mardi 31 mai 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Celeste Ng

Pour ceux qui aiment: l'ambiance du film Blue Valentine de Derek Cianfrance

Lydia Lee, adolescente de 16 ans, est retrouvée noyée, au fond du lac non loin de chez elle. Très vite, la police conclut à un suicide, mais sa famille peine à l'accepter. Pourquoi leur fille, si intelligente et populaire, qui se destinait à une carrière de médecin, aurait voulu mettre fin à ses jours? Au fil du roman, Celeste Ng nous démêle les fils complexes de cette famille à la fois différente et universelle, grattant petit à petit le vernis du masque si jolie et lisse de Lydia Lee.

Une fois passé ce titre à rallonge, le roman de Celeste Ng se révèle être une vraie pépite. J'ai été complètement happée par cette intrigue, qui est pourtant loin des thrillers et du rythme haletant auquel nous ont habitué les éditions Sonatine. Au contraire, Tout ce qu'on ne s'est jamais dit est un roman introspectif, qui prend son temps et déroule tout en finesse l'histoire tragique d'une famille entre grandes aspirations et regrets d'une vie. 

Sans en avoir l'air, Celeste Ng aborde des thèmes aussi passionnants que la quête d'identité, l'intégration des minorités asiatiques aux USA, ou encore l'émancipation des femmes d'après-guerre. L'intrigue et le rythme sont très élégamment maîtrisés et le lecteur se retrouve très vite complètement piégé dans cette intrigue étouffante.

Un (premier!) roman d'une grande subtilité, beau, triste et bouleversant. A lire, vraiment!

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l'ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu'elle n'a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d'université d'origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu'il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d'un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l'adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.
Des secrets si longtemps enfouis qu'au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu'on ne s'est jamais dit distille un suspense d'une rare efficacité. Mais ce livre qu'on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l'univers de Laura Kasischke.

En distinguant cette œuvre envoûtante comme l'un des meilleurs romans de l'année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d'un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d'un million d'exemplaires.

NG Celeste, Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, ed. Sonatine, mars 2016, 320p., traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau. 
NG Celeste, Everything I never told you, ed. Blackfriars, août 2014, 305p. 


jeudi 26 mai 2016

Morphine de Szczepan Twardoch


Pour ceux qui aiment: Les Bienveillantes de Jonathan Littell

C'est en 1939, dans une Varsovie conquise par les allemands, que nous emmène l'auteur polonais Szczepan Tardoch. Avec la défaite de la Pologne, son anti-héros, Konstanty Willemann, fait face à un choix difficile. Fils d'un officier allemand et d'une mère devenue polonaise presque par défi, Konstanty peine à définir sa propre identité. Les limites deviennent encore plus floues lorsque la résistance polonaise lui demande d'embrasser sa nationalité allemande pour infiltrer l'ennemi et côtoyer la société des vainqueurs. Un geste pour la gloire, pour la Pologne et pour sa femme mais arrivera-t-il à ne pas se perdre?

J'ai tout de suite été attirée par le résumé de ce roman qui promettait le récit intime d'une Pologne tout juste vaincue. Un contexte que j'ai trouvé très intéressant car éloigné de l'évocation plus connue des ghettos ou des camps.

Cependant, j'ai eu énormément de peine à entrer dans l'histoire. En cause, le personnage principal qu'il est tout simplement impossible d'apprécier: il est lâche, morphinomane, hommes à femmes et meurtrier, pour ne citer que quelques-unes de ses qualités. J'ai beaucoup pensé aux Bienveillantes de Littell et à Aue, son officier SS embarqué presque par erreur dans les atrocités de la guerre. Et pourtant, à choisir entre Konstanty, résistante polonais, et Aue, je passerais plus volontiers une soirée avec le membre des SS, c'est dire.

Le style également est très perturbant. Konstanty est en permanence suivi par une sorte de conscience dont les pensées s'entremêlent à celles de notre héros. Dans un mélange maitrisé mais compliqué, la narration passe ainsi du "je" au "il", de Konstanty à sa conscience, parfois dans la même phrase, à grands renforts de répétitions. Le tout donne l'impression d'un dialogue complètement schizophrène et entêtant, mais épuisant à la lecture, voire au final lassant.

Un roman d'une grande originalité, pour son thème et sa forme, mais un style et une narration qui m'ont fatiguée au point de perdre tout intérêt pour l'intrigue et son héros que j'avais déjà tant de peine à suivre. Une rencontre ratée mais un roman qui pourrait enchanter un autre lecteur exigeant et moins fatigué que moi en ce moment.

Varsovie, 1939. Le lieutenant Konstanty Willemann erre dans la ville bombardée où l’occupation allemande étouffe toute liberté. Celui qui n’était avant-guerre qu’un dandy, un père et un mari inconstants, un noceur dévorant l’argent de sa famille dans les clubs les plus chics, se retrouve soudain au-dessus d’un abîme. Konstanty a été élevé par sa mère dans la langue et la culture polonaises, mais son père était un aristocrate allemand, officier de carrière. Est-il donc un vaincu ou appartient-il à la race des vainqueurs ? Ni l’un ni l’autre, au fond, puisque ce sont les femmes, toutes les femmes, qui forment son pays. Avec chacune, d’ailleurs, sa personnalité change et ce sont elles qui déterminent son destin, son entrée dans la Résistance polonaise, ses missions et ses revirements. Avec son allemand parfait, Konstanty devient un élément précieux de l’armée clandestine, mais la patrie ne lui est rien ; il se soumet de plus en plus à deux maîtresses tyranniques – la morphine et la noire Salomé. Féminine est aussi la voix qui le poursuit. Est-ce la destinée qui s’adresse à lui, est-ce la mort, est-ce la drogue ? Elle connaît le passé et le sombre avenir.

Merci à Babelio et à l'éditeur pour l'envoi de ce livre. Petite pic pour la couverture que je trouve personnellement un peu moche alors que les éditions Noir sur Blanc m'enchantent généralement de ce côté-là. J'avoue cependant que cela donne une très bonne idée de l'ambiance angoissante du roman. A choisir, je préfère la couverture originale, toute aussi parlante et flippante mais moins brouillon à mon avis.

TWARDOCH Szczepan, Morphine, ed. Noir sur Blanc, janvier 2016, 560p, traduit de polonais par Kamil Barbarski
TWARDOCH Szczepan, Morfina, ed. Wydawnictwo Literackie, 2012, 582p. 

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