Texto de Dmitry Glukhovsky

Rentrée littéraire Hiver 2019

Début des années 2010, Ilya sort en boîte célébrer avec sa petite amie son admission à l'université. Un pass d'entrée pour le Moscou glamour et excitant qu'il va pouvoir enfin rejoindre en laissant derrière lui sa banlieue triste. Mais pour s'être trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, il est condamné à sept ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis.
De retour chez lui après avoir purgé sa peine, complètement brisé, il retrouve Petia, le policier qui l'avait jadis fait condamner et le poignarde, avant de s'emparer de son smartphone et de le laisser pour mort. Lorsque les premiers texto arrivent et afin de ne pas alerter l'entourage de la victime, Ilya va endosser l'identité de Petia, se faisant prendre à un engrenage qui sera mortel ou salvateur. 

Ayant toutes les peines du monde avec les auteurs russes classiques (Tolstoï: que de bla bla, que de lenteurs!), je me suis tournée vers les auteurs contemporains histoire de me réconcilier avec la littérature de ce pays. J'ai ainsi bien accroché il y a quelques années à Vongozero de Yana Vagner et j'ai sauté sur l'occasion de découvrir le nouveau roman de l'auteur russe Dmitry Glukhovsky, plus connu pour sa série apocalyptique Metro. Pour info, je n'ai pas lu cette dernière et cela a probablement joué un rôle positif pour cette lecture: ce roman ne ressemblant a priori en rien aux écrits précédents de l'auteur, je n'ai pas été déstabilisée ou déçue comme pourraient l'être des fans de Metro

Loin d'un monde futuriste, Texto est au contraire bien ancré dans la Russie et la société d'aujourd'hui. On y parle de Poutine, de Trump, de WhatsApp, de Telegram et du dernier smartphone à la mode, objet devenu indispensable à notre fonctionnement, au point qu'il devient un miroir de notre vie et de notre personnalité. C'est ce que va découvrir Ilya: lui qui avait cru se débarrasser de Petia, va au final pénétrer si profondément dans l'intimité de son ennemi qu'il va risquer de s'y perdre complètement. 

Le smartphone comme fil rouge, c'est l'idée de base originale de Texto qui permet à Dmitry Glukhovsky de sonder l'âme d'un jeune officier de police pourri dans un Moscou où la corruption est partout. Un fil rouge qui résulte toutefois également sur quelques lenteurs (et oui, on n'échappe apparemment pas à cela dans la littérature russe?): comme votre ado, Ilya passe beaucoup de temps sur son smartphone à écrire des textos plutôt que se bouger, rendant parfois le récit répétitif et stationnaire surtout dans sa première partie - quelques centaines de pages tout de même à lire avachi le contenu du téléphone de Petia, ses textos, ses photos, ses emails. 

Lent, Texto l'est un peu, oui, même si le rythme s'accélère petit à petit. Si Glukhovsky évite le côté donneur de leçon de Tolstoi, son roman amène toutefois le lecteur à passablement s'interroger. Texto est un roman sombre qui joue pleinement de ses ambiguïtés: d'Ilya ou de Petia, qui est le bourreau, qui est la victime? Entre dégoût, pitié, colère, difficile de se positionner pour le lecteur qui peine ainsi à "juger" les protagonistes de ce roman où tout le monde tente au final de survivre à sa façon. 

Au final, ce qui lie tous les romans russes lus jusque ici, c'est cette noirceur sublimée. La Russie de Glukhovsky est loin d'être toute rose, comme si derrière le faste et la fête des boîtes de nuit moscovites, elle contenait déjà la pourriture qui la mènera à ses récits apocalyptiques. Texto se résume ainsi à une éloge funèbre à la beauté de la ville de Moscou. Une découverte pour sortir des sentiers battus!

Si vous connaissez un roman russe drôle et joyeux, je suis preneuse ;-)

Novembre 2016. Ilya rentre à Moscou après sept années de détention dans la zone – une de ces régions de Sibérie peu peuplées où la Russie installe des camps pénitentiaires –, bien décidé à tourner la page et à reprendre une vie normale.
À peine arrivé, il est confronté à la mort de sa mère, à une fin de non-recevoir de la femme qu’il aimait et à un monde qu’il ne reconnaît plus. La nuit même de son retour, l’esprit embrumé par l’alcool et la rage chevillée au corps, il tue l’officier de la brigade des stups véreux qui, sept ans plus tôt, l’avait piégé par simple mesquinerie. Ce faisant, il récupère son téléphone portable dont il a mémorisé le code de déverrouillage.
Le lendemain, prenant conscience de la portée de son acte, et ne se donnant que quelques jours à vivre, il n’a qu’une idée en tête : rassembler assez d’argent pour offrir une sépulture décente à sa mère. Une seule solution pour repousser l’échéance de sa mort : piocher dans le téléphone volé les bribes de la vie du policier pour faire croire à tous ses contacts qu’il est toujours en vie.
Commence alors pour Ilya une partie d’échecs simultanée : il n’a pas le droit à l’erreur contre chacun de ses « adversaires », en plus de jouer contre la montre.
Commence aussi une plongée dans les tréfonds de l’âme de celui qu’il hait, mais dont il doit assumer l’identité tant bien que mal, et avec qui il finit par se confondre.


Merci à Babelio et aux éditions l'Atalante pour l'envoi de ce livre.

GLUKHOVSKY Dmitry, Texto, ed. L'Atalante, janvier 2019, 400p., traduit du russe par Denis-E Savine

Commentaires

  1. J'ai lu Métro 2033 de cet auteur car je m'intéresse aussi aux auteurs russes plus contemporains (fini les Tolstoï & co), et là jackpot, de la SF russe quasi culte, c'était irrésistible. Las, j'ai été assez mitigée au final (de mémoire), en particulier à cause du style de l'auteur (à moins que ce ne soit la traduction). Il faudrait peut-être que je tente Texto dont les thématiques et le contexte non SF me parlent assez. Ton billet a attisé ma curiosité en tout cas.
    Sinon côté russe (bon ça reste un classique mais ça a l'air différent des Tolstoï & co), j'avais repéré Oblomov de Gontcharov que j'espère lire cette année. Dis-moi si une LC t'intéresse.;-)

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    1. J'ai un collègue qui est un grand fan de Métro et je dois dire qu'il m'a bien donné envie de découvrir cet univers. Ici, avec Texto, on est dans le très concret et le style reste moyen (mais à nouveau, est-ce dû à la traduction?). J'ai trouvé le contexte vraiment intéressant et flippant mais à mon avis, ça ne restera pas un livre culte. Curieuse de savoir ce que tu en penses si tu te lances.

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  2. Ah je ne peux pas revenir sur mon commentaire mais je voulais ajouter que le petit souci, c'est que suivant les éditions, j'ai l'impression qu'il y a l'intégrale ou juste une partie mais ce n'est jamais clairement précisé dans le titre. Etrange. Donc si on est amenées à faire une LC, il faudra qu'on s'entende sur l'édition.;-)

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    1. Et pour Oblomov... Alors ce n'était pas du tout au programme chez moi - classique, roman russe, j'ai encore tendance à fuir - mais je veux bien tenter si on fait un LC. Je t'avertis, j'aurai probablement besoin de quelques coups de fouet ;-)
      On regarde pour cet été? Le côté oisif et paresseux, ça devrait le faire sur les plages en juillet-août? Et pour l'édition, je crois que celle du Livre de poche est complète mais j'hésitais à le prendre en kindle. Une préférence?

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    2. Je pensais à l'édition kindle aussi mais c'est là que j'ai vu que suivant les éditions, il y en avait des complètes et d'autres partielles (pour des raisons éditoriales obscures). Celle que j'ai en tout cas est partielle. Je ne sais pas si c'est dérangeant à la lecture, si on reste sur notre faim... Je note pour cet été en tout cas, c'est parfait.:-)

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    3. Alors va pour le Kindle! Perso, si j'avais été l'éditeur français de G&P, j'aurais aussi largement abrégé. Ha ha ha ;-)
      Tu as une date particulière à l'esprit? Juillet? Août? Ou on se lance pour la fête nationale le 12 juin?

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