lundi 8 décembre 2008

Les Bienveillantes de Jonathan Littell

NOTE: 7/10

Pfiou, s’attaquer aux Bienveillantes n’est pas une mince affaire. Les 1400 pages de la version Folio pourrait en dissuader plusieurs, mais au final, ce livre se lit assez facilement et rapidement.
L’histoire est passionnante. On plonge dans la vie du Dr. Aue, un agent du SD impliqué dans la solution finale durant la Deuxième Guerre Mondiale. On le suit tout au long de la guerre, des premières actions des Einsatzgruppen en Ukraine, aux terribles camps d’extermination, en passant par la bataille de Stalingrad.
Le lecteur est mis face aux atrocités commises par le narrateur, mais Jonathan Littell arrive à nous faire considérer Aue comme quelqu’un d’ordinaire (ok, mis à part ses dérives sexuelles, matricide etc), un simple fonctionnaire qui exécute ses ordres par devoir, sans forcément les approuver. Une image très éloignée du SS, monstre sanguinaire et avide de violence si souvent dépeint. Dans ce sens, la présence du personnage d’Eichmann est très intéressante. La complexité et la désorganisation du Reich est également très bien rendue par Littell.

Le style est agréable et facile à lire. J’ai personnellement beaucoup aimé les interpellations du lecteur disséminées dans le récit, qui donne une impression de complicité avec les actions du héros. Le premier chapitre « Toccata » m’a également beaucoup plu.

Il y a cependant certains aspects des Bienveillantes qui m’ont profondément ennuyée, à commencer par les nombreux passages scatologiques ou le chapitre « Air ». J'ai trouvé contradictoire que l'auteur essaie de nous faire penser que tout un chacun pouvait être un Aue, et qu'il détruise ensuite cette impression en nous montrant un personnage totalement déviant. La fin du livre m’a également déçue. Je l’ai trouvé un peu bâclée (un comble pour un livre de 1400 pages) et les improbabilités comme la rencontre avec Hitler ou le retour des inspecteurs Weser et Clément m’ont irritée dans ce récit qui se veut si fouillé historiquement. Enfin, plusieurs questions restent en suspens, comme l’affaire du meurtre ou les événements d’après-guerre et on reste un peu sur sa faim.

En conclusion, je dirais que Les Bienveillantes est un bon roman, très fouillé et qui plaira sûrement aux passionnés de la Seconde Guerre Mondiale malgré ses nombreux défauts. C’est un roman original et novateur dans son traitement de la solution finale mais qui énerve à force de vouloir choquer à tout prix.



"En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout... Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif."

Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait. L'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'histoire.


Prix Goncourt et Grand Prix du roman de l'Académie française 2006



Les Bienveillantes, Jonhathan Littell, ed. Folio (Gallimard), 2006

6 commentaires:

  1. Ah, oui, 1400 pages quand même... Mais le sujet m'intéresse beaucoup, je le note! Dans le même genre, je te recommande La mort est mon métier de R. Merle.

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  2. Je ne connais pas R. Merle, merci pour la recommendation, j'irai jeter un oeil. Et sérieusement, les 1400 pages se lisent vraiment rapidement, surtout si le sujet t'intéresse. J'avoue aussi avoir sauté quelques pages dans le chapitre Air que j'ai trouvé vraiment barbant.

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  3. 1400 pages ... c'est vrai que c'est beaucoup mais quand on aime on ne compte pas comme on dit. Il est sur ma liste parce que je suis passionnée par ce genre de roman :) Merci pour cette critque qui nous met l'eau à la bouche :D

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  4. @Le Coin littéraire: C'est un bon livre mais plusieurs passages peuvent être survolés sans hésitation.

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  5. moi il a réussi à me choquer ! et je n'ai pas vraiment eu de plaisir à le lire

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  6. @Gridou: Les Bienveillantes ne m'a pas choquée, plutôt rebutée. En fait, les passages un peu scatos m'ont plus énervée qu'autre chose. Mais j'ai trouvé l'approche intéressante.

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