mercredi 26 mars 2014

Petites perles des mots-clés (4)

L'examen de mes statistiques m'ont amenée à cette grande interrogation: soit je me fais vieille et je raconte mois de conneries sur ce blog, soit les recherches G**gle deviennent plus efficaces. Car force est de constater que la plupart des mots-clés utilisés cette année pour atterrir ici étaient plutôt pertinents, en lien avec les livres chroniqués, et même relativement bien orthographiés.


Mais rassurez-vous, le Saint-Esprit des recherches bloguesques n'a pas encore touché tout le monde, et j'ai quand même quelques perles à partager avec vous:

Ceux qui ont abusé de substances illicites

"k arbre aux harucits titreeb anglais...hé"
dessine 1 escargot qui joue de la harpe voir
les cadre de page de garde de tp sur le yaourt 

Y-a-t-il un voyant à bord?

"ai je aimé les 3 mousquetaires"
dite ce que je pense du livre la promesse de l'aube romain gary 

Y-a-t-il un thérapeute de couple à bord?

est ce que les hommes se bonifie avec l'age, pour leur jalousie maladive
image par moment j'ai l'impression qu'on me prend pour une debile
les femmes sont penibles: pinailleuse et jamais contentes
quibaisemafamme 

Les tordus

bderotique à lire immediatement
envie d'une inconnue
his tante neveu herotique
Où habitez-vous aurelia aurita
poitrine de Hilary Mantel: Franchement avec deux Bookers, elle a d'autres atouts, non?
récit herotique horse 

Les maîtres de l'orthographe

classe s'ennuir
je peux pas manpace de toi text
jeux veux lire histoire du mot tordue
le boudat de banlieue
lire le livres guerre et paie
musique enfant piergint (pour Peer Gynt donc) 

Les embrouillés

donna tartt the secret history c'est une nouvelle? Ah non, Donna Tartt n'est pas vraiment connue pour ses romans courts. 
marc levy la vie d'une autre

Et pour finir, quelques réponses à vos questions existentielles 

alcool vladivostok: une petite vodka, ça ne devrait pas être trop difficile à trouver
cherche guerisseurs pour maladies graves: puis-je suggérer l'hôpital?
ces comment les girafe: comme ça
comment la girafe voit elle? ah ça, c'est une bonne question! En couleur sauf erreur.
comment lire les physiciens durrenmatt: en l'ouvrant et en déchiffrant les lettres de gauche à droite?
dictons sur les baveux: J'espère que ce n'est pas pour le départ en retraite de votre collègue
faiseur de secret pour enfants difficiles.ch : un parent avec un peu de discipline?
pourquoi henrik ibsen est il important par rapport à l'oeuvre peer gynt? Parce qu'il en est l'auteur?
quelle est la fin de loving frank: Ah non, ça c'est un SPOILER gravissime.

Et bon sinon, Allah n'est pas obligé, La promesse de l'aube et The Great Gatsby restent les livres les plus demandés pour les analyses complètes et résumés détaillés. Ahhh soupir, ça ne se faisait pas à notre époque ;-)

vendredi 21 mars 2014

Là où la terre est rouge de Thomas Dietrich

Pour ceux qui aiment: Le dernier roi d'Ecosse de Giles Foden

Icare est un jeune homme paumé et égocentrique, qui cultive sa nonchalance et son dilettantisme dans les rues de Paris au lieu de penser à son avenir. Un jour, il rencontre par hasard Anténor, un militaire de la République de Tshipopo en formation en France. Sous l'aile de ce dernier, Icare plonge avec passion à la découverte de la diaspora de ce petit état africain. Et quand Anténor se voit proposer un poste dans le nouveau gouvernement de Tshipopo, Icare n'hésite pas un instant à suivre son mentor; afin d'enfin prendre son envol?

Là où la terre est rouge est un excellent premier roman d'un jeune auteur de 23 ans, Thomas Dietrich. Mélange de tragédie grecque et de récit initiatique, Là où la terre est rouge conte l'ascension rapide d'Icare et sa chute inévitable. Car en s'approchant trop du pouvoir et de la puissance offerte par le régime du général Hélios, il ne pourra empêcher ses ailes de brûler.

Vous l'aurez compris, tout en peignant le tableau très réaliste d'une "république" africaine, Thomas Dietrich s'amuse à peupler son roman d'une sage Alceste, d'un puissant Protée, d'un ambitieux Phaeton et d'une intrigante Circé qui vous feront, sans aucun doute, réviser votre mythologie grecque. Je me suis beaucoup amusée à, à la fois, comparer les personnages du roman à leur équivalent mythologique, mais aussi à rapprocher les événements de Tshipopo à l'histoire récente de plusieurs états africains, péjorativement décrits comme la Françafrique. Des terres à l'atmosphère enivrante mais prises en étau par une série de régimes cleptomanes et d'intérêts internationaux. 

Le livre alterne entre le récit à la 3ème personne relatant le parcours d'Icare et les confessions personnelles du jeune homme. J'ai particulièrement aimé ces dernières, écrites d'une très belle plume, poétique et inspirée; des passages qui contrastent avec le style plus sec et factuel, mais non moins très bien maîtrisé du reste du roman. Ces confessions nous font également découvrir un Icare grandi, loin du personnage égoïste et antipathique du début du roman. On termine ainsi le roman en se disant qu'il faut parfois passer par une série d'épreuves et commettre une montagne d'erreurs avant d'enfin devenir la personne que l'on souhaitait être.

Un excellent premier roman, maitrisé et bien mené, mélangeant les mythes et des références plus que réalistes à la politique africaine. Une très belle découverte!

Alors qu’il vient d’abandonner ses études, Icare se voit propulsé, par une étrange rencontre, conseiller politique d’un État africain. Initié à l’art des élections truquées, des coups d’État réussis et des rébellions à mater, il découvre en même temps l’amour et l’ivresse du pouvoir, qui tous deux peuvent porter aux nues comme en enfer.

Mêlant confession, épopée et mythe, ce premier roman savoureux conte les mésaventures d’un jeune opportuniste sans foi ni loi dans le contexte bien réel d’un continent dont Thomas Dietrich, vingt-trois ans, a une étonnante connaissance.

Lu dans le cadre de l'opération Masse critique; merci à Babelio et aux éditions Albin Michel.

DIETRICH Thomas, Là où la terre est rouge, ed. Albin Michel, janvier 2014, 270 p.

mardi 11 mars 2014

Ma dernière création est un piège à taupes d'Oliver Rohe


Pour ceux qui aiment: Lord of War, le film d'Andrew Niccol

AK-47: un acronyme un peu barbare que tout le monde reconnait pourtant. Une double paire de lettres et de chiffres pour nommer l'arme la plus emblématique du 20ème siècle.
Derrière la conception de ce fusil d'assaut révolutionnaire se cache un homme, Mikhaïl Kalachnikov. Issu d'une famille de paysans propriétaires, expropriés et envoyés en Sibérie sous Staline, Mikhaïl va pourtant devenir le père du symbole le plus éclatant et durable de la collectivisation industrielle et de la "libération" des peuples à travers le monde.

Oliver Rohe revient sur l'histoire et la création de l'(in)fameuse kalachnikov avec cette adaptation d'une pièce radiophonique conçue à l'origine pour France Culture. 

À tous ceux que le sujet rebute, je dois préciser n'être de loin pas une fana de la gâchette, bien au contraire. Mais l'histoire de cette arme est tout de même assez incroyable. Devenue symbole de toutes les révolutions armées du 20ème siècle, de l'Afrique et ses enfants-soldats, à Cuba, en passant par l'Iran et l'ex-Yougoslavie, elle finira même par se retourner contre sa propre nation d'origine en tombant dans les mains des résistants afghans des années 80. 

L'auteur nous fait découvrir ce parcours, mis en parallèle à la vie relativement banale de son inventeur et à l'aide de quelques images marquantes de notre imaginaire collectif. J'aurais peut-être voulu en découvrir plus sur le parcours de Mikhaïl mais le "héros" de ce court essai est bien plus l'invention que l'inventeur. On en apprend au final si peu sur cet étrange exilé, victime initiale du régime socialiste puis ingénieur obsédé par la création de l'arme parfaite qui donnera enfin toute sa puissance à l'armée rouge. On arrive à la fin de livre avec peut-être une petite frustration d'avoir trop survolé le sujet, d'avoir picoré ici et là quelques instantanés... mais une lecture qui donne aussi bien envie de creuser plus loin. 

Ma dernière création est un piège à taupes résume 50 ans de notre histoire à travers le prisme de la kalachnikov: arme étendard de l'idéologie communiste et pourtant énorme succès commercial; symbole de libération et pourtant à la source de tellement de malheurs, de drames et de violences. Oliver Rohe revient avec talent sur cette mine de contradictions en quelques pages qui intéresseront certainement tous les esprits curieux.    

Il pourrait ressembler à n'importe quel vieillard de notre entourage, avec des cheveux gris fins et un teint cireux, presque cadavérique. Un vieillard comme les autres. Sauf qu'il n'en est pas un: il s'appelle Mikhaïl Kalachnikov, et il est le père de l'AK-47, le fusil qui a changé la face d'un siècle de conflits armés. Un acronyme austère qui renferme en son sein l'abolition de la propriété privée et la collectivisation des moyens de production, la planification quinquennale et les ouvrières agricoles, les parades spontanées de la jeunesse et les grands défilés militaires.

Mêlant la vie du plus célèbre des fusils d'assaut à celle de son inventeur, Oliver Rohe narre l'essor d'un monde et sa chute. Ou comment un ferment de l'idéologie communiste est devenu marchandise courante dans un monde globalisé.

Oliver Rohe est l'auteur de trois romans, Défaut d'origine (Allia, 2003), Terrain vague (Allia, 2005) et Un peuple en petit (Gallimard, 2009), ainsi que d'une fiction biographique sur David Bowie, Nous autres (Naïve, 2005).

Quelques vidéos sur le site de l'éditeur pour compléter cette lecture. Une idée sympa qui s'ajoute à la couverture que je trouve très réussie.

Lecture faite dans le cadre du Festival Hors Limites qui aura lieu du 20 mars au 5 avril en Seine-Saint-Denis. Retrouvez également le programme sur Libfly, partenaire de la manifestation. Merci pour la découverte!

ROHE Oliver, Ma dernière création est un piège à taupes, ed. Inculte, coll. Fiction,  février 2012, 85p.

samedi 1 mars 2014

Blogoclub consacré à Alice Munro: trois nouvelles

Quand j'ai vu que le Blogoclub de mars serait consacré à la lauréate 2013 du Prix Nobel de littérature, l'enthousiasme n'était pas franchement au rendez-vous. Alice Munro est en effet souvent décrite comme la reine incontestée de la nouvelle contemporaine, un genre que je suis loin d'affectionner. Bref, ça s'annonçait plutôt mal. J'ai bien envisagé de passer mon tour pour ce blogoclub, mais au final, n'est-pas le but de ces clubs de lecture: s'ouvrir à des genres et à des auteurs vers lesquels nous n'irions a priori pas de nous-mêmes? 

J'ai quand même décidé de me la jouer soft et quelques recherches ont suffi à me donner accès à des nouvelles de cet auteur disponibles sur internet. D'ailleurs, si vous lisez en vo, vous trouverez 18 nouvelles en libre accès listées sur open culture. J'ai jeté mon dévolu sur les trois nouvelles suivantes:


Les Dimensions d'une ombre, publiée dans la revue de l'Université de Western Ontario en 1950

Première nouvelle publiée de l'auteur, alors âgée de 20 ans et encore étudiante à l'Université de Western Ontario. Elle abandonnera par la suite ses études après s'être mariée. Les Dimensions d'une ombre suit sur quelques pages Miss Abelhart, une vieille fille de 33 ans, professeur aigrie et solitaire, qui fantasme sur l'un de ses étudiants. 

Un style clair et précis pour un personnage qu'on ne peut s'empêcher de plaindre. J'ai aimé découvrir les premiers écrits de cet auteur, qui paraissent plutôt matures pour une jeune étudiante de 20 ans. Le tout reste cependant trop court pour vraiment réussir à développer la psychologie de ce personnage étrange. 


Gravel, publiée dans The New Yorker en 2011

Une nouvelle sur l'enfance tragique de la narratrice auprès de sa soeur Caro et d'une mère fantasque qui décide de quitter son mari pour un acteur paumé vivant dans une caravane. Un récit assez sombre et désabusé sur des adultes refusant de se comporter comme tels.

J'ai eu de la peine à accrocher à cette nouvelle au style saccadé et au langage enfantin, alors que la narratrice est sensée être adulte au moment du récit. Je n'y ai pas vraiment trouvé d'intérêt particulier; le style m'a paru plutôt commun et les thèmes abordés convenus. 


The bear came over the mountain, publiée dans The New Yorker en 1999

Alors qu'elle a toujours été le moteur de leur couple et de leur vie, Fiona, âgée à présent de 70 ans, commence gentiment à perdre la raison. Grant, son mari, décide donc de l'amener au foyer de Meadowlake. Les pertes de mémoire de Fiona font alors écho aux souvenirs de Grant, qui revient sur leur vie commune et le fossé sentimental qui les sépare peu à peu. 

Des trois nouvelles lues, celle-ci est probablement ma préférée. Je l'ai trouvée pleine de justesse et de sensibilité. Grant et Fiona sont des personnages crédibles, imparfaits, proches de nous. Le récit jongle entre les visites de Grant à Fiona et les réminiscences de celui-ci. Une nouvelle intéressante mais dont la fin m'a paru étrange. 


De manière générale, j'ai trouvé ces trois nouvelles... trop courtes. Et oui, je sais, c'est le but d'une nouvelle mais je ne peux m'empêcher d'éprouver de la frustration. Toutes les trois esquissent des personnages intéressants que j'aurais volontiers suivis sur une bonne centaine de pages. Au final, vu l'absence de développement et le peu d'attachement qui en découle, j'oublierai probablement assez vite mes rencontres avec les personnages d'Alice Munro.  

Décidément, je ne suis pas faite pour le genre de la nouvelle et ne peut donc juger les écrits d'Alice Munro à leur juste valeur. 

Les billets des autres participants, généralement positifs, à retrouver ici.