lundi 28 juin 2010

Guerre et Paix: C'est du lourd!


La date fatidique du 28 juin est arrivée et je ne peux malheureusement pas poster mon billet sur Guerre et Paix de Tolstoï pour cette lecture commune lancée par Keisha et A girl from earth (qui nous a d'ailleurs lâchement abandonnées en route ;-) Petite maline!)

Comme mon emploi du temps mai-juin était très chargé, j'avais compté une moyenne de 30 pages par jour, un objectif très raisonnable, et donc un mois et demi pour finir ma lecture à temps. Ahhh douces illusions du printemps.... Après presque deux mois de lecture, je vous annonce officiellement que je suis à la page 493 sur 1444, Livre II, Troisième partie. Tout simplement déprimant! Je suis restée bloquée environ deux semaines sur la bataille d'Olmütz, en particulier sur les canons de Tushin, passage que je connais presque par coeur, vu que j'ai dû le relire au moins dix soirs de suite après m'être endormie dessus. Heureusement, depuis le Livre II, j'ai repris de poil de la bête et j'ai donc bon espoir de finir Guerre et Paix avant 2011 ;-)

Tout ça pour dire, que vous ne connaitrez pas mon avis sur ce livre aujourd'hui, mais ce n'est que partie remise. J'ai quand même décidé de vous faire un résumé de l'expérience Guerre et Paix en 10 points:

1. Lire Guerre et Paix c'est se trimballer 1 kilo de papier au travail, devoir utiliser le joli SLAT offert par Celsmoon car votre lecture du moment ne rentre pas dans votre sac à main (qui je le précise est largement suffisant pour mon ordinateur portable) et revenir du boulot avec un épaule en moins et une démarche à la Quasimodo (tiens, encore un pavé à lire à l'occasion, Keisha, une lecture commune pour 2020???).

2. Lire Guerre et Paix c'est regretter de ne pas avoir demandé un kindle pour Noël ou au moins d'avoir opté pour une édition en plusieurs volumes.

3. Lire Guerre et Paix c'est faire l'objet de regards curieux dans le train vu qu'un tel pavé, ça ne peut être que la Bible et je n'ai pas trop la tête d'une bonne chrétienne.

4. Lire Guerre et Paix c'est recevoir les sarcasmes de vos amis qui ne croient tout simplement pas en votre grand projet de lecture et qui vous accusent de vous la jouer en trimballant le monstre partout avec vous.

5. Lire Guerre et Paix c'est être obligée de lire deux livres en parallèle, chose que je déteste normalement, mais j'ai besoin de faire des pauses avec quelque chose de plus léger, dans tous les sens du terme, et... d'alimenter ce blog de temps en temps.

6. Lire Guerre et Paix c'est contempler sa PAL tous les matins en pensant avec envie à toutes ces futures lectures qui attendent bien sagement et être narguée par Mr. Z. qui a soudainement décidé de lire un livre par semaine et qui prend un malin plaisir à choisir ses prochaines lectures avec délectation devant vous et dans VOTRE PAL.

7. Lire Guerre et Paix c'est se réveiller en sursaut quand le kilo du monstre s'effondre sur vos lunettes. Au moins, vous n'oublierez pas d'éteindre la lumière.

8. Lire Guerre et Paix c'est réviser tous ses souvenirs de batailles Napoléoniennes et se dire que définitivement votre petite cervelle n'a pas retenu grand chose de toutes ces heures passées à étudier.

9. Lire Guerre et Paix c'est se réjouir d'arriver au tiers d'un livre alors qu'il nous reste 1000 pages, et devoir se retenir d'avancer son marque-page jusqu'à la moitié pour éviter la déprime.

10. Enfin, Guerre et Paix c'est saouler tous les lecteurs de son blog et ne rien pouvoir poster pendant plusieurs semaines (heureusement, j'ai 3 billets en réserve et un tag à faire) et se promettre de ne pas s'engager à l'avenir pour tous les challenges irréalisables qui circulent sur la blogosphère. Je suis comme les game-addicts dans les casinos, si je m'inscris pour un de vos challenges, vous avez la responsabilité sociale de me refuser.

Voilà voilà, si j'en ai convaincu certains de me rejoindre, n'hésitez pas ;-) En attendant, je vous invite à aller voir les billets des autres courageuses, à savoir Keisha, Mango, Calliope, Pauline, Mae et Cynthia. Pour le moment, il semble que seules Keisha et Calliope soient arrivées au bout.

APPLAUDISSEMENTS SVP!!!

jeudi 24 juin 2010

La Synthèse du Camphre d'Arthur Dreyfus


France, 1944: Félix, un jeune étudiant en chimie, s'engage dans la résistance avant de connaître l'enfer des camps de concentration.

De nos jours: Chris, un adolescent américain, correspond par email avec Ernest, un jeune français. Une amitié virtuelle qui se transforme vite en amour passionnel.

Deux histoires donc qui se mêlent pour ce roman d'une force exceptionnelle et qui m'a totalement bluffée... et déprimée. Cela fait en effet bien longtemps que le style d'un auteur ne m'a pas scotchée à ce point et le fait qu'Arthur Dreyfus soit né en 1986, je trouve ça assez déprimant. Je me sens vielle tout à coup.

Mais trêve de plaisanteries! J'ai trouvé le récit de Félix tout simplement puissant. Ecrire sur la deuxième guerre mondiale et les camps de concentration peut paraître peu original mais l'auteur traite le sujet de manière très percutante grâce à l'emploi du "tu" et de phrases courtes et rythmées. Petits extraits:

"Tu lèves la tête pour observer le mur du fond: on dirait une peinture de Magritte. De haut en bas, des pavés gris empilés les uns sur les autres. Au milieu, une ouverture parfaitement carrée, parfaitement vide, sur une portion de ciel dépourvue de nuages, et d'un bleu éclatant. En prison, le ciel est carré." p. 78

"Chaque bousculade te fait paraître un peu plus normal, un peu plus voyageur - un peu moins résistant." p.86

Ce récit indirect ne tombe ainsi jamais dans le larmoyant ou dans les banalités maintes fois écrites sur cette épisode sombre du 20ème siècle.

Quant à la correspondance de Chris et Ernest, j'avoue avoir eu beaucoup plus de mal. J'ai trouvé ces échanges d'emails, reflétant la relation homosexuelle de deux adolescents, parfois artificielle et plate en comparaison de l'autre face du récit. Heureusement, la fin de la Synthèse du Camphre m'a complètement réconciliée avec cette partie du livre.

Un livre extrêmement fort, un style percutant et très maîtrisé pour un premier roman. Un jeune (très jeune) auteur à suivre incontestablement. Je n'ai qu'un mot: WOAW!

Deux histoires. Celle de Félix, dont la passion pour la chimie est contrariée par l'Occupation. La guerre le séparera de son frère, de ses parents, le propulsera sur les sommets des Pyrénées et l'entraînera dans une vie clandestine, puis vers une mort probable en Pologne. Celle d'Ernest, dont l'existence est bouleversée par une rencontre sur Internet. De ce hasard naîtra une correspondance passionnée, qui l'aidera à supporter une vie secrète et le transportera du Canada à la Floride, vers un amour entier. Deux histoires qui se mêlent. Qu'advient-il quand le passé précipite le présent ? Quand la réalité dissout l'imaginaire ? Quand vérité et mensonge entrent en fusion ?
Scénariste et réalisateur, Arthur Dreyfus est né à Lyon en 1986. Il vit et travaille à Paris. La synthèse du camphre est son premier roman.

Je remercie Babelio et les éditions Gallimard pour cet envoi.


Très peu de bruit autour de ce livre dans la blogosphère malgré les bonnes critiques de la presse. J'ai cependant trouvé un billet intéressant sur le blog de Sébastien Almira pour qui ce livre représente, avec d'autres jeunes auteurs tels que Jean-Baptiste Del Amo (que je dois toujours lire), un tournant dans la stratégie de Gallimard. A découvrir donc!

DREYFUS Arthur, La Synthèse du Camphre, ed. Gallimard, février 2010, 350p.

lundi 21 juin 2010

Tag: Bloguer à ma façon

Grande nouvelle aujourd'hui: je commence à bien entrer dans ma lecture de Guerre et Paix. Oui, je sais, je vous bassine avec cette histoire mais s'embarquer dans cette lecture n'est franchement pas une mince affaire et j'ai besoin de partager le fardeau. Fardeau donc qui s'allège peu à peu. J'arrive bientôt à la page 400 (plus que 1000 à lire, yeahhhh) et j'ai enfin passé la bataille d'Olmütz aux pouvoirs soporifiques puissants d'où un rythme de lecture de vingt pages en deux semaines, un record mesdames et messieurs! Heureusement, pour la survie de ce blog,et pour ma santé mentale, j'ai attaqué ce week-end le deuxième livre et là, tout coule beaucoup plus facilement et je commence même à m'inquiéter du sort de ce pauvre Andrei ou celui du tourmenté Pierre. Bref, je ne désespère pas.

Mais passons au sujet du jour, à savoir un tag que Mango m'a passé sur ma façon de bloguer et auquel je réponds enfin.

Qu'est-ce qui vous inspire : des lectures, des situations de la vie quotidienne ?
Les lectures bien sûr. A la base, je voulais que ce blog reste plutôt anonyme et basé exclusivement sur mes lectures. Je fais donc rarement allusion à ma vie quotidienne, même si de plus en plus, j'ai l'impression que ce blog est un petit salon de discussion entre amis "blogosphériques". J'ai moins de peine à glisser quelques éléments de ma vie ou des photos de voyage même si je reste assez prudente avec ce que je mets sur la toile.

Qu'est-ce qui déclenche l'acte d'écrire?
De longues réunions ennuyeuses auxquelles je suis forcée d'assister pour mon travail. Après deux heures de bla bla, je sors mon super netbook Vaio et j'écris pour que le temps passe plus vite. Grâce à mon cerveau de superwomen, je continue à suivre les débats d'une oreille. ... Oups, tout le monde applaudit là, j'ai dû louper quelque chose. Hum hum!

A quels moments de la journée le faites-vous ? De quels endroits ?
Durant la journée, donc, vu que je n'ai pas internet à la maison. Oui, je sais, je vis au Moyen Age mais je n'ai aucune discipline et je sais que si j'avais une connexion à la maison, je passerais beaucoup trop de temps sur vos blogs et pas assez sur mon master.

Comment et où vous installez-vous? Quel est votre environnement ?
Voire réponses précédentes: assise à une table datant des années 70, sur un siège inconfortable, entourée de personnes du monde entier et une oreillette qui me radote les même théories sur le commerce du cacao depuis 9h ce matin. Pas très studieux comme environnement, ce qui peut parfois expliquer la qualité douteuse de mes billets ;-)

Quels outils utilisez-vous pour écrire (un traitement de texte ou directement dans votre éditeur de billets ?)
J'écris directement sur blogger car si je fais copier-coller depuis world, le format et la police ne sont pas les mêmes et ça m'énerve.

Faites-vous beaucoup de recherches ? Rédigez-vous beaucoup de brouillons ou d'articles que vous ne publierez pas ?
J'essaie de ne pas lire les autres billets écrits sur le livre que je chronique pour ne pas être influencée. Quand j'ai le temps, j'essaie par contre de mettre des liens vers ces autres billets, ou quelques informations sur l'auteur. Bon, je suis en général assez paresseuse, sorry. J'ai souvent des billets prêts en avance mais je publie en général tous mes billets.

Ecrivez-vous en prenant votre temps ou avec une certaine frénésie ? J'écris en général sans trop d'hésitation et assez rapidement. Par contre, si je commence à me relire, je change petit bout de phrase après petit bout de phrase à la Flaubert, alors j'évite.

Et vous, comment bloguez-vous? N'hésitez pas à reprendre ce petit questionnaire. Je pense par exemple à keisha, A girl from earth et choco.

mardi 15 juin 2010

Epouses et assassins de Kwei Quartey


Pour ceux qui aiment: les aventures de Mma Ramotswe d'Alexander McCall Smith

Gladys Mensah, une jeune et brillante étudiante en médecine, est retrouvée morte près du village de Ketanu, dans la région Volta au Ghana. L'inspecteur Darko Dawson est envoyé depuis Accra, la capitale, pour résoudre l'affaire, mais il se heurte très vite aux traditions et croyances séculaires des villageois.

J'attendais avec impatience de recevoir ce livre. Ayant vécu au Ghana pendant six mois, je me réjouissais de retrouver les ambiances et les décors de ce pays merveilleux d'Afrique de l'Ouest. J'ai ainsi beaucoup souri aux évocations de lieux, noms, plats ou attitudes connus.

Malheureusement, Epouses et assassins fut quand même une déception. J'ai trouvé le ton du livre plutôt artificiel et certaines des réflexions de Darko surfaites, en particulier concernant l'accès à l'eau, la circulation d'Accra ou la nourriture. En fait, à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression de lire un guide touristique sur le Ghana, clairement destiné à un public étranger, alors que j'attendais un vrai roman policier sur et en premier lieu pour les ghanéens. Imaginez par exemple que le commissaire Adamsberg de Fred Vargas commence à vous détailler les secrets de la gastronomie française, ou que Wallander d'Henning Mankell s'étonne, au milieu d'une enquête, de la mentalité suédoise. Je comprends que ces allusions soient nécessaires pour les lecteurs n'ayant eu la chance de découvrir le Ghana, mais j'aurais préféré les voir en notes plutôt que dans la bouche du héros.

Concernant ce dernier, je n'ai pas réussi à m'attacher à Drako Dawson et j'ai même trouvé son comportement parfois incompréhensible, comme si l'auteur n'avais su se décider entre un héros sans coeur à la James Bond ou à la Jack Bauer, attiré par toutes les femmes et n'hésitant pas à user de violence et le gentil et efficace inspecteur de police qui appelle sa femme régulièrement.

Enfin, j'ai trouvé l'intrigue simpliste et sans surprise et j'ai très vite compris les dessous de l'affaire. Dans ce sens, Epouses et assassins a un petit côté scénario de Nollywod, ces films nigériens très "naïfs" que l'on visionne dans toute l'Afrique et qui reprennent souvent les thèmes de la sorcellerie, des mariages forcés et des amours impossibles.

Au final, ce billet peut sembler très critique. Cependant, je suis convaincue que ce livre peut plaire à beaucoup d'entre vous, car il plonge le lecteur dans une atmosphère singulière et permet de découvrir un pays d'Afrique et sa culture. Ayant abordé ce livre comme un policier se déroulant dans un décor connu, je n'y ai pas trouvé ce que j'y attendais. Par contre, si vous cherchez un livre qui vous plonge dans une ambiance africaine, avec ses croyances, ses traditions et sa sorcellerie tout en vous faisant découvrir la vie quotidienne des habitants du Ghana, vous serez sûrement séduits par ce livre original.

C'est pourquoi, j'ai décidé d'en faire un Livre voyageur. Si vous êtes intéressés, vous pouvez me laisser un commentaire sur cet article ou directement m'envoyer un mail.


Au Ghana, quand un policier de la capitale part enquêter dans un village, tradition et modernité s'affrontent... Le voyage initiatique d'un homme pris dans les rets du temps et des coutumes. Gladys, étudiante en médecine, a été assassinée près du village de Ketanu où elle était bénévole pour un programme humanitaire. L'inspecteur Dawson est envoyé depuis Accra pour résoudre l'affaire. Étrange retour en arrière : vingt-trois ans plus tôt sa mère, originaire de la région, a disparu au même endroit. Déboussolé par les pratiques locales, Dawson voit son enquête piétiner. Et pourtant, les suspects sont nombreux prêtre féticheur, médecin traditionnel, admirateurs de Gladys, éconduits ou non... A Ketanu, l'amour, la haine et la jalousie sont tenaces, voire mortels.

Kwei Quartey, de mère afro-américaine et de père ghanéen, est né et a grandi au Ghana. Il vit aujourd'hui en Californie où il est médecin. Ce livre est son premier roman.


Livre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 / catégorie policier


Je profite également d'inscrire cette lecture dans le cadre du Challenge Safari Littéraire.




D'autres avis de lectrices, en majorité séduites par ce livre, chez Flora, Armande, Snowball, Jostein et Marie-Claire.

QUARTEY Kwei, Epouses et assassins, ed. Payot suspense, avril 2009, 342p., traduit de l'anglais (Ghana) par Michèle Valencia.
QUARTEY Kwei, Wife of the Gods, ed. Random House, juillet 2009, 336p.



Mention spéciale pour la couverture de la version anglaise encadrée de kente, le tissu traditionnel ghanéen.

vendredi 11 juin 2010

Le sens de la famille de A.M. Homes

Tout d'abord, comme vous l'avez sûrement remarqué, je me suis amusée avec les nouveaux modèles proposés par Blogger. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, si vous préfériez l'ancienne présentation, etc. Toutes suggestions, plaintes, cris de coeur pour l'ancien modèle ou le nouveau seront les bienvenus ;-)


Pour ceux qui aiment: L'homme qui m'aimait tout bas d'Eric Fottorino

A. M. Homes est une écrivaine américaine adoptée dès sa naissance. C'est à l'âge de trente et un ans que sa mère refait surface et essaie d'entrer en contact avec elle. Dès lors, A. M. Homes découvre petit à petit ses origines biologiques, la liaison de sa mère, mineure à l'époque, avec son père, un homme plus âgé et déjà marié. Au fil des rencontres et appels téléphoniques avec ses deux parents biologiques, le désir de l'auteure de remonter et de dévoiler l'histoire de sa famille et les différents récits de sa vie, se fait plus pressant. A. M. Homes se lance alors dans une vraie enquête généalogique.

Je n'avais encore jamais lu cette auteure et j'ai donc apprécié découvrir une nouvelle plume américaine. Le style est agréable et Le sens de la famille est parsemé de jolis paragraphes et réflexions et j'ai maintenant assez envie de découvrir Ce livre va vous sauver la vie.

Mais voilà, je ne suis pas une enfant adoptée et donc le récit de A. M. Homes ne m'a pas particulièrement interpellée. Le chapitre sur ses recherches généalogiques m'a semblé très long et plutôt inintéressant: je ne suis en effet pas passionnée par la généalogie de mon voisin et ne voit pas franchement l'intérêt pour le lecteur de tels éléments. Je suis également passé à côté des références répétées à la culture américaine des années 50-60. Ne faisant pas partie de cette génération, elles n'évoquaient malheureusement rien pour moi et leur présence m'a paru parfois irritante.

Un récit qui a sûrement fait du bien à son auteure vu qu'il s'assimile quand même beaucoup à un règlement de compte public avec son père. Mais au final, un livre trop intime et sans grand intérêt pour le lecteur, à moins qu'il ne soit lui-même adopté ou adoptant.

Issue d'une liaison entre une jeune femme de vingt-deux ans et son employeur - un homme marié plus âgé qu'elle et déjà père de famille -, adoptée par un couple d'universitaires que la mort a privés de leur fils, c'est à l'âge de trente et un ans que A. M. Homes voit ses parents biologiques surgir l'un après l'autre, sur la scène de son existence de jeune romancière new-yorkaise alors en train de recueillir le fruit de ses premiers succès littéraires... Mère à son tour au moment où elle prend la décision de se risquer au périlleux récit autobiographique requis par cet événement, l'écrivain évoque de manière volontairement factuelle l'impérieuse et soudaine nécessité de se doter d'un "roman familial" enfin lisible et acceptable, qui lui fait alors entreprendre, presque malgré elle, un éprouvant voyage identitaire, aux allures, parfois, de film noir, entre frénésie généalogique et ressassement du traumatisme de l'abandon. Interrogeant sans détour la problématique de l'édification de l'individu dans ses rapports avec ce qu'il est convenu d'appeler le "sens de la famille". A. M. Homes livre ici un récit stupéfiant de profondeur et de courage qui n'épargnant ni l'adopté ni l'adoptant installe peu à peu le visage inconstant de l'amour au centre géométrique de la relation de parenté, tel un trou noir hantant la galaxie des destinées humaines.

Auteur de plusieurs romans, lauréate de nombreuses distinctions et, notamment, d'une bourse de la Fondation Guggenheim, A. M. Homes collabore à Vanity Fair et a publié fictions et essais dans The New Yorker. Granta. Harper's. MacSweeney, Artforum et The New York Times. Elle vit à New York. Actes Sud a déjà publié : Ce livre va vous sauver la vie (2008).



Livre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 / catégorie document

HOMES A. M., Le sens de la famille, ed. Actes Sud, septembre 2009, 240p.

mercredi 9 juin 2010

Retour sur un petit séjour à Paris

Je suis rentrée depuis plus d'une semaine de ma petite escapade à Paris, mais je ne trouve qu'aujourd'hui le temps de vous faire un petit compte-rendu de ces quatre jours culturellement riches, n'ayant pas peur des mots ;-) Car oui, malgré la déception de ne pas avoir pu assister à la remise des prix du Grand Prix des Lectrices de ELLE, je n'ai tout de même pas chômé.

Mises à part les nombreuses flâneries et les virées shopping sous l'emprise d'une forte fièvre acheteuse, j'ai profité de mon séjour pour visiter:

1. Le Quai Branly: ENFIN!!! Etant très intéressée par les arts premiers, j'attendais avec impatience de pouvoir visiter ce musée. Au final, j'ai trouvé que le bâtiment était une belle réussite, avec sa végétation luxuriante et ses belles couleurs punchy, le tout s'intégrant toutefois assez bien dans le quartier. Quant à l'intérieur du musée, j'ai bien sûre été enchantée par de très belles pièces présentées dans chaque secteur (Amériques, Asie, Afrique et Océanie) mais j'ai été un peu déçue par le nombre d'objets exposés. Apparemment, le musée tourne régulièrement ses collections ce qui peut expliquer ce nombre limité mais je suis restée un peu sur ma faim. De manière générale, j'aurais également aimé plus d'explications sur les différentes tribus à l'origine de ces objets. Ce modèle d'exposition fait du Musée du Quai Branly un réel musée d'ARTS premiers et non d'ethnographique. Je regrette cependant que le potentiel éducatif de ces "oeuvres d'art" reste en grande partie inexploité, en contradiction avec la devise du musée "Là où dialoguent les cultures".
Musée du quai Branly, ouvert mardi-dimanche

2. L'exposition Willy Ronis à la Monnaie de Paris: Willy Ronis est un photographe que j'aime beaucoup, particulièrement pour les photos de son épouse que je trouve très poétiques et ses photos d'ouvriers. Pour fêter le centenaire de la naissance du photographe et un an après sa mort le 11 septembre 2009, la Monnaie de Paris et le Jeu de paume ont décidé d'organiser cette rétrospective à partir des donations faites par Ronis à l'Etat français. L'exposition est construite autour de cinq grands axes: la rue, le travail, les voyages, le corps et sa propre biographie. Une fois encore, une petite déception pour cette exposition. J'ai bien sûr apprécié admirer les très beaux clichés du photographe et découvrir certaines planches inédites. Malheureusement, l'exposition était complètement surpeuplée (et oui, pas malin de faire les visites le samedi après-midi) et les tirages sont si petits qu'il est presque impossible de les détailler alors que six personnes se tiennent devant vous. Je ne comprends pas vraiment le choix du commissaire de l'exposition, Marta Gili, d'exposer ces clichés en format "poche" alors qu'un grand format aurait selon moi fait bien meilleur justice à ces clichés industriels ou de voyage, en plus d'améliorer le confort des visiteurs. Dommage dommage!
Willy Ronis à la Monnaie de Paris, du 16 avril au 22 août 2010, ouvert mardi-dimanche.

Côté théâtre:

3. Le Donneur de Bain: Cette pièce nous fait vivre le quotidien d'un donneur de bain (Charles Berling) dans un Paris sale de la fin du 19ème siècle où seuls les riches peuvent s'offrir un bain, sensé les débarrasser de leur crasse tout autant que de leurs pêchés. Avec comme toile de fond un immeuble, dont les habitants se disputent les faveurs de la belle courtisane Céleste (Barbara Schulz), Le Donneur de Bain nous fait découvrir les aspirations les plus secrètes d'un apprenti comédien (Dimitri Rataud), d'un ministre (Alain Pralon), d'un romantique british (Geoffrey Carey), d'une servante amoureuse (Marie Denardaud) et d'un savant fou et laid (Bruno Wolkowitch). Mention d'ailleurs spéciale à ce dernier qui a réussi à glacer le sang et à inspirer un dégoût perceptible à toute la salle à chacune de ses apparitions. Un jeu d'acteur tout à fait remarquable vu que j'ai eu de la peine à croire, lors des saluts, qu'il s'agissait de la même personne. CONSEIL IMPORTANT: Evitez tout de même les deux premiers rangs, qui se sont faits joyeusement postillonner dessus pendant toute la représentation ;-) Bref, une pièce absolument réjouissante, une mise en scène originale de Dan Jemmet, un très bon scénario de Dorine Hollier et un décor vraiment impressionnant. Un sans faute pour moi, je n'ai qu'un seul conseil, COUREZ-Y!!!
Le Donneur de Bain, Théâtre Marigny, 7 mai-17 juillet 2010


4. Oxu: Après Xu, le trio, auteur du Baleinié, revient avec cette nouvelle pièce et un nouvel exercice lexical. Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Stermann invitent le spectateur à partager la rédaction de leur dictionnaire des tracas, composé de mots inédits. J'ai eu un peu de peine à entrer dans cet univers loufoque, fait de bon mots et de bonnes formules mais sans réelle intrigue, certainement en raison de la fatigue de la journée et de la chaleur du théâtre qui invitait plus à la sieste qu'à la concentration sur ce texte drôle mais exigent. Je salue toutefois la performance des acteurs qui ont totalement maîtrisé ce texte intelligent. J'ai particulièrement apprécié la fin de la pièce et les rappels en chanson qui ont eu le mérite de me sortir un peu de ma léthargie. Une pièce sans conteste originale mais qui exige tout de même un effort du spectateur. A éviter donc en cas de grande fatigue intellectuelle ;-)
Oxu, Théâtre de la Pépinière, 29 avril-30 mai 2010

Enfin, j'ai eu la chance de rencontrer Marie-Claire, du blog A bride abattue, ma collègue du Jury du Grand Prix des Lectrices de ELLE, qui m'avait donné rendez-vous à la très active Bibliothèque municipale d'Antony qui organisait ce jour-là un café littéraire sur les écrivains voyageurs. Si vous habitez dans le coin, n'hésitez pas à découvrir cette bibliothèque sympathique qui organise également un Prix du Roman des lecteurs d'Antony. Merci encore Marie-Claire pour toutes tes attentions et recommandations et j'espère pouvoir continuer encore longtemps nos échanges bloguesques.

Fin de la parenthèse parisienne, je reviens très vite avec des nouveaux billets sur mes lectures. Le rythme des billets va peut-être ralentir un peu vu que je suis plongée (devrais-je dire empêtrée) dans Guerre et Paix de Tolstoï dont je lis environ une page avant de m'endormir profondément. Ca promet pour les 1200 pages qu'il me reste à lire. Hum Hum! J'annonce d'ailleurs déjà que je ne serai sûrement pas à l'heure pour la lecture commune mais promis, je persévère.

vendredi 4 juin 2010

Martin Dressler de Steven Millhauser


Pour ceux qui aiment: Au Bonheur des dames d'Emile Zola

Steven Millhauser nous emmène sur les traces de Martin Dressler, un self-made man new-yorkais, à l'aube du 20ème siècle. A travers le récit de son ascension, de simple fils d'un vendeur de cigare au constructeur mélomane d'hôtels grandioses, le lecteur découvre cette époque trépidante et la ville de New York en pleine évolution.

Ce livre me faisait très envie car je suis une grande amoureuse de New York. Je me réjouissais donc de découvrir cette ville à l'aube de sa transformation en une cité majestueuse et intrigante. Et je n'ai pas été déçue. La première partie du livre est vraiment intéressante. Steven Millhauser plonge totalement le lecteur dans cette ambiance de fin du 19ème siècle, rythmée par les progrès rapides et révolutionnaires tels que l'ascenseur, le téléphone ou encore les ampoules à incandescence. L'auteur décrit également très bien le développement de la ville de New York, les premiers grands immeubles qui préfigurent les gratte-ciel de Manhattan et la construction du métro. J'ai donc adoré me balader dans un Broadway boueux et dans des quartiers nord déserts, traversés de petites rivières.

Cependant, je ressors de cette lecture un peu déçue. Je n'ai pas réussi à m'attacher au personnage de Martin, dont on connaît les rêves mais pas assez les états d'âmes. Les personnages secondaires manquent également selon moi de profondeur et j'ai trouvé Caroline particulièrement insupportable.

Le rythme est également plutôt lent et quelques répétitions d'idées m'ont gênée. J'ai enfin trouvé les cinquante dernières pages, décrivant presque exclusivement les nouveaux hôtels Dressler, franchement ennuyeuses. Je n'ai malheureusement pas réussi à adhérer à cette partie beaucoup plus proche de la fable et de l'imaginaire. Une fois le livre refermé, je réalise que l'intrigue m'a laissée froide et l'annonce dès le départ de la destinée de Martin enlève le suspense que l'on peut ressentir à la lecture d'Au Bonheur des dames par exemple.

Un livre qui mérite donc une lecture pour ses descriptions d'une époque et d'un New York en devenir mais qui déçoit par son intrigue finalement assez plate pour une destinée qui se veut extraordinaire.


L'auteur de La Vie trop brève d'Edwin Mulhouse, écrivain américain, 1943-1954, racontée par Jeffrey Cartwright, prix Médicis étranger en 1975, raconte ici la destinée mythique d'un self-made man à New York, au tournant du siècle dernier. Ce "rêveur", c'est Martin Dressler, modeste pragmatique et inventeur génial, habité par une folie visionnaire. Steven Millhauser joue en virtuose de la science du trompe-l'oeil, maintenant le lecteur à l'étroite frontière du rêve et de la vie, de la fiction et de la réalité, du vrai et de sa représentation. Fabuleuse histoire en effet que celle de Martin Dressler, incarnation du rêve américain mais aussi des mythes et utopies qui ont façonné l'imaginaire occidental. Ce livre a obtenu le Prix Pulitzer.

Je remercie les éditions Livre de Poche et Blog-O-Book pour l'envoi de ce livre. Un merci spécial à Emilie qui a partagé mes angoisses quand ce cher Martin a décidé de se balader en Europe avant d'enfin rejoindre la Suisse et ma boîte aux lettres. Désolée encore pour tous ces tracas.


MILLHAUSER Steven, Martin Dressler ou le roman d'un rêveur américain, ed. Livre de Poche, 2007, 287p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Cartano

MILLHAUSER Steven, Martin Dressler: The Tale of an American Dreamer, ed. Crown Pub., avril 1996, 293p.