samedi 17 septembre 2011

Nagasaki d'Eric Faye


Depuis quelques temps, Shimura-san a l'étrange impression de ne plus être tout seul chez lui. Il commence à contrôler la nourriture stockée dans son réfrigérateur et le niveau du jus d'orange, jusqu'à ce que ses soupçons deviennent obsédants et que ses doutes soient confirmés. 

Ce court roman d'Eric Faye est inspiré de faits réels survenus au Japon en mai 2008. C'est un roman emprunt de routine et de solitude, raconté par Simura-san, un météorologue d'une cinquantaine d'années à la vie vide et sans aspérité. Quand ce dernier devient le héros d'une histoire sensationnelle qui le propulse à la une des médias, la platitude de sa vie lui apparaît soudain trop clairement. 

Avec Nagasaki, Eric Faye, auteur français, a totalement réussi à m'embarquer dans une ambiance japonisante. J'ai beaucoup aimé la simplicité de ce récit, dépourvu de tout sensationnalisme. Nagasaki pourrait être que le témoignage sincère d'un quotidien bouleversé, mais l'auteur nous pousse subtilement à une réflexion sur la vie et nos relations aux autres. J'ai également beaucoup aimé le style d'Eric Faye que je ne connaissais pas du tout avant la découverte de ce livre et avec qui j'ai bien envie de continuer ma route (recommandations bienvenues). 

Un petit récit calme (devrais-je dire zen?) et touchant abordant pourtant des thèmes lourds comme la solitude et les regrets. Une roman s'inspirant d'un fait divers hors du commun pour nous raconter le quotidien plat d'un homme seul. Une belle lecture humaine et plus profonde qu'il n'y paraît. 

Tout commence par des disparitions, des déplacements d’objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet un homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit. 

"Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis..."

Éric Faye a publié chez Stock Croisière en mer des pluies (1999), Les cendres de mon avenir (2001), La durée d’une vie sans toi (2003), Mes trains de nuit (2005), Le syndicat des pauvres types (2006), L’homme sans empreintes (2008), et Nous aurons toujours Paris (2009).

Lecture commune avec Charmant petit monstre et Canel. Allez vite voir ce qu'elles en ont pensé. 
J'inscris également cette lecture au Challenge Petit Bac d'Enna, catégorie lieu. 

FAYE Eric, Nagasaki, ed. Stock, août 2010, 108p. 

P.s. Pour la petite anecdote, je viens de lire dans un journal très très sérieux, rubrique people of course, qu'il était arrivé la même chose à Pamela Anderson. Une inconnue habitait en effet chez elle depuis quelques jours sans qu'elle s'en soit rendue compte. No comment!

15 commentaires:

  1. Moi qui suis globalement hermétique à la littérature japonaise, je devrais peut-être essayer les Français qui écrivent sur le Japon. D'ailleurs, le livre d'Amélie Nothomb sur son expérience professionnelle là-bas m'a bien plu.

    RépondreSupprimer
  2. Pas eu le tps de finir le livre ce matin (reste pas gd chose), on part pour la journée, je publie mon billet ce soir, il est déjà bien entamé... Je garde la surprise de ton billet pour ce soir ! :-)
    A +.
    Canel

    RépondreSupprimer
  3. J'ai également beaucoup aimé ce livre d'Eric Faye, le seul que j'ai lu de cet auteur. C'était vraiment une très belle surprise et j'espère bien, comme toi, continuer à lire quelques autres de ses romans.

    RépondreSupprimer
  4. Je pourrais reprendre mot à mot le commentaire de Mango ! ;-)

    RépondreSupprimer
  5. Un roman qui me fait très envie. Bonne nouvelle, il sort bientôt en poche :-)

    RépondreSupprimer
  6. @Ys: Comme toi, je suis complètement hermétique à la littérature japonaise (jamais réussi à finir un livre mais bon, il faudrait quand même que je ressaie). Nagasaki reste de la littérature française mais avec un petit quelque chose de l'ambiance si particulière du Japon. Le mélange a vraiment bien marché pour moi donc je ne peux que t'encourager à découvrir ce livre.

    @Canel: Pas de problème, j'attends ton billet avec impatience.

    @Mango: Surprise totale pour moi aussi. Je ne m'attendais vraiment pas à être aussi charmée par cette lecture. J'ai lu quelque part que ses autres livres sont plus dans le genre absurde (que je n'aime pas forcément) donc j'hésite quand même un peu.

    @Kathel: Hé hé, bon alors voir la réponse faite à Mango ;-) Mais je rajoute que sans les avis de la blogo, je ne me serais jamais tournée vers ce livre, donc merci!

    @Manu: Bonne nouvelle en effet, j'espère qu'il convaincra d'autres lecteurs en poche. Et franchement, n'hésite pas: lecture courte et agréable!

    RépondreSupprimer
  7. Ca y est, livre fini, billet prêt, en ligne et tout et tout...
    Il m'aura fallu du temps pour adhérer à ce petit roman, tout est concentré dans la très jolie fin, je trouve !
    Merci pour cette belle LC, et désolée pour le retard !
    A tout bientôt j'espère pour une autre aussi bonne. :-)
    Et maintenant, je vais lire ton billet, enfin !

    RépondreSupprimer
  8. "Un petit récit calme (devrais-je dire zen?) et touchant abordant pourtant des thèmes lourds comme la solitude et les regrets."
    -> oui, tout à fait, je suis bien d'accord, c'est très calme, très zen ! trop pour moi, au début, limite terne, sans intérêt par sa banalité. Et puis tout a changé qd le récit est devenu plus sensible, plus intime...

    RépondreSupprimer
  9. "Le syndicat des pauvres types" de cet auteur ne m'avait pas trop emballé mais les avis sur ce titre-ci étant très bons, je crois que je vais tenter le 2ème essai (surtout si il sort en poche) ;)

    RépondreSupprimer
  10. On an en beaucoup parlé mais je fais de la résistance!

    RépondreSupprimer
  11. Voilà! j'ai ENFIN pu mettre mon billet sur mon blog ! Ouf ! Désolée pour le retard, j'ai eu des problèmes avec Internet !
    Je suis d'accord avec toi sur les thèmes, c'est exactement ce que j'en ai ressenti. Une bonne lecture en tout cas !

    RépondreSupprimer
  12. @Canel: J'ai eu la même impression au début, puis cette banalité a pris du sens et j'ai au final beaucoup apprécié cette absence de sensationnalisme. Heureuse qu'on ait enfin trouvé une LC qui nous a toutes les deux séduites. Je sens qu'on est sur une bonne pente ;-)

    @Cynthia: Tu ne risques pas grand chose, surtout en poche, il se lit tellement rapidement qu'il pourrait presque entrer dans ton challenge 2euros ;-) J'ai lu que ses autres romans étaient vraiment différents. A tenter peut-être, au risque d'être déçue.

    @Clara: Dommage, car je pense vraiment que ce texte te plairait...

    @Charmant petite monstre: Je file voir ton billet.

    RépondreSupprimer
  13. C'est amusant parce que c'est le deuxième billet sur ce livre que je lis ce matin (alors qu'il n'est pas récent) ... serait-ce un signe ? En tout cas, il est déjà noté !

    RépondreSupprimer
  14. Ah ben moi je suis restée totalement extérieure à ce récit... Tant pis, parfois, c'est ainsi !

    RépondreSupprimer
  15. @Joelle: Ou peut-être une lecture commune ;-) Mais n'hésite pas à te laisser portée par la coïncidence...

    @BlueGrey: Dommage. C'est vrai que c'est assez froid comme récit, mais c'est une ambiance qui m'a au final plu.

    RépondreSupprimer