Mourir est un art, comme tout le reste d'Oriane Jeancourt Galignani

Pour ceux qui aiment: La fenêtre panoramique de Richard Yates

Le 11 février 1963, Sylvia Plath mettait fin à ses jours à l'âge de trente ans. Cinquante ans plus tard, Oriane Jeancourt Galignani consacre son premier roman à la poétesse, devenue icône. Elle accompagne Sylvia Plath dans sa dernière nuit, récoltant une longue confession qui revient sur les évènements majeurs de sa vie, de sa relation à l'écriture à l'échec de son mariage.

Je précise d'entrée que je suis loin d'être une spécialiste de Sylvia Plath. J'avoue même n'avoir jamais été vraiment sensible à ses poèmes. Cependant, comment ne pas être fascinée par ce personnage et le couple maudit qu'elle formait avec Ted Hughes. Sans avoir d'affinité avec son oeuvre, j'espérais découvrir l'auteur sous un autre jour grâce à cette biographie romancée.

J'en ressors un peu déçue. Il y a une ambiance très forte dans ce livre, très sombre et sans espoir et ma lecture s'est faite comme en présence de la poétesse. Mais c'est une présence fantasmagorique et Oriane Jeancourt n'a pas réussi à faire revivre pour moi Syliva Plath à travers ces lignes. A l'opposé de l'image féministe (pas forcément plus fidèle à la réalité...) de la poétesse, elle nous dépeint une Sylvia Plath faible et dépressive, dont le personnage reste froid, passif, presque vide. Au point qu'à l'issue de ma lecture, je ressens plus l'envie de redécouvrir Ted Hughes ou même Assia Wevill qui semblent plus habités que la poétesse. Ayant toujours un faible pour les personnages de battants, je pense que le choix des dernières années de Sylvia Plath me correspond moins et peut-être que Mad Girl's Love Song d'Andrew Wilson, également publié en ce début d'année 2013, qui se concentre sur les années de jeunesse de la poétesse me conviendrait mieux. A tenter peut-être...

Je n'ai de plus pas vraiment adhéré au choix d'Oriane Jeancourt Galignani d'entrecouper son récit de courts vers de Sylvia Plath. Faisant le lien entre son oeuvre et les épisodes romancés de sa vie personnelle, ils cassent, à mon avis, le rythme des phrases et m'ont plus ennuyée que séduite. J'aurais préféré, je pense, avoir quelques extraits plus longs de ses poèmes plutôt que ses quelques miettes éparses, insérées comme des justifications aux choix romanesques d'Oriane Jeancourt. Il y a cependant de très beaux passages dans ce roman, comme la destruction d'un manuscrit par Sylvia dans un moment de rage et de désespoir ou ses derniers instants, intimes et laissant un lueur d'espoir. Autre petit extrait que j'aime beaucoup:

"Avant de quitter Court Green, Ted lui a jeté "pourquoi tu fais ça?" Elle tourne dans le salon et égrène "parce que Nicholas hurle jour et nuit et que tu ne l'entends pas. Parce que nos deux corps s'ignorent et que tu t'en contentes. Parce que je n'ose pas te désirer avec mon ventre informe. Parce que je m'étais promis le jour où l'on s'est rencontrés de ne jamais te faire de reproches mais de partir lorsque la vie serait trop dure. Parce que je ne tiens pas mes promesses. Parce que je ne serai jamais celle qui part. Parce que j'étouffe dans ton pays d'eau et de cyprès. Parce que l'année prochaine les choses ne changeront pas. Parce que j'avais tellement espéré qu'elle changeraient. Parce que ta vie restera l'officielle et la mienne l'officieuse. Parce que tu ne vois pas que je me noie..." p.30

Un roman qui ne m'a pas totalement séduite, mais dont le côté intimiste pourrait, j'en suis certaine, vraiment plaire à d'autres lecteurs. Le choix de mélanger les mots de Sylvia Plath à ceux d'Oriane Jeancourt Galignani ne m'a pas vraiment plu non plus, d'autant plus que certains passages de l'auteur m'ont vraiment époustouflée. Dans l'ensemble, Oriane Jeancourt a fait des choix audacieux pour son premier roman, avec un résultat à double tranchant. Filez lire le billet d'Anne qui, elle, a totalement adhéré.


Elle avait tout pour être heureuse. Jeune, ravissante, talentueuse. Une famille idéale, un mari beau et célèbre, Ted Hughes, deux enfants charmants, et un don d’écriture que la critique acclamait. Et pourtant, Sylvia Plath, le 11 février 1963, à l’âge de trente ans, a mis fin à ses jours. Et ni le roman autobiographique qu’elle avait publié, La Cloche de détresse, devenu un livre culte, ni ses poèmes douloureux et intimes, n’ont suffi à élucider l’énigme absolue qu’elle posait à ses contemporains et à ses propres yeux. 

Dans ce premier roman inspiré, Oriane Jeancourt Galigani traque cet ultime secret grâce à une confession imaginaire de l’écrivain, émaillée de ses plus belles images. Bien au-delà de l’égérie emblématique créée par les féministes d’outre-Atlantique, l’auteur dessine une figure singulière, bouleversante d’humanité et de contradictions – le portrait tout en clair-obscur d’une femme inoubliable.

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre. 

JEANCOURT GALIGNANI Oriane, Mourir est un art, comme tout le reste, ed. Albin Michel, février 2013, 192p. 

Commentaires

  1. 2 avis divergents pour un même roman. Je vais aller lire l'avis d'Anne.

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  2. Et bien ! encore un titre qui invite au corbillard ;-) Comme quoi, il n'y a pas que Philippe Besson...

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  3. @Alex: Il est beaucoup plus positif, tu verras. Je comprends son point de vue, et je pense que plusieurs lecteurs risquent de pencher plutôt de son côté... Curieuse de connaitre ton avis si tu te lances.

    @Margotte: Ha ha ha, je n'avais pas du tout pensé à cette lecture quand j'ai commenté chez toi, mais c'est vrai que le titre est bien joyeux aussi ;-) En même temps, avec un roman sur Sylvia Plath, difficile de donner un titre comique.

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  4. Ca a l'air noir... Et si en plus l'intérêt de ce livre reste mineur alors...

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  5. @Marie: Ah, c'est clair que Sylvia n'était pas la personne la plus joyeuse. Maintenant, le livre est loin d'être sans intérêt. C'est plus la forme, qui plait ou pas, qui a gêné ma lecture, mais c'est très personnel.

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  6. Très envie de le lire celui là aussi... Cette femme me fascine et je suis sensible à sa poésie, alors que je suis assez difficile en poésie !! Tu avais lu "Les femmes du braconnier" ?? Il te plairait peut-être plus...
    Sinon pour info, j'ai changé d'adresse :
    http://lorouge.wordpress.com

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  7. L'or: Je pense que si tu aimes sa poésie et que tu la connais bien, les petits bouts de vers te gêneront moins. A tenter, je serais curieuse de connaitre ton avis. Je peux te l'envoyer si tu veux?
    Pour "Les femmes du braconnier", j'ai vu que plusieurs blogueuses le comparaient à ce livre et effectivement, je crois qu'il pourrait me plaire davantage. A voir...

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