lundi 22 avril 2013

Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig au théâtre


A treize ans, une jeune fille tombe folle amoureuse de son voisin, un écrivain à succès. Plusieurs années plus tard, ce dernier reçoit une lettre d’une inconnue, lui confessant son amour inconditionnel. Entre ces deux dates, Lettre d’une inconnue nous relate la chronologie d’un amour passionnel et destructeur, entre une jeune femme amoureuse d’un idéal et un homme qui, sans cesse, la voit sans la reconnaitre. 

De Stefan Zweig, je n’ai jusqu’ici lu que Le joueur d’échecs, et ma lecture remonte déjà à bien des années. A l’époque, je n’avais été que moyennement convaincue par ma lecture, peut-être une question d’âge, peut-être une lecture faite trop rapidement. Vu l’aura de l’auteur, je ne comptais pas rester sur mon demi-échec et Lettre d’une inconnue était en bonne place dans ma LAL. Quand j’ai vu que cette adaptation inédite de la nouvelle de Zweig passait près de chez moi, je n’ai pas hésité longtemps et cette petite sortie théâtrale m’a fortement donné envie de me replonger dans les écrits de l’auteur autrichien.

Mais revenons à la pièce, dont le texte a été adapté par Michael Stampe. Mise en scène de manière extrêmement épurée par Christophe Lidon, dans un décor vide et noir, uniquement éclairé par quelques luminaires suspendus, les deux acteurs reprennent fidèlement le texte de Zweig, faisant penser à une lecture à deux voix, à un long dialogue plein de reproches.  Le résultat est une pièce à l’ambiance lourde, rythmée par quelques notes sonores en mineur, mais à la force incroyable.

Sarah Biasini (oui, oui, la fille de …, mais abstenons-nous de comparer, ou du moins essayons ;-)) et Frédéric Andrau interprètent à merveille cette pièce. Trouver le ton juste et éviter le côté sur-joué n’étaient de loin pas chose facile, mais, mis à part quelques instants un peu trop larmoyants, j’ai trouvé que l’un et l’autre s’en sortaient avec les honneurs. Petit bémol peut-être pour la salle, que j’aurais voulu plus intimiste, plus petite pour une telle pièce afin de mieux percevoir les expressions des acteurs.  

Un très beau texte, bien adapté et bien interprété. Une pièce à voir et qui appelle d’autres adaptations de Zweig. Mais qu’est-ce que j’ai envie de gaité à présent!   

Un amour total, passionnel, désintéressé, tapi dans l'ombre, n'attendant rien en retour. Ravagée par une passion dévorante pour son voisin (Frédéric Andrau) depuis l’âge de 13 ans, une jeune femme (Sarah Biasini) reste sa vie durant l’inconnue, celle qu’il croise sans la voir dans l’escalier, celle qui n’a été pour lui que la conquête d’un soir ou deux. Ce n’est que sur son lit de mort, qu’elle osera lui dévoiler son lourd secret dans une longue missive. Dans Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig livre un magnifique exemple d’une obsession auto-destructrice. Sur scène, la fascinante fille de Romy Schneider plonge au cœur de cet univers avec une force tragique renversante sans jamais basculer dans l’excès.

Après une tournée de plusieurs mois et un petit détour par la Suisse, cette pièce repart vers la France et passe peut-être encore près de chez vous. J’ai trouvé les dates suivantes:

25 avril, Palais de la Culture, Puteaux (92) 

16 mai, Théâtre Alexandre Dumas, Saint-Germain-en-Laye (78) 

24 mai, Espace Gérard Philippe, Istres (13) 

Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig présenté par le Théâtre des Mathurins 
Mise en scène: Christophe Lidon
Adaptation théâtrale: Michael Stampe
Avec: Sarah Biasini et Frédéric Andrau
Théâtre l'Octogone
19 avril

mardi 9 avril 2013

Le Nao de Brown de Glyn Dillon


Nao, jeune anglo-japonaise, tente de se faire un place en tant qu'illustratrice tout en travaillant dans un magasin d'art toys. Sous ses airs de jeune fille modèle, Nao est victime de pulsions extrêmement violentes qui déchainent son univers imaginaire et ne facilite pas sa recherche d'amour et de sérénité. 

Premier constat pour cette BD et, à mon avis, son atout principal: le magnifique dessin de Glyn Dillon, des aquarelles très fines, avec de belles couleurs chaudes, qui loin d'un côté "délavé", donnent aux personnages de très belles expressions, à la fois douces et détaillées. Vraiment, Glyn Dillon a un coup de pinceau qui mérite à lui seul son Prix spécial du Jury d'Angoulême.

Le Nao de Brown, c'est également des personnages attachants. Nao, jeune femme d'apparence douce et fragile, mais à l'imagination aussi violente que paralysante. J'ai beaucoup aimé ce personnage qui lutte contre ses pulsions, et craint avant tout de perdre le contrôle et de sauter d'un avion ou d'écraser un enfant dans la rue dans un accès de folie. Avouez-le, pas classique comme héroïne! Les amis qui gravitent autour d'elle sont également fort sympathiques, en particulier Steve et ses histoires d'amours foireuses.

Glyn Dillon est anglais mais il nous offre avec Le Nao de Brown une BD à l'ambiance très japonisante, emprunte d'univers manga et de philosophie bouddhiste. C'est peut-être là que le bât blesse pour moi, car je n'ai, par exemple, pas compris l'intérêt de la fable avec Pictor et le Rien. Je dois dire que la fin m'a également laissée un peu perplexe, la trouvant trop abrupte, un peu mal-amenée, comme si l'auteur ne savait plus où aller avec ses personnages. 

Une BD aux illustrations superbes et à la thématique originale mais une intrigue qui reste, à mon avis, un peu légère. J'ai pris plaisir à faire la connaissance de Nao et de son univers, mais Glyn Dillon m'a à plusieurs reprises perdue en route. 

Je remercie PriceMinister pour l'envoi de cette BD dans le cadre de l'opération La BD fait son festival. Je lui donne la note de 14/20. 

DILLON Glyn, Le Nao de Brown, ed. Akileos, octobre 2012, 208p. 

dimanche 7 avril 2013

Mourir est un art, comme tout le reste d'Oriane Jeancourt Galignani

Pour ceux qui aiment: La fenêtre panoramique de Richard Yates

Le 11 février 1963, Sylvia Plath mettait fin à ses jours à l'âge de trente ans. Cinquante ans plus tard, Oriane Jeancourt Galignani consacre son premier roman à la poétesse, devenue icône. Elle accompagne Sylvia Plath dans sa dernière nuit, récoltant une longue confession qui revient sur les évènements majeurs de sa vie, de sa relation à l'écriture à l'échec de son mariage.

Je précise d'entrée que je suis loin d'être une spécialiste de Sylvia Plath. J'avoue même n'avoir jamais été vraiment sensible à ses poèmes. Cependant, comment ne pas être fascinée par ce personnage et le couple maudit qu'elle formait avec Ted Hughes. Sans avoir d'affinité avec son oeuvre, j'espérais découvrir l'auteur sous un autre jour grâce à cette biographie romancée.

J'en ressors un peu déçue. Il y a une ambiance très forte dans ce livre, très sombre et sans espoir et ma lecture s'est faite comme en présence de la poétesse. Mais c'est une présence fantasmagorique et Oriane Jeancourt n'a pas réussi à faire revivre pour moi Syliva Plath à travers ces lignes. A l'opposé de l'image féministe (pas forcément plus fidèle à la réalité...) de la poétesse, elle nous dépeint une Sylvia Plath faible et dépressive, dont le personnage reste froid, passif, presque vide. Au point qu'à l'issue de ma lecture, je ressens plus l'envie de redécouvrir Ted Hughes ou même Assia Wevill qui semblent plus habités que la poétesse. Ayant toujours un faible pour les personnages de battants, je pense que le choix des dernières années de Sylvia Plath me correspond moins et peut-être que Mad Girl's Love Song d'Andrew Wilson, également publié en ce début d'année 2013, qui se concentre sur les années de jeunesse de la poétesse me conviendrait mieux. A tenter peut-être...

Je n'ai de plus pas vraiment adhéré au choix d'Oriane Jeancourt Galignani d'entrecouper son récit de courts vers de Sylvia Plath. Faisant le lien entre son oeuvre et les épisodes romancés de sa vie personnelle, ils cassent, à mon avis, le rythme des phrases et m'ont plus ennuyée que séduite. J'aurais préféré, je pense, avoir quelques extraits plus longs de ses poèmes plutôt que ses quelques miettes éparses, insérées comme des justifications aux choix romanesques d'Oriane Jeancourt. Il y a cependant de très beaux passages dans ce roman, comme la destruction d'un manuscrit par Sylvia dans un moment de rage et de désespoir ou ses derniers instants, intimes et laissant un lueur d'espoir. Autre petit extrait que j'aime beaucoup:

"Avant de quitter Court Green, Ted lui a jeté "pourquoi tu fais ça?" Elle tourne dans le salon et égrène "parce que Nicholas hurle jour et nuit et que tu ne l'entends pas. Parce que nos deux corps s'ignorent et que tu t'en contentes. Parce que je n'ose pas te désirer avec mon ventre informe. Parce que je m'étais promis le jour où l'on s'est rencontrés de ne jamais te faire de reproches mais de partir lorsque la vie serait trop dure. Parce que je ne tiens pas mes promesses. Parce que je ne serai jamais celle qui part. Parce que j'étouffe dans ton pays d'eau et de cyprès. Parce que l'année prochaine les choses ne changeront pas. Parce que j'avais tellement espéré qu'elle changeraient. Parce que ta vie restera l'officielle et la mienne l'officieuse. Parce que tu ne vois pas que je me noie..." p.30

Un roman qui ne m'a pas totalement séduite, mais dont le côté intimiste pourrait, j'en suis certaine, vraiment plaire à d'autres lecteurs. Le choix de mélanger les mots de Sylvia Plath à ceux d'Oriane Jeancourt Galignani ne m'a pas vraiment plu non plus, d'autant plus que certains passages de l'auteur m'ont vraiment époustouflée. Dans l'ensemble, Oriane Jeancourt a fait des choix audacieux pour son premier roman, avec un résultat à double tranchant. Filez lire le billet d'Anne qui, elle, a totalement adhéré.


Elle avait tout pour être heureuse. Jeune, ravissante, talentueuse. Une famille idéale, un mari beau et célèbre, Ted Hughes, deux enfants charmants, et un don d’écriture que la critique acclamait. Et pourtant, Sylvia Plath, le 11 février 1963, à l’âge de trente ans, a mis fin à ses jours. Et ni le roman autobiographique qu’elle avait publié, La Cloche de détresse, devenu un livre culte, ni ses poèmes douloureux et intimes, n’ont suffi à élucider l’énigme absolue qu’elle posait à ses contemporains et à ses propres yeux. 

Dans ce premier roman inspiré, Oriane Jeancourt Galigani traque cet ultime secret grâce à une confession imaginaire de l’écrivain, émaillée de ses plus belles images. Bien au-delà de l’égérie emblématique créée par les féministes d’outre-Atlantique, l’auteur dessine une figure singulière, bouleversante d’humanité et de contradictions – le portrait tout en clair-obscur d’une femme inoubliable.

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre. 

JEANCOURT GALIGNANI Oriane, Mourir est un art, comme tout le reste, ed. Albin Michel, février 2013, 192p.