jeudi 1 décembre 2016

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Dans une banlieue pauvre de Naples, en ce début des années 50, la vie est rude et les rancoeurs du passé encore vives. C'est dans ce décor que grandissent deux jeunes filles, qui malgré une rivalité féroce, vont peu à peu devenir amies pour la vie. 

L'amie prodigieuse est le premier tome de la série d'Elena Ferrante qui retrace l'amitié d'Elena et Lila. Ce premier tome suit l'enfance et l'adolescence des deux jeunes filles, de leurs premières querelles autour de jeux de poupées, aux défis stupides de l'enfance, jusqu'aux premiers amours d'adolescents. 

Lila et Elena sont deux personnages incroyablement attachants. Lila est forte, fougueuse, brillante et inventive. Elena est appliquée, intelligente, sérieuse et fidèle. Ensemble, elles partagent une amitié particulière: inaltérable et pourtant stimulante, résultant d'une compétition permanente, qui les pousse à se surpasser constamment. 

Après un départ un peu lent, j'ai ensuite dévoré ce premier tome. Malgré le décalage de lieu, de contexte et d'époque et le ton introspectif du roman, les aventures de Lila et d'Elena ont très bien résonné en moi. Une dimension universelle donc mais Ferrante réussit également une brillante évocation du Naples des années 50, sans toutefois en rajouter. Pas de sensationnalisme et de règlements de comptes mafieux auxquels je m'attendais, juste la vie d'un quartier, avec ses querelles, ses laissers-pour-comptes, ses succès et ses drames quotidiens. 

Dans un style classique et sans fioritures, l'auteur offre également une réflexion passionnante mais jamais imposante sur le déterminisme social et les inégalités liées à l'accès à l'éducation supérieure, qui malheureusement restent un problème aujourd'hui, en Italie et ailleurs. 

Grande saga italienne, L'amie prodigieuse se veut une ode à l'amitié. C'est un roman "féminin", oui, mais Lila et Elena, ainsi que tous leurs voisins, forment une galerie de personnages si vivants et attachants que je me réjouis déjà de les retrouver dans les prochains tomes de la série. Simple mais au combien efficace! 

"Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C'était la vie, un point c'est tout: et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile." 

Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu'elles soient douées pour les études, ce n'est pas la voie qui leur est promise.  Lila abandonne l'école pour travailler dans l'échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s'éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition. 

Voyage dans l'Italie du boom économique, L'amie prodigieuse et Le nouveau nom sont les premiers tomes de la saga des deux héroïnes inoubliables d'Elena Ferrante. 

Lecture faite pour le Blogoclub de décembre sur le thème de l'amitié. Retrouvez tous les avis ici

Deux interrogations personnelles suite à cette lecture:
1. Si les scoops de cet automne sur l'identité de l'auteur m'importent peu, je me suis toutefois demandée à quelle point ce récit était autobiographique. 
2. Vais-je tenter la version vo pour les prochains tomes ou est-ce rempli de dialecte napolitain? Si la traduction n'est pas mauvaise, j'ai l'impression de quand même passer à côté de quelque chose au niveau du style et des nuances... Quelqu'un l'a-t-il lu en italien?

FERRANTE Elena, L'amie prodigieuse, ed. Gallimard, coll. Folio, janvier 2016, 448p., traduit de l'italien par Elsa Damien
FERRANTE Elena, L'amica geniale, ed. e/o, 2011

mardi 29 novembre 2016

Edmond d'Alexis Michalik

Rentrée littéraire 2016

Pour ceux qui aiment: Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

Après la débâcle de sa dernière pièce, Edmond Rostand ère désespérément à la recherche de l'inspiration. Mais personne ne semble vouloir de ses grandes tragédies en vers, considérées comme démodées en cette fin du 19ème siècle. Poète raté et père de famille, il doit trouver une solution et vite. Au bord du gouffre, il décide de tout tenter et propose au grand Constant Coquelin un rôle magistral et héroïque dans sa nouvelle pièce dont il n'a pourtant jusqu'ici que le titre: Cyrano de Bergerac. 

Réunissez dans un même ouvrage mon coup de coeur théâtral de ces dernières années, Alexis Michalik, et mon auteur de pièce favori, Edmond Rostand, et vous obtiendrez ce gros coup de coeur de la rentrée. 

Alexis Michalik, dont j'avais absolument adoré les pièces Le cercle des illusionnistes et Le Porteur d'histoire, nous offre ici une plongée imaginaire dans la création de la pièce Cyrano de Bergerac. Au fil de ses rencontres, Edmond va mettre bout à bout les différentes scènes phares de sa pièce. Un patron de café à la répartie cinglante et c'est la tirade des nez qui nous apparait. Un ami coureur de jupons et une jolie et romantique costumière et c'est la scène du balcon qui prend vie. Une vraie jubilation pour les amoureux du texte original. 

Fidèle au style de Michalik, la pièce est menée tambours battants. C'est vif; c'est fin; c'est drôle... et tout simplement brillant! 

L'attente jusqu'à l'arrivée de la pièce en Suisse va être interminable. Si vous avez la chance d'habiter Paris et que vous cherchez une idée cadeau, n'hésitez plus une seconde. La pièce est jouée au Théâtre du Palais Royal

Après l'échec de la Princesse lointaine, ruiné, endetté, Edmond tente de convaincre le grand acteur Coquelin de jouer dans sa prochaine pièce. Une comédie héroïque, en vers, dont il n'a pas écrit une ligne. Pour l'instant, il n'a que le titre: Cyrano de Bergerac.

Alexis Michalik est l'un des dramaturges les plus talentueux de sa génération. Après le succès du Porteur d'histoire et du Cercle des illusionnistes, couronnés par deux Molières, il s'attaque, avec un humour et une imagination jubilatoires, à ce monument du théâtre français, et nous plonge au coeur de la création du chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand. 

 

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre. Et réjouissez-vous, il semble que le premier roman de l'auteur, Loin, soit en préparation. Et grâce à Michalik, j'ai une furieuse envie de relire tout Edmond Rostand. 

MICHALIK Alexis, Edmond, ed. Albin Michel, septembre 2016, 318p.

mardi 1 novembre 2016

Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016: Mon expérience de jurée

Après mon expérience de jurée du Prix ELLE en 2010 (déjà), j'ai cette année replongé avec le Prix des lecteurs de l'Hebdo, catégorie essai.

Depuis 2010, j'avais décidé d'y aller mollo avec les jurys vu la taille gigantesque de ma PAL et les nouvelles tentations qui s'accumulent de mois en mois. N'étant pas franchement en manque d'idées côté lecture (merci la blogo), j'ai préféré ces dernières années choisir mes livres plutôt que de suivre un calendrier assez serré de lectures "imposées". Oui, mais ça c'était avant qu'une collègue me parle du Prix des lecteurs de l'Hebdo, dont il s'agissait ici de la deuxième édition.



Pourquoi donc ai-je replongé? Déjà parce qu'il s'agissait ici d'un prix suisse, avec des rencontres réelles du jury et que je me réjouissais de débattre avec mes co-jurés (esprit batailleur quand tu nous tiens). Avec pour président notre ancien conseiller fédéral, M. Pascal Couchepin, pas franchement connu pour sa langue de bois, je me suis dit que cela pouvait être intéressant (et intéressant ce le fut!). Enfin, parce que le Prix des lecteurs de l'Hebdo a l'originalité de présenter une catégorie essai, francophone de surcroît.... et, quitte à m'imposer des lectures, autant que cela soit dans des styles qui sortent de mes petite habitudes romanesques. 

J'ai donc rencontré les autres membres du jury en juin et nous avons reçu notre lot de 10 essais sélectionnés par les librairies Payot, à savoir:
  • "La dictature de la transparence" de Mazarine Pingeot
  • "À quoi sert l'homme?" de Dominique Lestel
  • "Esquisses" de Jean-François Billeter
  • "Le jour où mon robot m'aimera - Vers l'empathie artificielle" de Serge Tisseron
  • "La grande adaptation" de Romain Felli
  • "Terrorisme et mondialisation - approches historiques" de Jenny Raflik
  • "No women's land" de Camilla Panhard
  • "Plus jamais esclaves!" d'Aline Helg
  • "Prendre soin de soi - Enjeux critiques d'une nouvelle religion du bien-être" de Françoise Bonardel
  • "Le Complexe d'Elie" de Marion Muller-Colard

Une sélection assez diversifiée donc, passant d'essais philosophiques (Pingeot, Billeter, Lestel, Bonardel) à des travaux plus historiques (Helg, Raflik) ou journalistiques (Panhard), en passant par les thématiques de l'environnement (Felli), des robots (Tisseron) ou de la religion (Muller-Colard).

J'ai donc embarqué tout ce joli monde dans mes valises cet été. Et même si j'ai parfois eu envie de lectures plus légères (allez vous concentrer sur le terrorisme anarchiste du 19ème siècle, sur une plage bondée de juillettistes), je ressors ravie de l'expérience qui m'a:
1. fait réviser mes cours de philo (Kant, je sais à nouveau tout de toi);
2. fait rencontrer des personnes vraiment sympathiques, pour un jury très bien diversifié au niveau âge, sexe, expérience, etc;
3. fait lire des essais qui m'ont pour la plupart interpelée et grâce auxquels j'ai enrichi mes connaissances;
4. fait oublier la rentrée littéraire; mais ça, vous l'aviez déjà constaté dans ces pages. 

Mais passons donc aux grands gagnants... Après un premier tour de votes, ce sont les essais de Romain Felli, d'Aline Helg et de Serge Tisseron qui sont clairement sortis du lot. Les délibérations ont ensuite été acharnées mais c'est au final, et pour mon plus grand plaisir, le livre d'Aline Helg, Plus jamais esclaves! qui a été choisi. Au fil des siècles, de 1492 à 1838, et à travers tout le continent américain, l'auteure y retrace les stratégies employées par les esclaves pour se libérer du joug de leur maître.

Aline Helg recevant son prix lors de la cérémonie du 26 octobre, animée par Isabelle Falconnier
copyright: ©Lea Kloos

Lors de la soirée de remise des prix, qui a eu lieu dans la très belle salle du Lausanne Palace, nous avons eu la chance de passer un peu de temps avec Aline Helg, professeure à l'Université de Genève, qui nous a parlé un peu de la genèse de ses recherches et du travail de longue haleine que cela a représenté, ainsi que de son désir de raconter l'histoire de l'esclavage depuis le bas.



Valentine Goby et Aline Helg, lauréates du Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016, respectivement dans les catégories roman et essai
copyright: ©Lea Kloos

Dans la catégorie roman, le jury présidé par Anne Bisang a choisi Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby. Pour plus d'informations sur le reste de la sélection, c'est par ici.

Je ne manquerai évidemment pas de vous présenter plus longuement l'ouvrage d'Aline Helg dans les prochains jours, ainsi que le reste de la sélection petit à petit.

Je tiens à remercier toute l'équipe du prix, à l'Hebdo et chez Payot, pour cette belle expérience. Un merci particulier également à Julien Burri pour sa patience et sa prévenance.  

La sélection des jurys pour la troisième édition du Prix des lecteurs de l'Hebdo sera lancée au printemps 2017. Qui en sera?

vendredi 28 octobre 2016

Man Booker Prize: The Winner is....

Mardi, The Sellout de Paul Beatty a été choisi par le jury du Booker Prize 2016.

Paul Beatty devient ainsi le premier auteur américain récompensé suite à l'ouverture du prix à toute la planète anglophone en 2014. Et je ne peux m'empêcher de penser que ce choix n'est pas fortuit. En effet, à quelques semaines des élections américaines dont la campagne a été plus que houleuse, et alors que les tensions raciales aux États-Unis semblent être ravivées, le choix de ce roman satirique sur l'histoire d'un homme qui essaie de réintroduire l'esclavage à Los Angeles et la ségrégation dans les écoles me semble loin d'être innocent. 
A noter également que c'est la deuxième année consécutive que le petit éditeur indépendant, Oneworld gagne le prix, après A Brief History of Seven Killings de Marlon James l'année dernière.  
https://oneworld-publications.com/
Je vous mets ici le quatrième de couverture de ce roman qualifié de roman actuel, drôle mais décrivant une réalité loin d'être belle, et dans l'ensemble comme un récit percutant qui fait réfléchir:
Born in the "agrarian ghetto" of Dickens―on the southern outskirts of Los Angeles―the narrator of The Sellout resigns himself to the fate of lower-middle-class Californians: "I'd die in the same bedroom I'd grown up in, looking up at the cracks in the stucco ceiling that've been there since '68 quake." Raised by a single father, a controversial sociologist, he spent his childhood as the subject in racially charged psychological studies. He is led to believe that his father's pioneering work will result in a memoir that will solve his family's financial woes. But when his father is killed in a police shoot-out, he realizes there never was a memoir. All that's left is the bill for a drive-thru funeral.

Fuelled by this deceit and the general disrepair of his hometown, the narrator sets out to right another wrong: Dickens has literally been removed from the map to save California from further embarrassment. Enlisting the help of the town's most famous resident―the last surviving Little Rascal, Hominy Jenkins―he initiates the most outrageous action conceivable: reinstating slavery and segregating the local high school, which lands him in the Supreme Court.

Alors, tentés?


EDIT: Réjouissez-vous! Suite aux commentaires de Sandrine et de Keisha, j'ai réalisé que le roman de Beatty était déjà disponible en français, aux éditions Camourakis. Je vous mets le résumé ci-dessous:

Après American Prophet, Moi contre les Etats-Unis d’Amérique est sans doute le livre où Paul Beatty pousse le plus loin la féroce ironie qui caractérise ses romans : pour servir ce qu’il croit être le bien de sa propre communauté, un afro-américain va aller jusqu’à rétablir l’esclavage et la ségrégation à l’échelle d’un quartier, s’engageant dans une forme d’expérience extrême et paradoxale qui lui vaudra d’être trainé devant la Cour suprême. Un sommet d’humour grinçant.

BEATTY Paul, Moi contre les Etats-Unis d'Amérique, ed. Cambourakis, août 2015, 328p. 

mercredi 19 octobre 2016

Croix de bois, croix de fer de Thomas Sandoz

C'est dans un petit hôtel de l'Oberland bernois que le narrateur arrive, en pleine tempête. Il a été invité à une conférence dont le thème est "L'impératif missionnaire" pour parler de son frère, grande figure aujourd'hui disparue du missionnariat en Afrique.
Au milieu des louanges, le narrateur tente de faire entendre sa version. Loin du bienfaiteur héroïque, c'est le souvenir de son frère presque tyrannique qu'il souhaite partager. Mais il comprend très vite que l'auréole d'un saint ne se brise pas si facilement.

Le missionnariat aujourd'hui! Sacré sujet quand même pour un roman. De manière générale, je fuis tout sujet religieux en littérature mais là, j'ai décidé de me lancer pour deux raisons: la première, il s'agit d'un auteur suisse et j'ai pris la bonne résolution de découvrir un peu plus la littérature de mon pays (cocoricooooo... ah non, c'est coucou coucou chez nous); la deuxième c'est que le sujet est ici traité de manière assez critique.

Un thème original donc, pour un huis clos étouffant, où l'auteur alterne entre les souvenirs de famille du narrateur et la conférence à laquelle il assiste en clair outsider: il est celui que son frère a décrit comme le paria de la famille dans sa biographie et l'attitude des autres participants est loin d'être bienveillante.

J'ai trouvé la thématique qui oscille entre critique de l'évangélisation, conflit fraternel et poids de l'héritage familial vraiment intéressant. Que faire quand on grandit dans une famille "dévouée au bonheur des autres" et qui pourtant se soucie peu du vôtre et qui considère votre malêtre comme de l'égoïsme et un manque de foi. Croix de bois, croix de fer est au final le récit d'une incompatibilité familiale, d'une incompréhension insurmontable, d'un dialogue impossible entre les gens qui ont reçu "l'appel de Dieu" et ceux qui n'y croient tout simplement pas.

"Le creuset familial avait fait de moi le pire hybride qui soit: un agnostique pétri de valeurs protestantes. La culpabilité et le sens du devoir, sans l'espérance ni la justification. Je suis perdant sur tous les plans. Je prends en plein face tous les malheurs du monde, mais je crois que prier ne suffit pas."

La plume de Sandoz est claire, précise et le tout se lit très bien. Le rythme est toutefois assez lent et j'ai trouvé certaines parties un peu répétitives. Le retour systématique au présent et à la conférence donne bien évidemment un fil rouge et un contexte au roman mais n'apporte au final pas grand-chose. A mon avis, le tout aurait pu être aussi légèrement raccourci.

Un roman sur le thème original des évangélistes mais qui pousse la réflexion plus loin pour aborder de manière universelle la question de savoir ce que c'est que "faire le bien". Une histoire qui prend son temps mais qui provoque pas mal de réflexions; à voir si j'accrocherais également à d'autres romans de l'auteur sur un sujet moins "provocateur".

« Qu’est-ce que tu fais pour les autres ? me sermonnait sans cesse mon frère, convaincu que son chemin de vie était plus méritoire que le mien. C’est lui qui perpétuait la tradition missionnaire de la famille, il en était fier et ne manquait jamais une occasion de me reprocher de n’être ni médecin ni instituteur, même pas croyant. »

Appelé à prendre la parole lors d’un colloque en hommage à son frère, longtemps missionnaire en Afrique centrale, le narrateur se remémore les lumières et orages de leur jeunesse. Persuadé d’être le seul à connaître le vrai visage de ce « bon Samaritain », et pris au piège d’une assemblée aveuglée par la foi et l’admiration, il va devoir batailler pour faire entendre sa voix au milieu du concert des louanges. Il apprendra, au fil des réminiscences, qu’on ne tourne pas le dos à son éducation sans en payer le prix.

Comédie grinçante en huis-clos, déclaration de guerre rageuse au déterminisme de la famille, Croix de bois, croix de fer, entre colère et nostalgie, révèle sous un jour inattendu les coulisses de l’imaginaire d’un des jeunes écrivains les plus talentueux de la Suisse francophone.

Merci aux éditions Grasset pour cette découverte.

SANDOZ Thomas, Croix de bois, croix de fer, ed. Grasset, mai 2016, 336p.

vendredi 14 octobre 2016

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!

Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices, des plus beaux de nos jours !

Alphonse de Lamartine ; Le lac


Que les années passent vite... que le temps file. Oui oui chers lecteurs, aujourd'hui il fait gris, moche et froid et j'ai du coup l'humeur nostalgique. Pas parce que ce blog fête aujourd'hui ses 8 ans, mais plutôt parce que je me rends compte que le temps lui me manque. J'ai une bonne vingtaine de billets qui trottent dans ma tête mais je suis actuellement complètement surchargée, au travail comme en dehors. 

Mais ne perdons pas espoir, comme à chaque blog-anniversaire, j'espère être bientôt plus présente ici et chez vous et en attendant merci mille fois pour cette nouvelle année d'échanges. Malgré tous les changements survenus en 8 ans, je trouve que notre blogosphère reste riche en découvertes et plutôt  simple et saine. En tous cas, elle m'apporte toujours autant de plaisir, et c'est certainement l'essentiel.  

Et pour conclure, le Top 10 des billets les plus lus cette année:

1. Maus d'Art Spiegelman (3) 
2. Wolf Hall - Le Conseiller d'Hilary Mantel (5) 
3. Enfant 44 de Tom Rob Smith (1) 
4. L'Aventurière des Sables de Sarah Marquis (2)
6. Le Petit Grumeau illustré de Nathalie Jomard (4) 
7. The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald (6)
8. La Promesse de l'aube de Romain Gary (8)
9. Peer Gynt d'Henrik Ibsen (9)
10. Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma (7)

Peu de changements donc et aucun parution de l'année. Un signe de mon manque d'assiduité? Oups! On dira plutôt qu'il n'y a rien de mieux que les classiques. Hum hum! Plus sérieusement, je reviens très vite avec 4-5 livres de la rentrée littéraire. A bientôt!

mardi 27 septembre 2016

Perdita: The Life of Mary Robinson de Paula Byrne

Pour ceux qui aiment: Georgiana, Duchess of Devonshire d'Amanda Foreman

Chers lecteurs,

Pour démarrer ce billet, je vais vous demander un petit effort d'imagination:

Prenons donc une starlette (type Kardashian ou autre), plus connue pour ses tenues et ses coucheries de premier plan que pour son cerveau, qui deviendrait par la suite une figure emblématique de la scène littéraire, une des poétesse phare de sa génération, une auteure respectée et une féministe engagée et avant-gardiste. Difficile à imaginer, non? Et bien pourtant, vous tenez là le personnage de Mary Robinson, dite Perdita, figure anglaise passionnante mais un peu oubliée du 18ème siècle. Un oubli ici réparé par Paula Byrne, qui nous offre une superbe et très complète biographie de l'intrigante Perdita.

Née vers 1757 (comme toute précieuse qui se respecte, Mary était peu cohérente sur sa date de naissance), et mariée très jeune, Mary Robinson débute une carrière flamboyante en tant qu'actrice sous la direction de David Garrick. Remarquée en 1779 par le Prince de Galles, le futur roi Georges IV, dans le rôle de la pièce shakespearienne A Winter's Tale qui lui vaudra son surnom, elle devient maîtresse royale, muse des peintres et icône de la mode. Toute la couronne bruisse alors des amours du prince avec Perdita et les caricatures de l'époque n'ont de loin rien à envier à la presse à scandale d'aujourd'hui.
Lâchée par son prince, Perdita restera dans la lumière encore plusieurs années, connue pour sa beauté et son style sans pareil, ses relations amoureuses houleuses et ses engagements politiques. Puis des problèmes de santé la feront se retirer petit à petit du monde, pour se concentrer, avec succès, à la poésie et à la promotion de l'éducation des femmes.

Pendant non-aristocratique de Georgiana Cavendish, duchesse de Devonshire (dont la vie a inspiré le film The Duchess), qui a d'ailleurs soutenu financièrement Mary Robinson, Perdita est un personnage exceptionnel dont j'ai adoré découvrir la vie tumultueuse. 

Paula Byrne a fourni un impressionnant travail de documentation pour nous restituer une Mary Robinson au plus proche de la réalité. A travers sa vie, c'est également tout une époque que le lecteur découvre, des prisons pour dettes, aux peurs des Jacobins et des remous de la Révolution française, en passant pas la mode vestimentaire et les grandes figures de l'art et de la littérature comme Coleridge, Joshua Reynolds et Thomas Gainsborough.

Étonnement, j'ai trouvé la dernière partie sur la carrière littéraire de Mary Robinson un peu longuette (peut-être ai-je un penchant inavoué pour les ragots et la presse à scandale). Byrne ne cache pas son désir de voir l'importance de la production littéraire de Mary Robinson mieux reconnue. Si j'ai trouvé intéressant de découvrir une nouvelle auteure (nous rappelant ainsi que la littérature au féminin en Angleterre n'a pas commencé avec Jane Austen) ainsi que  la scène littéraire de l'époque, j'aurais presque préféré en apprendre davantage sur les engagements politiques et féministes de Mary. Il fallait cependant faire des choix dans la vie foisonnante de Perdita!

Mary Robinson par Joshua Reynolds, 1782
Un parcours de vie passionnant qui mérite d'être découvert. Dommage qu'il n'existe presque aucune source sur cette femme pleine de ressource en français... 
Et pour conclure, je prends les paris pour un Prix Nobel de littérature de Miley Cyrus. Qui me suit? ^_^

To Coleridge she was 'a woman of undoubted genius', to others she was simply 'the most interesting woman of her age'. She was in her time the darling of the London stage, mistress to the most powerful men in England, a renowned feminist thinker, and a best-selling author more famous for her poetry than Wordsworth.
But though she was one of the most flamboyant women of the late-eighteenth century, Mary Robinson's life was also scarred by reversals of fortune. After being abandoned by her merchant father, who left England to establish a fishery among the Canadian Esquimo, Mary was married, at age fifteen, to Thomas Robinson. His dissapated lifestyle landed the couple and their baby in debtors' prison, where Mary wrote her first book of poetry and met lifelong friend Georgiana, Duchess of Devonshire.
On her release, Mary quickly became one of the most popular actresses of the day, famously playing Perdita in The Winter's Tale for a rapt audience that included the Prince of Wales, who fell madly in love with her. She later used his copious love letters for blackmail. After being paralysed, apparantly after a miscarriage, she remade herself as a writer.
In this sparkling and authoritative biography, with its fascinating findings about Mary Robinson's close creative relationship with Coleridge, Paula Byrne describes a woman whose beginnings were the stuff of eighteenth-century urbanity, and whose latter life was the very type of Romantic myth-making: she wrote opium-fuelled poetry as Coleridge did, she expounded on the rights of women, and Godwin fell heavily for her charms. Her revealing story, therefore, is both remarkable and important for the way in which, uniquely, it epitomises the metamorphosis between two of the most influential sensibilities in British life, though and literature.

BYRNE Paula, Perdita: The Life of Mary Robinson, ed. Harper Collins, août 2011, 512p. 

vendredi 16 septembre 2016

Shortlist du Booker Prize


Avec quelques jours de retard, voici donc la shortlist du Booker Prize:


The Sellout de Paul Beatty (USA): Roman satirique et apparemment drôle malgré son sujet: la lutte pour les droits civiques aux USA. L'histoire d'un homme qui essaie de réintroduire l'esclavage à Los Angeles et la ségrégation dans les écoles. 

Hot Milk de Deborah Levy (UK): Un roman sur la relation compliquée entre une mère et sa fille, réfugiées dans un petit village de pêcheurs en Espagne afin de trouver une cure miracle à l'étrange et inconnue maladie de l'aînée. 

His Bloody Project de Graeme Macrae Burnet (UK): Seul roman policier de cette cuvée et surprise de cette sélection, His Bloody Project est un "novel about a crime" plutôt qu'un "crime novel" comme le dit son auteur. Burnet revient en effet sur l'affaire Roderick Macrae, un triple meurtre qui avait défrayé la chronique en Angleterre en 1869.   

Eileen d'Ottessa Moshfegh (USA): Eileen Dunlop jongle depuis des années entre son père alcoolique et son boulot de secrétaire à la prison des mineurs. A l'arrivée de la charismatique Rebecca, engagée comme conseillère à la prison, Eileen se réjouit d'avoir un peu de compagnie. Mais son amitié avec Rebecca va très vite la mener à transgresser toutes les limites de la moralité. 

All That Man Is de David Szalay (Canada-UK): Neuf hommes, d'âges différents, dans des pays différents, dont les vies vont se rejoindre pour offrir un kaléidoscope de petites nouvelles sur ce qu'est la masculinité aujourd'hui.

Do Not Say We Have Nothing de Madeleine Thien (Canada): En 1991, Ai-Ming, qui a fui la Chine suite à la révolution de Tiananmen, raconte à la jeune Marie l'histoire de la Révolution Culturelle en Chine à travers le parcours chaotique de trois musiciens, passionnés par leur art. 

copyright: Man Booker Prize

Une sélection très hétéroclite (mais totalement anglo-saxonne), avec des auteurs bien établis, comme Levy et un auteur qui fait ses débuts comme Moshfegh. Sans surprise, le jury présidé par l'auteur et historienne Amanda Foreman, a sélectionné des romans dont l'intrigue se déroulent dans le passé, mais également le très contemporain et masculin All That Man Is et même, fait rare, un roman classé policier avec His Bloody Project

Exit cependant les mastodontes A. L. Kennedy et J. M. Coetzee et The North Water de Ian McGuire qui me tentait pourtant bien. Je trouve personnellement cette sélection assez intriguante et, si je n'ai pas d'envies super pressantes, je pourrais me laisser appâter par ces 6 titres aux styles et aux thématiques originales. 

Et vous qu'en pensez vous?

Rendez-vous le 25 octobre pour les résultats. Pour le moment, Deborah Levy est en tête des paris....

mardi 30 août 2016

Petites envies de la rentrée littéraire 2016

Vous l'avez sûrement remarqué, ce blog somnole un peu en ce moment: un mini-Z de bientôt 10 mois qui ne me laisse pas une minute, des week-ends chargés, une tonne de travail. Bref, je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer au blog et je m'excuse d'ailleurs pour mon absence chez vous. Je reçois plein d'alertes de billets super tentants, que je n'arrive tout simplement plus à suivre.

Côté lecture, ma participation à un jury de l'essai dont je vous parlerai bientôt ne me facilite pas non plus la tâche. Tout l'été, j'ai lu des romans un peu (trop) intellos, des trucs sérieux quoi, et je dois dire que je me réjouis d'arriver au bout, lundi prochain, pour avoir enfin le temps d'attaquer la rentrée littéraire.

Voici donc mes premiers repérages parmi les 560 livres de cette rentrée, qui se complèteront sûrement une fois que j'aurai eu le temps de rattraper tous vos billets sur mon blogroll. Si vous avez des coups de coeur absolus, n'hésitez pas; partant avec une longueur de retard, j'ai besoin d'un bon défrichage ^_^



- La Valse des arbres et du ciel de Jean-Michel Guenassia, ed. Albin Michel, 17 août 2016 (PALé): auteur que je n'ai pas encore lu malgré des titres plus attirants les uns que les autres. J'espère attaquer ma découverte avec cette nouvelle parution, pour enfin enchainer sur les autres par la suite?

- L'Homme au lion d'Henrietta Rose-Innes, ed. Zoe, septembre 2016: parce que j'avais beaucoup aimé Ninive

- Edmond (théâtre) d'Alexis Michalik, ed. Albin Michel, 1 septembre 2016: parce que j'ai adoré les deux pièces de l'auteur, Le porteur d'histoire et Le Cercle des illusionnistes et que l'attente va être longue pour cette nouvelle pièce jusqu'à sa tournée en Suisse

- La Trêve de Saïdeh Pakravan, ed Belfond, 25 août 2016 (PALé)

- M pour Mabel d'Helen MacDonald, ed. Fleuve, 25 août 2016 (PALé): dans ma PAL en vo depuis déjà bien trop longtemps

- La Vengeance des mères de Jim Fergus, ed. Cherche midi, 22 septembre 2016: pour un petit retour nostalgique vers mon adolescence et ma lecture de Mille femmes blanches

- Le bal mécanique de Yannick Grannec, ed. Anne Carrière, 25 août 2016 : dont le premier roman traine encore dans ma PAL, aie aie aie!

- The Girls d'Emma Cline, ed. Quai Voltaire, 25 août 2016: qui me tente a priori plus que California Girls de Simon Liberati... Mais je reste influencable ;-)

- Ada d'Antoine Bello, ed. Gallimard, 25 août 2016: encore un auteur qui traine dans ma PAL

- Anatomie d'un soldat d'Harry Parker, ed. Christian Bourgois, 25 août 2016: parce que je suis intriguée par la narration à partir d'objets

- Anna de Niccolo Ammaniti, ed. Grasset, 14 septembre 2016: à voir, pas encore complètement convaincue

- Anguille sous roche d'Ali Zamir, ed. Le Tripode, 1 septembre 2016: pour comprendre le buzz

- Station Eleven d'Emily St. John Mandel, ed. Payot et Rivage, août 2016

- Cartographie de l'oubli de Niels Labuzan, ed. JC Lattès, 24 août 2016

A tout moment la vie de Tom Malmquist, ed. Noir sur Blanc, 18 août 2016: malgré le sujet très glauque, un livre qui semble être traité avec beaucoup de justesse.

- Nous irons tous au paradis de Fannie Flagg, ed. Cherche Midi, 1 octobre 2016: parce que j'avais adoré le film Beignets de tomates vertes (sans avoir pourtant jamais lu le livre, peut-être faudrait-il que je me rattrape avant de lire cette suite???)

Voilà, n'hésitez pas à me donner des priorités, à me dire si je fais fausse route, à hurler votre amour pour votre chouchou etc etc etc. 


jeudi 11 août 2016

Blackout de John Lawton

Pour ceux qui aiment: Les aventures de James Bond de Ian Fleming

Printemps 1944: la vie à Londres se poursuit tant bien que mal, entre blackout et bombardements allemands. Nous sommes à quelques jours du grand débarquement et la ville est peuplée de militaires se préparant pour cette grande opération.
Frederick Troy, jeune inspecteur à Scotland Yard, tente de défendre la loi en ces temps exceptionnels. La guerre fauche des milliers de vies, mais Troy refuse de laisser des meurtres impunis. Un bras retrouvé par des enfants dans un quartier ravagé par les bombardements va très vite attiser sa curiosité... d'autant que le membre semble appartenir à un citoyen allemand.

Premier opus des aventures de l'inspecteur Frederik Troy, Blackout mélange tous les ingrédients du bon roman de divertissement: une enquête policière, des vilains espions, des personnages secondaires hauts en couleurs, un contexte historique passionnant et des conquêtes féminines jamesbondiennes [enfin j'espère que le côté décalé était voulu par l'auteur]. 

En fait plus roman d'espionnage que roman policier, cette première enquête de l'inspecteur Troy décrit de plus très bien le contexte de l'Angleterre en temps de guerre. A la suite de Troy, le lecteur découvre à la fois les abris du métro de la capitale où se réfugiaient les Londoniens, et les soirées festives organisées malgré la guerre et le rationnement. Le travail de l'auteur sur le style (lu en vo) et l'emploi d'expressions très "datés" participent également à nous plonger entièrement dans l'ambiance des années 40.  

Je ne suis généralement pas une adepte des séries policières, dont je trouve les héros souvent trop stéréotypés (j'ai nommé l'inspecteur alcoolo dépressif), mais j'ai ici beaucoup aimé le personnage créé par John Lawton. Troy est une jeune inspecteur, dont les origines bourgeoises et russes détonnent au sein de Scotland Yard. C'est un personnage intelligent et plein d'ironie, qui aurait pu être plus approfondi ici (comme tous les personnages d’ailleurs) mais qui est suffisamment intéressant et attachant pour qu'on ait justement envie de le retrouver dans d'autres aventures, histoire d'en apprendre davantage (objectif a priori réussi pour l'auteur donc.)

Malgré les quelques longueurs et incohérences, j'ai dans l'ensemble aimé cette lecture. L'intérêt du personnage de Troy et du contexte prennent au final le pas sur une intrigue une peu bancale. 

Le billet de Kathel sur le deuxième tome de la série m'a un peu refroidie, mais si je tombe dessus un jour, je tenterai probablement le coup.

Londres, 1944. La Luftwaffe donne son assaut final sur la capitale déjà exsangue et les Londoniens se précipitent dans les abris souterrains.
Au milieu du chaos, un bras coupé est exhumé par un groupe d'enfants jouant sur un site bombardé de l'East End.
Le sergent détective Frederick Troy, de Scotland Yard, parvient à relier cette découverte à la disparition d'un scientifique de l'Allemagne nazie. Il met au jour une chaîne de secrets menant tout droit au haut commandement des Alliés, et pénètre les mystères d'un monde corrompu, peuplé de réfugiés apatrides et d'agents secrets.

Livre lu dans le cadre du Blogoclub du 1 juin (et vous avez donc une idée du retard dans la publication de mes billets)

LAWTON John, Blackout, ed. Penguin, mai 1995, 416p.
LAWTON John, Black-out, ed. 10/18, avril 2015, 480p.