La Synthèse du Camphre d'Arthur Dreyfus


France, 1944: Félix, un jeune étudiant en chimie, s'engage dans la résistance avant de connaître l'enfer des camps de concentration.

De nos jours: Chris, un adolescent américain, correspond par email avec Ernest, un jeune français. Une amitié virtuelle qui se transforme vite en amour passionnel.

Deux histoires donc qui se mêlent pour ce roman d'une force exceptionnelle et qui m'a totalement bluffée... et déprimée. Cela fait en effet bien longtemps que le style d'un auteur ne m'a pas scotchée à ce point et le fait qu'Arthur Dreyfus soit né en 1986, je trouve ça assez déprimant. Je me sens vielle tout à coup.

Mais trêve de plaisanteries! J'ai trouvé le récit de Félix tout simplement puissant. Ecrire sur la deuxième guerre mondiale et les camps de concentration peut paraître peu original mais l'auteur traite le sujet de manière très percutante grâce à l'emploi du "tu" et de phrases courtes et rythmées. Petits extraits:

"Tu lèves la tête pour observer le mur du fond: on dirait une peinture de Magritte. De haut en bas, des pavés gris empilés les uns sur les autres. Au milieu, une ouverture parfaitement carrée, parfaitement vide, sur une portion de ciel dépourvue de nuages, et d'un bleu éclatant. En prison, le ciel est carré." p. 78

"Chaque bousculade te fait paraître un peu plus normal, un peu plus voyageur - un peu moins résistant." p.86

Ce récit indirect ne tombe ainsi jamais dans le larmoyant ou dans les banalités maintes fois écrites sur cette épisode sombre du 20ème siècle.

Quant à la correspondance de Chris et Ernest, j'avoue avoir eu beaucoup plus de mal. J'ai trouvé ces échanges d'emails, reflétant la relation homosexuelle de deux adolescents, parfois artificielle et plate en comparaison de l'autre face du récit. Heureusement, la fin de la Synthèse du Camphre m'a complètement réconciliée avec cette partie du livre.

Un livre extrêmement fort, un style percutant et très maîtrisé pour un premier roman. Un jeune (très jeune) auteur à suivre incontestablement. Je n'ai qu'un mot: WOAW!

Deux histoires. Celle de Félix, dont la passion pour la chimie est contrariée par l'Occupation. La guerre le séparera de son frère, de ses parents, le propulsera sur les sommets des Pyrénées et l'entraînera dans une vie clandestine, puis vers une mort probable en Pologne. Celle d'Ernest, dont l'existence est bouleversée par une rencontre sur Internet. De ce hasard naîtra une correspondance passionnée, qui l'aidera à supporter une vie secrète et le transportera du Canada à la Floride, vers un amour entier. Deux histoires qui se mêlent. Qu'advient-il quand le passé précipite le présent ? Quand la réalité dissout l'imaginaire ? Quand vérité et mensonge entrent en fusion ?
Scénariste et réalisateur, Arthur Dreyfus est né à Lyon en 1986. Il vit et travaille à Paris. La synthèse du camphre est son premier roman.

Je remercie Babelio et les éditions Gallimard pour cet envoi.


Très peu de bruit autour de ce livre dans la blogosphère malgré les bonnes critiques de la presse. J'ai cependant trouvé un billet intéressant sur le blog de Sébastien Almira pour qui ce livre représente, avec d'autres jeunes auteurs tels que Jean-Baptiste Del Amo (que je dois toujours lire), un tournant dans la stratégie de Gallimard. A découvrir donc!

DREYFUS Arthur, La Synthèse du Camphre, ed. Gallimard, février 2010, 350p.

Commentaires

  1. je le note ! mais j'attendrais, hélas, sa sortie en poche !
    Merci pour ce coup de coeur !

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  2. Effectivement, je n'en ai pas entendu parler du tout, je le retiens aussi pour sa sortie en poche.

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  3. Jamais entendu parler, mais justement, c'est à noter je le sens!

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  4. @Clara: Argh, mais il ne faut pas attendre! Non, je rigole, je comprends, on a tous nos problèmes de PAL (et de budget livre ;-)) mais j'espère vraiment que tu le découvriras très vite.

    @Delphine: Je l'ai prêté à ma soeur mais quand il me revient, je peux en faire un livre voyageur si vous êtes plusieurs à être intéressés.

    @Keisha: Hé hé hé, pour une fois que je contribue à ta LAL et pas le contraire ;-)

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  5. Ou comment augmenter ma LAL ! ;-)

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  6. Tu as réussi à me le faire noter ! Je ne sais si je dois te remercier! ;-)

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  7. Un titre étrange, mais ton billet donne envie de le lire. Je le note.

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  8. @Vanou: C'est toujours avec plaisir ;-)

    @Kathel: Tu pourras me remercier après l'avoir lu ;-) Il se lit vraiment vite en plus.

    @Alex: Le titre est en partie lié aux études de chimie que suit Félix. J'espère en tous cas qu'il te plaira.

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  9. Quel billet tentateur! je fais faire une bonne provision de livres en juillet pour mes vacances d'août... ahhh le choix va être terrriiiible ! :-)

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  10. J'ai suivi vos conseils, et je ne peux que vous en remercier ! Je n'ai pas pu m'empêcher de le dévorer et viens à l'instant de le finir !
    J'en suis complétement retourné !
    Merci !

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  11. Je ne me souviens pas t'avoir lue aussi enthousiaste, ça vaut le coup d'être noté!

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  12. Je viens de le noter, intriguée par autant d'enthousiasme!

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  13. Ce récit à la deuxième personne du singulier me rappelle comment j'ai sué sang et eau en 1er sur "La modification" de Michel Butor, que j'ai dévoré quand j'ai eu trente ans !

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  14. @Marie: J'espère vraiment que tu découvriras ce roman même si ce n'est pas franchement une lecture de plage...

    @Anonyme: Votre commentaire me ravit. Ce livre m'a également retournée et plus de deux semaines après l'avoir fini, j'y repense encore régulièrement. Il mérite vraiment d'être découvert par plus de lecteurs.

    @Mathilde: Oui, je suis une grande difficile ;-) Ma section "coups de coeur" compte 6 livres en presque 2 ans de blog. Pour te dire, ces six-là méritent vraiment tous d'êtres notés.

    @Mango: Super, je pense qu'il va te plaire et je me réjouis de lire ton billet.

    @Ys: Je n'ai jamais lu Butor, réputé difficile quand même. Allez, j'attends mes trente ans et je m'y attelle ;-)

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  15. J'ai beaucoup aimé ce roman. Au début, comme toi, l'histoire entre les deux garçons me laissait de marbre : trop naïve, comme peut l'être une histoire d'amour entre deux gays qui découvrent quelqu'un comme eux pour la première fois. Mais le final (car il s'agit plus d'un final que d'une fin) éblouit cette partie du roman de manière plus qu'étonnante et assez déstabilisante.
    Un très bon premier roman, chapeau !

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  16. @Sébastien: Même évolution des sentiments pour moi et j'approuve totalement ton choix du mot "final". Je suis impatiente de voir ce que l'auteur nous réserve pour son deuxième roman.

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