mardi 1 septembre 2015

A Mercy (Un don) de Toni Morrison

Après quelques années de dur labeur, Jacob Vaark est devenu un homme prospère qui vit sur sa ferme, entouré de son épouse Rebekka et de trois femmes qu'il a recueillies au fil des ans pour lui servir de servantes. Il y a tout d'abord Lina, l'indienne, Sorrow, l'enfant recueillie d'un naufrage et enfin Florens, petite esclave noire offerte par un planteur en remboursement d'une dette. 
Grâce au récit de chacun de ces personnages, Toni Morrison nous dévoile, par petites touches, cette Amérique naissante du 17ème siècle.

Tout d'abord, il faut peut-être que j'avoue ne pas avoir commencé cette lecture avec un regard complètement neutre. Sans savoir exactement pourquoi, Toni Morrison (tout comme Joyce Carol Oates par exemple) font partie des grands auteurs vers lesquels je n'ai jamais été vraiment attirée, convaincue que leurs romans n'étaient pas faits pour moi. Mais le Blogoclub est justement là pour nous faire dépasser nos a priori et j'ai donc attaqué A Mercy, un peu à reculons bien sûr, mais sûrement. 

Résultat: sans avoir été transportée dans une autre dimension par le génie de Toni Morrison (sérieux, certaines critiques américaines n'y vont pas avec le dos de la cuillère), j'avoue que j'ai trouvé ma lecture de A Mercy... intéressante. J'ai beaucoup aimé découvrir les différents personnages de cette Amérique encore toute jeune du 17ème siècle, dominée par les évangélistes et autres communautés religieuses, les planteurs et leurs premiers cargos d'Africains, les indiens ayant survécu aux différents massacres et le reste de "vermine" envoyée par l'Europe pour se refaire une vertu de l'autre côté de l'Atlantique. Tous un peu esclave de quelque chose ou de quelqu'un d'autre, les parcours de vie de chacun des personnages constituent, au fil des pages, le tableau intéressant et complexe de ce pays en devenir. 

Si j'ai donc aimé les chapitres consacrés aux personnages secondaires, le récit de Florens m'a lui plutôt ennuyée. J'ai trouvé ces passages, narrés à la première personne, presque incompréhensibles et beaucoup trop lyriques. Florens est ainsi le personnage qui m'a paru le plus antipathique et éloigné malgré la connivence qu'a essayé d'instaurer l'auteur dans son récit. L'intrigue en elle-même ne m'a pas non plus passionnée et sa structure complètement éclatée a fait que je n'étais pas forcément pressée de retrouver, chaque soir, l'univers de Toni Morrison. 

Au final, il s'agit donc d'une lecture en demi-teinte: tout y est ou presque, que ce soit les personnages, le contexte ou le lieu, mais j'ai eu comme l'impression que ce roman n'avait jamais vraiment décollé. A Mercy a ainsi un peu confirmé ce que je pensais de l'auteur, mais m'a quand même suffisamment intéressée pour retenter l'expérience, probablement avec Beloved

On the day that Jacob agrees to accept a slave in lieu of payment of a debt from a plantation owner, little Florens' life changes. With her intelligence and passion for wearing the cast-off shoes of her mistress, Florens has never blended into the background and now at the age of eight she is taken from her family to begin a new life. She ends up part of Jacob's household, along with his wife Rebekka, Lina their Native American servant and the enigmatic Sorrow, who was rescued from a shipwreck.

Together these women face the trials of their harsh environment as Jacob attempts to carve out a place for himself in the brutal landscape of the north of America in the seventeenth century.

Lecture faite dans le cadre du Blogoclub. Retrouvez tous les autres billets ici.

MORRISON Toni, A Mercy, ed. Vintage, 2009, 165p. 
MORRISON Toni, Un don, ed. 10x18, 2010, 192p. 

26 commentaires:

  1. Je pense aussi continuer mon exploration de l'oeuvre de cette auteure avec "Beloved"

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Beloved semble faire l'unanimité et comme il est déjà dans ma PAL... J'ai lu Un don en anglais mais j'ai Beloved en français. Curieuse de voir si cela change ma perception de l'auteur. Si tu te lances, fais-moi signe...

      Supprimer
  2. Réponses
    1. Ca m'encourage à me lancer malgré cette lecture un peu en demi-teinte...

      Supprimer
  3. Je suis partagée en ce qui concerne Toni Morrison : une lecture réussie avec Home, en lecture audio, ce qui pourtant n'était pas gagné d'avance et deux enlisements, avec Le chant de Salomon et L'oeil le plus bleu... impossible d'y entrer... Je n'ai pas dit mon dernier mot, mais je crains que cette auteure ne soit "pas pour moi".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne pense pas que je deviendrais un jour une fan absolue de Toni Morrison. J'ai eu trop de peine à entrer dans ce roman mais je pense retenter le coup au moins une fois. La lecture audio... je pense effectivement que ça pourrait marcher aussi pour moi avec cet auteur, surtout que ses romans ont l'air d'être souvent sous forme de tranches de vies.

      Supprimer
  4. J'aime bien le regard nuancé que tu portes sur cette lecture. Toni Morrison crée un univers bien particulier qui est en effet parfois un peu hermétique. Je suis sensible à sa poésie et j'ai beaucoup aimé Beloved, mais tu me fais un peu douter à propos d'Un don ! Ça ne sera probablement pas le prochain sur ma liste ! Par contre "Home" et "Tar Baby" m'attirent...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les fans semblent avoir préféré Beloved à Un don mais je pense que tu retrouveras beaucoup d'éléments qui t'ont plu dans ce roman. Home me tente aussi, histoire de tenter une autre époque. A voir...

      Supprimer
  5. C'est vrai que l'on ressent souvent un goût d'inachevé ce qui est dommage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour moi, c'est presque plus qu'un goût d'inachevé. J'ai eu l'impression de ne lire que les prémisses (prometteuses) d'un roman...

      Supprimer
  6. Je me reconnais en toi concernant certains auteurs auxquels il me parait encore difficile de les lire....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et Joyce et Morrison en font partie? Difficile parfois d'expliquer nos blocages...

      Supprimer
  7. J'aime bien ce que tu dis du blogoclub. Cela correspond bien à mon état d'esprit d'animatrice du blogoclub.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime beaucoup le Blogoclub car à chaque fois, je vais vers des lectures que je n'aurais pas faites toute seule, ou alors je plonge dans les tréfonds oubliés de ma PAL ;-) J'espère que tu continueras l'aventure! En tous cas, merci pour l'organisation.

      Supprimer
  8. Je n'ai fait qu'une expérience de lecture avec Toni Morrison mais ça m'a laissé un goût de "auteur pas pour moi" justement. J'étais d'ailleurs un peu déçue car je pensais être transcendée... et rien... Du coup j'hésite beaucoup à revenir vers elle...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon, je suis un peu rassurée de ne pas être la seule à peiner sur Morrison. En même temps, j'ai trouvé suffisamment de bons éléments pour retenter le coup.
      Moi c'était le contraire. J'ai lu et vu plusieurs entretiens de l'auteur et elle a tendance à m'énerver un peu (le côté donneuse de leçon, enfin c'est mon impression). Du coup, je pensais ressentir cette même irritation avec ses romans et au final, ce n'est pas ce qui m'a gênée.

      Supprimer
  9. J'ai eu du mal à rentrer dedans (je m'y suis même reprise à deux fois à quelques mois (années?) d’intervalles ;-) mais je suis vraiment contente de cette découverte. C'est toujours intéressant de voir que le même livre peut être perçu différemment, car Florens ne m'a pas fait le même effet que toi. Je vois plus de l'espoir en elle ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sympa oui de voir à quel point nos lectures ont été différentes. Je t'avoue que j'ai même envie de carrément sauter les chapitres de Florens. Je pense que sans le chapitre sur Jacob, j'aurais tout simplement abandonné ma lecture.

      Supprimer
  10. Le seul roman de Morrison que j'ai lu, c'est "Jazz" que j'avais aimé mais trouvé difficile. Selon ma soeur, avec qui j'en parlais encore le week-end passé, c'est une de ses plus difficile, justement parce qu'il est écrit comme du jazz, et que ses autres récits sont quand même beaucoup plus linéaires.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pfiou, déjà que Un don n'est pas franchement linéaire, je n'ose du coup pas imaginer ce que Jazz donne ;-) Je crois que tous les romans de Morrison sont plus ou moins difficile à percer. Après, on ne peut pas lui enlever la force de ses thématiques. Et du coup, tu vas retenter ta chance?

      Supprimer
    2. Ce n'est pas moi qui te lancerai la première pierre ;-)

      Supprimer
  11. C'est mon préféré avec l'immense Beloved.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que les deux sont assez similaires, non? Beloved, c'est noté, j'y viendrai un jour ;-)

      Supprimer
    2. ILs ont en commun la belle écriture de Morrison (que je ne retrouve pas dans les deux derniers) mais Beloved est plus ardu.

      Supprimer
    3. Bon ayant déjà un peu peiné sur Un don, je vais probablement attendre le moment idéal pour attaquer Beloved ;-)

      Supprimer