vendredi 31 décembre 2010

War and Peace (Guerre et Paix) de Léon Tolstoï


Pour ceux qui ont beaucoup de temps devant eux

SIX MOIS! Il m'aura au final fallu six mois pour venir à bout de ce pavé dense et intense de 1444 pages. Dix pages par jour semblaient en effet être mon niveau de saturation tolstoïen et j'ai donc dû lire ce livre parallèlement à d'autres lectures pour ne pas sombrer dans les abimes des steppes russes. Mais un peu de sérieux...

Guerre et Paix relate un important épisode de l'histoire russe, de 1805 à 1820, période qui englobe la campagne russe de Napoléon et ses suites. En suivant la vie de famille des Rostov, Bolkonsky et Bezuhov, ainsi qu'une galerie impressionnante de personnages, le lecteur découvre le vécu de l'aristocratie russe de cette époque, bercée d'intrigues, de mariages et de faillites et confrontée à l'invasion de l'armée française.

Les parties sur la société de Saint-Pétersbourg et de Moscou mettent en scène les premiers amours de nos héros, les mariages désastreux, les bals et réceptions grandioses et les discussions des salons les plus courus de la haute société russe. Guerre et Paix s'inscrit ici dans la tradition des romans du XIXème siècle, à la mode masculine toutefois, agrémentée de petites remarques misogynes. Car oui, sachez que selon Tolstoï, presque toutes les femmes sont émotives, pleurnichardes et romantiques, ne comprennent rien à la politique et ne sont réellement bonnes qu'à faire des enfants (la vie de Mme Tolstoï n'a pas dû être rose tous les jours....) Ne vous attendez donc pas à des héroïnes dans ce livre, ici les hommes tiennent le devant de la scène et les Natasha, Marie et Hélène font pâle figure face à la fougue et l'intelligence des Andrei, Pierre et Nikolaï.

Ces derniers sont particulièrement mis en valeur lors des parties "guerre" du roman de Tolstoï. Chaque bataille est décrite de manière très précise et vécue aux côtés d'un personnage qui nous fait voir la guerre de l'intérieur. Guerre et Paix en devient un formidable résumé de la campagne russe de Napoléon, des batailles emblématiques d'Austerlitz et de Borodino à la retraite catastrophique de l'armée française. C'est en ce sens une oeuvre titanesque et détaillée, et une très belle fresque historique. Mais quand est-il au final du plaisir de lecture?

J'ai pour ma part trouvé ce livre d'une extrême longueur et lenteur. Tolstoï a le souci du détail et abreuve le lecteur de précisions sur la franc-maçonnerie ou les positions des canons lors de chaque bataille. J'ai donc très souvent décroché et les scènes de batailles m'ont complètement assommée. Je m'attendais en fait à plus de réflexions sur le sens de la guerre et ses implications et moins d'histoire purement militaire sur le déroulement de chaque bataille. J'ai heureusement préféré les parties "paix" du livre, même si tout est un peu couru d'avance et que la fin est évidente dès le tiers du roman. Je regrette également un épilogue démoralisant sur les joies du mariage et un quatrième livre vraiment trop répétitif et dans lequel l'Histoire (avec un grand H) prend le pas sur l'intrigue et les personnages du roman.

Le plus gros souci pour moi reste cependant les nombreux passages de réflexion où Tolstoï s'interroge sur les fondements de la vie et de la morale, sur le rôle insuffisamment glorifié du Général Kutuzov, sur l'insignifiance de Napoléon et sur l'Histoire, résultat de l'action de chaque individu et non de la décision d'un seul dirigeant. Une vision intéressante et probablement assez novatrice pour l'époque mais tant de fois répétée qu'elle en devient indigeste. J'ai d'ailleurs en grande partie zappé le deuxième épilogue, entièrement consacré à ce sujet. J'ai vraiment eu l'impression de me retrouver à mes cours d'historiographie avec un Monsieur "je sais tout". Comme Tolstoï se plaisait à le rappeler, Guerre et Paix n'est pas vraiment ou uniquement un roman; malheureusement ces passages ont totalement cassé mon rythme de lecture et j'ai eu de la peine à m'intéresser aux vues de l'auteur, impatiente que j'étais de retrouver le cours de l'histoire et ses personnages.

Je ne m'aventurais pas dans l'analyse du style de Tolstoï vu qu'il s'agit d'une traduction, en anglais en plus, mais sachez toutefois que j'ai été étonnée de la fluidité de l'écriture et la lecture se fait beaucoup plus simplement et aisément que je le pensais.

En conclusion, Guerre et Paix est loin d'être un coup de coeur. Ce livre est cependant une formidable fresque de la société russe et des événements de l'époque. Malgré de nombreuses longueurs, il se dégage un souffle épique de ce livre et les personnages sont tous plutôt attachants. Je ne dirais pas que c'est un livre à lire absolument mais c'est sans conteste un livre marquant. Je pense que sur le long terme, passé l'irritation ressentie à la lecture des petites leçons de Tolstoï qui ont gâché mon plaisir durant la deuxième partie du livre, je garderai un souvenir plutôt positif de ma lecture. Pas sûre cependant que j'attaque Anna Karénine de si tôt. Quoiqu'il en soit, je suis heureuse et fière (ben oui, quand même) d'avoir dompté la bête. Je ne peux que vous encourager à vous lancer, histoire de vous faire votre propre opinion sur ce monument de la littérature. Guerre et Paix, un livre qui se mérite...

"A complete picture of human life; a complete picture of the Russia of that day; a complete picture of everything in which people place their happiness and greatness, their grief and humiliation. That is War and Peace."

Few would dispute the claim of War and Peace to be regarded as the greatest novel in any language. This massive chronicle, to w
hich Leo Tolstoy (1828-1910) devoted five whole years shortly after his marriage, portrays Russian family life during and after the Napoleonic War. Tolstoy's faith in life and his piercing insight lend universality to a work which holds the mirror up to Nature as truly as those of Shakespeare or Homer.

Je suis assez tentée par les adaptations cinématographiques de Guerre et Paix, qui gardent peut-être ce souffle épique dont je parlais, dépouillé des passages "parasites". Je vous tiens au courant si je mets la main sur un DVD.

Cette formidable et longue aventure a été entreprise en commun avec les autres courageuses, j'ai nommé Karine:), Mango, Cynthia et Violette (dont je ne retrouve pas le blog) et je suis curieuse de connaître leurs avis. Avant cela, Keisha et Calliope étaient arrivées au bout. Vous retrouvez également mon billet de mi-parcours ici et un très bon billet d'Allie qui m'a presque donné envie de tout reprendre depuis le début (et ça c'est de l'exploit).

Cette lecture s'inscrit également dans le cadre de mon challenge "Une année en Russie" de Pimpi.

TOLSTOY Leo, War and Peace, ed. Penguin, 1982 (1ère publication 1869), 1444p., traduit du Russe par Rosemary Edmonds.
TOLSTOI Léon, Guerre et Paix, ed. Gallimard (folio), juin 2002, deux volumes de 1023 et 1055p.

jeudi 30 décembre 2010

Citation du jeudi (4)


Sur une idée de Chiffonnette:

Je reprends, cette semaine encore, un extrait de l'essai de Christopher Morley, On visiting bookshops, que j'aime beaucoup et que je vous invite à aller lire en entier (une page à tout casser) ici.


" There are some knightly souls who even go so far as to make their visits to bookshops a kind of chivalrous errantry at large. They go in not because they need any certain volume, but because they feel that there may be some book that needs them. Some wistful, little forgotten sheaf of loveliness, long pining away on an upper shelf—why not ride up, fling her across your charger (or your charge account), and gallop away. Be a little knightly, you book-lovers!"

Christopher Morley

Et pour la mauvaise traduction de moi (bon exercice ces citations du jeudi):

"Il y a des âmes chevaleresques qui vont jusqu'à considérer leurs visites en librairie comme des pérégrinations héroïques. Ils entrent, pas parce qu'ils ont besoin d'un ouvrage en particulier, mais parce qu'ils sentent qu'un ouvrage a peut-être besoin d'eux. Une petite gerbe de charme, nostalgique, depuis longtemps oubliée sur les rayons supérieurs - pourquoi ne pas monter à l'assaut, la charger sur votre cheval (ou sur votre compte de crédit), et galoper au loin. Vous, les amoureux de livres, soyez un peu chevaleresques!"

(Ouah, franchement pas facile à traduire. D'ailleurs si quelqu'un a une suggestion pour la traduction de "errancy"...)

J'adhère totalement à cette façon de penser. D'ailleurs, à partir de maintenant, je n'achète plus de livres, je les secours ;-)

Demain, THE FAMOUS billet que vous attendez tous sur Guerre et Paix!!! Ta tatanta tatanta tatantaaaaa (Musique de Rocky pour ceux qui n'ont pas capté, ben oui, il faut avoir un peu d'imagination, je vous l'accorde). Le billet sera planifié car je pars ce soir pour quelques jours. Je vous dis donc à mardi et d'avance je vous souhaite

UNE TRES BONNE ANNEE 2011!!!

mardi 28 décembre 2010

Tag de Noël (ou Tag d'Armande)

Taguée par Marie-Claire et parce que même passé Noël, vous avez sûrement besoin de quelques idées pour vos amis capricornes et verseaux, voici donc cinq cadeaux:



A votre belle-mère adepte de jardinage:


50 Façons d'assassiner les limaces, un manuel plein d'humour pour devenir un bourreau de potager.



A votre cousin écolo ou à votre frère qui ne l'est pas du tout (et qui le deviendra donc peut-être grâce à ce DVD):

Life, l'aventure de la vie, la nouvelle série nature de David Attenborough et de la BBC.



A votre papa alpiniste:


Tragédie à l'Everest de John Krakauer, l'auteur d'Into the Wild qui a survécu à cette ascension tragique de l'Everest où huit alpinistes trouvèrent la mort. !!WARNING!! Evitez que la femme/petite amie de l'alpiniste en question ne lise elle-aussi le livre.


A votre collègue qui essaie de prendre l'avion en ces temps perturbés, pour le faire patienter pendant les longues heures d'attente:

Guerre et Paix de Tolstoï, pas de doute, il aura de quoi s'occuper et il pourra même trouver la neige romantique en s'imaginant emmitouflé dans une grosse fourrure à bord d'un traineau, en route pour un bal de l'aristocratie de Saint-Pétersbourg.



A tous les propriétaires de bêtes à poils de race féline ou canine:


Premiers soins pour chiens et chats de Chantale Robinson, un guide qui m'a souvent rendu service, même si je ne pense toujours pas être prête pour le bouche-à-bouche sur The Dog.


Je ne tague personne vu que nous sommes le 28 décembre, mais si vous avez des bonnes idées cadeaux à partager, n'hésitez pas...

J'espère que vous avez tous été comblés de livres pour Noël. Pour ma part, peu de littérature cette année (il faut dire que j'ai de quoi faire avec ma PAL). J'ai tout de même reçu ces deux BD, dont je vous parlerai bientôt:




Et je vous glisserai peut-être un mot sur ça aussi, suite de Frère d'armes que j'avais adoré:
Et vous, qu'avez-vous reçu pour Noël?

lundi 27 décembre 2010

Loving Frank de Nancy Horan


Pour ceux qui aiment: Georgina, duchesse de Devonshire d'Amanda Foreman

Au début du 20ème siècle, la relation adultère du génie de l'architecture américaine, Frank Lloyd Wright, avec la femme d'un de ses clients, Mamah Borthwick Cheney, fit scandale au sein de la bonne société de Chicago. Loving Frank est le récit de cet amour interdit.

Il y a des livres dont on peine tout simplement à se séparer. Loving Frank est incontestablement de ceux-ci. C'est donc une fin d'année en beauté que je vous présente ici, vu qu'il s'agit d'un énorme coup de coeur.

J'admire depuis longtemps l'oeuvre de Frank Lloyd Wright, dont j'aime beaucoup les premières "prairie houses" et les incontournables Fallingwater house et musée du Guggenheim de New York. Je ne connaissais par contre (et heureusement) absolument rien de sa vie. Cette lacune est maintenant réparée grâce à Nancy Horan, qui a parfaitement su faire renaître les protagonistes de cette passion destructrice, épisode marquant de la vie de l'architecte.

Mais par dessus tout, c'est le destin de Mamah qui m'a touchée. J'ai vibré aux côtés de cette femme bien trop en avance sur son temps, qui sacrifie ses enfants, son confort et sa réputation pour vivre pleinement. Malgré des choix parfois répréhensibles, Mamah est un personnage extrêmement attachant, qui m'accompagnera encore longtemps.

Loving Frank est cependant bien plus que le récit de la fuite de deux amants. C'est aussi un formidable compte-rendu du début du féminisme au Etats-Unis, du modernisme européen d'avant guerre, de la révolution architecturale du 20ème siècle ou encore de la presse à scandale de l'époque (qui n'a rien à envier à celle d'aujourd'hui). Loving Frank est également une belle histoire d'émancipation et une ode à la liberté de penser et d'agir. Il restera pour moi un livre marquant et inspirant, qui pousse à vivre pleinement ses rêves et ses convictions, tout en assumant les conséquences de ses choix. Je rassure quand même Mr. Z, m'enfuir avec le voisin n'est pas au programme ;-)

A partir de quelques sources parsemées, Nancy Horan a reconstruit le récit de cet amour qui aura su vaincre les conventions de l'époque. Loving Frank est une histoire riche et passionnante et une formidable peinture de la société et des moeurs du début du 20ème siècle. N'hésitez plus!

Au début du XXe siècle, la bonne société de Chicago resta foudroyée par le soufre d'un scandale sans précédent. Pour l'amour éperdu d'un homme, une femme osa l'impensable et commit l'irréparable. Elle en paya le prix toute sa vie. Elle s'appelait Mamah Borthwick Cheney. Lui n'était autre que Frank Lloyd Wright, l'enfant génial et rebelle de l'architecture américaine à qui Mamah et son mari Edwin Cheney avaient demandé, en 1903, de construire leur nouvelle maison. En 1909, tombée entre-temps follement amoureuse du célèbre architecte, Mamah choqua une époque pudibonde et dévote en quittant son mari et ses deux jeunes enfants pour suivre Frank Lloyd Wright en Europe. Ce dernier, tout aussi épris, laissait derrière lui une Amérique stupéfaite, une épouse et six enfants... Enchaînés par la passion, mais hantés par une culpabilité intolérable, ils firent la une de la presse américaine durant leurs séjours en Allemagne, en Italie et à Paris, lors de la grande crue de 1910... (...) Pour la première fois nous est contée l'histoire de l'émancipation très en avance sur son temps de Mamah Borthwick, et de son amour pour l'un des plus grands maîtres de l'architecture moderne.

Nancy Horan est écrivain et journaliste. Loving Frank vient d'être couronné aux États-Unis du prestigieux prix Fenimore Cooper de la meilleure fiction historique.

Je n'étais, à la base, pas vraiment tentée par cette histoire de folle passion, que j'imaginais trop romantique pour mon petit coeur de pierre. C'est le billet de Theoma qui m'avait fait changer d'avis et je l'en remercie. J'espère à mon tour vous avoir convaincus. Vous n'avez, en plus, aucune excuse car le poche sortira en février. J'ai lu également que les droits du livre de Nancy Horan ont été achetés et une adaptation cinématographique pourrait donc voir le jour. A lire également, sur le même sujet, Les femmes de T-C Boyle, dont le poche rejoindra sans aucun doute ma PAL dès sa sortie en février.

A voir également le site du livre (en anglais), petit mine d'informations avec photos et vidéos.

J'espère que mes collègues de lecture ont également été séduites. Filez voir les billets de Patacaisse, Anjelica et Manu.

HORAN Nancy, Loving Frank, ed. Buchet-Chastel, septembre 2009, 539p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Virginie Buhl.
HORAN Nancy, Loving Frank, ed. Random House, janvier 2008

jeudi 23 décembre 2010

Citation du jeudi (3)

Sur une idée de Chiffonnette:

"There is no mistaking a real book when one meets it. It is like falling in love, and like that colossal adventure it is an experience of great social import. Even as the tranced swain, the book-lover yearns to tell others of his bliss. He writes letters about it, adds it to the postscript of all manner of communications, intrudes it into telephone messages, and insists on his friends writing down the title of the find. Like the simple-hearted betrothed, once certain of his conquest, "I want you to love her, too!" It is a jealous passion also. He feels a little indignant if he finds that any one else has discovered the book, too. He sees an enthusiastic review - very likely in The New Republic - and says, with great scorn, "I read the book three months ago." There are even some perversions of passion by which a book-lover loses much of his affection for his pet if he sees it too highly commended by some rival critic."

Christopher Morley, On visiting bookshops, 1925

Très mauvaise traduction par mes soins:

"On ne peut se tromper quand on rencontre un grand livre. C'est comme tomber amoureux, et comme cette colossale aventure, c'est une expérience d'une grande importance sociale. Tout comme le prétendant en transe, l'amoureux de livres trépigne de partager son bonheur avec les autres. Il écrit des lettres entières sur ce livre, il l'ajoute en post-scriptum sur toute sa correspondance, il l'impose dans ses messages téléphoniques, et insiste pour que ses amis écrivent le titre de sa trouvaille. Comme le fiancé au coeur pur, une fois certain de sa conquête, "Je veux que tu l'aime aussi!" C'est aussi une passion emprunte de jalousie. Il est vexé s'il constate qu'il n'est pas le seul à l'a avoir découvert. Il voit une critique enthousiaste - très probable dans The New Republic - et dit, avec beaucoup de mépris, «J'ai lu le livre il y a trois mois." Il y a même des perversions de la passion qui font qu'un amoureux de livres perd tout de son affection pour son animal de compagnie s'il le voit trop vivement encensé par certaines critiques rivales."

J'ai découvert un de ces grands livres et je trépigne de vous en parler lundi. D'ici là:

JOYEUSES FÊTES A TOUS!

mercredi 22 décembre 2010

The Complete MAUS d'Art Spiegelman


Pour ceux qui aiment: Si c'est un homme de Primo Levi

Maus est un récit de survie: celui de Vladek Spiegelman, juif polonais, rescapé de l'Holocauste, et de sa femme Anja. Retranscrit par son fils sous forme de bande dessinée, où les juifs sont personnifiés par des souris et où les Nazis deviennent des chats, Maus est un témoignage puissant qui emmène le lecteur des préparatifs de la guerre, au camp d'Auschwitz, en passant par le ghetto de Srodula.

Maus est une oeuvre majeure qui a obtenu de nombreuses récompenses, notamment un Prix Pulitzer en 1992 et le prix du meilleur album étranger au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême en 1988 et 1993. Je voulais le lire depuis bien longtemps et j'ai enfin mis la main sur l'Intégrale il y a quelques semaines.

L'histoire est bien sûr passionnante. On a parfois l'impression de tout savoir sur la deuxième guerre mondiale et la Shoah et pourtant, chaque récit, chaque source nous apporte de nouveaux éléments, un nouveau vécu, ce qui donne à ces témoignages leur nature si précieuse. Maus ne déroge pas à la règle. J'ai ainsi beaucoup aimé suivre les traces de Vladek et j'ai particulièrement apprécié la première partie, avant l'arrivée dans les camps de concentration, qui traite peut-être d'événements moins souvent relatés.

J'ai aimé la sincérité de cet album qui montre également la relation difficile d'Art avec son père vieillissant. Loin de toute idéalisation, Art Spiegelman dépeint la vie de son père après la guerre, passé du statut de victime à celui de "bourreau domestique".

Le dessin est plutôt simple, surtout comparé à une autre planche d'Art Spiegelman insérée dans Maus. La ligne est épurée, les dessins en noir et blanc, comme pour laisser le devant de la scène à une intrigue qui se passe de toute façon d'artifices.

Je garde donc une très bonne impression générale de cet album mais il a quand même manqué un petit quelque chose pour que je sois totalement séduite. Peut-être est-ce le dessin auquel j'ai un peu peiné à m'habituer ou peut-être parfois le style des dialogues (avec l'emploi du what à la place de who/which qui me hérisse).

Quoiqu'il en soit, Maus est une lecture absolument indispensable. Un témoignage sincère et précieux sur l'Holocauste avec en prime l'originalité d'un traitement graphique et d'une relation père-fils plutôt intrigante.

"It is the story of Vladek Spiegelman, a Jewish survivor of Hitler's Europe, and his son, a cartoonist coming to terms with his father's story. Maus approaches the unspeakable through the diminutive. Its form, the cartoon (the Nazis are cats, the Jews mice), shocks us out of any lingering sense of familiarity and succeeds in "drawing us closer to the bleak heart of the Holocaust" (New York Times). Maus is a haunting tale within a tale. Vladek's harrowing story of survival is woven into the author's account of his tortured relationship with hi aging father. Against the backdrop of guilt brought by survival, they stage a normal life of small arguments and unhappy visits. This astonishing retelling of our century's grisliest news is a story of survival, not only of Vladek but of the children who survive even the survivors. Maus studies the bloody pawprints of history and tracks its meaning for all of us.

Art Spiegelman is a contributing editor and artist for the New Yorker, and co-founder/editor of Raw, the acclaimed magazine of avant-garde comics and graphics. His drawings and prints have been exhibited in museums and galleries here and abroad. Honors he has received for Maus include the Pulitzer Prize, a Guggenheim fellowship, and nominations for the National Book Critics Circle Award. He lives in New York City with his wife, Françoise Mouly, and their two children Nadja and Dashiell."

SPIEGELMAN Art, The Complete MAUS, ed. Pantheon Books, novembre 1996, 296p.
MAUS I: My father bleeds history
, 1973

MAUS II: And here my troubles began, 1986
SPIEGELMAN Art, L'Intégrale Maus: un survivant raconte, ed. Flammarion, novembre 1998, 296p.

vendredi 17 décembre 2010

Mini-challenge: A la rencontre de Friedrich Dürrenmatt


Il y a un auteur que j'aime beaucoup et que je m'étonne toujours de ne pas voir plus souvent sur les blogs littéraires: l'auteur suisse Friedrich Dürrenmatt.

Comme nous fêtions cette semaine le vingtième anniversaire de sa mort, survenue à Neuchâtel le 14 décembre 1990, j'ai eu envie de lancer ce petit challenge, en espérant que, parmi vous, certains auront envie de me suivre sur les pas de cet écrivain étonnant.

Auteur multiple, Friedrich Dürrenmatt a écrit à la fois des romans policiers très sombres, des pièces de théâtre absurdes et plutôt déjantées et des essais plus politiques. Ses oeuvres les plus connues sont probablement La Promesse, Les Physiciens, La visite de la vieille dame et Le juge et son bourreau. Friedrich Dürrenmatt a également écrit des pièces radiophoniques et peignait durant son temps libre.

Je vous propose donc de lire avant le 31 décembre 2011, au moins un ouvrage de Dürrenmatt, objectif très modeste car vous êtes sûrement, comme moi, submergés par les nombreuses tentations challengesques qui fleurissent en ce moment sur la blogosphère. Comme je suis sympa, j'accepterai même le simple visionnage d'un film inspiré par son oeuvre, le but étant avant tout de parler de cet auteur.

Petite bibliographie non exhaustive:

en bleu:
ouvrages disponibles en poche, généralement aux éditions Livre de Poche, Zoé et L'Age d'Homme.

Théâtre:

Les Anabaptistes (Les Fous de Dieu)
Romulus le Grand
La visite de la vielle dame
, lu par Marc, Flo et moi-même
Les Physiciens
, lu par Lewerentz pour le challenge
Archterloo
Le Météore
Le Mariage de Monsieur Mississippi

Romans:

Le juge et son bourreau, lu par Cécile, Eireann , Liza Lou et Marc
Le Soupçon, lu par Marc
La Promesse, lu par Marc, Livraison, Flo et Eireann
Justice, lu par Livraison et Flo
La Mission

La Panne, lu par Cécile, Gridou
Val pagaille

Grec cherche grecque
, lu par Schlabaya
La ville et autres proses de jeunesse, y compris Le Tunnel, lu par Daniel Fattore
Le Retraité

Essais:

Albert Einstein
Pour Vaclav Havel
L'Edification


Adaptations cinématographiques:

The Pledge, 2001, dirigé par Sean Penn avec Jack Nicholson et Benicio del Toro, adaptation de La Promesse
The Cold Light of Day, 1996, dirigé par Rudolf van den Berg avec Richard E. Grant selon un scénario original de Dürrenmatt
Deadly Game, 1982, dirigé par George Shaefer avec George Segal, adaptation de La Panne
La plus belle soirée de ma vie, 1972, dirigé par Ettore Scola, adaptation de La Panne
The Visit, 1964, dirigé par Bernhard Wicki avec Ingrid Bergman et Anthony Quinn, adaptation de La visite de la vielle dame

Je précise également que pour ceux et celles qui voudraient en profiter pour raviver des souvenirs très lointains de cours d'allemand, il existe des éditions bilingues de certaines oeuvres de Dürrenmatt et que ses pièces de théâtre se lisent plutôt bien, même avec un allemand rouillé.

Voilà, un mini-challenge pas franchement très populaire, j'en suis consciente (ben oui, un auteur suisse-allemand, on a fait plus glamour) mais j'espère que certains d'entre vous me suivront sur ce coup-là.

Participants: Cecile, Gridou, Lewerentz, Daniel Fattore, Anne, Lystig, Virginie, Liza Lou, Gaspara et moi-même.

jeudi 16 décembre 2010

Citation du jeudi (2)


"Apparently, there is a skill that people pay to acquire called speed reading. This makes as much sense as a course in speed love-making"

Guy Browning

Une citation que j'aime beaucoup et qui colle très bien à mon rythme de lecture hivernal. Pour info, je lis en ce moment Loving Frank pour une lecture commune du 27 décembre et même si je suis totalement séduite, j'avance à tout petits pas.

Bonne journée à tous!

jeudi 9 décembre 2010

Emily the Strange, Les Jours Perdus (Tome 1) de Rob Reger et Jessica Gruner


Emily se réveille soudainement amnésique dans l'étrange ville de Blackrock. N'ayant aucun souvenir de son identité ou de la raison de sa présence dans cette ville, elle trouve refuge dans le bar El Donjon, tenu par la non moins bizarre Raven. Elle décide alors de consigner tous les indices recueillis sur son passé, ainsi qu'une foule de détails sur la vie de Blackrock et ses habitants intrigants dans un carnet. Le lecteur tient donc dans ses mains le journal d'Emily, illustré de petit croquis en rouge et noir et rempli des pensées de notre jeune héroïne.

Petit rappel tout d'abord: Emily the Strange est un personnage créé par Rob Reger en 1991, qui figurait initialement sur des autocollants. Depuis, cette héroïne gothique de 13 ans, est devenue une énorme machine marketing avec des vêtements à son effigie, des bandes dessinées, un film en cours de tournage et le premier tome d'une série de livres que voici, destiné à un public de jeunes adultes. C'est la curiosité qui m'a poussé à découvrir ce livre: comment allait-on transformer un personnage d'autocollants en héroïne de roman?

Premier constat: l'objet livre est vraiment original et, pour respecter l'esprit d'Emily the Strange, il entre difficilement dans une catégorie prédéfinie. J'ai aimé ce mélange de textes, de coupures de journaux, de lettres, de plans, de scribouillages de chats, de listes farfelues et d'illustrations plus détaillées.

Deuxième constat: Emily est un personnage vraiment différent et attachant. Elle est intelligente, passionnée de mécanique et de science, amoureuse des chats et toujours habillée d'une robe noire. On est loin des clones de pop stars pour qui aller dans une bibliothèque est un suicide social (soupir!). J'ai donc beaucoup aimé cette intello-punk qui assume totalement sa différence et son excentricité, dont le mot de la fin est "Trace ta route".

Maintenant, côté intrigue, il est vrai qu'il faut vraiment se laisser emporter dans ce monde étrange, parfois absurde, souvent totalement loufoque. L'enquête d'Emily est plutôt sympa même si plusieurs éléments comme les traces sur les bras d'Emily ou la raison de sa ressemblance avec Moly restent un peu en plan. Au final, l'histoire est en fait plutôt secondaire et j'ai lu Les Jours Perdus plus comme un concept que comme un roman traditionnel.

Les Jours Perdus n'est cependant pas qu'un produit marketing. Il y a une vraie bonne idée derrière et surtout un personnage et une philosophie qui feront du bien à tous les ados qui veulent suivre leur propre voie. Je pense d'ailleurs que ce livre séduira d'avantage ces derniers que les adulescents ciblés. En conclusion, une découverte sympa!

Emily est frappée d'une vilaine amnésie et ne se rappelle même plus son prénom. Chassée par les policiers de la décharge de Blackrock, elle trouve refuge dans le café El Donjon tenu par Raven, une fille du zinc on ne peut plus bizarre... Là-bas, elle fait la connaissance de joueurs de Calamity poker (qui peut comprendre les règles de ce jeu ?), de passage en ville, qui semblent lui cacher des choses. Le monde se serait-il détraqué à son réveil ? Dans ce journal, elle rassemble tous les indices qui pourraient la mener à sa véritable identité. Pour l'instant, la seule chose qu'elle sait c'est qu'elle aime le noir et les chats.

Je remercie Camille des éditions Michel Lafon pour cette découverte.

Retrouvez Emily the Strange sur son site internet (avec un shop plutôt impressionnant).

REGER Rob et GRUNER Jessica, Emily the Strange, Les Jours Perdus (Tome 1), illustré par Rob Reger et Buzz Parker, ed. Michel Lafon, novembre 2010, 251p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Dutheil de la Rochère.
REGER Rob et GRUNER Jessica, Emily the Strange, The Lost Days, ed. Harper Collins, juin 2009, 264p.

mardi 7 décembre 2010

Folie acheteuse, le retour (et tout ça avant Noël)!


Ces deux dernières semaines, ma PAL a une fois de plus grandement souffert. Et oui, le destin s'est définitivement ligué contre elle car en quelques jours:

1. J'ai reçu un bon à utiliser avant la fin décembre dans une librairie. Ca aurait été quand même dommage de ne pas l'utiliser, non?

2. L'ONU organisait son Bazar annuel où, en plus de nourriture et d'artisanat du monde entier, on peut également acheter des livres pour 1-2 euros, et tout ça pour une bonne cause. Donc, repue après un beignet au potiron de Slovaquie (très bon) et d'une sorte de kebab au poulet égyptien, j'ai un peu (beaucoup) fouillé dans les cartons à merveilles littéraires.

3. Je suis passée COMPLETEMENT PAR HASARD (hum hum) devant ma bouquinerie seconde main préférée.

Et voilà donc le résultat....
En anglais:

1. Toni Morrison, A Mercy: Auteur que je n'ai encore jamais lue même si j'ai Paradis dans ma PAL depuis très très longtemps.
2. Paul Theroux, The Old Patagonian Express: Auteur dont j'ai bien aimé Dark Star Safari qui raconte ici sa traversée de l'Amérique latine.
3. T.C. Boyle, Tooth and claw: Recueil de nouvelles d'un auteur plutôt timbré que j'aime bien.
4. Graham Greene, The tenth man: Pace qu'on ne se lasse pas de Greene...
5. Laurens van der Post, The lost world of the Kalahari: Livre controversé que j'avais quand même envie de lire.
6. William Boyd, Armadillo: Encore un auteur à découvrir. J'ai également dans ma PAL Brazzaville Beach, on verra bien avec lequel j'attaque.
7. David Bennun, Tick Bite Fever: Récit ironique sur une enfance passée en Afrique. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre mais ça a franchement l'air drôle.
8. José Saramago, Blindness: Livre que je veux lire depuis longtemps et je me réjouis également de lire Le voyage de l'éléphant gagné chez Cryssilda

En français:

9. Tim Willocks, La Religion: J'ai beaucoup entendu parler de Green River mais l'auteur signe ici un récit complètement différent et je trouve ça plutôt intriguant.
10. Dominique Lapierre, Il était une fois l'URSS: Je vous disais justement dans mon Tag des 15 auteurs que je voulais lire ce récit de voyage de Dominique Lapierre et Jean-Pierre Pedrazzini, alors tous deux reporters pour le Paris Match, et de leurs femmes. Et voilà que je tombe dessus en seconde main. Vous auriez dû me voir sauter partout entre les rayons.
11. Kim Thuy, Ru: Vu de nombreuses fois sur vos blogs ces derniers mois.
12. Sorj Chalandon, Une promesse: Avis contrastés lus sur la blogo mais il me tentait quand même.
13. Pascale Gautier, Les vielles: Tout pareil que pour Une promesse.
14. Michael Ondaatje, Le fantôme d'Anil: Parce que je n'entends déjà pas assez parler de Commission des droits de l'homme avec mon boulot... hum hum.
15. Donna Tartt, Le petit copain: Sans que ce soit un coup de coeur, j'ai bien aimé The Secret History l'été passé et je suis curieuse de découvrir cet autre récit de l'auteur.
16. Romain Gary, Les trésors de la mer Rouge: que je pense lire pour terminer mon challenge 2euros.

Plus encore un livre de recettes pour faire des yaourts maison, vu que j'ai une yaourtière qui prend la poussière dans mes placards depuis bien trop longtemps et que les conseils avisés de Marie-Claire m'ont donné envie de tenter cette nouvelle aventure culinaire... alors que je suis une vraie catastrophe en cuisine. A suivre.

Je m'éloigne donc encore d'une hypothétique réduction de ma PAL mais quand on aime, on ne compte pas.

vendredi 3 décembre 2010

Tag: Relais de l'amitié


A l'approche de Noël, les tags se multiplient et c'est cette fois L'or des chambres qui m'a taguée. A force, vous allez tout connaitre de ma petite personne ;-)

1) Quand vous étiez petit(e), que répondiez-vous à la question : "Et toi, que veux-tu faire quand tu seras plus grand(e) ?
J'ai eu différentes phases et des idées vraiment bizarres, genre instrumentaliste en salle d'opération (allez savoir pourquoi), puis pendant longtemps directrice d'hôtel (plusieurs petits boulots dans la restauration m'ont découragée, même si je pense toujours que c'est un beau métier). Et puis diplomate, zoologiste ou vétérinaire, trois activités pour lesquelles j'ai longtemps hésité. Au final, j'essaie de faire un peu de tout ça...
2) Quels ont été vos BD et dessins animés préférés ?
Côté BDs, j'aimais beaucoup la série Julie, Claire et Cécile, Les tuniques bleues (Blue retro était mon préféré) et plus tard Les maîtres de l'orge. Je lisais bien sûr aussi Boule et Bill, Astérix, Tintin et co et j'étais fan du Picsou Magazine.



Côté dessins animés, ouah, il y en a tellement: Etant de la génération Club Dorothée, j'étais fan de Jeanne et Serge (le faire avec la musique, Jeanneuh et Sergeuh), Juliette je t'aime, Niki Larson, Les chevaliers du zodiaque, Dragon ball Z, Princesse Sarah. Et le pire c'est qu'après tout ça, je n'ai encore jamais lu de manga et la littérature japonaise me laisse plutôt de marbre. J'aimais aussi beaucoup Les animaux du bois de quat'sous, Tom Sawyer et Il était une fois la vie.

3) Quels ont été vos jeux préférés ?
J'étais une fan de playmobils (à bas les legofans ;-)) et, avec une amie, nous inventions des pièces de théâtre jouées par nos barbies ou des marionnettes.

4) Quel a été votre meilleur anniversaire et pourquoi ?

Je pense que mon meilleur anniversaire est celui de mes 21 ans. J'étais en Mongolie avec Mr.Z et nous avons fait trois jours de chameau dans le désert de Gobi (une très mauvaise idée en passant, si vous respectez un tant soit peu votre popotin). Le soir de mon anniversaire, on s'est arrêtés chez des nomades, perdus au milieu de nulle part qui nous ont offert à souper... des intestins, du foie et autres parties non identifiées de chèvre et de cheval (alors que je ne mange JAMAIS de cheval), arrosés d'airag et de vodka maison. Mais la famille était tellement adorable, généreuse et accueillante et l'endroit si incroyable et surprenant que c'est à la fois mon plus bel anniversaire et le repas le plus immonde jamais mangé de toute ma vie (désolée, mais franchement la gastronomie mongole, on repassera...)

5) Qu'est ce que vous auriez absolument voulu faire que vous n'avez pas encore fait ?
Un vol en montgolfière au dessus du Seregenti.
6) Quel était votre premier sport préféré ?
L'équitation, of course!

7) Quel était votre première idole de musique ?

Je n'ai pas vraiment la fan-attitude, et encore moins en musique alors comme ça, je ne vois pas vraiment. Peut-être The Doors...

8) Quel est le plus beau cadeau de Noël (ou équivalent) que vous avez reçu ?
Je sèche également... Et oui, je demande des choses utiles moi pour Noël, genre des chaussures, un manteau, des livres (euh, quel est l'idiot au fond qui ose dire que les livres ne sont pas des choses utiles? Oui, c'est ça, cachez-vous!).

Voilà, je passe le relais à A girl from earth, Kalistina et Calliope, (si le coeur vous en dit) et merci à l'or des chambres de m'avoir permise de repenser à tous ces bons souvenirs.

jeudi 2 décembre 2010

Citation du jeudi


Première participation à la citation du jeudi de Chiffonnette. Je ne suis pas sûre de tenir sur la durée mais je feuillette depuis quelque temps A Book Addict's Treasury de Lynda Murphy et Julie Rugg qui présente tout pleins d'extraits et de citations qui parlent de livres. J'ai donc décidé d'en partager quelque unes avec vous.

Le livre est en anglais donc la plupart seront in english (sorry), mais voici la première, assez connue pour que j'en trouve la traduction sur le net, d'un PAL-addict avant l'heure:

«Acheter des livres serait une bonne chose si on pouvait simultanément acheter le temps de les lire» Arthur Schopenhauer

Citation qui me correspond tout à fait (et je ne vous ai pas encore montré mes folies du week-end passé... hum hum)

Deuxième petite nouveauté sur ce blog. Vous trouverez dès maintenant, dans la colonne de droite, le Top 3 du mois des billets les plus consultés sur ce blog.

Bonne journée à tous!

mardi 30 novembre 2010

Le coeur cousu de Carole Martinez


Le coeur cousu suit une lignée de femmes aux pouvoirs et aux dons étranges, reçus dans une boîte transmise de mères en filles. Soledad, la dernière héritière de ce coffret, conte l'histoire familiale et les incroyables et douloureux épisodes vécus par sa mère, Frasquita, la couturière aux doigts d'or. Avec ce premier roman, Carole Martinez emmène le lecteur très loin des premiers frimas de ce mois de novembre, vers l'Espagne et l'Afrique du Nord, dans un monde saupoudré de merveilleux.

Je partais plutôt sceptique sur ce livre que j'imaginais trop "féminin" pour moi, dans le style de Ce que je sais de Vera Candida. Les cinquante premières pages ont d'ailleurs bien failli me décourager avec un style très fleuri et très lyrique, auquel je ne suis pas du tout sensible et que je trouve souvent forcé. Petit extrait du genre de phrases qui a tendance à me gêner:

"Ma mère a fait de moi son vivant tombeau. Je la contiens comme elle m'a contenue et rien ne fleurira jamais dans mon ventre que son aiguille." p.19

"La voix sort d'elle telle de l'eau. Elle jaillit par saccades. La voix déborde, monte à la bouche. Il y en a toujours plus à cracher." p.30

Heureusement, passé ces premières pages, j'ai eu l'impression que l'écriture de Carole Martinez se faisait plus fluide et je suis totalement entrée dans le récit de Soledad. L'auteure a crée un univers envoutant, où le mystérieux et la magie sont partout présents. Et pourtant, le lecteur se laisse embarqué et "croit" à ces personnages et à ces éléments enchantés.

En y réfléchissant, je me suis parfois demandée où l'auteure voulait m'emmener. Le récit de Soledad est de sa famille est comme sans fin, et l'intrigue est au final un peu fourre-tout: un peu de révolution par-ci, une traversée du désert par-là, complété par un vilain ogre. J'ai ainsi eu l'impression que Carole Martinez aurait pu continuer son récit encore longtemps mais s'est comme forcée à y mettre un terme avec cette fin un peu abrupte. Je peine à bien exprimer ce sentiment, mais de toutes façons, cela n'a pas vraiment d'importance car cette impression ne m'est venue qu'après avoir tourné la dernière page, alors que tout au long de ma lecture, j'étais totalement emportée par l'histoire.

Si l'intrigue, construite comme une succession de petits événements, m'a paru, après lecture, un peu décousue (ha ha, un comble pour ce livre), je salue cependant le réel talent de Carole Martinez qui a su créer ce monde à la fois réaliste et merveilleux. Un coup de maître pour un premier roman et une jolie prise de risque avec un sujet à la base plutôt "casse-gueule". Dans une production littéraire française parfois trop calibrée, Le coeur cousu est à la fois un OVNI (ou plutôt OLNI) et une belle réussite. Malgré mes craintes initiales, je suis donc une nouvelle fois contente d'avoir suivi les conseils de la blogo car j'ai passé un très bon moment.

Dans un village du sud de l'Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse... Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s'initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs, elle est condamnée à l'errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d'enfants, eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels. Carole Martinez construit son roman en forme de conte: les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé: il s'inscrit naturellement dans le cycle de la vie.

Cette lecture était originellement prévue avec Pickwick qui était, elle-aussi, assez sceptique. Malheureusement, Pickwick semble avoir disparu de la blogosphère sans laisser d'adresse. Quelqu'un a des nouvelles? Je vous invite bien sûr à lire les billets de mes autres comparses Hathaway, Gwanaelle, Valérie et Tinusia (et pourtant je pensais bien être la dernière à lire ce roman).

Cette lecture fait également partie de mon challenge Coups de coeur de la blogosphère de Theoma, pour lequel je pense encore lire Disgrace de Coetzee, si Theoma me permet de jouer les prolongations en 2011 ;-)

MARTINEZ Carole, Le coeur cousu, ed. Gallimard (Folio), 2009, 440p.

vendredi 26 novembre 2010

Les 99 animaux du professeur Peperino de Katrin Wiehle


Pour ceux: qui veulent faire de leur enfant un petit zoologiste

Je parle très rarement d'albums jeunesse sur ce blog pour la simple et bonne raison que je n'en lis presque jamais, n'étant ni prof, ni mère. Mais voilà, en tant que tante pas trop indigne, il m'arrive de passer des heures dans des librairies jeunesse à la recherche de la perle qui fera de mon neveu un futur blogueur littéraire, venant ainsi épauler les encore trop peu nombreux représentants de la gente masculine.

Enfin bref, pour le Neveu de 3 ans en question, je n'ai pas hésité une seconde à acheter ce merveilleux album, le premier de l'illustratrice allemande Katrin Wiehle. En suivant les pérégrinations du Professeur Peperino, le lecteur découvre la faune si riche et variée de notre planète. Chaque planche représente un écosystème, comme la forêt tropicale, la mer ou encore la banquise et les animaux qui le peuplent, avec en prime un intrus que le lecteur s'amuse à identifier. A la fin du livre, tous les animaux sont regroupés et présentés par ordre alphabétique.

Copyright Katrin Wiehle

J'ai aimé au premier coup d'oeil cet album au dessin et aux couleurs très doux. Les animaux sont illustrés de manière créative mais relativement fidèle et je pense que les enfants n'auront pas trop de peine à associer le dessin à l'animal. J'ai également aimé le fait que cet imagier ne se contente pas d'illustrer l'habituel lion, éléphant ou autres animaux de ferme. Au contraire, la grande richesse de la faune est mise en valeur et l'enfant peut ainsi découvrir le morse, le toucan, l'autruche ou encore la hyène. Enfin, je pense que cet album peut accompagner l'enfant tout au long de son apprentissage, des images jusqu'à ses débuts en lecture, grâce au lexique final des animaux.

Un album qui m'a donc enchantée et que je vous conseille, même si je vous avoue que le Neveu était quand même beaucoup plus intéressé par l'énorme camion-grue télécommandé, reçu peu avant. Alala, cette jeunesse!

Le professeur Peperino est un aventurier et un savant. Il parcourt le monde pour recenser les animaux et il les présente aux fils des pages. Un livre-jeu sur les pas du professeur Peperino pour explorer les richesses de la faune autour de la planète et apprendre à connaître l'univers de chaque animal de la banquise à la savane, en avant l'aventure !

Vous trouverez le blog de Katrin Wiehle ici.

WIEHLE Katrin, Les 99 animaux du professeur Peperino, ed. Rue du monde, octobre 2010, 32p.

mercredi 24 novembre 2010

Tag des 15 auteurs


Encore une fois, je réponds avec beaucoup de retard à ce tag pour lequel Véro, La Ruelle bleue, A Girl from earth et Kalistina ont pensé à moi. Et pourtant, je n'ai aucune excuse, car il s'agit de nommer les quinze auteurs qui me viennent à l'esprit en seulement 15 minutes. C'est parti!


1. Romain Gary: Un génie de la littérature française, présent dans mon panthéon des auteurs depuis la découverte au lycée de La vie devant soi. Je lis ses livres à petite dose pour retarder au maximum le moment où je n'aurai plus rien à découvrir de lui. Le prochain sera sûrement Les Racines du Ciel.

2. Emile Zola: Un génie de la littérature française (je me répète, je sais, mais ces deux premiers auteurs sont mes deux auteurs chouchous). Comme pour Gary, je progresse, toujours avec un énorme plaisir, dans la lecture des Rougon Macquart au rythme d'un livre par an (il faut d'ailleurs que je pense à lire la cuvée 2010).

3. Léon Tolstoï: Parce qu'il m'a accompagnée une bonne partie de cette année et que malgré de nombreuses discordes, Guerre et Paix restera une lecture marquante.

4. Richard Leakey pour Wildlife: Parce que son combat pour sauver la biodiversité kenyane m'inspire et parce que pour avoir l'idée de brûler de l'ivoire valant des millions, il faut quand même être sacrément "couillu".

5. Daniel Kehlmann pour Les Arpenteurs du monde: Un auteur qui m'a enchantée avec ce livre et je me suis promise de le suivre. D'ailleurs Gloire m'attend depuis bien trop longtemps.

Ouah... que cinq, ça va être moins facile que prévu.

6. Albert Camus: Parce que tous ses livres me font réfléchir et me donnent envie de profiter à fond de la vie.

7. Nicolas Bouvier: Parce qu'il m'a donné envie de partir sur les routes pour découvrir le monde.

8. Alessandro Baricco pour Novecento: Un livre à la sonorité exceptionnelle et un style complètement à part.

9. Edmond Rostand pour Cyrano de Bergerac: Ma pièce de théâtre préférée que je ne me lasse jamais de relire.

10. Jane Austen: Alors là, c'est le moment des grandes confessions: je n'ai encore jamais lu un de ses livres. J'en ai plusieurs qui trônent fièrement dans ma bibliothèque mais ayant vu plusieurs adaptations et après en avoir tellement entendu parler, j'ai l'impression de connaitre toutes les intrigues. Mais promis, en 2011 je m'y mets, pas besoin de me lyncher sur la place publique ;-)

11. Dominique Lapierre: Un auteur qui a bercé mon adolescence et dont j'admire la facilité à vulgariser et à rendre passionnant les épisodes les plus complexes de notre histoire. De lui, j'ai beaucoup aimé Cette nuit la liberté, La cité de la joie et Mille soleils. J'aimerais également beaucoup lire son récit de voyage Il était une fois l'URSS.

12. Régine Deforges: Une autre lecture d'ado. Je crois avoir lu toute la série des Bicyclette bleue, à part peut-être les tous derniers (après le 7 ou 8ème opus) et c'est une série qui m'a définitivement marquée. Mais j'étais jeuuuuune hein?

13. JK Rowling: Parce que c'est la seule série jeunesse, lue et appréciée à l'âge adulte. Je pense essayer Hunger Games à l'occasion mais je suis quand même méfiante.

14. Dürrenmatt: Un auteur multiple et passionnant que je trouve bien trop rare sur les blogs littéraires.

15. Karen Blixen: Parce que La ferme africaine m'a fait rêver et que j'aimerais moi aussi pouvoir dire "I had (have serait quand même mieux) a farm in Africa".

Et voilà, 15 auteurs, pas forcément mes auteurs favoris, mais 15 auteurs marquants dans ma vie de lectrice. Je me rends compte qu'il y a très peu d'auteurs classiques anglophones pour la simple et bonne raison que je n'ai pratiquement pas lu Dickens, Twain, Brontë et co., pour une raison totalement inconnue d'ailleurs, car ce n'est pas l'envie qui manque. Bref, il y a encore du boulot!

Je ne passe ce tag à personne vu que je suis sûrement la dernière à y répondre.

jeudi 18 novembre 2010

Jours d'enfance de Michiel Heyns


Pour ceux qui aiment: Boyhood de J. M. Coetzee

1968, Orange Free State: A l'occasion d'un match de tennis entre un pensionnat anglais de Bloemfontein et une école technique afrikaner, Fanie van den Bergh refait surface dans la vie de Simon. Ce dernier se souvient alors de leur enfance commune passée dans le village de Verkeerdespruit, des rivalités entre Anglais et Afrikaners, de l'Apartheid et de la politique sud-africaine des années 60 et de l'influence de l'Orange Vroueverniging (OVV), association charitable féminine, autoproclamée juge morale du village. Autant d'événements vécus avec la naïveté d'un enfant qui n'appréhende par entièrement le monde et les conventions des adultes, faisant ainsi de Jours d'enfance un passionnant roman d'apprentissage dans l'Afrique du Sud des années 60.

J'ai vraiment apprécié le point de vue adopté dans ce livre; Michiel Heyns décide en effet de se concentrer sur la vie des blancs d'Afrique du Sud, tout en laissant planer, en toile de fond, l'influence de l'Apartheid et du racisme ambiant sur ces enfants. J'ai ainsi trouvé intéressant de montrer la vie des ces Afrikaners pauvres, une population méconnue et toujours présente en Afrique du Sud.

Cependant, le format des souvenirs successifs provoqués par les retrouvailles de Simon et Fanie semble parfois trop "mécanique" et j'ai trouvé les thèmes de la pédophilie et de l'homosexualité un peu trop omniprésents. J'ai, dans ce sens, préféré l'épisode de Dumbo, le chien de Simon, ou les autres événements plus légers traitant de la vie de tous les jours de ces gamins, isolés du reste du monde.

Dans l'ensemble, j'ai apprécié cette lecture et cette plongée dans un milieu et une atmosphère peu traités en littérature. N'hésitez pas à embarquer pour ce voyage en direction de l'Afrique du Sud et d'une époque révolue.

Décembre 1968, Simon et ses copains du collège anglophone de Bloemfontein, " métropole " de l'Etat libre d'Orange en Afrique du Sud, s'apprêtent à flanquer une dérouillée au tennis aux péquenots d'un collège des environs. Education anglaise contre enseignement afrikaner. Les visiteurs débarquent et, parmi eux, Fanie van den Bergh, un garçon qui a partagé l'enfance de Simon dans un patelin champion de l'apartheid, village de petits et moyens Blancs afrikaners, servi par ses Bantous parqués dans le township. La confrontation sportive ravive des souvenirs oubliés et met en évidence, au passage, les conflits de race et de classe. Heyns choisit d'explorer le fossé entre Anglais et Afrikaners, fossé dont Simon - fils d'un magistrat anglais " libéral " et d'une Afrikaner - est le reflet. Fanie, lui, est issu d'une des familles pauvres de la paroisse, celles dont s'occupent les dames de l'ouvroir sous la houlette du pasteur Claassen. Car le pasteur préside à tout dans ce petit bourg : sa femme transmet sa parole, les autres s'exécutent. Et les déviants, il y en a évidemment quelques-uns, sont impitoyablement chassés - Steve et sa moto, Trevor et sa chemise rose... Pour ces enfants, il y a surtout l'école, où ils apprennent la vie, à défaut d'autre chose : la bêtise tellement humaine, les amitiés compliquées, les expériences sexuelles, mais aussi l'hypocrisie morale et le conservatisme raciste du monde des adultes...

Michiel Heyns a grandi à travers l'Afrique du Sud. Il a fait ses études à l'université de Stellenbosch puis à Cambridge. Professeur d'anglais, il a pu se consacrer pleinement à l'écriture après le formidable succès de ce premier roman en 2002.

Je tiens à remercier Babelio et les éditions Philippe Rey pour l'envoi de ce livre.

HEYNS Michiel, Jours d'enfance, ed. Philippe Rey, août 2010, 282p. traduit de l'Anglais (Afrique du Sud par Françoise Adelstain.
HEYNS Michiel, The Children's Day, ed. Jonathan Ball Publishers, 2002


C'est pas tout ça, mais ce livre m'a furieusement donné envie de cuisiner des vetkoek, ces petits beignets que j'avalais enduits de beurre de cacahouète et de sirop d'érable (oui, oui, je sais, super light et pourtant, chers lecteurs, j'ai même perdu du poids lors de mon séjour sud-africain ;-)). Mhhh!!! Je sens que ce week-end sera huileux. Bon appétit à tous!

crédit photo et recette des vetkoek ici