samedi 2 juin 2012

Jonathan Strange and Mr Norrell de Susanna Clarke


Pour ceux qui aiment : les atmosphères dickensiennes

York, 1806: La pratique de la magie a été abandonnée depuis plusieurs siècles et les sociétés de magiciens se cantonnent à l’étude des heures de gloire de la magie anglaise. Jusqu'au jour où Norrell, un personnage étrange à qui les rumeurs attribuent une fabuleuse bibliothèque de livres magiques, déclare vouloir faire revivre la magie et propose de mettre ses talents de magicien au service de la nation. La renommée de Norrell va aller grandissante et son arrivée à Londres attire très vite une foule de curieux, ainsi que le gouvernement, en proie à des difficultés dans sa lutte contre l’armée napoléonienne. 

Au sommet de sa gloire, Norrell va voir avec méfiance l’apparition d’un autre magicien, Jonathan Strange, un jeune gentleman qu’il décide de prendre comme pupille. Mais l'entente entre les deux plus grands magiciens de l'époque peut-elle perdurer quand l'élève dépasse le maître?

Dans la vague de livres sur la magie qui ont suivi le succès de la série des Harry Potter, Jonathan Strange and Mr Norrell se distingue en étant clairement destiné à un public adulte. L'intrigue du livre est en effet beaucoup plus noire, mêlant politique, histoire et guerres napoléoniennes, et les personnages beaucoup plus sournois et complexes qu'Harry, Ron et Co.  

Il n'y a pas de vrais héros dans le roman de Susanna Clarke: les méchants de l’histoire sont aussi fidèles en amitié que cruels avec leurs ennemis; Norrell est un personnage égoïste, imbu de lui-même, déplaisant et exaspérant, alors que Jonathan Strange avance tête baissée sans vraiment réfléchir et a un sens éthique parfois un peu limité. De Lady Pole qui aurait pu être une pauvre et belle victime mais qui s’avère au final pleine de ressentiments et aigrie, à Segundus, pas totalement désintéressé, je n’ai trouvé aucune facilité de la part de l’auteur, qui tisse les fils de ses personnages complexes avec un réel talent.

Susanna Clarke réussit également à recréer un univers, à la manière de Tolkien ou de Rowling (toujours elle). En lisant Jonathan Strange and Mr. Norrell, le lecteur plonge dans une Angleterre où la magie est une partie intégrante de l’histoire du pays. J’ai beaucoup aimé cette uchronie et les notes de bas de pages qui nous font vraiment « croire » à cette histoire nationale alternative. Si les débuts sont un peu durs, on entre très vite dans cet univers auquel j’ai, pour ma part, complètement adhéré. Par contre, pas sûre que les britanniques apprécient de savoir qu'ils ont gagné la guerre contre Napoléon grâce à un magicien... 

J’ai donc beaucoup aimé la première partie de ce livre et j’ai même dévoré les 400 premières pages. Mais le souffle est ensuite retombé : j’ai trouvé le milieu du livre vraiment lent et long, les gué-guerres répétées entre Norrell et Strange sans réel intérêt, la partie sur Lady Pole interminable et la visite de Strange à Venise un peu longuette. Bref, j’aurais volontiers sabré quelques dizaines (voire centaines) de pages. Il aura fallu les 100 dernières pages pour que la sauce reprenne, même si la fin m’a semblé un peu plate. 

Un univers qui m’a vraiment absorbée et dont j’ai beaucoup aimé le côté complexe, très construit, et les personnages loin des stéréotypes Disney. Un style volontairement classique mais très réussi. Mon seul regret reste les longueurs de mi-parcours qui ont vraiment ralenti ma lecture. Le tout n’est pas très dynamique mais reste cependant très plaisant. 

Centuries ago, when magic still existed in England, the greatest magician of all was the Raven King, a human child brought up by fairies. Now at the beginning of the nineteenth century, he is barely more than a legend, and England, with its mad King and its dashing poets, no longer believes in practical magic. 

Then the reclusive Mr Norrell of Hurtfew Abbey appears and news spreads of the return of magic to England. Persuaded that he must help the government in the war against Napoleon, Mr Norrell goes to London where he meets a brilliant young magician, Jonathan Strange. Together they dazzle the country with their feats. But the partnership soon turns to rivalry. (...)

Elegant, witty and utterly compelling, Jonathan Strange and Mr Norrell creates a past world of great mystery and beauty that will hold the reader in thrall until last page. 

CLARKE Susanna, Jonathan Strange and Mr Norrell, ed. Bloomsbury, Septembre 2004, 782p. 

Une édition avec des illustrations très sympas au fil des pages par Portia Rosenberg.

10 commentaires:

  1. J'avais beaucoup aimé aussi, même si j'avais trouvé des longueurs par moments. Et bon, non, c'est pas Harry, loin de là.

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  2. Voilà longtemps que je n'ai plus rien lu sur la magie. Ce livre-ci, malgré ses longueurs, semble un peu plus solide et intéressant que les nombreux succédanés de Harry Potter destinés au jeune public!

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  3. pourquoi pas m'étais-je dit quand c'est sorti.
    depuis, c'est... on verra !

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  4. Je l'ai depuis sa sortie, évidemment tentée par l'objet en lui même (j'avais opté pour le noir). Mais par contre, je ne l'ai pas encore lu....
    J'ai lu quelques notes pas hyper positives à son sujet.
    La tienne donne envie, mais c'est vrai que j'ai peur des longueurs...
    On verra si je le sors un jour :-)

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  5. C'est ce que je reproche à Dickens : ses longueurs...

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  6. @Karine: Après 200 pages, je pensais vraiment que ça allait être un coup de coeur, mais les longueurs du milieu m'ont achevée. Dommage!

    @Mango: Sans aucun doute! Si une (re)plongée dans la magie te tente, n'hésite pas, mais ne t'attend pas à une intrigue trépidante....

    @Lystig: Je comprends le "on verra". Le début avait tellement bien commencé mais c'est au final une petite déception pour moi. Ca reste une lecture sympa, peut-être pour les vacances?

    @Valeriane: J'avais lu peu de billets avant d'attaquer ce livre. Je ne m'attendais pas vraiment à ces longueurs, c'est quand même un comble de s'ennuyer dans un roman sur la magie, non? Mais bon, ça reste un bon roman....

    @Alex: Ha ha, alors ma comparaison est bien choisie sur ce coup-là ;-)

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  7. La mention des longueurs me freine un peu car c'est un pavé ;)

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  8. @Ah, là les longueurs, tu ne peux pas y échapper, j'ai eu un vrai coup de mou au milieu du livre. Mais peut-être qu'en vacances, sur la plage...

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  9. Celui là est dans ma LAL depuis plusieurs années et j'attendais qu'il sorte en français avec impatience .. mais les longueurs me font un peut peur. Enfin à part ça tout me tente (la magie, Londres, etc).

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  10. @Eléa: Si l'ambiance te tente, je dirais vas-y mais sans trop d'attentes. J'ai beaucoup aimé le contexte et l'univers créé par l'auteur et ça mérite une découverte même si ce n'est pas un "page turner" du début à la fin.

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