lundi 13 octobre 2014

Vongozero de Yana Vagner

Pour ceux qui aiment: La route de Cormac McCarthy

Après quelques semaines de blocus complet autour de la ville de Moscou, Anna et sa famille réalisent que l'épidémie qui a ravagé la capitale russe est maintenant à leur porte. Depuis leur banlieue moscovite, ils prennent en effet conscience que les barrages maintenant la quarantaine autour de la ville contaminée vont bientôt disparaître et que les derniers survivants tenteront par tous les moyens possibles de quitter la ville mourante. 

Anna et son mari Sergueï, rejoints très vite par un petit groupe de voisins et d'amis, se préparent ainsi à la fuite, avec pour destination Vongozero, une ville de l'extrême nord de la Russie. Dans une traversée désespérée du pays, poursuivis par l'avancée de l'épidémie et l'anarchie qui gagne très vite toute la région, ils vont devoir faire face à la violence d'hommes qui n'ont plus rien à perdre.

Premier roman de l'auteur russo-tchèque, Yana Vagner, Vongozero est un récit apocalyptique très (trop?) réaliste. Jugez par vous-même: un virus inconnu, extrêmement contagieux, qui tue à la vitesse grand V mais de manière plutôt banale, en provoquant des fièvres hémorragiques. Pas de transformation en zombie ou en pestiféré fou donc, juste une sorte de grippe qui ne laisse presque aucune chance à la personne infectée. Sans être alarmiste, je dois dire qu'avec les nouvelles récentes concernant la propagation d'Ebola, j'ai parfois passé des nuits agitées après la lecture de ce livre. 

Mais ce réalisme qui fait froid dans le dos est aussi la grande force de Vongozero. Yana Vagner a choisi de se concentrer sur le début de l'épidémie et sur ce seul petit groupe de fuyards, au lieu de dépeindre un nouvel ordre plus complexe, mais aussi potentiellement plus fantasque et éloigné de notre réalité.

Le lecteur suit ici les pensées d'Anna, tiraillée entre le besoin de conserver un certain vernis social et les sentiments plus vils éveillés par la promiscuité et le chaos. La peur et l'instinct de survie sont ainsi les forces centrales qui animent les personnages de ce roman. Si aucun d'eux ne m'a paru vraiment sympathique, (à part peut-être Boris) ou particulièrement proche, on ne peut s'empêcher de s'identifier à leurs émotions et de se demander comment nous, nous aurions réagi. Aurions-nous gardé nos valeurs? Serions-nous restés des "gens biens"? Ou aurions-nous mis la vie de nos proches au-dessus de celle d'inconnus, quitte à voler, à tuer, ou à simplement détourner les yeux? Et jusqu'où est-il possible de conserver la cohésion de ce groupe aux relations tendues?

J'ai ainsi suivi l'avancée d'Anna et de ses compagnons de route à travers la taïga avec appréhension, crispée moi aussi à l'approche de villages, et cela malgré qu'Anna soit un peu gourde (et je ne parle pas de Marina) ou que Serguei soit trop mielleux et "petit chef". J'ai vraiment cru à leurs aventures qui m'ont tenue en haleine tout en long de la traversée, et cela sans trop en faire, avec même un petit côté répétitif, mais un style simple et efficace. Petit bémol toutefois pour la fin que j'ai trouvée abrupte et très peu optimiste. Ou alors Yana Vagner nous réserve une suite? 

Un sujet qui peut sembler un peu rabattu, mais un traitement réaliste et sans artifice qui s'éloigne du genre post-apocalyptique pour se concentrer sur les émotions et la dynamique d'un groupe mis face à sa survie. Une très bonne découverte!

Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin… Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

D'une plume subtile, Yana Vagner happe le lecteur dès les premières pages avec ce récit d'une femme confrontée à une tension psychologique permanente et à une promiscuité subie, au coeur d'une Russie dévastée. 

Yana Vagner, née en 1973, a grandi au sein d’une famille russo-tchèque. Elle a travaillé comme interprète, animatrice radio, responsable logistique. Vongozero est son premier roman. Initialement publiée peu à peu sur le blog de l’auteur, cette histoire de survie magistrale a suscité un tel enthousiasme qu’elle a fait l’objet d’une enchère entre éditeurs. Elle a depuis été nominée au Prix National Bestseller, vendue au cinéma et traduite dans 4 pays.

Lecture faite dans le cadre de l'opération La Voie des Indés chez Libfly, que je remercie ainsi que Mirobole éditions. Je vous invite d'ailleurs à découvrir cette jeune maison d'édition, spécialisée littérature policière et littérature fantastique au catalogue vraiment original.

VAGNER Yana, Vongozero, ed. Mirobole, septembre 2014, 470p., traduit du russe par Raphaëlle Pache
VAGNER Yana, Vongozero, ed. Eksmo, 2011.

8 commentaires:

  1. A mes yeux, ce livre ne peut être comparé à "La Route", ne serait-ce que parce qu'il suscite un terrible ennui (sans parler du style, une traduction de l'américain et l'autre du russe, c'est difficile). J'ai trouvé ce roman de Yana Vagner beaucoup trop long et surtout, il n'a suscité en moi aucune des interrogations que tu évoques et que j'aurais justement bien voulu voir traitées.
    Ceci dit, comme je ne lis partout que des éloges de ce roman, je dois avoir chaussé les mauvaises lunettes ;-)

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    1. Non, non, je ne pense pas que tu doives changer de lunettes. Je suis d'accord que Vongozero est en-dessous de La Route, plus simpliste, moins abouti. En même temps, on est encore au début du chaos... Il y a pleins de petits défauts dans ce roman mais je ne sais pas, le tout a fonctionné sur moi. Peut-être l'ambiance de ma lecture a aidé. Je l'ai lu lors d'un long trajet en voiture, avec chaque heure les news sur Ebola à la radio; ça aide à s'identifier, probablement.

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  2. Je me situe au milieu entre Sandrine sceptique et toi enthousiaste, j'ai aimé ce livre que j'ai lu facilement mais j'ai trouvé que les personnages manquaient un peu de profondeur et peut être aussi qu'il y a quelques longueurs, ceci dit j'ai passé un bon moment

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    1. Je n'irais pas jusqu'à enthousiaste car, comme toi, j'ai trouvé que les personnages auraient pu être plus approfondis et le livre raccourci. Mais en même temps, ces répétitions et le profil un peu banal des personnages ajoutent pour moi du réalisme au livre. Du coup, j'ai lu le livre comme si j'étais moi-même dans la voiture avec Anna.
      Bref, comme tu dis, un bon moment de lecture, efficace. J'ai lu quelque part qu'il y avait une suite...?

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  3. Bon, vous ne me donnez plus envie de le lire (je n'ai pas aimé La route, surtout à cause de l'écriture, car je n'ai rien contre le post apocalyptique)
    Quant à la voie des indés, je commence à douter de recevoir le livre promis (paru mi septembre...)

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    1. Ah non, je pensais justement que c'était un livre qui pourrait te plaire... Le style est vraiment très très éloigné de La route. Et bon, là on est plutôt dans le roman pre- apocalyptique en fait.
      Zut pour la voie des indés. J'espère que tu recevras le roman choisi très vite. Tu avais jeté ton dévolu sur quoi?

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  4. J'ai craqué pour suite au billet de Dominique et je suis ravie de voir que tu es très enthousiaste ;0) Moi j'ai hâte de le lire, je n'ai pas d'appréhension, peut-être parce que je n'ai jamais eu envie de lire La route (bien trop sombre et glauque pour moi). Bises, bon week end (et je rajoute ton billet avec celui de dominique dans vos billets tentateurs)

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    1. Le sujet n'est pas hyper joyeux mais on est pas dans le glauque non plus. C'est juste très réaliste (et du coup, un peu déprimant quand même). J'espère qu'il te plaira...

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