Ça finit quand, toujours? d'Agnès Gruda


Ça finit quand, toujours retrace le destin croisé de quatre familles juives polonaises sur près de 70 ans. Tout commence à Varsovie dans les années 1950, lorsque deux femmes accouchent le même jour et dans la même maternité d’Adam et d’Ewa. Cette coïncidence liée aux prénoms de leurs nouveau-nés  inaugure alors une amitié sincère, qui va traverser les années et résister à l'éloignement. Car très vite, les bouleversements de l'Histoire forcent les personnages à l’exil, et les quatre familles d'amis se retrouvent dispersés entre le Québec, les États‑Unis et Israël.

On sent bien dans ce premier roman de l'ancienne journaliste, Agnès Gruda, son envie de partager une partie de son histoire, de ses souvenirs d'enfance en Pologne, mais aussi de l'Histoire avec un grand H dont on parle au final peu: l'expulsion des derniers Juifs de Pologne en 1968. Cette saga multifamiliale permet également à l'auteure d'explorer des thématiques riches comme l'exil, le déracinement, et l'héritage de nos identités.

Le rythme du roman est un peu inégal. J'ai par exemple trouvé la première partie en Pologne un peu lente, bien qu'elle campe bien la galerie touffue de personnages. Le roman ne décolle vraiment qu'à la deuxième partie,  qui nous transporte à travers plusieurs pays, suivant les trajectoires éclatées des membres des différentes familles sous forme d'échanges épistolières. C'est clairement la partie que j'ai préférée. 

La troisième partie enfin relate les liens qui se distendent, les personnes qui continuent leur chemin et qu'on retrouve pourtant comme si on ne s'était jamais quittés. La langue maternelle qui fait place à de nouvelles expressions adoptées. Chaque exil est vécu différemment, chaque pays devient un miroir du déracinement, de résilience, de l’adaptation, des regrets parfois, et des silences surtout. Agnès Gruda tisse une mosaïque assez impressionnante, parfois un peu étourdissante de voix, de souvenirs et de blessures à demi refermées. 

J'aurais peut-être voulu un peu plus de profondeur, de mordants sur certains enjeux, surtout de la part d'une ancienne journaliste. L'auteure maintient un récit très neutre et sans jugement, plus bercé de nostalgie que commentaire de notre société avec pour résultat un récit touchant et sensible sur la vie, tout simplement. 

Au départ, la vie nous a été offerte avec toutes les possibilités, puis nous avons été portés par l'histoire et il a fallu faire des choix, nous avons tourné à droite ou à gauche, ou encore nous avons continué tout droit, par moment nous avons tourné en rond, et avec le temps notre chemin a fait de nous ce que nous sommes. À la fin, nous ne sommes peut-être que ça: la somme de toutes nos transformations.

GRUDA Agnès, Ça finit quand, toujours, ed. Boréal, mars 2025, 480p. 

Popsugar Challenge #25: Un livre où le personnage principale est un(e) immigrant(e) ou réfugié(e)

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