Chien-Loup de Serge Joncour


Passer tout l’été dans une petite maison perdue dans les montagnes du Lot, sans voisin et surtout sans aucun moyen de communication avec le monde extérieur, voici ce à quoi aspire Lise cette année. Son mari Franck, citadin convaincu, n’envisage que difficilement cet exil mais se laisse finalement convaincre.
Arrivés au mont d’Orcières, ils découvrent une maison isolée mais un environnement pas si inhabité que prévu. Car l’endroit est peuplé de bêtes furtives. Et si le passé de la maison qui a abrité un déserteur allemand pendant la première guerre mondiale refaisait surface ?

Serge Joncour entrecroise dans ce récit l’histoire de deux hommes, tentant en quelques sortes d’échapper à la violence humaine pour protéger le travail de toute une vie. Il y a tout d’abord Franck, producteur de cinéma dépassé par l’évolution du milieu, aux prises avec des jeunes associés aux dents longues qui ne souhaitent que l’évincer afin de vendre son catalogue aux géants d’internet. Un siècle plus tôt, il y a Wolfgang, dompteur allemand qui se cache dans le Lot alors que la guerre éclate pour sauver ses fauves de la folie des hommes. Deux hommes très différents, mais dont le destin restera comme lié à la maison reculée du mont d’Orcières.   

Chien-Loup, c’est avant tout pour moi un livre sur les forces de la nature, sur ce qu’elle peut nous révéler, de nous-mêmes et des autres. Car les fauves les plus dangereux ne sont souvent pas ceux auxquels nous pensions. J’ai beaucoup aimé l’alternance de ces deux récits qui m’ont autant plu l’un que l’autre.  
Lire Chien-Loup, c’est aussi adopter le rythme du mont d’Orcières ; il faut prendre son temps et regarder ces deux récits s’alterner, sans se presser. J'y ai trouvé parfois quelques longueurs, quelques répétitions (ok, les méchants géants du net qui veulent bouffer le cinéma d'auteur français ô combien supérieur...) mais je garde de ce roman une bouffée d'air malgré ses instants de noirceur. 

Petit extrait que j'ai également trouvé très juste:

« En fin de compte de ces loups, on en avait besoin, ne serait-ce que pour entretenir la peur, et ça c’était bien le signe que ça n’en serait jamais fini des loups, et si par chance un jour il n’y avait plus de guerre, en supposant de faire cet énorme effort d’imagination, des loups il en faudrait toujours, quitte à en réinventer ou à les faire revenir, car l’homme porte en lui le besoin de se savoir des ennemis et d’identifier ses peurs, ne serait-ce que pour fédérer les troupes." p. 134

Une lecture en dehors des sentiers battus qui correspondait parfaitement à mes aspirations du moment. Besoin de grands espaces, besoin de plus de simplicité, besoin de plus de temps, mais qui rappelle également que la nature, tout comme les hommes, peut se montrer tout autant belle et puissante que cruelle et imprévisible. Alors, partir vivre dans les bois... j'hésite encore!

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confrontés à la violence, il nous montre que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées.

JONCOUR Serge, Chien-Loup, ed. Flammarion, août 2018, 480p. 

Commentaires

  1. Au début en lisant ton premier paragraphe, je pensais que c'était toi qui étais partie t'isoler dans la montagne et que tu en avais profité pour lire.:) Je n'ai pas lu ce roman de Serge Joncour mais les divers avis que j'ai lus, dont le tien, me donnent bien envie. Tout le monde semble en sortir plutôt séduit.
    Sinon, je voulais te reparler de notre LC Oblomov. Je suis tentée de l'annuler, au vu de l'avancée (très lente) de mes lectures. J'ai comme le pressentiment que cela ne te dérangerait pas.^^

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    1. Ah ben un mois tranquille dans une cabane, ça ne me ferait pas de mal et ça me permettrait d'avancer un peu dans ma PAL ;-)
      Pour Joncour, je pense que c'est une question de timing et d'ambiance. Je comprends par exemple qu'Alex ci-dessous ne soit par rentrée dedans si ce n'était pas le bon moment.

      Et pour Oblomov, je ne suis pas franchement en mode éclair dans mes lectures en ce moment non plus donc aucun souci pour moi. On se refait signe dès que l'envie revient, ok?

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    2. Oui, ça marche. De toute façon le livre est dans ma PAL.:)

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  2. Même si je n'ai pas été convaincue par deux romans de Serge Joncour que j'ai lus, je tenterai celui-ci, le thème m'intéresse.

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    1. Je n'avais jamais été tentée par les autres romans de Joncour, mais là ce retour à la nature était exactement ce dont j'avais besoin. Et le style nature writing est si rare en littérature française...

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  3. Une déception pour moi : je n'étais pas arrivée à entrer dans le roman.

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    1. Dommage! Je l'ai lu en plein questionnement similaire sur l'envie de revenir à une vie plus simple, moins stressée donc il m'a évidemment parlé. Après je suis d'accord que le rythme est un peu lent et que ça peut ne pas être le bon moment.

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  4. J'ai trouvé ce roman captivant (malgré quelques redites) ! J'ai particulièrement aimé la façon dont la "sauvagerie" du lieu gagne Franck petit à petit...

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