samedi 1 décembre 2012

My Brilliant Career (Ma brillante carrière) de Miles Franklin



Bush australien, fin 19ème siècle: Sybylla est une jeune adolescente de 16 ans avec des rêves plein la tête et une bonne dose de volonté. Prisonnière d'une vie qu'elle déteste sur la ferme de ses parents, où les journées sont rythmées par la traite des vaches et la tournée des bars pour retrouver son père alcoolique, Sybylla voit enfin son avenir s'éclaircir quand sa grand-mère lui propose de venir habiter chez elle. S'ouvre alors un monde de volupté, où Sybylla peut enfin déployer ses ailes, parler littérature et musique et peut-être rencontrer l'amour...

Classique de la littérature australienne, Ma brillante carrière invite dès les premières pages le lecteur à se plonger dans la vie du bush australien des années 1890. J'ai beaucoup aimé cette atmosphère qui m'a réellement transportée vers ces terres brûlées par la sécheresse. Grâce aux différentes fortunes de Sybylla, le lecteur découvre toutes les couches de la société de l'époque, des fermiers à la bourgeoisie du bush, des vagabonds aux "jackeroos". Les formules aussies donnent également un charme certain à ce roman... mais ne simplifie pas toujours la lecture en vo. 

Un contexte et une ambiance que j'ai donc beaucoup aimés découvrir et qui reste l'aspect que j'ai préféré dans ce livre. L'intrigue en elle-même m'a malheureusement moins séduite. Si j'ai été tenue en haleine pendant toute ma lecture et si j'ai trouvé la plupart des personnages plutôt attachants, le personnage de Syb m'a exaspérée. Il y a chez elle un côté égoïste, et une tendance calimero qui m'a gênée et j'ai peiné à voir dans ce personnage l'image féministe dont les critiques parlent souvent. Oui, elle poursuit ses rêves à tout prix mais les références incessantes au fait qu'elle n'est pas assez bien pour si ou pour ça, tout en se pensant si différente de tout le monde m'ont agacée. Une conséquence de l'âge de l'auteur qui était elle-même très jeune à la publication de ce roman?

Miles Franklin m'a également laissée sur ma "fin". L'intrigue aborde des éléments intéressants, comme la carrière de chanteuse ou d'écrivain, les colères d'Harold ou la vie de vagabond, sans au final les exploiter. Et que dire de la partie romantique du roman qui retombe comme un soufflé. J'ai, pour ma part, trouvé cette fin "militante" décevante car trop abrupte et peu argumentée. Miles Franklin sacrifie le romanesque à ses idéaux féministes, sans vraiment pousser la réflexion plus loin. Dommage!

Un récit emprunt de bush australien qui mérite une lecture rien que pour cela mais qui manque de romanesque et de maturité. Beaucoup de bons points qui auraient mérité d'être plus développés mais un résultat plutôt impressionnant au regard de l'âge de l'auteur et de l'époque. Récit de jeunesse, Ma brillante carrière est loin d'être sans défaut, mais il me donne au final très envie de découvrir le personnage intriguant de Miles Franklin et "Her brilliant career" (titre de la biographie de Jill Roe).

Ce chef-d'oeuvre de la littérature australienne contient tous les ingrédients qui font les meilleures recettes littéraires : un cadre exceptionnel, celui des gigantesques espaces australiens apprivoisés petit à petit par des hommes et des femmes aussi courageux que tenaces -, une saga familiale dramatique, une merveilleuse histoire d'amour, et la volonté farouche (le Miles Franklin de réussir une brillante carrière de femme et d'écrivain. Un pari totalement réussi !


Miles Franklin (1879-1954) est un auteur de romans, de nouvelles et d'essais qui sont tous devenus des classiques. Elle a laissé son nom au plus prestigieux des prix littéraires australiens.


Blogoclub: retrouvez tous les autres billets ici.

Un film a apparemment été tiré de ce livre en 1979. Est-ce que quelqu'un la vu?

FRANKLIN Miles, My Brilliant Career, ebook disponible sur le Projet Gutenberg, 1901
FRANKLIN Miles, Ma brillante carrière, Editions de l'Aube, mai 2012, 457p, traduit de l'anglais (Australie) par Nelly Lhermillier

8 commentaires:

  1. Je comprends tes réserves mais je suis passée dessus, emportée par l'enthousiasme de Sybylla

    RépondreSupprimer
  2. Qu'il manque de maturié, c'est compréhensible. C'est vrai que le bush australien et la manière dont elle décrit la pauvreté qui y règnent sont fascinants.

    RépondreSupprimer
  3. Le personnage de Sybylla ne m'a pas trop déplu, même si elle a un caractère fort mais je suis tout à fait d'accord avec toi : Qu'est ce que c'est que cette fin ? On a l'impression que l'auteure en avait marre d'écrire et ne savait plus quoi dire...C'est dommage, ça gâche pas mal la lecture !

    RépondreSupprimer
  4. Mais pourquoi je n'ai pas participé ce mois-ci ?!

    RépondreSupprimer
  5. Un auteur que je ne connais pas : je vais réfléchir au prochain blogoclub ! Bises et merci pour cet article recherhcé.

    RépondreSupprimer
  6. @Sylire: J'ai justement eu de la peine avec Sybylla, à cause de son manque d'enthousiasme et son habitude de toujours se plaindre. C'est drôle à quel point on peut percevoir un personnage différemment ;-) Une découverte que je ne regrette cependant pas d'avoir faite.

    @Valérie: C'est vrai, normal que ce roman ne soit pas totalement abouti, mais je ne suis pas sûre d'essayer d'autres de ses romans. Par contre, le contexte, vraiment passionnant. Je ne crois pas avoir été plongée dans cette ambiance avec un autre roman ...

    @Sybille: Oui, je suis vraiment restée bête avec cette fin, au point de trouver les dernières pages complètement hors sujet. Comme tu dis, on a l'impression qu'elle en a eu marre et que hop, pourquoi pas essayer de faire publier ce que j'ai déjà... Dommage!

    @Alex: Effectivement, c'est dommage, la découverte était quand même intéressante. Rien ne t'empêche de te rattraper après coup...

    @Philisine: Je n'avais jamais entendu parler d'elle et pourtant, elle a l'air d'avoir eu une sacrée vie et un prix littéraire australien assez connu est nommé après elle. Comme quoi, il y a encore plein de découvertes à faire dans les classiques...

    RépondreSupprimer
  7. J'ai mis sous le compte de sa jeunesse ses humeurs changeantes. Je la trouve quand même très féministe, refuser de se marier à cette époque était culotté. Comme toi, j'ai beaucoup aimé les descriptions des paysages australiens.

    RépondreSupprimer
  8. @Titine: Oui, l'idée est féministe, mais je ne trouve pas que Sybylla soit une "héroïne" féministe à laquelle on peut s'identifier ou s'attacher. Elle m'a plutôt énervée au final.

    RépondreSupprimer