mardi 2 décembre 2014

Panique chez les suricates (jeunesse)

Dès 3 ans

Suri et Aiglon sont deux amis d'enfance et ils sont tout simplement inséparables. Rien d'embêtant si ce n'est que Suri est un suricate et son ami un jeune rapace. Leur amitié n'est du coup pas vue d'un très bon oeil par leur famille respective. 


Panique chez les suricates est un court album jeunesse à côté duquel je ne pouvais pas passer étant fan de suricates. Et c'est peut-être au final ce qui m'a empêchée d'apprécier cet album. J'ai trouvé dommage que ces si mignonnes bestioles soient ici transformées en hamster sans pattes ou en grosse patate (dixit ma nièce de 3 ans). Je passe sur les forêts environnantes et les paysages montagneux alors que les suricates vivent dans les plaines désertiques, et au fait que les suricates s'attaquent régulièrement aux serpents. Je doute en effet qu'un enfant de 3-4 ans s'en offusquera, mais tout de même. 


Non, en fait ce qui m'a le plus gênée dans cet album, c'est son histoire vraiment plate, malgré un message d'amitié à toute épreuve bien évidemment touchant. Le manque de raccord entre le texte et les dessins ne facilite également pas vraiment la lecture aux plus petits et on finit par conter une toute autre histoire. Enfin, l'absence de signe bien distinctif pour Suri, justifiée trop tard en fin d'album par un petit jeu pas si facile, empêche à mon avis l'identification du jeune lecteur à cette histoire.

Une idée de base sympa mais une déception tout de même. Je n'ai tout simplement pas compris les choix faits par les auteurs sur les illustrations et l'intrigue et mes testeurs en culottes courtes n'ont pas franchement accroché. Dommage! 

- Oh, ce suricate ! sifflaient avec dédain ceux qui croisaient le chemin de Suri. Mais pourquoi réagissaient-ils donc tous ainsi ? 
C’est que Suri avec un ami, mais ce n’était pas un ami ordinaire…

Je remercie Babelio et les éditions Balivernes pour l'envoi de cet album et j'en profite pour préciser que les avis sur Babelio sont presque unanimement positifs. 

SNITSELAAR Nicole, illustré par SAUDO Coralie, Panique chez les suricates, ed. Balivernes, mars 2014, 32p.  

mercredi 26 novembre 2014

Bring Up the Bodies (Le Conseiller, tome 2) d'Hilary Mantel


Pour ceux qui aiment: Deux soeurs pour un roi de Philippa Gregory mais en beaucoup plus abouti

Dans ce deuxième tome de la trilogie d'Hilary Mantel, Thomas Cromwell a réussi à s'imposer durablement comme le conseiller principal du roi Henry VIII. Élu Secrétaire du roi et Master of the Rolls, son emprise sur les affaires du royaume s'étend de jour en jour. Mais son inquiétude première en cette année 1535 est l'absence d'héritier mâle légitime pour le trône d'Angleterre et le mécontentement croissant du roi face à cette situation. Alors que la première femme d'Henry, Catherine d'Aragon, est exilée dans un château de campagne, la nouvelle reine, Anne Boleyn, "la concubine", tente désespérément de conserver son pouvoir malgré l'intérêt grandissant du roi pour la jeune et discrète Jane Seymour.

 
Bring Up the Bodies aborde probablement un des épisodes les plus connus de l'histoire anglaise: la chute terrible d'Anne Boleyn, la femme pour laquelle Henry VIII avait  tout risqué. Et pourtant, Hilary Mantel nous fait vivre ces événements de manière si intense, si inventive, qu'on a l'impression de les parcourir pour la première fois.

S'étendant sur une période bien plus courte que Wolf Hall, une année à peine, j'ai trouvé ce deuxième tome beaucoup plus rythmé, intense, et extrêmement prenant. Dans un récit plus linéaire et probablement plus facile à suivre que l'ascension chaotique de Cromwell décrite dans le premier tome, Hilary Mantel nous livre  un portrait complexe de ce personnage, ainsi que des bruits de couloirs et manigances de la cour. Le Cromwell d'Hilary Mantel est un homme éclatant mais impassible, généreux mais déterminé et au final tellement attachant qu'on redoute inévitablement la fin inéluctable de la trilogie.

Le style d'Hilary Mantel demeure travaillé, complexe sans être lourd et j'ai trouvé certains passages, particulièrement certains dialogues tout simplement brillants. Par exemple, cette première confrontation entre Anne et ses juges:

" - 'So you are here, uncle,' she says. Her voice is small. One by one she acknowledges them. 'Lord Chancellors. Master Treasurer.' Other councillors are pushing in behind them. Many people, it seems, have dreamed of this moment; they have dreamed that Anne would plead with them on her knees. 'My lord Oxford,' she says. 'And William Sandys. How are you, Sir William?' It is as if she finds it soothing, to name them all. 'And you, Cremuel.' She leans forward. 'You know, I created you.'
- 'And he created you, madam,' Norforlk snaps. 'And be sure he repents him of it.'
- 'But I was sorry first,' Anne says. She laughs. 'And I am sorry more.'" p. 294

Un deuxième tome passionnant donc, qui équivaut sans problème la qualité de Wolf Hall. Je crois même avoir préféré Bring Up the Bodies, qui semble plus abouti, encore plus maîtrisé. Une trilogie à découvrir de toute urgence.  

J'attends pour ma part avec impatience le troisième tome, mais quelle horrible pression après deux Booker et quelle tâche ingrate de tuer un tel personnage...

By 1535 Thomas Cromwell, the blacksmith’s son, is far from his humble origins. Chief Minister to Henry VIII, his fortunes have risen with those of Anne Boleyn, Henry’s second wife, for whose sake Henry has broken with Rome and created his own church. But Henry’s actions have forced England into dangerous isolation, and Anne has failed to do what she promised: bear a son to secure the Tudor line. When Henry visits Wolf Hall, Cromwell watches as Henry falls in love with the silent, plain Jane Seymour. The minister sees what is at stake: not just the king’s pleasure, but the safety of the nation. As he eases a way through the sexual politics of the court, its miasma of gossip, he must negotiate a ‘truth’ that will satisfy Henry and secure his own career. But neither minister nor king will emerge undamaged from the bloody theatre of Anne’s final days.

In ‘Bring Up the Bodies’, sequel to the Man Booker Prize-winning ‘Wolf Hall’, Hilary Mantel explores one of the most mystifying and frightening episodes in English history: the destruction of Anne Boleyn. This new novel is a speaking picture, an audacious vision of Tudor England that sheds its light on the modern world. It is the work of one of our great writers at the height of her powers.

MANTEL Hilary, Bring Up the Bodies, ed. Fourth Estate, mai 2012, 411p. 
MANTEL Hilary, Le Conseiller, tome 2: Le Pouvoir, ed. Sonatine, avril 2014, 432p.

vendredi 7 novembre 2014

La belle de l'étoile de Nadia Galy

Comment retrouver l'envie de vivre quand l'homme que vous aimez met fin à ses jours? C'est la question centrale du nouveau roman de Nadia Galy. Sa narratrice est une femme profondément chamboulée, dans sa chair, jusqu'au fond de ses tripes, par la mort de son amant, Sorj, pour qui elle n'a pas su tout plaquer. Complètement déboussolée, elle décide de disparaitre, et s'exile à Saint-Pierre-et-Miquelon, île isolée du nord de l'Atlantique où elle se fait envoyer une à une les lettres écrites par Sorj au temps de leur amour. Cherchant ainsi à se recentrer sur l'être perdu, elle va cependant trouver dans la vie et la petite communauté de l'île la force de se reconstruire, petit à petit.

La belle de l'étoile est le récit brut d'un malaise extrêmement profond. La narratrice de Nadia Galy est complètement ensevelie sous une tonne de douleur, de remords, de culpabilité suite à la perte de son amant. Un profond malaise qui se traduit par un besoin de se priver, de son quotidien parisien, de chaleur, de nourriture et de vie tout simplement. Je suppose que le lecteur sera soit touché par cette profonde douleur, soit hermétique à cette apathie et aux réactions extrêmes du personnage. Pour ma part, j'ai été plutôt sensible à cette tentative d'anéantissement volontaire, ou j'ai du moins réussi à y compatir.

La situation du personnage principal n'est, à mon avis, pas le seul point qui peut diviser les lecteurs. L'écriture de Nadia Galy, par moment très cash et orale, ou au contraire penchant vers l'ultra-description métaphorique, ne fera probablement pas l'unanimité. J'ai pour ma part oscillé entre plaisir et agacement, mais je reconnais à Nadia Galy un style bien à elle, une recherche dans les tournures bien que celles-ci penchent parfois un peu vers le ridicule. Quelques passages un peu too much, qui m'ont toutefois plu:

"Ne pas me voir ne m'empêchait pas de saisir l'état de mon corps et d'en suivre l'amenuisement à force de queues de cerises et d'eau fraîche dont il faut dire que je m'accordais les premières avec parcimonie et la seconde d'autant plus rarement que mon sang titrait désormais douze degrés! Mes doigts semblaient avoir allongé, ils tâtaient le parvis entre la peau et les os avec beaucoup d'attention. Le flic qui gendarmait ma tête était content. J'avais la fesse creuse! Ce n'était pas un gouffre, mais un poisson rouge aurait pu y survivre un jour ou deux. Je notais aussi la saillie de mes tarsiens. J'étais en bonne voie vers l'accomplissement de mes ambitions - disparaître, devenir une arête." p. 60-61

"Puis je m'étais retrouvée nue et transie au bord de l'eau, face à une lune qui avait dû faire une indigestion d'étoiles pour briller autant quand les nuages de traîne avec lesquelles elle jouait voulaient bien la laisser paraître." p. 140

Côté déception, je relèverai la décision incompréhensible de l'auteur d'ignorer les échanges épistolaires de la narratrice et de Sorj. Je m'attendais à ce qu'ils servent de fil rouge à l'intrigue, alors que le lecteur ne découvre au final le contenu que d'une seule lettre, à la toute fin du livre. Une occasion complètement manquée à mon avis de rendre ce livre plus tendre et intense, plus intéressant  aussi. Car il faut avouer que le roman est autrement une suite d'évènements mineurs et peu approfondis, quelque peu corsée par des retrouvailles qui semblent bien trop artificielles. J'ai toutefois aimé découvrir le quotidien de la vie à Saint-Pierre-et-Miquelon, un cadre franchement original pour un roman et que l'auteur connait bien pour y avoir séjourné 6 ans.

Vous l'aurez compris, j'ai fait un peu les montagnes russes avec ce roman. La douleur qui émane du livre m'a touchée mais mon impression finale reste tout de même celle d'une intrigue bien trop brouillonne; comme si l'auteur avait voulu réunir les bons éléments de ce roman, à savoir le thème du deuil coupable, la correspondance, l'exil, le lieu, etc., sans réussir toutefois à assembler le tout de manière tout à fait cohérente. A vous de voir...

Après la mort de l’homme qu’elle aimait, une femme choisit de s’exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontière. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu’elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s’il était encore vivant.

Comment survivre à la perte ? Défier l’inéluctable ? Mêlant le rire et l’effroi, le style singulier de Nadia Galy, l’auteur d’Alger, lavoir galant et du Cimetière de Saint-Eugène, sublime la violence de cette expérience dans un récit plein de grâce et de poésie. Roman sur le deuil et l’amour, La belle de l’étoile raconte avant tout la renaissance d’une femme, magnifique personnage habité par la force et l’énergie salvatrice des mots.

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.

GALY Nadia, La belle de l'étoile, ed. Albin Michel, août 2014, 240p.

jeudi 30 octobre 2014

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard (Livre audio)

Pour ceux qui aiment: Pietra Viva de Leonor de Recondo

En 1506, alors en mauvais termes avec le pape Jules II, Michel-Ange décide d'accepter l'invitation du sultan Bajazet. Ce dernier propose en effet à l'artiste de dessiner un pont grandiose sur la Corne d'Or, un ouvrage qui devrait changer à jamais le visage de Constantinople.

Parle-leur de batailles... est donc le récit de ces quelques mois très hypothétiques qu'aurait passé Michel-Ange dans l'empire ottoman. Mathias Enard ressuscite pour le lecteur l'énorme génie, qui nous semble aujourd'hui si lointain. Il en fait un homme, perclus de doutes et rongé par ses désirs; un homme chassé de la cour papale, déboussolé par la vie ottomane, encore loin de l'artiste adulé qui peindra la chapelle Sixtine. Un être pas forcément sympathique donc, mais tellement plus humain.   

Enard réussit probablement un portrait plus réaliste que beaucoup de biographes qui se sont consacrés au monument de l'histoire de l'art qu'est Michel-Ange. J'ai ainsi aimé découvrir un Michel-Ange jaloux de Leonardo Da Vinci, mais persuadé de pouvoir surpasser son ainé. J'ai également apprécié que l'auteur laisse planer une part de mystère sur, par exemple, la sexualité de Michel-Ange. Il aurait été facile d'exploiter plus à fond ce point mais, bien que central, cet aspect est traité tout en retenue et en ambiguïté. D'ailleurs, homme ou femme la danseuse andalouse?

En se concentrant sur cet épisode probablement non-réel de la vie de Michel-Ange (il y a bien eu invitation, mais il est peu probable que l'artiste l'ait acceptée), Parle-leur de batailles... évite cependant toute confusion avec le genre de la biographie. On aurait pu penser que cela aurait libéré l'auteur d'un carcan de faits historiques à respecter; mais ce choix semble au final le limiter davantage dans son intrigue. Comme si en s'éloignant des faits avec cette visite à Constantinople, Enard n'avait pas voulu en rajouter dans l'extraordinaire. Loin de la vie palpitante qu'on pourrait imaginer à l'artiste, loin de l'envoûtement qu'aurait pu être l'Orient, on reste ici dans un récit lent et assez froid. À part quelques rencontres et confidences, il ne s'y passe au final pas grand-chose. Ayant écouté le livre sur plusieurs mois, cela ne m'a pas gênée; au contraire, je me souvenais au moins de ce qui se passait (presque rien donc), mais je peux imaginer qu'à la lecture, cet aspect peut sembler barbant.

Difficile au final de vous donner une appréciation de ce livre. Tout en ayant beaucoup aimé les fondements du livre et sa réflexion sur les ponts que l'on tente (encore) de jeter entre les civilisations, il m'a manqué quelque chose pour en faire une lecture marquante. Oui, Michel-Ange m'est apparu plus humain, mais il reste, même après la lecture de Parle-leur de batailles... un personnage mystérieux et éloigné. Les autres personnages du roman restent pareillement désincarnés et semblent flotter autour du récit. 

Un roman dont j'ai ainsi beaucoup aimé l'ambiance et la plume, mais qui manque un peu de corps.

Concernant le livre audio, je pense que c'est un texte qui se prête bien à ce format. Lent, poétique, plutôt contemplatif, j'ai pu apprécier les belles tournures et la plume lyrique de Mathias Enard à l'écoute. Je pense même que j'ai davantage aimé son écriture ainsi; à l'écrit, j'aurais peut-être trouvé le tout un peu ampoulé, alors qu'ici, j'ai écouté le récit de Michel-Ange, comme un beau conte, en appréciant le rythme et le vers. Petit bémol toutefois pour la lecture de Thibault de Montalembert, dont j'ai trouvé la voix un peu trop languissante et rauque. Je devine que l'éditeur ait voulu conserver cette ambiance feutrée, pleine de chuchotements, mais un peu plus de souffle et d'énergie dans l'interprétation ne m'aurait pas dérangée. 

Bon point par contre pour l'entretien final éclairant avec l'auteur. 

Mai 1506, Michel Ange débarque à Constantinople. A Rome, il a laissé inachevé le tombeau que lui a commandé Jules II, au risque de s’attirer la colère de ce pape particulièrement irascible. Mais comment résister à l'invitation du Sultan Bajazet, qui veut lui confier la conception d'un pont enjambant l’estuaire du Bosphore, la Corne d'Or ? Pont entre deux rives, mais aussi entre deux mondes, deux civilisations… Une évocation fascinante et raffinée de ce moment où la Renaissance esquisse avec l'Orient byzantin un sublime rendez-vous, hélas manqué.

L’interprétation de Thibault de Montalembert épouse toutes les nuances de ce récit qui mêle fastes révolus et ambiguïtés politiques.

ENARD Mathias, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, ed. Audiolib, mars 2011, 1 CD (MP3), durée: 3h20
ENARD Mathias, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, ed. Actes Sud, août 2010, 153p.  

mercredi 15 octobre 2014

Man Booker Prize 2014: And the winner is...


Le Booker Prize 2014 a été annoncé hier soir. J'étais sur les starting blocks, devant la BBC, pour vous annoncer la nouvelle. Sauf que je me suis endormie devant la TV, hum hum!

En différé donc, le gagnant est:

The Narrow Road to the Deep North 
de Richard Flanagan 

L'histoire se déroule durant la deuxième guerre mondiale, dans un camp de prisonniers de guerre japonais affectés à la construction du chemin de fer traversant la jungle birmane, connu sous le nom du Death Railway. Dorrigo Evans raconte la folle passion qu'il a vécu deux ans plus tôt avec la femme de son oncle, tout en tentant de survivre et de maintenir le groupe d'hommes sous son commandement face à la maladie et aux privations extrêmes du camp.

Pour la petite histoire, le père de Flanagan a lui aussi été prisonnier en Birmanie durant la guerre. Il est malheureusement mort le jour où Flanagan a terminé le livre et n'a donc pas pu voir le succès du livre de son fils. The Narrow Road to the Deep North ne relate cependant pas l'histoire paternelle mais Flanagan, qui a tenté à plusieurs reprises d'écrire ce livre, a bien sûr bénéficié des souvenirs de son père pour rendre son histoire plus réaliste.
copyright: The Man Booker Prizes

Je dois dire que je suis très contente du choix final car c'est le livre de la sélection qui me tentait le plus. J'ai lu de très bons avis et il est très très probable que ce livre rejoigne rapidement ma PAL.Cela rassurera également tous les voix qui s'étaient élevées contre la menace de voir le Booker monopolisé par les Américains, après l'ouverture de la sélection à tous les livres publiés en langue anglaise. Après l'auteur néo-zélandaise, Eleanor Catton, l'année passée (dont je suis justement en train de lire le livre), c'est donc un Australien qui remporte le prix cette année. Gare à l'hégémonie du Pacifique ;-)!

Et vous, tentés?


mardi 14 octobre 2014

Blog-anniversaire: Et de 6!

Ce blog a aujourd'hui six ans et bon, comme à chaque blog-anniversaire, je ne peux m'empêcher de me poser des questions, sur ma motivation, sur ce que je retire de ce petit espace. Surtout que depuis quelques mois, plusieurs de mes blogs favoris ont fermé ou sont en pause. Je pense par exemple à Manu, Theoma, ICB, etc., tous des blogs que je suis depuis des années, depuis même mes premiers pas sur la blogo. C'est comme si des voisins qu'on aimait beaucoup déménageaient...

Mais de nouveaux blogs de lecture apparaissent aussi et je découvre également, depuis quelques temps, d'autres horizons. Je passe plus de temps sur les blogs mode, ceux tournés plus vers l'actualité et la politique, ou les voyages. Je découvre toujours des livres, des destinations, des articles qui me passionnent et me donnent envie, et j'aime toujours autant partager mes propres coups de coeur. 

Même si mes visites chez vous et les nouveaux billets sur ces pages se font parfois rares, manque de temps  oblige, je reste accro à ces échanges et c'est donc avec plaisir que je rempile pour cette sixième année.

Comme chaque année, voici le top 10 des billets les plus lus au cours des 12 derniers mois:
 
1. Maus d'Art Spiegelman (1er en 2013)
2. Peer Gynt d'Henrik Ibsen (3) 
3. Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma (4)
4. La Promesse de l'aube de Romain Gary (2)
5. Les trois mousquetaires d'Alexandre Dumas (-)
6. Loving Frank de Nancy Horan (5)
7. The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald (10) 
8. L'Aventurière des Sables, de Sarah Marquis (-)
9. Enfant 44 de Tom Rob Smith (6) 
10. Immortels de Nasser Djemaï au théâtre (-)

Un classement très classique donc avec peu de nouveautés, mais un billet très suisse avec Sarah Marquis et un billet de théâtre. Les premières parutions datant de 2012-2013 arrivent avec La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker (11), Wolf Hall (Le Conseiller) d'Hilary Mantel (13), et Adieu, Torero d'Olivier Deck (16).  
 
Bon, j'arrête de vous barber avec des chiffres. Merci encore à tous pour vos visites, vos commentaires et nos échanges qui m'apportent toujours autant de plaisir. C'est reparti pour une année!

lundi 13 octobre 2014

Vongozero de Yana Vagner

Pour ceux qui aiment: La route de Cormac McCarthy

Après quelques semaines de blocus complet autour de la ville de Moscou, Anna et sa famille réalisent que l'épidémie qui a ravagé la capitale russe est maintenant à leur porte. Depuis leur banlieue moscovite, ils prennent en effet conscience que les barrages maintenant la quarantaine autour de la ville contaminée vont bientôt disparaître et que les derniers survivants tenteront par tous les moyens possibles de quitter la ville mourante. 

Anna et son mari Sergueï, rejoints très vite par un petit groupe de voisins et d'amis, se préparent ainsi à la fuite, avec pour destination Vongozero, une ville de l'extrême nord de la Russie. Dans une traversée désespérée du pays, poursuivis par l'avancée de l'épidémie et l'anarchie qui gagne très vite toute la région, ils vont devoir faire face à la violence d'hommes qui n'ont plus rien à perdre.

Premier roman de l'auteur russo-tchèque, Yana Vagner, Vongozero est un récit apocalyptique très (trop?) réaliste. Jugez par vous-même: un virus inconnu, extrêmement contagieux, qui tue à la vitesse grand V mais de manière plutôt banale, en provoquant des fièvres hémorragiques. Pas de transformation en zombie ou en pestiféré fou donc, juste une sorte de grippe qui ne laisse presque aucune chance à la personne infectée. Sans être alarmiste, je dois dire qu'avec les nouvelles récentes concernant la propagation d'Ebola, j'ai parfois passé des nuits agitées après la lecture de ce livre. 

Mais ce réalisme qui fait froid dans le dos est aussi la grande force de Vongozero. Yana Vagner a choisi de se concentrer sur le début de l'épidémie et sur ce seul petit groupe de fuyards, au lieu de dépeindre un nouvel ordre plus complexe, mais aussi potentiellement plus fantasque et éloigné de notre réalité.

Le lecteur suit ici les pensées d'Anna, tiraillée entre le besoin de conserver un certain vernis social et les sentiments plus vils éveillés par la promiscuité et le chaos. La peur et l'instinct de survie sont ainsi les forces centrales qui animent les personnages de ce roman. Si aucun d'eux ne m'a paru vraiment sympathique, (à part peut-être Boris) ou particulièrement proche, on ne peut s'empêcher de s'identifier à leurs émotions et de se demander comment nous, nous aurions réagi. Aurions-nous gardé nos valeurs? Serions-nous restés des "gens biens"? Ou aurions-nous mis la vie de nos proches au-dessus de celle d'inconnus, quitte à voler, à tuer, ou à simplement détourner les yeux? Et jusqu'où est-il possible de conserver la cohésion de ce groupe aux relations tendues?

J'ai ainsi suivi l'avancée d'Anna et de ses compagnons de route à travers la taïga avec appréhension, crispée moi aussi à l'approche de villages, et cela malgré qu'Anna soit un peu gourde (et je ne parle pas de Marina) ou que Serguei soit trop mielleux et "petit chef". J'ai vraiment cru à leurs aventures qui m'ont tenue en haleine tout en long de la traversée, et cela sans trop en faire, avec même un petit côté répétitif, mais un style simple et efficace. Petit bémol toutefois pour la fin que j'ai trouvée abrupte et très peu optimiste. Ou alors Yana Vagner nous réserve une suite? 

Un sujet qui peut sembler un peu rabattu, mais un traitement réaliste et sans artifice qui s'éloigne du genre post-apocalyptique pour se concentrer sur les émotions et la dynamique d'un groupe mis face à sa survie. Une très bonne découverte!

Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin… Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

D'une plume subtile, Yana Vagner happe le lecteur dès les premières pages avec ce récit d'une femme confrontée à une tension psychologique permanente et à une promiscuité subie, au coeur d'une Russie dévastée. 

Yana Vagner, née en 1973, a grandi au sein d’une famille russo-tchèque. Elle a travaillé comme interprète, animatrice radio, responsable logistique. Vongozero est son premier roman. Initialement publiée peu à peu sur le blog de l’auteur, cette histoire de survie magistrale a suscité un tel enthousiasme qu’elle a fait l’objet d’une enchère entre éditeurs. Elle a depuis été nominée au Prix National Bestseller, vendue au cinéma et traduite dans 4 pays.

Lecture faite dans le cadre de l'opération La Voie des Indés chez Libfly, que je remercie ainsi que Mirobole éditions. Je vous invite d'ailleurs à découvrir cette jeune maison d'édition, spécialisée littérature policière et littérature fantastique au catalogue vraiment original.

VAGNER Yana, Vongozero, ed. Mirobole, septembre 2014, 470p., traduit du russe par Raphaëlle Pache
VAGNER Yana, Vongozero, ed. Eksmo, 2011.

mercredi 1 octobre 2014

Terminus Allemagne d'Ursula Krechel

Pour ceux qui aiment: l'excellente mini-série allemande Generation War (vraiment saisissante!)

Trois ans après la fin de la guerre, Richard Kornitzer arrive à la gare de Lindau et retrouve sa femme, Claire, qu'il a quittée presque dix ans auparavant. Devenus presque étrangers l'un pour l'autre, Richard et Claire doivent réapprendre à vivre ensemble et reconstruire la vie aisée que le nazisme leur a volé: un emploi de juge perdu suite à la "mise à la retraite" de Richard en raison de ses origines juives; deux enfants envoyés en exil en Angleterre en 1938 qui ne (re)connaissent même plus leurs parents ou leur patrie; une nationalité allemande confisquée qu'il faut réclamer et réapprendre à aimer; dix années d'exil et d'injustices à digérer pour pouvoir aller de l'avant dans une Allemagne si pressée de faire un trait sur le passé.

Terminus Allemagne revient ainsi sur le parcours de Richard Kornitzer, de son retour d'Allemagne aux années 50, tout en évoquant également la montée du nazisme et de l'antisémitisme dans les années 30 et le parcours des exilés durant la guerre.

Vous allez peut-être me dire, "encore un livre sur la deuxième guerre mondiale"... Peut-être, mais ne renoncez pas à cette lecture pour cette raison, car l'originalité de ce roman est justement d'aborder une période, l'après-guerre, et un point de vue, les exilés allemands qui ont réussi à s'enfuir avant les grandes vagues d'arrestation, tous deux rarement traités dans la littérature.

Grâce à Ursula Krechel, j'ai ainsi découvert les difficultés de l'après-guerre pour les exilés et les survivants de la Shoah qui ont fait le choix de revenir au pays et de se battre pour être réintégrés et indemnisés, tout en faisant face aux difficultés communes à toute la population dans des villes allemandes largement détruites par les bombardements alliés. J'ai également refait le parcours des Kindertransport et essayé de comprendre le sentiment de ses enfants envoyés en Angleterre pendant presque dix ans, et qui doivent ensuite rejoindre l'Allemagne, pays qu'ils ont appris à détester durant la guerre. J'ai imaginé l'exil de ces allemands chassés de leur pays, réfugiés dans l'île de loisirs qu'était Cuba à l'époque, à l'abri de la guerre, au point d'être considérés à leur retour presque comme des privilégiés. Des situations et problématiques passionnantes, que je n'avais jamais vraiment creusées ou cherché à comprendre et qui pourtant soulèvent des interrogations éthiques, sociales, et humaines complexes. 

J'ai ainsi beaucoup aimé les deux premières parties du roman qui se concentrent sur le retour de Richard, les premières démarches pour réintégrer et retrouver son identité de juge allemand marié à la courageuse Claire, ainsi que sur les années 30 et l'exil de Richard à Cuba. J'ai peut-être trouvé la troisième partie sur les années 50 et les interminables démarches de Richard pour obtenir des réparations un peu longue et répétitive, mais non moins intéressante. Un dernier tiers peut-être plus difficile à lire en raison du personnage de Richard qui devient moins sympathique, trop centré sur les injustices faite à sa personne pour voir que le monde a continué d'avancer malgré l'énorme tas d'atrocités résultant de la guerre et qui touche presque tout un chacun. Une obstination qui vire vite au sentiment de persécution... Et on se reproche justement de penser cela, car qui sommes-nous pour juger des personnes qui ont tout perdu et tentent d'en récupérer au moins une partie, par honneur, par justice? Une question délicate et qui pourtant reste d'actualité (je pense aux fonds en déshérence dans les banques, ou aux oeuvres d'art spoliées aux juifs), ici traité sans compromis.

Le style d'Ursula Krechel ne m'a ni déplu, ni emballée mais il y a en tous cas une touche personnelle certaine, une construction des phrases à laquelle il faut s'habituer. Pareil pour le rythme de l'intrigue qui est parfois lent, puis très elliptique, donnant ainsi au lecteur l'impression que des faits lui sont cachés, que les personnalités et sentiments profonds des personnages restent bien enfouis. Cela peut donner au roman un côté un peu impersonnel, type compte-rendu judiciaire, voire même "arrangé". De très beaux passages toutefois qui nous transportent littéralement en Allemagne d'après-guerre:

"Il était arrivé. Arrivé, mais où. La gare était une gare terminus, les quais sans intérêt, une dizaine de voies, il entra alors dans le hall. C'était un grandiose artefact, une cathédrale en guise de gare, coiffée d'une voûte en berceau à caissons; par les fenêtres se déversait une lumière bleue, fluide et claire, comme une renaissance après un si long voyage. Les hauts murs du hall étaient revêtus de marbre sombre, "couleur chancellerie du Reich", aurait-il ironiquement qualifié cette teinte avant son exil, maintenant il la trouvait juste somptueuse et élégante, intimidante même. Le marbre n'avait pas été posé comme un simple revêtement, mais disposé en redents, ce qui donnait aux murs une structure rythmique. Un sol brillant, des hommes en uniforme impeccable, derrière les guichets, qui regardaient par une petite fenêtre rond, et des files de gens qui n'étaient pas si mal habillés que ça. (Pour les perdants de la guerre, pour les vaincus, songeait-il, ils gardaient la tête étonnamment haute.) p.11

En définitive, Terminus Allemagne est une lecture que je vous recommande, plus pour les nombreuses réflexions qu'elle provoque, que pour son intrigue qui manque parfois un peu de rythme.


Mars 1948, Richard Kornitzer débarque du train, sur les bords du lac de Constance. Dix ans qu'il n'a pas vu Claire, sa femme, qui l'attend sur le quai. Onze qu'il n'a pas vu ses enfants, cachés quelque part en Angleterre. 

Ainsi commence l'histoire d'une famille allemande a priori ordinaire - un couple à qui tout réussit, deux enfants ravissant-, si ce n'était les origines juives de Richard. De Lindau, ville paisible de Bavière, à Mayence, détruite par les bombardements alliés, ce roman raconte un homme qui se reconstruit auprès des siens, dans un pays lui-même en ruines. Inspiré d'une histoire vraie, Terminus Allemagne est un récit saisissant sur la persécution raciale, la douleur de l'exil, l'importance des racines. 

Couronné par le Prix du livre allemand en 2012, Terminus Allemagne a fait d'Ursula Krechel l'un des auteurs les plus reconnus Outre-Rhin. 

Ursula Krechel est née à Trèves (Allemagne) en 1947. Après des études d’allemand, de théâtre et d’histoire de l’art, sa carrière oscille entre le journalisme et le théâtre. Elle publie de la prose et du théâtre, mais est surtout reconnue pour sa poésie – jusqu’à la publication, en 2012, du roman Landgericht qui rencontre un succès sans précédent.

Je remercie les éditions Carnets Nord pour l'envoi de cette nouvelle découverte en littérature allemande.

KRECHEL Ursula, Terminus Allemagne, ed. Carnets Nord, septembre 2014, 438p., traduit de l'allemand (Allemagne) par Barbara Fontaine.
KRECHEL Ursula, Landgericht, ed. Jung und Jung, 2012

mercredi 10 septembre 2014

La shortlist du Booker Prize 2014

Un tout petit billet pour partager la shortlist du Booker Prize annoncée hier. Les 6 romans retenus par le jury sont donc: 

To Rise Again at a Decent Hour de Joshua Ferris (USA)
 
Un roman également shortlisté pour l'International Dylan Thomas Prize, au coude à coude avec le gagnant du Booker 2013, The Luminaries d'Eleanor Catton... Pour ma part, pas plus tentée que cela pour le moment, mais Cuné a aimé.

Paul O'Rourke est un dentiste réputé de New York en pleine crise de la quarantaine. Quand une page Twitter et Facebook apparaissent à son nom et relatent une vie bien plus excitante que la réalité, Paul commence à paniquer. Mais si Paul n'est pas l'auteur de cette vie virtuelle, qui peut bien être responsable? Une crise existentielle sur le mode de la comédie.

The Narrow Road to the Deep North de Richard Flanagan (Australie): 
 
Je suis très tentée par ce titre. J'ai lu globalement des avis positifs, même si certains mentionnent un peu d'inégalité entre les parties du roman. Il y a quand même de fortes chances qu'il atterrisse chez moi.
 
Deuxième guerre mondiale, dans un camp de prisonniers de guerre japonais affecté à la construction du chemin de fer traversant la jungle birmane: Dorrigo Evans raconte la folle passion qu'il a vécu deux ans plus tôt avec la femme de son oncle, tout en tentant de survivre et de maintenir le groupe d'hommes sous son commandement face à la maladie et aux privations extrêmes du camp.

 
 
 
We Are All Completely Beside Ourselves de Karen Joy Fowler (USA): 
 
A la base, je n'étais pas plus attirée que cela par ce récit d'ado... C'était sans compter une fois encore sur Cuné, en plus épaulée pour le coup par Cathulu qui ont réussi à me donner une envie irresistible de découvrir ce qui se cache à la page 77 de ce roman. Merci les filles ;-(
 
Le récit tragico-comique de la jeune Rosemary, qui raconte comment sa soeur et son frère ont disparu de sa vie pour ne laisser que le silence d'une famille détruite.

 
 
 
J de Howard Jacobson (UK): 
 
La question Finkler ne me tente pas du tout malgré son prix en 2010. Ce dernier roman n'a pas beaucoup plus éveillé ma curiosité mais le côté dystopie pourrait d'avantage me plaire. 
 
Dans un futur où les allusions au passé sont devenues taboues, mystérieuse et suspectes, deux jeunes gens tombent amoureux. Leur attraction est-elle un hasard, ou a-t-elle été planifiée?

 


 

The Lives of Others de Neel Mukherjee (UK): 

Pas en mood India pour le moment mais la jolie couverture pourrait m'y amener dans les prochains mois. A voir!

Calcutta, 1967: Supratik disparait du foyer familial pour rejoindre le mouvement de rébellion Naxalite. Petit à petit, c'est toute la famille Ghoshes qui se désintègre, dans une société au bord de l'implosion, où les fractures entre les générations deviennent inévitables.

How to Be Both de Ali Smith (UK): 

J'en connais une qui va être contente:-) Flo, la tribune est toute à toi pour en faire l'éloge dès que tu l'auras fini; je suis pour ma part complètement paumée face à ce résumé et l'univers de l'auteur... 

Un roman qui saute d'époque en époque, en adoptant différentes formes et en ignorant les frontières entre réalité et fiction. 







Et vous, ça vous inspire quoi cette shortlist? Des pronostics? Pour le moment, Neel Mukherjee et Ali Smith sont en tête chez les bookies... A suivre le 14 octobre.

lundi 8 septembre 2014

Le livre sur les quais de Morges: c'est déjà fini!

Tout d'abord, désolée pour le long silence de ce blog, en pleine période de rentrée littéraire, alors que tous les amoureux de livres s'activent pour trouver LA pépite parmi les centaines de nouveautés. Ne vous inquiétez pas, je poursuis ma propre quête et j'ai d'ailleurs plusieurs billets en préparation dans mes brouillons. Mais entre de grands changements au travail, des vacances qui approchent et donc des tâches à terminer avant de partir, un grand anniversaire et un petit mariage à organiser, je ne trouve simplement plus le temps pour ce blog ou pour visiter les vôtres. Retour à la normale espéré pour octobre.

En attendant, je voulais vous faire un petit résumé de mon dimanche au Livre sur les quais de Morges, un rendez-vous qui en est aujourd'hui à sa cinquième édition.

Après un été pourri, c'est sous un magnifique soleil que s'est donc déroulée la manifestation cette année. Un temps qui m'a d'ailleurs encouragée à tenter pour la première fois en cinq visites les fameuses croisières littéraires, activité phare du festival. J'ai eu le plaisir d'embarquer sur le bateau Henri Dunant, pour une rencontre, sans photo évidemment, avec l'auteur très secret et ancien agent des forces spéciales britanniques, Andy McNab. Après une introduction très "realpolitik" sur les menaces actuelles, de l'Ukraine à la Syrie, Andy McNab a évoqué sa participation à plusieurs projets Hollywoodiens, et les résultats d'une étude scientifique qui l'a classifié "good functioning psychopathe" bien intégré dans la société (une question d'absence de peur et d'empathie, et de fonctionnement différent du cerveau). Une rencontre intéressante bien qu'au final peu littéraire. Andy McNab reste un personnage intriguant, même si son attitude très détachée à l'évocation des actes criminels qu'on a en partie relié à ses livres m'a mise mal à l'aise. Au final, il ne m'a pas forcément donné envie de lire ses livres, mais la rencontre en petit comité, sur un bateau au milieu du lac Léman reste un concept sympathique (et probablement bénéfique pour les caisses du festival, CHF 10.- le tour d'une heure).

Sinon, peu d'auteurs parmi les 300 présents sous la tente ont retenu mon attention. Il faut dire que l'affluence m'a vit ôté l'envie de me balader. J'ai quand même pris plaisir à discuter avec Ian Manook de son roman Yeruldelgger, que je n'ai toujours pas lu malgré ma passion pour la Mongolie. A mettre dans les objectifs 2015! Et pour les fans, la sortie du deuxième tome est apparemment annoncée pour janvier 2015 et deux autres suivront probablement... J'ai également discuté brièvement avec Paul Lynch, qui avait l'air un peu perdu dans la foule et surpris du bon accueil francophone réservé à son premier roman, le tentant Un ciel rouge, le matin. Le salon ne manquait pas d'autres têtes d'affiche: Douglas Kennedy, Grégoire Delacourt, Emmanuel Carrère, Frédérique Deghelt, etc. mais j'avoue que le monde m'a découragée de trop m'y attarder.

A la place, j'ai suivi la conférence sur la littérature qui s'empare des figures historiques avec Gilbert Sinoué, Anne Cuneo et Lola Lafon. Tous trois ont refusé l'étiquette de romans historiques, préférant parler de littérature tout simplement. Anne Cuneo a expliqué que son travail autour de ses personnages historiques consistait à prendre un squelette et à en refaire un corps, un processus qui nécessite au final autant d'imagination que l'écriture d'une fiction pure. Une image partagée par Gilbert Sinoué qui a toutefois précisé qu'en s'attaquant, dans son dernier roman, à un personnage comme Ghandi, il se devait d'être extrêmement respectueux du fait historique. Traitant d'un personnage encore vivant, Lola Lafon a expliqué que sa démarche avait été légèrement différente, parlant plus d'aller au-delà de l'image. A la question inévitable sur la réaction de Nadia Comaneci, Lola Lafon a confirmé que l'ancienne gymnaste était au courant de la parution du livre et y a réagi de manière très "communiste" en disant ne pas comprendre ce qui avait intéressé l'auteur, qu'elle n'avait fait "que son travail". Enfin tous les trois ont expliqué ne pas vouloir éduquer le lecteur à travers leurs romans; Anne Cuneo ajoutant même, avec son légendaire humour, qu'elle s'en fichait que le lecteur apprenne quelque chose à la lecture de ses livres, que ce n'était pas son but.

Enfin, j'ai aimé les confessions express de Philipp Meyer et d'Alexander Maksik sur leurs années de galère avant la parution de leur roman. Deux personnalités qui m'ont plu et donné envie de découvrir leur livre, respectivement Le Fils qui vient de sortir et La mesure de la dérive. Enfin Donald Ray Pollock, auteur un peu bourru mais plutôt attachant, ayant débuté sa carrière à l'âge de 50 ans, a raconté l'origine de son livre Knockemstiff et l'ambiance très noire mais apparemment inspirante de son enfance. 

Une belle journée au final pour un concept qui me plait toujours autant mais qui gagnerait à rester petit et intime. Le succès du festival rend tout cela difficile mais c'est une reconnaissance méritée pour les organisateurs. 

Vivement l'année prochaine!

mercredi 30 juillet 2014

Souviens-toi de demain de Vanessa Caffin

Pour ceux qui aiment: Avant d'aller dormir de S. J. Watson 

Suite à une agression et après quelques semaines passées dans le coma, Charlie se réveille amnésique, sans aucun souvenir de sa vie passée et des événements qui l'ont menée à l'hôpital. Pire, sa mémoire est incapable d'enregistrer de nouveaux souvenirs et elle se réveille donc tous les matins, complètement perdue. Aidée d'un carnet dans lequel elle inscrit les informations collectées au fil des jours, Charlie se lance à la poursuite de son passé et tente de comprendre l'étrange message qu'elle semble s'être adressée: "Je vais mourir. Retrouver mon mari, retrouver Adam."

L'amnésie est un thème que je trouve généralement très prometteur et qui, bien exploité, peut donner des intrigues passionnantes. Je pense par exemple au film Memento de Christopher Nolan, à la série des Robert Ludlum, voire même dans un genre plus sensible à La vie d'une autre de Frédérique Deghelt. La barre était donc placée assez haut pour ce nouveau roman de Vanessa Caffin... trop haut malheureusement. 

Comparé à ses prédécesseurs, j'ai trouvé Souviens-toi de demain brouillon et peu crédible. Les réactions de Charlie m'ont paru étranges et incompréhensibles. En essayant de me mettre à sa place, non, je ne m’enfuirais pas de l'hôpital pour mener ma petite enquête mais attendrais bien patiemment que les médecins ou la police s'occupe de mon cas. J’inscrirais des notes très précises dans mon carnet plutôt que quelques bribes que je ne comprendrais plus le lendemain. Et si la nuit me faisait tout oublier... et bien je n'irais plus me coucher ;-) Non plus sérieusement, j'ai eu de la peine à suivre Charlie car j'ai trouvé qu'elle se comportait comme une "benêtte", d'où un degré de compassion proche de zéro à la lecture.   

De plus, le style de Vanessa Caffin m'a semblé sans relief et même parfois maladroit; par exemple: "Elle se perdit plusieurs fois dans les couloirs avant de retrouver sa chambre et dut demander l'aide d'une infirmière pour arriver à bon port." (p.36). Je ne sais pas vous, mais je trouve cet extrait, sans être catastrophique, mal construit. Les dialogues sont aussi un peu trop série B et l'ensemble passablement répétitif.   

Une rencontre ratée pour ma part, et c'est bien dommage, car il y a aussi de bons éléments dans ce roman, en particulier l'aspect manipulation qui est plutôt original et la fin convaincante et bien trouvée. A vous de tester!

Victime d’une agression, Charlie Longe se réveille à l’hôpital totalement amnésique. Non seulement elle a tout oublié de son passé, mais elle est incapable d’enregistrer de nouveaux souvenirs. Pour ne pas perdre le fil des événements, elle tient un journal. Sur la première page figurent quelques lignes pour le moins troublantes : « Je vais mourir. Retrouver mon mari, retrouver Adam », ainsi qu’un numéro de téléphone portable. Est-elle menacée ? Qu’est-il arrivé à Adam ? Pourquoi ne lui répond-on jamais lorsqu’elle appelle à ce numéro ? Déterminée à reconstruire le puzzle de sa vie, la jeune femme part en quête de la vérité, avec ses notes comme seule boussole ainsi que le badge d’une agence de publicité où elle semblait travailler avant son accident. Mais tout sonne faux et la voilà saisie d’une affolante paranoïa, d’autant plus que son entourage paraît s’acharner à brouiller les pistes. Charlie le sait, elle ne peut se fier à personne, ni même à sa mémoire…

Porté par une écriture efficace et des dialogues percutants, Souviens-toi de demain entraîne irrésistiblement le lecteur dans une descente aux enfers dont il ne ressortira pas indemne.
Un thriller psychologique palpitant, jusqu’au rebondissement final… machiavélique !


Journaliste et scénariste, Vanessa Caffin a publié en 2008 aux éditions Anne Carrière un premier roman très remarqué, J’aime pas l’amour, ou trop peut-être, suivi en 2010 de Mémoire vive aux éditions Belfond. Rossmore Avenue, paru chez le même éditeur, a été sélectionné pour être présenté au Festival du film de Berlin 2011. Créatrice et animatrice de Pitch Elevator, l’émission culte de yahoo.fr, elle termine l’écriture de son premier long-métrage.

Merci aux éditions Calmann-Lévy pour l'envoi de ce livre. Je suis clairement du côté des schtroumpfs grognons pour ce roman et je vous invite donc à lire les avis bien plus positifs sur Babelio.

CAFFIN Vanessa, Souviens-toi de demain, ed. Calmann-Lévy, mars 2014, 240p.

jeudi 24 juillet 2014

Longlist du Booker Prize 2014

La Longlist du Man Booker Prize 2014 a été annoncée hier et cette sélection qui s'ouvre pour la première fois à tous les livres écrits en anglais (et pas seulement aux auteurs british et issus du Commonwealth) est plutôt alléchante. Les 13 romans retenus par le jury, présidé cette année par le philosophe Anthony Grayling, sont: 

To Rise Again at a Decent Hour de Joshua Ferris (USA): Paul O'Rourke est un dentiste réputé de New York en pleine crise de la quarantaine. Quand une page Twitter et Facebook apparaissent à son nom et relatent une vie bien plus excitante que la réalité, Paul commence à paniquer. Mais si Paul n'est pas l'auteur de cette vie virtuelle, qui peut bien être responsable? Une crise existentielle sur le mode de la comédie.

The Narrow Road to the Deep North de Richard Flanagan (Australie): Depuis un camp de prisonniers de guerre japonais, durant la deuxième guerre mondiale, Dorrigo Evans raconte la folle passion qu'il a vécu deux ans plus tôt avec la femme de son oncle, tout en tentant de survivre et de maintenir le groupe d'hommes sous son commandement face à la maladie et aux privations extrêmes du camp.

We Are All Completely Beside Ourselves de Karen Joy Fowler (USA): Le récit tragico-comique de la jeune Rosemary, qui raconte comment sa soeur et son frère ont disparu de sa vie pour ne laisser que le silence d'une famille détruite.

The Blazing World de Siri Hustvedt (USA): Furieuse de ne pas être reconnue pour son art, Harriet Burden tente une expérience: elle créée une nouvelle exposition qu'elle fait passer pour le travail de trois artistes masculins. Racontés plusieurs années après la mort d'Harriet, les événements nous sont contés à travers le témoignage de son amant, de ses enfants et amis, ainsi que d'extraits de son journal ou d'articles publiés.
 
J de Howard Jacobson (UK): Dans un futur où les allusions au passé sont devenues taboues, mystérieuse et suspectes, deux jeunes gens tombent amoureux. Leur attraction est-elle un hasard, ou a-t-elle été planifiée?

The Wake de Paul Kingsnorth (UK): Suite à l'invasion normande de 1066, Buccmaster d'Hollande réunit un groupe de guerriers et se lance à l'assaut des envahisseurs. Un roman écrit avec un anglais moyenâgeux semi-inventé qui recrée la vie des Anglo-saxons du 11ème siècle.

The Bone Clocks de David Mitchell (UK): En 1984, l'adolescente en fuite Holly Sykes rencontre une étrange femme qui lui demande l'"asile". Il faudra plusieurs années à Holly pour comprendre que cette femme cherchait avant tout à se mettre à l'abri d'une guerre sans merci qui se joue aux frontièrex de notre monde. Un roman décrit comme un thriller métaphysique.

The Lives of Others de Neel Mukherjee (UK): Calcutta, 1967: Supratik disparait du foyer familial pour rejoindre le mouvement de rébellion Naxalite. Petit à petit, c'est toute la famille Ghoshes qui se désintègre, dans une société au bord de l'implosion, où les fractures entre les générations deviennent inévitables.

Us de David Nicholls (UK): Alors que son mariage part en morceau, Douglas Petersen voit dans les vacances d'été et leur grand tour des villes européennes une opportunité de reconquérir sa femme, Connie.

The Dog de Joseph O'Neill (Irlande): Brisé par une rupture, un avocat new-yorkais accepte l'offre d'un ami et part s'installer à Dubaï pour servir de gestionnaire de fortune d'une famille immensément riche. Une occasion en or qui va très vite se transformer en enfer. 

Orfeo de Richard Powers (USA): Suite à une descente de police, le compositeur septuagénaire, Peter Els, s'enfuit paniqué. Ses expériences en microbiologie sur la musique et l'homme ont attiré l'attention du gouvernement qui le considère comme un bioterroriste. Sentant le noeud se resserrer, Els échafaude un plan pour une dernière oeuvre magistrale et calamiteuse qui lui offrira l'audience phénoménale dont il a toujours rêvé. 

How to Be Both de Ali Smith (UK): Un roman qui saute d'époque en époque, en adoptant différentes formes et en ignorant les frontières entre réalité et fiction.

History of the Rain de Niall Williams (Irelande): Ruth Swain est grabataire. Pour occuper ses journées, elle tente de comprendre l'histoire de sa famille et de son père, un poète aujourd'hui disparu, en parcourant les 3958 livres que ce dernier lui a légué.
J Howard Jacobson (Jonathan Cape) 
Us, David Nicholls (Hodder & Stoughton)
The Dog, Joseph O'Neill (Fourth Estate)
Orfeo, Richard Powers (Atlantic Books)
How to be Both, Ali Smith (Hamish Hamilton)
- See more at: http://www.themanbookerprize.com/news/longlist-2014-announced#sthash.1pydQITJ.dpuf

Comparé aux années précédentes, on retrouve peu d'auteurs "ethniques" (mis à part l'auteur britannique, Neel Mukherjee née en Inde) dans cette sélection qui semble faire la part belle aux poids lourds des librairies... tout en ignorant Donna Tartt, une omission qui fait pas mal de bruit dans les médias.

Personnellement, je suis tentée par le Richard Flanagan. Je suis également très intriguée par The Wake et son vieil anglais mais j'ai peur de ne rien comprendre et je laisserai donc probablement Mr. Z jouer au cobaye (cas intéressant à suivre en cas de traduction...). Je ne suis pas sûre d'avoir vraiment compris l'intrigue de David Mitchell mais il pourrait a priori m'intéresser aussi... sauf que ses deux précédents romans trainent toujours dans ma PAL et j'essaierai donc d'être raisonnable. Pareil pour le Joseph O'Neill dont il me reste à lire Netherland et le Richard Powers, auteur que je n'ai encore jamais lu malgré les 2-3 titres présents dans ma PAL. En même temps, Orfeo a l'air franchement costaud et complètement barré (un vrai Lot 49), et je ne suis franchement pas sûre d'accrocher à ce délire musical. Même impression pour How to Be Both d'Ali Smith qui me semble plutôt obscure à ce stade. Enfin, History of the Rain de Niall Williams a l'air plutôt tentant mais j'ai lu un avis franchement mitigé le décrivant comme un roman complètement ampoulé de références littéraires... A voir donc!

Et vous, des envies?

La shortlist sera annoncée le 9 septembre, avant le choix final prévu pour le 14 octobre. Le favori des bookies est pour le moment The Lives of Others de Neel Mukherjee, talonné par David Mitchell et Ali Smith.

vendredi 18 juillet 2014

Ninive d'Henrietta Rose-Innes


Pour ceux qui aiment: J. M. Coetzee

Ninive est une ville de l'empire Assyrien antique. Aujourd'hui située près de Mossoul en Irak, elle était, jusqu'au VIème siècle avant J.-C., un important carrefour commercial, riche et parsemée de merveilleux palais, avant de s'effondrer sous les assauts des Babyloniens et des Mèdes (ou par punition divine selon l'Ancien Testament). Des inondations auraient également participé à la chute de sa massive muraille protectrice, conduisant à sa perte cette grandiose cité.

Le titre du premier roman traduit de l'auteur sud-africaine Henrietta Rose-Innes n'est ainsi pas complètement innocent. La Ninive moderne de son livre est une cité huppée, nouvellement construite dans la banlieue de Cape Town. Seulement voilà, une invasion de coléoptères a empêché jusqu'ici les nouveaux propriétaires de s'y installer. Le promoteur fait alors appel à Katya, de Painless Pests Relocation, une entreprise spécialisée dans la gestion des indésirables. L'occasion pour Katya d'une plongée étrange dans les racines et l'histoire de sa famille.

Comme une balade au fil de l'eau et du marais, j'ai suivi Katya à la découverte de Ninive et de sa nature cachée mais luxuriante. Il est difficile de décrire le thème central de ce roman, mélange entre un émerveillement pour le monde sous-terrain des insectes et autres nuisibles et belle réflexion sur l'héritage familial et la difficulté d'échapper à son influence aussi lourd soit-il. Katya est un personnage attachant, parfois impulsive, parfois contemplative; parfois grognon, d'autres fois drôle ou sensible. Elle est de plus entourée d'une brochette de personnages tout aussi originale et bien croquée, dont un père, Len, auquel elle a tenté d'échapper et qui refait pourtant surface dans les eaux boueuses de Ninive.

Ninive est un roman à l'intrigue simple mais étonnante, qui berce son lecteur tout en abordant des thèmes durs tels que la pauvreté des townships sud-africains, les inégalités frappantes de ce pays, ou la violence familiale. Je peine à vous expliquer pourquoi, mais c'est un roman qui m'a beaucoup plu et touchée.

Un roman sur l'amour filial au-delà des conflits et désaccords qui touche le lecteur sans le violenter.

L'univers de Ninive est aussi prenant, original, tragique que drôle. Ces qualités, l'héroïne du roman en hérite: Katya, la trentaine, vit au Cap dans une maison qui se fissure. Avec son entreprise de dératisation-désinsectisation, elle n'éradique pas, elle délocalise. Chenilles, geckos, pigeons, serpents, tous elle les déplace. Dans un monde chaotique, elle veut maintenir un ordre «humain» et «alternatif» et y trouver une place, elle dont les racines sont si peu profondes.

La nature dans ce roman n'est pas seulement belle et puissante, elle est bien souvent révélatrice des démons intérieurs des personnages, de ceux de Katya en particulier. Le regard que Katya porte sur elle-même, sur sa famille et sur le monde est lucide, insolite, captivant. Et tendre, malgré la violence.

Ce premier roman traduit en français d'Henrietta Rose-Innes, au ton aussi impertinent qu'empathique, confirme la réputation de cette Sud-Africaine comme l'une des jeunes voix les plus remarquables de la littérature très riche et vivante de son pays. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du
Caine Prize qu'elle a remporté en 2008.

Je remercie Babelio et les éditions Zoé pour la découverte de ce beau roman. Je suis maintenant très déçue d'avoir loupé l'auteur au Salon du Livre de Genève... Petit espoir pour le Livre sur les quais en septembre...

tous les livres sur Babelio.com

ROSE-INNES Henrietta, Ninive, ed. Zoé, avril 2014, 320p., traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Elisabeth Gilles
ROSE-INNES Henrietta, Nineveh, ed. Random House, août 2011, 207p.