jeudi 26 mai 2016

Morphine de Szczepan Twardoch


Pour ceux qui aiment: Les Bienveillantes de Jonathan Littell

C'est en 1939, dans une Varsovie conquise par les allemands, que nous emmène l'auteur polonais Szczepan Tardoch. Avec la défaite de la Pologne, son anti-héros, Konstanty Willemann, fait face à un choix difficile. Fils d'un officier allemand et d'une mère devenue polonaise presque par défi, Konstanty peine à définir sa propre identité. Les limites deviennent encore plus floues lorsque la résistance polonaise lui demande d'embrasser sa nationalité allemande pour infiltrer l'ennemi et côtoyer la société des vainqueurs. Un geste pour la gloire, pour la Pologne et pour sa femme mais arrivera-t-il à ne pas se perdre?

J'ai tout de suite été attirée par le résumé de ce roman qui promettait le récit intime d'une Pologne tout juste vaincue. Un contexte que j'ai trouvé très intéressant car éloigné de l'évocation plus connue des ghettos ou des camps.

Cependant, j'ai eu énormément de peine à entrer dans l'histoire. En cause, le personnage principal qu'il est tout simplement impossible d'apprécier: il est lâche, morphinomane, hommes à femmes et meurtrier, pour ne citer que quelques-unes de ses qualités. J'ai beaucoup pensé aux Bienveillantes de Littell et à Aue, son officier SS embarqué presque par erreur dans les atrocités de la guerre. Et pourtant, à choisir entre Konstanty, résistante polonais, et Aue, je passerais plus volontiers une soirée avec le membre des SS, c'est dire.

Le style également est très perturbant. Konstanty est en permanence suivi par une sorte de conscience dont les pensées s'entremêlent à celles de notre héros. Dans un mélange maitrisé mais compliqué, la narration passe ainsi du "je" au "il", de Konstanty à sa conscience, parfois dans la même phrase, à grands renforts de répétitions. Le tout donne l'impression d'un dialogue complètement schizophrène et entêtant, mais épuisant à la lecture, voire au final lassant.

Un roman d'une grande originalité, pour son thème et sa forme, mais un style et une narration qui m'ont fatiguée au point de perdre tout intérêt pour l'intrigue et son héros que j'avais déjà tant de peine à suivre. Une rencontre ratée mais un roman qui pourrait enchanter un autre lecteur exigeant et moins fatigué que moi en ce moment.

Varsovie, 1939. Le lieutenant Konstanty Willemann erre dans la ville bombardée où l’occupation allemande étouffe toute liberté. Celui qui n’était avant-guerre qu’un dandy, un père et un mari inconstants, un noceur dévorant l’argent de sa famille dans les clubs les plus chics, se retrouve soudain au-dessus d’un abîme. Konstanty a été élevé par sa mère dans la langue et la culture polonaises, mais son père était un aristocrate allemand, officier de carrière. Est-il donc un vaincu ou appartient-il à la race des vainqueurs ? Ni l’un ni l’autre, au fond, puisque ce sont les femmes, toutes les femmes, qui forment son pays. Avec chacune, d’ailleurs, sa personnalité change et ce sont elles qui déterminent son destin, son entrée dans la Résistance polonaise, ses missions et ses revirements. Avec son allemand parfait, Konstanty devient un élément précieux de l’armée clandestine, mais la patrie ne lui est rien ; il se soumet de plus en plus à deux maîtresses tyranniques – la morphine et la noire Salomé. Féminine est aussi la voix qui le poursuit. Est-ce la destinée qui s’adresse à lui, est-ce la mort, est-ce la drogue ? Elle connaît le passé et le sombre avenir.

Merci à Babelio et à l'éditeur pour l'envoi de ce livre. Petite pic pour la couverture que je trouve personnellement un peu moche alors que les éditions Noir sur Blanc m'enchantent généralement de ce côté-là. J'avoue cependant que cela donne une très bonne idée de l'ambiance angoissante du roman. A choisir, je préfère la couverture originale, toute aussi parlante et flippante mais moins brouillon à mon avis.

TWARDOCH Szczepan, Morphine, ed. Noir sur Blanc, janvier 2016, 560p, traduit de polonais par Kamil Barbarski
TWARDOCH Szczepan, Morfina, ed. Wydawnictwo Literackie, 2012, 582p. 

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6 commentaires:

  1. Je comprends tes réticences, moi aussi j'ai mis un peu de temps pour m'habituer au style de la narration. Un livre exigeant que j'ai finalement apprécié pour son originalité, il est tellement différent de ce qu'on a pu lire sur cette période de l'histoire.

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    1. Complètement d'accord avec toi sur l'originalité. Par contre, je n'ai pas réussi à accrocher aux personnages, trop antipathiques et erratiques à mon goût et j'ai du coup perdu tout intérêt pour l'histoire. Dommage!

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  2. Je préfère aussi la couverture original et son petit côté décalé.

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    1. Oui, la couverture originale est très parlante et flippante. Celle de la version française correspond bien au roman aussi, mais elle est bien moins accrocheuse à mon avis... Si je n'avais pas lu un article sur ce livre, je ne suis pas sûre que je l'aurais repéré en librairie.

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  3. J'ai acheté ce livre et compte bien le lire bientôt, au calme. La couverture originale est juste effrayante, voire terrifiante, comme quoi parfois il suffit de pas grand-chose...

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    1. Très curieuse de connaitre ton avis mais oui, choisis un moment calme car c'est un livre assez exigeant.
      La couverture originale est vraiment coup de poing et pourtant toute simple. Une vraie réussite pour moi! Dommage qu'elle n'ait pas été reprise en vf (quels sont d'ailleurs les accords entre éditeurs à ce sujet, je l'ignore...)

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