vendredi 17 février 2017

Plus jamais esclaves! d'Aline Helg

Vainqueur du Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016 - catégorie essai

En novembre dernier, je vous parlais de ma participation au Prix des lecteurs de l'Hebdo 2016 et de la victoire de Plus jamais esclaves! d'Aline Helg. Je trouve enfin un moment de vous parler plus en détails de ce roman, alors qu'entre-temps, nous avons malheureusement appris la mort de l'Hebdo, un coup dur pour la presse romande. Cette deuxième et dernière sélection du Prix des lecteurs de l'Hebdo a ainsi une saveur un peu particulière, mais ô combien méritée selon moi pour le livre d'Aline Helg. Plus jamais esclaves! était en effet clairement mon favori dans cette sélection de 10 essais.

Aline Helg, professeur à l'Université de Genève (après plusieurs années passées aux États-Unis, à l'Université du Texas) a fourni un travail historiographique colossal pour nous livrer au final une étude très complète des stratégies d'émancipation des esclaves, au cours de cinq siècles et à travers tout le continent américain. Son travail permet de revenir sur une vision un peu biaisée de l'esclavage, aboli gracieusement par quelques anglais plus éclairés et un noble président américain pour le bénéfice d'une population noire complètement passive. Au contraire, Aline Helg nous montre que dès le début de l'esclavage en 1492 et cela jusqu'à ces derniers jours en 1838, des esclaves se sont révoltés contre leur sort et ont trouvé des stratégies pour s'émanciper, formant, petit à petit, des communautés de "libres de couleur". L'auteur nous livre ainsi une histoire de l'esclavage "par le bas".

J'ai trouvé cet essai passionnant. L'abolition de l'esclavage est un sujet bien sûr largement traité mais les émancipations individuelles obtenues au fil des siècles et par différentes stratégies m'étaient beaucoup moins familières. J'admire également l'exhaustivité de l'étude d'Aline Helg, qui loin de chercher la facilité en se concentrant uniquement sur un pays ou une époque, réussit ici à nous donner un aperçu large en se basant sur des publications et documents en 4 langues. Un travail bibliographique qui parait titanesque mais qui permet de comprendre les différences entre l'Amérique hispanophone et catolique et celle des colonies anglophones et protestantes.

Plus jamais esclaves! passe donc en revue le marronnage, à savoir la fuite des esclaves dans les régions encore inhabitées du continent, la manumission (l'achat de sa liberté), la révolte ou l'engagement militaire et parcourt en parallèle toute l'histoire de l'Amérique en montrant le rôle souvent ignoré de cette population silencieuse. Mise à part l'épisode de la révolte de Saint-Domingue qui verra la création de la République d'Haiti, l'auteur montre que les esclaves et leur désir d'émancipation jouent également un rôle dans les guerres d'indépendance américaines ou dans l'histoire post-révolutiaire de la France, épisodes où la contradiction entre l'idéal de liberté s'oppose de manière inéluctable au désir de maintenir une main d'oeuvre servile dans les Amériques.

A travers les siècles, Aline Helg montre que certains esclaves ont réussi à exploiter les faiblesses passagères des régimes afin de s'émanciper, et cela malgré les énormes obstacles imposés par les différents gouvernements. Les quelques révoltes, parfois seulement soupçonnées, se terminaient en bain de sang et exécutions "exemplaires", la manumission promise à un esclave était souvent repoussée voire révoquée, les communautés marronnes rapidement anéanties et l'engagement militaire rarement récompensé malgré les promesses des belligérants à court de chair à canon (l'épisode de la "loterie de la liberté" en Argentine m'a particulièrement marquée).

On pourrait regretter l'accumulation de statistiques, qui rende ce récit précis mais peut-être un peu lourd parfois. Plus jamais esclaves! reste un travail de recherche académique mais son souffle et son sujet passionnant le rend toutefois tout à fait abordable.

Un travail de recherche extrêmement précis mais inspirant sur l'émancipation des esclaves à travers toute l'Amérique. L'ouvrage d'Aline Helg redonne un rôle, une place à plus de 12 millions d'africains importés dans les Amériques, soumis aux lois des esclavagistes mais également acteurs de l'histoire. Plus jamais esclaves! se lit ainsi au final comme une formidable ode à la liberté. 

Longtemps, l’émancipation des esclaves fut considérée comme l’œuvre des abolitionnistes, libéraux et blancs. Dans cet ouvrage, qui fait pour la première fois le grand récit des insoumissions et des rébellions d’esclaves dans l’ensemble des Amériques et sur plus de trois siècles, Aline Helg déboulonne cette version de l’histoire. En s’appuyant sur une très riche historiographie fondée sur des sources états-uniennes, latino-américaines, antillaises, britanniques, françaises et néerlandaises, elle montre que, bien avant la naissance des mouvements abolitionnistes, une partie des millions d’esclaves arrachés à l’Afrique par la traite négrière et de leurs descendants était parvenue à se libérer, le plus souvent en exploitant les failles du système, à l’échelle locale ou globale. Cette étude pionnière par son ampleur dans le temps et l’espace met en lumière le rôle continu des esclaves eux-mêmes dans un long processus de lutte contre l’esclavage sur tout le continent américain et dans les Caraïbes, du début du XVIe siècle à l’ère des révolutions. Elle dévoile les stratégies qu’ils ont élaborées pour renverser subrepticement – et parfois violemment – un rapport de forces qui, dans son écrasant déséquilibre, ne leur laissait a priori rien espérer. Sans magnifier le rôle des esclaves ni occulter les limites de leurs actions, ce grand récit montre que l’esclavagisme déshumanisant n’est pas parvenu à empêcher que des hommes, des femmes et des enfants accèdent, par leurs propres moyens, à la liberté.

Après avoir enseigné à l’université du Texas à Austin, l’historienne Aline Helg est professeure à l’université de Genève. Elle a publié Liberty and Equality in Caribbean Colombia, 1770-1835 (2004) et Our Rightful Share. The Afro-Cuban Struggle for Equality, 1886-1912 (1995), tous deux lauréats de prix de l’American Historical Association.

HELG Aline, Plus jamais esclave!, éditions la découverte, mars 2016, 422p.

mercredi 18 janvier 2017

Voici venu le temps des bonnes résolutions

Chers tous, 

Une fois encore, je dois commencer un billet en m'excusant pour mon lent silence. Cela devient presque une tradition et c'est loin de me plaire. Mais il y a malheureusement un temps pour tout et en ce moment, je n'arrive tout simplement plus à trouver le temps de bloguer, la faute à une montagne de travail au job, à la rénovation de notre appartement et à un mini-Z qui fait des siestes de plus en plus courtes. Bref, je passe mes soirées à choisir des sanitaires et des carrelages et mes journées à bosser et à courir après un petit monstre de 14 mois qui grimpe sur tout ce qui a l'air dangereux et peu stable. 

Tout ça pour dire que 2016 a probablement été ma pire année bloguesque. J'ai l'impression d'avoir décroché de vos blogs et nos échanges me manquent. J'ai toutefois continué à lire et j'ai même fait de très belles découvertes cette année, avec un Top Trois coups de coeur constitué de:

1. Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Celeste Ng: Mon coup de coeur fiction de l'année. Un roman dont la thématique m'attirait au départ peu mais que j'ai trouvé au final très fort et d'une très belle subtilité. 

2. Edmond d'Alexis Michalik: Ma révélation théâtre de ces dernières années et une nouvelle pièce que j'ai adoré découvrir par écrit. Je trépigne maintenant de la voir jouée. 

3. In Utero de Julien Blanc-Gras: Mon coup de coeur non-fiction. Parce que 2016 a marqué les premiers mois de mon fils et que dans le flot de conseils rébarbatifs et moralisateurs, l'humour de l'auteur m'a fait du bien.

J'ai encore une pile déprimante de billets en retard, au point que j'hésite à faire table rase... Sauf qu'il y a de belles découvertes dans le lot. We will see...

Niveau résolutions 2016, le bilan est forcément peu brillant, voir catastrophique vu que je n'ai atteint aucun de mes objectifs. Argh! Mais comme j'ai la positive attitude (et un petit côté politicien, oui, mon bilan est pourri, mais je vous re-promets la même chose), je réinscris le tout pour 2017. Bonjour l'originalité! A savoir: 

1) Lire Fallen Lands de Patrick Flanery, auteur que j'avais découvert avec Absolution et Georgiana d'Amanda Foreman, pendant aristocratique de Mary "Perdita" Robinson, dont j'ai découvert la vie l'année dernière; 

2) Découvrir Houellebecq (encore jamais lu), probablement avec ses premiers romans ou avec Soumission, histoire de me faire enfin ma propre opinion; 

3) Lire des romans d'espionnage, et du nature writing; 

4) NEW: Lire le deuxième tome de la série d'Elena Ferrante en italien (là je positive à donf ^_^), Storia del nuovo cognome; 

5) Reprendre à un rythme très très lent (allez, un par année) la série des Rougon Macquart depuis le début; 

6) Lire Le monde connu d'Edward P. Jones et 1984 de George Orwell et Lady L de Romain Gary, que j'avais inscrits à mes challenges (très très très) passés; 

7) Lire Les Apparences de Gillian Flynn et Serena de Ron Rash, le troisième tome de Hunger Games et Far from the Maddening Crowd de Thomas Hardy avant de voir les films. 

8) Combler mes énormes lacunes en classiques anglais; 

9) NEW: Tenter les séries à commencer par finir la série des Divergent (je suis actuellement plongée dans le tome 2) et pourquoi pas tenter Outlander (même si j'ai des gros gros doutes d'accrocher); 

10) Lire Le week-end de Bernhard Schlink que je dois rendre à ma soeur depuis des lustres.   

Mais avant tout, je vais essayer de reprendre un rythme plus régulier sur ce blog. Il faudra probablement attendre mai et la fin de nos rénovations et de notre déménagement, mais j'espère réellement être plus présente l'année prochaine. 

Et vous, de bonnes résolutions pour cette année?