dimanche 30 octobre 2011

Close-up de Michel Quint


Pour ceux qui aiment: Fakirs d'Antonin Varenne

Miranda, la quarantaine et un regard lavande, exerce ses talents de voyante et ses numéros de close-up au Quolibet, un cabaret miteux de Lille. Un soir, elle reconnait dans le public Bruno Carteret, l'homme qui a brisé sa vie autrefois. Elle décide alors de se venger et lui prédit sa mort avant le vendredi 13. Quand Bruno est attaqué quelques jours plus tard, il se réfugie auprès de Miranda afin d'échapper à cette sinistre prédiction.

Close-up fait partie des trois premiers romans publiés de la nouvelle collection Vendredi 13 des éditions la branche. Patrick Raynal, directeur de collection, a réuni 13 auteurs français autour du thème du vendredi 13, avec au final 13 romans noirs qui devraient, par la suite, être adaptés par Agora Films. Pour plus d'informations sur cette collection, je vous invite à lire le très appétissant dossier de presse à cette adresse

Mais revenons au livre de Michel Quint. Tout d'abord, je dois préciser que je n'avais jusqu'ici jamais lu cet auteur malgré l'énorme succès rencontré par Effroyable jardin. Pour une raison totalement stupide d'ailleurs, vu que malgré l'attrait du sujet, je n'ai jamais réussi à passer outre la couverture et cet horrible clown (et oui, chacun ses phobies. Il paraît pourtant que cette couverture a été choisie par l'auteur). C'est donc avec une grande curiosité que j'ai découvert Close-up (à la couverture beaucoup plus attirante et intrigante). 

Premier constat: Michel Quint, c'est un vrai style. Mélange de gouaille des bas-fonds et de métaphores recherchées, de phrases parfois courtes, parfois extrêmement travaillées. Dès les premières pages, j'ai été soufflée par ce style que j'ai trouvé original, intéressant mais surtout si personnel. C'est une écriture qui, je pense, peut lasser sur la longueur, mais qui, sur 207 pages, m'a totalement enchantée. Petit extrait de la première page pour vous mettre dans l'ambiance:

"Le Quolibet, cabaret-bar, musique, attractions diverses, vedettes internationales de la télévision. Derrière le battant, on se tape le nez dans une sorte de grande muleta de velours cramoisi qui pend là, juste contre, pour museler le froid au bord d'un court couloir éclairé faible par les photos sous cadres luminescents des artistes présents ou passés dont le génie relève le magnétisme du lieu. Puis on donne encore du front dans un autre chiffon doux, comme ces bêtes taureaux des dimanches, et nous y voilà."

Pour le reste, Michel Quint nous plonge dans une ambiance, mélange de cabaret et de grande finance, qui m'a un peu fait penser à Fakirs. Mais là où je n'avais pas du tout été séduite par le côté très glauque du roman d'Antonin Varenne, j'ai ici apprécié le côté mystérieux mais accueillant du Quolibet et l'intrigue prenante de Close-up. Le lecteur suit, impatient, les quelques jours précédant la mort annoncée de Bruno et ses tentatives pour empêcher ce funeste destin et découvrir son commanditaire. La petite troupe du Quolibet qui l'accompagne forme une galerie de personnages attachante et burlesque. L'intrigue, sans être haletante et pleine de rebondissements, retient son lecteur jusqu'à la fin. L'ensemble est plutôt fin et j'ai pensé tout au long du roman que cette histoire ferait un bon film, intrigant sans avoir besoin d'en faire trop. C'est donc avec plaisir que j'ai découvert dans le dossier de presse que cette adaptation était prévue. 

Au final, un très bon roman, avec une intrigue bien construite, une ambiance séduisante, des personnages attachants et un style vraiment intéressant. Je ne dis pas que ce livre restera une lecture inoubliable, mais c'est définitivement une réussite, qui me donne à la fois envie de découvrir l'oeuvre de Michel Quint (en passant outre les vilains clowns), et le reste de cette collection. 

Au Quolibet, un cabaret miteux de Lille, Miranda fait un numéro humoristique de voyance. Un soir, elle reconnaît dans le public un important promoteur qui lui a causé du tort autrefois. Décidée à se venger, elle lui prédit sa mort avant le vendredi 13. L'homme est très vite victime d'une tentative de meurtre. Poursuivi, il se réfugie auprès de Miranda pour qu'elle lui prédise le danger à tout instant. Elle se retrouve à le protéger, à risquer sa vie pour ce type qu'elle hait et dont elle souhaite la ruine.

Né en 1949, autrefois Professeur de lettres classiques puis de théâtre, Michel Quint a publié vingt-cinq romans, au ton souvent noir. Son roman Billard à l'étage (Ed Rivages) a reçu le Grand Prix de la littérature policière en 1989. C'est avec Effroyables jardins en 2000 qu'il est révélé au grand public. Grand succès en librairie qui sera porté à l'écran par Jean Becker.

Je remercie chaleureusement les Editions la branche et  Les Agents Littéraires pour l'envoi de ce livre. N'hésitez pas à participer au Challenge - Rentrée littéraire de ce dernier site qui vise à encourager les petits éditeurs.

QUINT Michel, Close-up, coll. Vendredi 13, Editions la branche, octobre 2011, 207p. 

samedi 22 octobre 2011

Danser au bord des abîmes de Bettina

Mélinée Mauvert, jeune femme un peu perdue, a trouvé un crénau qui ne connait jamais la crise: la mort. Elle écrit en effet des éloges funèbres et, de client en client, elle plonge dans la vie d'inconnus, tout en essayant de se trouver elle-même.

C'est grâce à Neph que j'avais originellement entendu parler de Danser au bord des abîmes, livre auto-publié chez L'atelier des Métamorphoses. J'avais d'abord lu une première version du livre en pdf avant que l'auteur m'envoie très gentiment la version corrigée qui réunissait deux tomes des aventures de Mélinée. J'ai donc redécouvert ce livre et je trouve enfin le temps de vous en parler.

Détestant, comme Mélinée, les enterrements tristes et impersonnels, j'ai tout de suite était tentée par le thème de ce roman et j'ai trouvé l'idée de base excellente. Le lecteur suit le quotidien de Mélinée et sa relation tumultueuse avec XL, tout en découvrant les destins très différents de ses clients: Lucien, désirant lire son éloge avant de mourir, qui emmène Mélinée dans son passé intriguant, digne d'un conte des milles et une nuit; Virginie, pour laquelle Mélinée va se transformer en vraie détective; mais encore Slavoj, Simon et Sybille avec qui notre héroïne découvre une vie de misère et la basfonds d'une société qu'elle ne soupçonnait pas.

J'ai aimé les réflexions sur la mort et la vie que l'auteur glisse dans ce roman. Oui, je sais, comme ça, ça ne parait pas très joyeux mais il n'y a rien de macabre dans ce livre qui s'intéresse plus au sujet de manière "sociologique". J'ai également beaucoup aimé la première partie, où l'on en apprend progressivement plus sur le passé mystérieux de Lucien, mêlé à l'histoire de l'Algérie. L'écriture de Bettina est également très intéressante, mélangeant un style parfois très classique et travaillé et une langue plus directe et "parlée".

Malheureusement, j'ai trouvé la seconde partie plus lente et pas forcément très captivante. Mélinée s'éloigne un peu de son occupation originelle et son quotidien plutôt banal avec XL prend le dessus. Surtout que bon, je suis peut-être franchement difficile avec la gente masculine, mais à mon avis, ce XL est quand même un vrai loser ;-). La construction est aussi un peu trop schématique avec l'introduction, dans le fil du roman, de plusieurs manuscrits écrits par les clients de Mélinée et des rencontres et mésaventures qui s'accumulent un peu trop. Enfin, j'avoue rester un peu sceptique sur la fin qui m'a déconcertée.

En conclusion, Danser au bord des abîmes est une lecture sympathique avec une idée de départ vraiment intéressante. J'ai tout particulièrement aimé la première partie, bien construite et bien écrite, qui mélange le quotidien d'une jeune femme bousculée par la vie, à celui d'une famille marquée par l'histoire algérienne. La seconde partie m'a malheureusement moins plu et j'ai peiné à arriver au bout du livre qui fait quand même 494 pages. Une lecture pas parfaite donc mais loin d'être inintéressante. 

Je tiens à remercier Bettina pour sa générosité et surtout pour sa patience. J'ai trouvé passionnant de suivre la création et l'évolution de ce livre. Entre mes deux lectures, j'ai noté un progrès certain et beaucoup d'améliorations, c'est pourquoi je ne me fais pas de souci pour ce livre. Je pense qu'il mérite vraiment de trouver ses lecteurs même si, à mon avis, quelques corrections restent à faire. Si vous voulez vous aussi suivre les pas de ce livre, rendez-vous sur le blog de l'auteur ou sur L'atelier des Métamorphoses pour le commander. Un autre avis chez Yv.

Une jeune femme, Mélinée Mauvert,par l'intermédiaire de son métier, doit enquêter sur la vie d'un homme qui va mourir. Cette aventure l'entraîne, entre rêve, Histoire et réalité, joie et mélancolie, à la rencontre d'êtres attachants ou repoussants aux apparences mythologiques. Certains d'entre eux lui donneront la force de vivre et de se battre, d'autres, l'envie de fuir ou le sentiment du dégoût. 
Saura-t-elle devenir la femme libre et vivante qu'elle rêve d'être dans ce monde ? Pourra-t-elle être son propre Pygmalion? 
Entre fable, conte et roman, on rit parfois, mais on s'effraie aussi de l'incohérence des êtres, d'un monde où la folie et la mort sont à l'oeuvre, et où l'amour lui-même semble n'être qu'un songe. 


Bettina est née en 1957 à Autun. Elle vit actuellement en Bourgogne. Ce récit est le premier roman qu'elle publie.

BETTINA, Danser au bord des abîmes, éditions L'atelier des Métamorphoses, 2011, 494p.

mercredi 19 octobre 2011

And the winner is...


Le Booker Prize 2011 a été annoncé hier soir and the winner is: 

Julian Barnes avec The Sense of an Ending

Favori depuis le début chez les bookmakers, Julian Barnes remporte ainsi la mise après avoir été shortlisté trois fois sans succès pour Arthur et George en 2005, England, England en 1998 et Le Perroquet de Flaubert en 1984.

Alors, un futur ajout à votre PAL ou vous passez votre tour pour cette année? Pour vous aider à faire votre choix, voici la présentation du livre par le Booker Prize, suivie d'une mauvaise traduction by me (pas facile ces deux premières phrases):

Tony Webster and his clique first met Adrian Finn at school. Sex-hungry and book-hungry, they would navigate the girl-less sixth form together, trading in affectations, in-jokes, rumour and wit. Maybe Adrian was a little more serious than the others, certainly more intelligent, but they all swore to stay friends for life. Now Tony is in middle age. He's had a career and a single marriage, a calm divorce. He's certainly never tried to hurt anybody. Memory, though, is imperfect. It can always throw up surprises, as a lawyer's letter is about to prove.

"Tony Webster et sa clique ont fait la connaissance d'Adrian Finn à l'école. Avides de sexe et de livres, ils formaient un groupe soudé durant leur dernière année de gymnase, privés de filles, mais partageant leurs déboires, blagues, rumeurs et un humour bien particulier. Peut-être qu'Adrian était un peu plus sérieux que les autres, certainement plus intelligent, mais ils ont tous juré de rester amis pour la vie. Aujourd'hui, Tony a la quarantaine. Il a eu une carrière et un unique mariage, un divorce plutôt calme. Il n'a certainement jamais essayé de faire du mal à qui que ce soit. La mémoire est cependant imparfaite. Elle peut toujours faire resurgir quelques surprises, comme une lettre venant d'un avocat est sur le point de le prouver." 

Si vous hésitez, sachez qu'il ne fait que 160 pages. Pour ma part, ce n'est pas une priorité LALesque vu que 1) j'ai un millier de livres à lire; 2) dont Arthur et George et Metroland de Julian Barnes qui sont déjà dans ma PAL; et 3) d'autres shortlistés et longlistés 2011 m'attirent plus pour le moment. 

Pour plus de détails, je vous invite à aller voir du côté du site du Man Booker Prize ou du Guardian qui parle de la controverse autour de la sélection de cette année considérée comme trop "populaire" et pas assez "littéraire". 

vendredi 14 octobre 2011

Blog-Anniversaire: déjà trois ans

Ce blog est en friche depuis quelques semaines (mois mais chut, relativisons!). J'ai tout simplement trop de boulot en ce moment mais réjouissez-vous, la lumière est au bout du tunnel. Je passe aujourd'hui même mon dernier examen et je devrai donc être beaucoup plus disponible dès mon retour ce dimanche. 

Je ne pouvais par contre laisser passer les trois ans de ce blog sans un petit message. Ben oui, ce n'est pas parce qu'il se fait vieux, qu'il ralentit la cadence, qu'il radote un peu, qu'il faudrait le ranger aux oubliettes. Je suis pour le respect des ainés moi, Monsieur! Donc voilà, je ne vais pas répéter tous les remerciements d'usage, vous savez probablement à quel point j'apprécie nos échanges, votre fidélité, les commentaires que vous laissez, etc. Ces échanges me sont presque devenus indispensables et malgré le peu de temps à ma disposition en ce moment, je ne peux tout simplement pas imaginer me priver de cet espace. 

Par pure tradition (vielle d'une année), voici le TOP TEN des billets consultés cette année:

1. La Promesse de l'aube de Romain Gary (2ème en 2010)
2. Enfant 44 de Tom Rob Smith (3)
3. La vie d'une autre de Frédérique Deghelt (1)
4. Indignez-vous de Stéphane Hessel (-)
5. Apocalypse bébé de Virginie Despentes (-)
6. Peer Gynt d'Henrik Ibsen (-)
7. Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma (-)
8. L'argent d'Emile Zola (7)
9. Le cerveau de Kennedy d'Henning Mankell (4)
10. Maus d'Art Spiegelman (-)

Un TOP 3 inchangé donc avec juste un échange de place et Romain Gary en première place. Yes Go Go Romain!!! Peu de nouveautés au final dans ce classement à part les gros blogbusters de l'année que sont Apocalypse bébé et Indignez-vous mais un mélange que je trouve plutôt intéressant. 

Voilà, le billet "Perles des mot-clés" devrait suivre dans quelques jours, tout comme, ENFIN, mon billet sur Les Trois Mousquetaires qui est en gestion depuis bientôt 2 mois, ainsi que Danser au bord des abîmes qui attend depuis presque aussi longtemps. Suivront plusieurs billets sur la rentrée littéraire (c'était le moment) et une lecture commune de Les Femmes de T. C. Boyle pour le 22 octobre. 

A tout bientôt!