Tom Rob Smith (6)
7. Wolf Hall (Le Conseiller) d'Hilary Mantel (-)
8. Tigre, tigre! de Margaux Fragoso (-)
9. Feuilleton (Mook) (-)
10. The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald (10)

Peu de changements dans le haut du classement à part La vie d'une autre de Frédérique Deghelt, qui après plusieurs années dans ce classement, retombe à la 39ème position (pas si mal que ça pour un livre publié il y a plus de cinq ans). Ont disparu également Cosmopolis de Don Delillo, Les cendres froides de Valentin Musso et Le bouddha de banlieue d'Hanif Kureishi, trois livres qui ne m'ont pas laissé de souvenirs impérissables. Je ne suis du coup pas fâchée de les voir céder leurs places à Loving Frank, Wolf Hall et Tigre, tigre!, qui m'ont les trois beaucoup plu et que je recommande beaucoup plus volontiers. 

Merci encore à tous et c'est reparti pour une année!

vendredi 11 octobre 2013

Printemps Noir de Thomas Humeau et Maxence Emery


Pour ceux qui aiment : Benigno, mémoires d’un guérillero du Che de Christophe Réveille et Simon Géliot, publié en même temps et chez le même éditeur (voire le billet de Mo')


Pour la plupart des gens, Cuba évoque l’esprit révolutionnaire incarné par la figure légendaire du Che, les belles vielles américaines (les voitures donc), les plages de Varadero couvertes d’hôtels all inclusive, et Castro, leader charismatique, aujourd’hui retiré de la scène publique. Mais derrière cette image, se cache un régime qui dirige le pays depuis plus de 50 ans d’une main de fer et viole quotidiennement les libertés fondamentales de sa population. 

C’est l’envers de ce décor que raconte Printemps Noir. Thomas Humeau et Maxence Emery ont mis en mots et en images le témoignage d’Alejandro Gonzalez Raga, cubain élevé et nourri d’idéaux de la révolution cubaine, devenu journaliste et défenseur des libertés civiles et politiques. Arrêté en 2003 suite à une rafle dans les milieux civils-réformateurs, il va passer plusieurs années en prison avant d’être libéré et poussé à l’exil. 

La publication de cette BD, soutenue par Amnesty International, est importante et nécessaire vu la bienveillance relative du grand public envers le régime cubain. Passionnée à l’adolescence par la révolution cubaine (genre trop rebelle, quoi ! No comment !), je suis tombée plus tard sous le charme, lors d’un voyage d’un mois à travers l’île, de l’ambiance si particulière de La Havanne et de cette impression constante que Cuba vivait hors du temps. Pas désagréable pour une Européenne, mais j’ai également ressenti le malaise de la population qui nous accueillait, les étalages vides des magasins accessibles aux cubains, comparés aux denrées accessibles aux touristes (et aux privilégiés du régime, je suppose), les pénuries sur de simples produits d’hygiène, les entraves à la liberté de chaque citoyen d'acheter ou de vendre une voiture, de déménager (apparemment cela s’est amélioré dernièrement), etc. Bref, ce fut un voyage plein de contradictions. 

Une réalité que je trouve aujourd’hui essentielle à montrer et à diffuser plus largement, pour contrer ce vernis "charmant" qui entoure l’île et dénoncer les abus qui y ont encore cours. La publication de ce témoignage sous forme de bande dessinée, média extrêmement efficace et facile d’accès, est ainsi  judicieuse et opportune, en ces temps d'ouverture relative de l'île. 


Cependant, en faisant abstraction de tout ceci et en considérant la BD en elle-même, je pense que le récit aurait pu être mieux construit. J’ai eu de la peine à vraiment compatir avec Alejandro et sa famille, car il reste très effacé, surtout dans la deuxième partie du récit. Le compte-rendu de son arrestation et de son emprisonnement est comme "dé-personalisé", devenant le reflet du sort réservé à de nombreux cubains mais perdant an passage en intensité et en émotion. Une impression encore accentuée par le dessin, qui ne permet pas toujours de reconnaitre les personnages principaux. Les variations plutôt aléatoires de la palette de couleurs, passant de tons roses à des nuances vertes, bleues, oranges sans réelle logique ou parallèle avec les émotions ou les événements du récit, m’ont aussi parfois perdue. Par contre, j'ai beaucoup aimé l'intégration de photos d'archives. 

Une BD pas sans défaut mais un témoignage à lire, sans hésitation, pour mieux comprendre Cuba, cette île si mystérieuse que l’on espère parfois protéger du changement et qui a pourtant tellement besoin de réforme.  


Alejandro González Raga est un Cubain comme les autres, un enfant de la révolution. Il étudiera même dans des écoles militaires et sera donc abreuvé à satiété de propagande castriste. Mais le jeune homme aime le rock and roll et, sans doute plus que d’autres, souffre des conditions de vie imposées sur la grande île : surveillance permanente, liberté de mouvement entravée et contrôlée. Il se met donc à écrire des articles et à militer dans des partis politiques demandant le rétablissement de la démocratie. C’en est trop pour le régime qui déclenche en mars 2003 l’opération Printemps Noir et arrête ses opposants les plus gênants. Alejandro ne sortira de prison qu’en 2008, suite aux tractations de l’Union Européenne et de l’église cubaine et grâce au soutien d’organisations telles que Reporters sans frontières et Amnesty International. A travers l’itinéraire d’un homme, la description des errements d’une révolution pourtant initialement légitime... 


BD lue dans le cadre de l'opération La Voie des Indés de Libfly que je remercie, ainsi que les éditions La boîte à bulles pour cet envoi. 

Printemps Noir, dessin: HUMEAU Thomas, scénario: EMERY Maxence, ed. La boîte à bulles, coll. Contre-coeur, juin 2013, 88p. 

samedi 5 octobre 2013

Adieu, Torero d'Olivier Deck


En 1938, un jeune français part combattre en Espagne aux côtés des républicains pour impressionner Fanchon, la jolie fille de son village. Plongé au coeur de l'enfer de la bataille de l'Ebre, il s'enfuit mais se retrouve piégé derrière un petit muret avec un autre combattant espagnol, Cartucho. Dans la ligne de mire de l'ennemi, incapables de faire un pas sans mettre leurs vies en jeux, les deux hommes vont partager une nuit et les souvenirs d'une vie. 

Bon, je vais commencer par rassurer tout le monde: le sujet principal de ce roman n'est pas la tauromachie mais les liens à la fois éphémères et extrêmement forts qui peuvent unir deux hommes en temps de guerre. Oui, il est question sur quelques pages de toreros et oui, Olivier Deck a reçu en 2005 le Prix Hemingway, un prix contre lequel des campagnes de boycott ont été lancées pour dénoncer la "glorification de la corrida" (mouais)... mais que cela ne vous retienne pas de découvrir cette nouvelle, intense et fort bien écrite.

Adieu, Torero est donc une novella de 86 pages, consistant en grande partie d'un dialogue entre le narrateur et Cartucho. A travers les événements d'une nuit, c'est toute la personnalité du narrateur qui va évoluer au contact de la peur, de la mort, et de l'intriguant Cartucho. 

Ecrite d'une manière très théâtrale, j'ai beaucoup aimé cette nouvelle et la verrais très bien adaptée sur scène. L'ambiance est lourde, et l'on passe d'instants de camaraderie entre combattants à l'enfer déshumanisant de la guerre. J'ai également aimé le style d'Olivier Deck, direct, mais aux formulations poétiques, toujours très rythmé, comme les balles qui claquent autour de nos héros. Petit extrait que j'ai trouvé particulièrement réussi:

"Avec le temps qui a passé sur le cuir depuis, j'appelle ça une bande de bras cassés, un ramassis de beaux parleurs, qui croyaient que la victoire était une affaire de débat d'idées, de tirades bien foutues, de théories fumeuses. Je comprends pourquoi les Espagnols nous faisaient la gueule. Eux, c'était leur maison, leur jardin, leurs femmes et leurs enfants qu'ils défendaient. Et des idées, aussi, ça n'empêche. Mais quand un bombe explose à deux mètres de toi, la grandeur d'âme te fait pas un bouclier, tu prends tout dans la gueule et t'as plus qu'à mourir. Les têtes bien pleines sont tombées comme des grenades mûres éclatant sur le sol et semant alentour leurs pépins sanguinolents. Les belles idées étaient maintenant dans la terre où plongeaient depuis des lustres les racines des oliviers et des amandiers. Tu parles d'un fumier." p.10

Une belle longue nouvelle (ou court roman), dont la brièveté n'empêche en rien l'émotion et l'impression durable qu'elle m'a laissée. A découvrir!

1938, guerre d’Espagne. Près de l’Èbre, sous un olivier, un jeune déserteur et un torero partagent la maigre protection d’un mur de pierre contre les rafales ennemies. La mort rôde sur leur tête, au bout du fusil d’un sniper. Dans le temps de l’attente, les âmes se dénudent jusqu’à l’os.

Poète, romancier, photographe et musicien, homme de scène et de mots né en 1962 à Pau, en Béarn, Olivier Deck a été lauréat du Prix Hemingway en 2005. Il vit dans les Landes. 

Je remercie Anaïs et les éditions Au diable vauvert pour l'envoi de ce livre. J'en profite pour ajouter que j'aime beaucoup ce format compact pour les nouvelles et courts romans, très facile à glisser dans un sac pour un trajet en train.

Billet publié dans le cadre du mois de la nouvelle organisé par Flo.

DECK Olivier, Adieu, torero, ed. Au diable vauvert, mai 2013, 86p. 

mardi 24 septembre 2013

Le polygame solitaire de Brady Udall




Pour ceux qui aiment: Le spectacle The Book of Mormon de Trey Parker, Robert Lopez et Matt Stone (l’équipe de South Park)

Avec Le polygame solitaire, Brady Udall nous invite à faire la connaissance de Golden Richards, géant lourdaud et plus que débordé. Comment en effet concilier ses convictions religieuses et la nécessité d’un important  mandat pour son entreprise de bâtiment : la construction d’une maison close ? Comment assister au concert, aux matchs et aux anniversaires de tous ses enfants, tout en répondant aux désirs de ses femmes alors qu’on travaille à plusieurs centaines de kilomètres ? Car Golden est loin d’être l’homme marié et simple père de famille qu’il souhaite présenter à la femme qu’il vient de rencontrer et auprès de laquelle il se sent si bien, si normal. Non, Golden est un polygame mormon, marié quatre fois et père de 28 enfants, qui jongle entre trois maisons et les obligations qu’il a en tant que figure de sa communauté. Et pourtant, au milieu de cette tribu, Golden se sent extrêmement seul et perdu.  

Il y a des livres que l’on commence plutôt enthousiaste mais qui très vite nous impose une lecture pesante (c’est le cas de le dire avec la version broché), un livre qu’on lit parce qu’on ne déteste pas et qu’on a envie de connaitre la fin, mais sans enthousiasme. Et quand le livre en question fait plus de 700 pages, on a l’impression qu’à la vitesse de deux pages par jour, on n’en arrivera jamais au bout. J’avais ressenti cela une fois déjà, avec Guerre et Paix de Tolstoi, où seule une centaine de pages vers les 2/3 du livre m’avait redonné un peu d’entrain. 

Avec Le polygame solitaire, débuté dans le cadre d’une lecture commune, j’ai  vraiment eu de la peine à accrocher initialement. Je trouvais Golden mou et pas franchement attachant, la construction du livre m’embrouillait, Rusty, un des enfants de Golden, m’énervait plus qu'il ne m’attendrissait et je n’arrivais à « connecter » qu’avec Trish, personnage peut-être le plus consensuel du livre.

J’ai finalement décidé de laisser reposer le truc pendant quelques semaines, au lieu de continuer mon chemin de croix. Et puis, ô miracle !, à la reprise de ma lecture, le charme a commencé à opérer. Tout à coup, j’ai compati avec Golden, qui derrière son imposante stature de patriarche, traine une solitude et un sentiment d’impuissance touchants face à cette famille au bord de l’implosion; Rusty, au lieu du gamin turbulent et casse-couilles est devenu un enfant en quête poignante d’un peu d’attention ; et Beverly, directrice en chef de cette grande famille, laisse apparaitre quelques belles fêlures. C’est comme si tout à coup, à mi-parcours, tout se mettait en place après une laborieuse présentation, et que la complexité et le côté attachant de chaque personnage se révélait enfin. 

J’ai ensuite fini ma lecture avec grand plaisir. J’ai ri aux péripéties de Golden, passant du chewing gum mystérieux, à sa découverte des caves souterraines. J’ai rêvé avec Trish et June d’un avenir plus simple et j’ai souffert avec Rusty et Glory. J’ai également beaucoup aimé la mise en parallèle de cette famille explosive avec l’histoire des essais atomiques américains. 

Au final, je ne peux que féliciter l’auteur d’avoir réussi à traiter d’un sujet délicat (la polygamie) avec une bonne dose d’humour, d’originalité et de finesse, riant de la situation sans cacher les difficultés et absurdités de ce mode de vie… Le tout en évitant en plus de porter un jugement catégorique et moral sur l’affaire. Un beau numéro d’équilibriste! Brady Udall réussit également à jongler avec une galerie de personnages impressionnante, en se concentrant sur quelques figures de la famille, laissant les autres en périphérie, mais conservant cette impression de fourmilière pour le lecteur. Après un temps d’adaptation, j’ai plongé avec plaisir dans ce tourbillon d’enfants et de revendications familiales.

Il y a sans aucun doute des longueurs, et vu la peine que j’ai eu à entrer dans le livre, je ne serais pas surprise que cette lecture en décourage plus d’un. Mais voilà, dans mon cas, c’est une histoire qui finit bien vu que je suis passée de la presque torture, au simple bonheur. Comme quoi !  

Après Le Destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall raconte l'histoire exceptionnelle d'une famille non moins exceptionnelle. À quarante ans, le très mormon Golden Richards, quatre fois marié et père de vingt-huit enfants, est en pleine crise existentielle. Son entreprise de bâtiment bat de l'aile, son foyer est une poudrière minée par les rivalités et les menaces d'insurrection. Rongé par le chagrin depuis la mort de deux de ses enfants, il commence sérieusement à douter de ses qualités de père et de sa capacité à aimer. Golden Richards, tragiquement fidèle à ses idéaux, se sent seul. Mais dans le désert du Nevada, il va découvrir que l'amour est une mine inépuisable. Porté par une verve aussi féroce qu'originale, Le polygame solitaire nous parle avec humour du désir et de la perte, de la famille et de l'amour. 

A l’origine une lecture commune avec Tiphanie et Canel, que je termine avec beaucoup de retard. Merci pour cette LC en très très différé ;-)

UDALL Brady, Le polygame solitaire, ed. Albin Michel, mars 2011, 735p., traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Lederer
UDALL Brady, The Lonely Polygamist, ed. W. W. Norton & Company, mai 2010, 602p.