The Handmaid's Tale (La Servante écarlate) de Margaret Atwood

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The Handmaid's Tale est le récit de June, alias Offred, une servante écarlate dans la République de Gilead. Sous ce régime qui a remplacé l'état démocratique des États-Unis dans un futur pas si lointain, les servantes écarlates n'ont qu'un seul devoir à accomplir: tomber enceinte pour pouvoir offrir un enfant au couple dirigeant qui la possède.

Inutile je suppose de résumer plus en détails ce livre qui a tellement fait parler de lui ces dernières années entre mouvement #MeToo, élection de Trump, adaptation du livre en série, sortie de la suite, etc etc. Si parfois la frénésie qui entoure un livre peut me faire fuir, je ne regrette ici pas du tout d'avoir succombé et de m'être enfin lancée à la découverte de l'univers glaçant imaginé par Margaret Atwood. Mais pourquoi avoir attendu autant me direz-vous? Il faut dire que j'avais été franchement peu impressionnée il y a quelques années par ma lecture de Oeil-de-chat. Il aura donc fallu attendre ma découverte de l'adaptation série de ce livre, qui m'a complètement subjuguée, pour que je trouve l'envie de redonner une chance à l'auteure. 

J'ai donc lu The Handmaid's Tale après avoir vu la saison 1 de la série et j'étais donc en partie familière avec l'univers de Gilead et avec l'histoire. J'avais, au début de ma lecture, les images de la série en tête. Mais très vite, j'ai réussi à suffisamment m'en décrocher pour rentrer complètement dans le livre grâce aux différences dans l'intrigue ou dans la description des personnages (par exemple une Serena pleine d'arthrite à la place de la magnifique actrice Yvonne Strahovski) mais également du talent de Margaret Atwood.

Si la série est également faite de flash-backs qui expliquent petit à petit la prise de pouvoir de Gilead, j'ai trouvé ici que le procédé était admirablement bien maîtrisé, surtout si on prend en considération qu'il s'agit d'un récit à la première personne. J'ai aussi trouvé le livre beaucoup plus dans le sous-entendu, plus "fin" si je puis dire, moins sensationnaliste tout en restant aussi effrayant et plein de justesse. J'ai ainsi été surprise en bien, retrouvant une partie de l'univers qui m'avait plu dans la série tout en l'approfondissant. Ma lecture ne m'a pas paru être une simple répétition de l'intrigue de la saison 1 et j'ai pu apprécier tout autant la série que le livre, mais de manière différente. Je me demande en revanche comment ont été perçus ces changements dans la série par les fans de la première heure du livre?

Je ne vais pas me lancer dans une analyse de genre sur ce que représente ce roman; d'autres ont écrit des essais entiers sur le sujet. Mais ce qui m'hallucine encore et me perturbe le plus après cette lecture est que ce roman a été écrit en 1985 par Margaret Atwood comme une dystopie d'un futur effrayant mais qui resterait probablement aussi théorique que le futur de 1984, Le Meilleur des mondes ou de Fahrenheit 451. Et pourtant, si des progrès ont été faits sur un nombre de points, si les théories de genre et les revendications féministes sont au centre de l'attention depuis quelques années, on ne peut s'empêcher de penser que tout ce que décrit l'auteure pourrait se réaliser si facilement et c'est probablement ce qui le rend si effrayant. Comme d'autres époques l'ont montré, les valeurs et institutions que nous croyons immuables et si solides, sont en fait des géants aux pieds d'argile qui peuvent s'effondrer sous la pression de petits assauts répétés comme on en voit tous les jours autour de nous. Il suffit d'entendre certains commentaires de personnes ou de mouvements au pouvoir, et je ne pense pas que à Mr. Trump.

Faut-il se battre et verser dans le féminisme extrémiste? Je ne pense pas.
Faut-il rester vigilant? Assurément. 

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, «servante écarlate» parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. 

ATWOOD Margaret, The Handmaid's Tale, ed. Fawcett Crest, février 1987, 395p.

J'ai depuis ma lecture attaqué le nouveau roman de Margaret Atwood, The Testaments dont je vous parlerai bientôt. J'ai également regardé les saisons 2 et 3 de la série qui s'éloignent complètement du roman et perdent peut-être ainsi en intensité, surtout pour la dernière saison que j'ai trouvée un peu lente même si toujours visuellement magnifique. Et vous, qu'en avez-vous pensé?

Et je sais, j'attaque mal mon mois Québec en novembre avec une auteure canadienne mais promis, je me rattrape bientôt.

Commentaires

  1. J'ai lu récemment le roman que je trouve génial mais je n'ai aps eu envie de lire la suite... J'ai hâte de savoir ton avis.

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    1. Toujours séduite jusqu'ici par Les Testaments qui m'apparaissent de moins en moins comme une suite mais plus comme un autre livre dans le même univers. J'espère en parler bientôt.

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  2. Pour la série, je vais avoir du mal, pas de moyen technique pour la regarder (ou alors internet?)
    Pour les testaments, j'ai réservé à la bibli, espérant que le lecteur (ou la lectrice?) avant moi ne le prendra pas en otage trop longtemps

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    1. Vu nos rythmes de lecture respectifs, même avec un lecteur de biblio très lent, on devrait publier nos billets plus ou moins en même temps ;-)

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  3. J'attends ton avis sur cette fameuse suite. Je crains toujours qu'elle soit moins bien que le premier volume.

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    1. Pour le moment, ce n'est pas moins bien, mais très différent tout en restant dans le même univers...

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  4. "plus dans le sous-entendu, plus "fin" si je puis dire, moins sensationnaliste tout en restant aussi effrayant et plein de justesse". Oui, c'est ça qui m'a fascinée dans le roman, c'est sa puissance évocatrice à partir de très peu d'éléments finalement.
    Vraiment très très curieuse de ton avis sur Les Testaments !!

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    1. Oui, cette manière de suggérer la tension plutôt que de l'énoncer, c'est très fort. Ca m'a fait penser à Hilary Mantel dans Wolf Hall, dans un registre pourtant complètement différent. C'est peut-être un moins fort dans les Testaments. A voir quand je l'aurai fini.

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